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08/03/2010

ECHANGES AVEC CHRIS WARE

 
 
 
 
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Chris Ware - Autoportrait

C'est avec un plaisir non dissimulé que nous vous proposons un court entretien avec Chris Ware. Centré sur ses rapports avec la ligne claire, ce modeste échange apporte quelques éclairages utiles sur ses relations avec Hergé et Joost Swarte et sur son approche du medium et du dessin. Nous espérons qu'il vous donnera l'envie de découvrir ou redécouvrir son oeuvre magistrale.  

A ce titre, si ce n'est déjà fait, nous ne pouvons que vous inviter à vous procurer d'urgence la monographie Chris Ware, la bande dessinée réinventée que viennent de publier Benoît Peeters et Jacques Samson aux Impressions Nouvelles. Ce beau livre richement illustré vous donnera un large aperçu de l'oeuvre foisonnante du prodige américain au travers d'une bio-bibliographie, d'un long entretien, de textes de Chris Ware lui-même sur la bande dessinée et d'analyses pertinentes de ses nombreuses créations. Un ouvrage essentiel sur un artiste exceptionnel.  

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Par ailleurs, nous ne saurions que vous trop vous conseiller la découverte en version originale de la revue Acme Novelty Library que Chris Ware propose quasiment chaque année à ses lecteurs. En effet, c'est dans le cadre de cette publication au format et à la pagination chaque fois différente qu'il développe ses nouveaux projets au long cours, à savoir Rusty Brown et Building Stories, qui ne rejoindront certainement pas avant plusieurs années ses autres chefs d'oeuvre déjà publiés en français (Quimby the mouse à L'Association, Jimmy Corrigan et le Red Acme Novelty chez Delcourt).  

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Nous remercions bien évidemment Chris Ware pour nous avoir accordé de son temps ainsi que Jacques Samson pour son aide précieuse dans la traduction des réponses de l'artiste (que nous vous proposons également en version originale).  

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Klare Lijn International : Dans son ouvrage La bande dessinée, son histoire et ses maîtres, Thierry Groensteen, spécialiste de la bande dessinée, vous classe parmi les artistes de la ligne claire. Qu'en pensez-vous ?

Chris Ware : Mon Dieu, j'ai sans doute pu être perçu de cette façon, mais je ne me suis jamais considéré comme adhérent à tel ou tel style. Les artistes auxquels je pensais le plus lorsque j'ai commencé à créer dans mon style «délibérément obsolète», au début des années 1990, étaient Ernie Bushmiller, Charles Burns, Ray Gotto, Hergé, Hokusai et Joost Swarte. J'essayais de trouver une manière d'aborder visuellement la bande dessinée qui avait plus à voir avec la typographie qu'avec le dessin (ou, pire encore, l'illustration). En fait, j'en étais venu à penser que les bandes dessinées pourraient être une sorte d'approximation de la manière dont nous nous souvenons du monde, dont nous le classons et le perçevons (et, concomitamment, le refaisons), plutôt que d'être une approche consistant simplement à montrer ce qui se passe. Mais j'étais alors en Ecole d'Art, et je suppose que je pouvais m'autoriser une forme de pédantisme.

KLI : Quelles sont vos relations avec l'oeuvre d'Hergé ? Quand avez-vous découvert Tintin ? Est-ce que le travail d'Hergé a eu une influence sur vous ou pas du tout ?

CW : Je ne suis pas aussi amateur que Charles Burns, par exemple. Quand j'étais enfant, je me souviens avoir vu Tintin dans le magazine américain pour la jeunesse Cricket, et, pour être honnête, j'ai toujours trouvé cette bande dessinée vaguement effrayante et efféminée (ce qui est assez ironique au vu de la quasi-absence de personnages féminins). Elle me semblait aussi présentée comme quelque chose qui était «bon pour moi» comme des céréales non sucrées au petit-déjeuner, ce qui m'a conduit à l'éviter et à lui préférer le genre un peu voyou des comics de superhéros qui, depuis, ont connu une grave métastase jusqu'à envahir la culture américaine grand public. Mon attrait pour l'oeuvre d'Hergé a donc été presque entièrement professionnel et littéraire. Par conséquent, je n'ai pas la moindre nostalgie enfantine pour Tintin, ce qui est peut-être inhabituel. Cependant, l'adulte que je suis peut apprécier et admirer la clarté «démocratique» qu'Hergé insufflait à ses histoires et à sa narration - ce qui est je pense l'essence de son charme - sans parler de son sens magistral de la couleur et de la composition.

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Jimmy Corrigan - Extrait

KLI : Quels sont les autres artistes ligne claire que vous appréciez ? Chaland, Swarte, Clerc, Torres, Floc'h... ?

CW : Joost Swarte est l'un de mes artistes préférés. Lycéen, j'ai découvert son travail dans le magazine Raw, et l'estime que je lui porte n'a fait que croître au fil des ans. Je crains de ne pouvoir parler avec autorité de la plupart des autres artistes que vous citez. Cependant, j'incluerais volontiers Ever Meulen dans ma liste de préférences. Certains créateurs catalogués «ligne claire» me semblent moins intéressés par l'idéal de clarté presque orientale que j'associe à Hergé et Swarte qu'à une forme d'attirance pour le dynamisme du design graphique et de l'illustration de l'Amérique des années 1950, lorsque le monde semblait réceptif à l'apport américain dans presque tous les domaines, du culturel au politique en passant par l'industriel. Pour moi, les travaux de Swarte relèvent moins d'un style que d'une façon de comprendre et d'ordonner le monde.

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Carnets de croquis - Extrait

KLI : Vous pratiquez un style très réaliste dans vos carnets de croquis. Mais vous ne l'utilisez pas dans vos bandes dessinées. Vous préférez un style ligne claire. Pourquoi ?

CW : Au risque de paraître prétentieux, la différence fondamentale entre le dessin et la bande dessinée, c'est que les dessins sont faits pour être vus et que la bande dessinée est destinée à être lue. La lecture et la vision sont des activités liées bien que différentes. Tout le monde sait ce qu'est la vision - et la plupart d'entre nous depuis notre naissance - mais la lecture, même si elle utilise la vue, est une chose complètement différente. En tant que processus, elle occulte partiellement quantité d'informations que nous voyons. En fait, par définition, cela est nécessaire parce que c'est entièrement fondé sur la réduction de la réalité en structures et en concepts communs et répétés. La bande dessinée tente cependant de jouer sur les deux tableaux. Quand on lit une bande dessinée, les yeux sont maintenus semiouverts ; l'oeil lit toujours mais aussi, assez étonnamment, observe. Alors, si la bande dessinée est bien construite, cela peut aboutir à ce que des images lues et vues semblent prendre vie sur la page. Les personnages, par leurs gestes, leurs mouvements, leur rythme, peuvent paraître aussi réels qu'une personne physique se tenant face à nous. Pourtant, plus il y a de détails dans le dessin, moins on va avoir tendance à lire plutôt qu'à regarder. Si on regarde trop, cela cesse d'être une bande dessinée. Pour moi, la bande dessinée ne cherche pas à représenter comment sont les choses dans la réalité, mais comment elles sont vécues ou mémorisées. Ceci pourrait également être considéré comme l'essence de ce que vous nommez le style « ligne claire » même si je préférerais ne pas parler de style mais plutôt de philosophie ou, à tout le moins, d'approche.

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Building stories - Extrait

KLI : Faites-vous des efforts pour dessiner de manière aussi nette ou cela vient-il naturellement ? Comme Hergé, procédez-vous à de nombreux croquis pour trouver le trait le plus juste et le plus expressif ?

CW : Tout cela est très délibéré. Dans les années 1980, j'avais l'habitude de dessiner plutôt brouillon et directement à l'encre sur la planche, mais, au début des années 1990, j'ai évolué vers une manière de faire plus réfléchie et structurée que j'ai plus ou moins conservée depuis, même si je m'en écarte occasionnellement pour indiquer différents états de conscience ou des sensations. Je pense que je suis essentiellement un écrivain et non un artiste. Comme je l'ai déjà mentionné, je considère que les bandes dessinées sont une sorte d'écriture avec des images et j'ai délibérément adapté l'approche technique de la typographie au dessin, avec le résultat de ce que vous pourriez interpréter comme de la «ligne claire». En même temps, il y a une humanité évidente dans cette vieille typo et cette façon ancienne de faire le lettrage qui n'est tout simplement pas là dans les polices des ordinateurs d'aujourd'hui. D'ailleurs, je ne considère pas mon graphisme de bande dessinée comme du vrai dessin. C'est une sorte de typographie symbolique. Je veux que l'émotion provienne de l'histoire, non du trait (un peu comme un compositeur pourrait souhaiter que l'émotion ressentie grâce à une musique soit contenue dans la pièce elle-même et non dans son interprétation), en présentant tout cela de la manière la plus claire possible, puisque c'est ainsi que notre esprit nous amène à croire que nous percevons.

KLI : Etes-vous d'accord pour reconnaître que votre travail sur la couleur est aussi en lien avec l'approche d'Hergé et E-P. Jacobs ?

CW : Oui, je dirais que le travail d'Hergé sur la couleur, absolument magnifique et incomparable, est ma part préférée de son art. Ses parfaites compositions de page guidées par la règle, simple mais très efficace, de ne conserver pour les arrièreplans que des couleurs secondaires et non-saturées, tandis que les personnages et les éléments clés du décor sont rehaussés au moyen de teintes primaires, voilà ce que j'ai intégré sans réserve à mon travail et que je continue à faire aujourd'hui encore. Cette manière de faire reflète aussi, je crois, la façon dont nous percevons le monde, en tant qu'adultes, c'est-à-dire comme un lavis de couleurs (peintes) sur lequel des contours (au trait noir) découpent, en surimpression, les schémas mentaux de nos idées et souvenirs. Bien que cette superposition reproduise et déforme en même temps la réalité, j'ai essayé d'y avoir recours dans mes propres bandes dessinées pour évoquer un énoncé auquel on ne pourrait entièrement se fier. (Le livre rouge de l'ACME Novelty Library prend entièrement ce sujet comme thème, depuis la création des images dans les étoiles, des visages sur la Lune, jusqu'à imaginer que nous sommes amoureux d'autres personnes alors que nous pourrions ne pas l'être).

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Rusty Brown - Extrait

KLI  : A l'inverse d'Hergé, vos bandes dessinée nécessitent un gros effort de la part du lecteur pour comprendre ce qui se passe. Il y a une sorte de complexité dans vos récits et dans vos mises en page. Pensez-vous que vous pourrez créer un jour prochain une bande dessinée plus classique, plus simple et d'accès plus facile pour un plus large public ?

CW : Oh là là ! Il me semble avoir essayé de créer des bandes dessinées aussi claires et compréhensibles que possible, sans volonté de désorienter. S'il y a quelque désorientation ou confusion que ce soit, elle ne devrait résider que dans la progression de l'histoire ou dans la compréhension que se font les personnages de l'histoire, et non dans la mise en forme en tant que telle. Je pense qu'il pourrait être (espérons-le) plus ou moins approprié de dire que Hergé écrivait surtout pour les enfants alors que j'écris essentiellement pour les adultes. Et bien que je me résolve occasionnellement à placer simplement des bulles au-dessus de la tête des personnages, je trouve que cela est quelque peu limitatif et ne donne qu'une représentation fausse des combinaisons fortement stratifiées, compliquées et sans fin au moyen desquelles les hommes parviennent à comprendre et à déformer le monde. Je pense que la bande dessinée, en tant que langage visuel, commence à peine à permettre la compréhension de cette distorsion et de cette complexité.

Pour en savoir plus :

- La présentation de l'ouvrage de Benoît Peeters et Jacques Samson sur le site des Impressions Nouvelles

- Un entretien de Jacques Samson à Didier Pasamonik sur Actuabd

- Un entretien audio de Benoît Peeters dans l'émission Mauvais Genres du 6 mars 2010

- Un espace consacré à Chris Ware sur le site Neuvième Art

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Chris Ware - Self-portrait

Klare Lijn International : In his last book about the collection of the Angoulême comic museum, Thierry GROENSTEEN, well known analyst of comic art, says you are a clear line artist. Do you think so ?

Chris Ware : Jeez, well, I guess I maybe could be thought of that way, though I never really considered myself an adherent of any style. The artists about whom I was thinking most when I started writing-drawing in my "deliberately dead" way in the early 1990s were Ernie Bushmiller, Charles Burns, Ray Gotto, Hergé, Hokusai and Joost Swarte. I was trying to find a way of approaching comics visually in a manner that had more to do with typography than drawing (or, worse, than illustration). I'd come to think comics might actually be a way of approximating the way we remember, classify and see (and, concomitantly, remake) the world rather than just be a way of showing things happening. Then again, I was in art school, so I guess I can be permitted a little pedantry.

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Quimby the mouse - Extract

KLI : What are your relations with Hergé's creations ? A big influence or not on you artwork ? I know Tintin never had success in USA. When did you discover Tintin ? Do you like it ?

CW : Not to the degree that, say, Charles Burns loved them. I remember seeing Tintin in an American children's magazine called Cricket as a kid and, to be honest, I always found the strips to be vaguely creepy and effeminate (which is ironic, given their lack of female characters.) They also seemed to be presented as something that was "good for me," like un-sugared breakfast cereal, and so I avoided them, instead seeking out the thuggish superhero comics which have since metastasized and essentially taken over American mainstream culture. My attraction to Hergé's work has thus been almost entirely professional and literary, which maybe isunusual, as I have absolutely no childhood nostalgia for him. As an adult, however, I can appreciate and admire the democratic clarity with which he infused his stories and storytelling - which I think is really the core of his appeal - to say nothing of his masterful color and compostion.

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Jimmy Corrigan - Extract

KLI : Who are the other clear line's artists you appreciate ? Chaland, Swarte, Clerc, Torres, Floc'h...?

CW : Joost Swarte is one of my favorite artists in the world. I first discovered his work in issues of Raw when I was in high school and that esteem has only grown over the years. Im afraid that I can't speak with authority of many of the other artists you mention (though I'd include Ever Meulen in my list of preferences) - some artists whom I've heard referred to as "clear line" seem to me to be maybe less interested in getting at the sort of idealistic, almost Eastern clarity that I associate with the Hergé and Joost than at a sort of stylized approximation of the snappy illustration and graphic design of the American 1950s and 1960s, when the world seemed bountiful and receptive to the idea of the United States plundering it in almost every regard, from the cultural to the political to the industrial. Joost's work, to me, seems to be the least about "style" and the most about understanding and ordering the world.

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Rusty Brown - Extract
 
 

KLI : In your sketchbooks, you draw in a very realistic style. But you don't use this kind of graphism in your comics. You prefer clear line style. Why ?

CW : At the risk of sounding pretentious, the fundamental difference between drawing and cartooning is that drawings are meant to be seen, and comics are meant to be read. Reading and seeing are related, though different, activites. Everybody knows what seeing is most of us do it from the day we're born -- but reading, though it employs seeing, is an altogether different thing. As a process, it partially shuts down the amount of information that we see; in fact, by definition, it has to, as it's entirely predicated on the reduction of reality into common repeated concepts and structures. Comics, however, try to have it both ways. When reading comics, the eyes are kept half-open - one is still reading, but also, somewhat amazingly, looking. Thus, comics operate both as read and seen images, and, if handled well, can almost seem to come alive on the page before the eyes. The characters, through their gesture, movements, and rhythm, should seem as real as a person standing in front of you. Yet the more detail in the drawing, the less reading, and more looking, goes on. Too much looking, and it ceases to be a comic strip. To me, comics don't present how something actually looks, but how it is experienced, or is remembered. This might also be considered the essence of what you're calling the "clear line style" - though I wouldn't call it a style, but more of a philoshophy, or at least an approach.

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Cinefamily - Artwork for a magazine

KLI : Do you make efforts to draw in a clear line style or does it come naturally ? Is your graphic technic the same of HERGE's technic : many sketches to find the just and the right line ?

CW : It's all very deliberate. I used to draw rather messily and directly in ink on my bristol board in the 1980s but shifted to a more considered and composed way of working in the early 1990s which I've more or less stuck with since, though I do deviate occasionally to indicate differing states of consciousness or sensations. I guess I'm essentially a writer and not an artist; as I mention above, I believe comics are a sort of writing with pictures, and I've deliberately adapted the technical approach of typography to drawing, the result of which you might interpret as "clear line." At the same time, there's a humanity evident in this old type and lettering that simply isn't there in today's computer-set fonts. Besides, I don't consider my cartooning to be real drawing -- it's a sort of symbolic typography. I want the emotion to be in the story, not in the line (just as a composer might hope to have the emotion of a piece of music written into the piece itself and not in the performance) with everything to be presented with as much clarity as possible, since that's how our minds lead us to believe how we see.

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Rusty Brown - Extract

KLI : Do you agree if I tell your work on the color is also in connexion with the color standards created by Hergé and E-P. Jacobs ?

CW : Yes, I'd say that Hergé's absolutely beautiful and unmatched color work is my favorite aspect of his art; the perfect page compositions operating under the simple but very effective rule of keeping backgrounds unsaturated and secondary while highlighting characters and important elements with high-keyed primaries is something I wholeheartedly stole and continue to do to this day. It also, I believe, reflects the way we, as adults, see the world; i.e. as a wash of (painted) color and shapes with the (black line ink) mental templates of our ideas and memories superimposed over them. This superimposition both clarifies and misrepresents reality, however, which is something I've tried to play up in my own comics as something of an unreliable narration. (The red ACME Novelty Library book takes this topic as its entire theme, from the creation of the images in the stars, faces on the moon, and imagining that we're in love with other people when we really may not be.)

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Artwork for The New Yorker
 

KLI : As the opposite of HERGE, your comics need a big effort of reading to understand what happen. There's a kind a complexity in your storytelling and your organisation of the pages. Do you think your could one day, in the future, create a comic more classic, more simple and easily accessible by a big audience ?

CW : Wow, well, I've tried to make my comics as understandable and clear as possible, not disorienting. If there's any disorientation or confusion, it should only be in the progress of the story, or in the character's understanding of the story - not in the cartooning itself. I think it might be (hopefully) more or less fair to say that Hergé was primarily writing for children and I'm primarily writing for adults, and while I certainly occasionally resort to simply putting balloons over character's heads, I find it a somehwat limiting and untrue representation of the complicated and endlessly multi-layered manner by which humans understand and distort the world. I think comics, as a visual language, are only just beginning to allow for an understanding of that distortion and complexity.

Illustrations copyright Chris Ware & Fantagraphics, Drawn&Quarterly, Oggenblik, New Yorker, Cinefamily, Les Impressions Nouvelles

22:58 Publié dans Ware C. | Lien permanent | Commentaires (3)

30/12/2008

DERNIERES LECTURES DE 2008

Pour terminer l'année, je vous propose une petite note sur quelques belles publications plus ou moins "ligne claire" de 2008 qu'il ne m'a pas été donné d'évoquer sur ces pages jusqu'à présent et qu'il m'aurait semblé plus que regrettable de passer sous silence. Un rattrapage de dernière minute à l'approche de 2009 !

ACME 19 001.jpgPour commencer, je ne saurais que trop vous conseiller la lecture du 19ème volume de l'Acme Novelty Library de Chris WARE, à découvrir au plus vite, en version originale, chez Drawn and Quarterly. Le probable futur Grand Prix 2009 de la ville d'Angoulême s'y montre toujours aussi brillant tant dans son dessin, impressionnant de justesse et de simplicité que dans l'ambition de son propos et sa parfaite maîtrise de la construction du récit. Avec ce volume, nous renouons avec l'univers de Rusty Brown, le nouveau personnage principal du créateur de Jimmy Corrigan, avec un zoom sur la personnalité troublée de son père W.K. Brown via un détour surprenant mais totalement réussi dans l'univers de la science fiction. Du grand Art. Une oeuvre parfaite.

ZAAK TTT.JPGPour les admirateurs du grand Ever MEULEN qui auraient raté L'affaire T.T.T publié en son temps par l'éditeur lyonnais Carton, signalons une belle réédition chez Beeld Beeld de cet ouvrage sous le titre De Zaak T.T.T.. Dans ce recueil d'illustrations réalisées pour l'hebdomadaire Humo, dans les années 70, l'artiste belge vous invite à découvrir les 3 T cachés dans chacun de ses dessins. A vous de jouer !
Aperçu sur le site du Comptoir des Indépendants.

ciel en ruine cover.jpgIl est toujours agréable de voir apparaître de nouveaux auteurs déployant un style ligne claire surtout quand ils sont talentueux dès leurs premiers albums. Tel est le cas du français Olivier DAUGER, dessinateur de Ciel en ruine, une série d'aviation teintée de fantastique, écrite par Philippe PINARD et publiée dans la collection Cockpit de Paquet. Alarmstart, le second volume paru cet automne, nous offre un dessin très épuré et un superbe travail de mise en scène de combats aériens dans l'Allemagne de 1945. Même si une certaine froideur se dégage du trait de DAUGER, celui-ci n'en demeure pas moins très agréable. Nous ne saurions d'ailleurs que trop vous conseiller son recueil d'illustrations aéronautiques intitulé Pilotes & Co et publié chez le même éditeur. Servi par un format à l'italienne très réussi, cet ouvrage contient de superbes dessins.
Aperçu de ces ouvrages sur le site de Paquet.

9782803624607cm1.JPGRestons dans l'univers de l'aviation avec la publication, en cette fin d'année, du second et dernier volume de l'intégrale ADLER de René STERNE au Lombard. Si l'on ne peut que féliciter l'éditeur pour son hommage à l'auteur trop tôt disparu et la qualité et le soin apportés à cette belle réédition, on pourra néanmoins regretter le prix élevé de chaque volume (47 euros) qui risque fort de limiter l'impact de cette série trop méconnue sur un nouveau lectorat. Mais ne faisons pas trop la fine bouche et saluons comme il se doit cette remise au goût du jour des aventures d'Adler Von BERG, un aviateur déserteur de la Luftwaffe et de son amie Helen. Le lecteur pourra admirer une belle ligne claire au service de récits pleins d'exotisme mais aussi une réelle ambition d'auteur. En effet, au travers des péripéties de son héros, René STERNE développe un propos humaniste en dénonçant tout particulièrement les excès du totalitarisme qu'il s'agisse du IIIème Reich ou bien du stanilisme. Chaque volume rassemble 5 histoires précédées de préfaces inspirées sur le parcours d'homme et d'artiste de René STERNE ou ses influences notamment littéraires. Il contient également plusieurs travaux inédits comme, par exemple, les deux pages d’essais réalisées par l'auteur en vue de la mise en images d'un Blake et Mortimer écrit par Jean VAN HAMME, celles-là mêmes qui convainquirent l’éditeur de lui confier la succession de Ted BENOIT pour le dessin de La malédiction des trente deniers. On sait que le destin en a malheureusement décidé autrement, le décès brutal de René STERNE, en novembre 2006, arrêtant net l'avancement du 1er tome. Ce dernier sera fort heureusement achevé par la veuve de l'auteur, Chantal de SPIEGELEER et très probablement publié en fin d'année 2009.
Aperçu sur le site du Lombard.

MADILA.jpgIl convient d'ailleurs de signaler qu'à l'occasion de cette réédition des aventures d'Adler, le Lombard a eu la judicieuse idée de proposer une intégrale en un volume de la série Madila écrite et dessinée par Chantal de SPIEGELEER. Ce n'est que justice quand on sait le rôle déterminant qu'a pu avoir cette dessinatrice sur la carrière en bande dessinée de René STERNE dont elle était par ailleurs la coloriste pour Adler. Outre les 4 albums publiés de 1988 à 1995, l'intégrale Madila contient un album totalement inédit de 46 pages intitulé Les yeux dans les yeux. Le trait de Chantal de SPIEGELEER est proche de celui de René STERNE. Il est clair, sophistiqué, un rien destructuré et très esthétique avec un travail tout particulier sur les costumes des personnages et l'architecture dans laquelle ils évoluent. Les récits proposés ont pour cadre Madila, une ville imaginaire et dépeignent plus particulièrement les travers de la mode et du cinéma. Chantal de SPIEGELEER s'y livre à une critique subtile de ces univers de l'apparence, anticipant de quelques années la peopolisation que nous connaissons aujourd'hui. L'intégrale contient également une interview de l'auteure qui nous apprend son retour prochain à la bande dessinée, toujours au Lombard, en collaboration avec Juan d'OULTREMONT, avec une nouvelle série dont le titre provisoire est Eclipse.
Aperçu sur le site du Lombard.

TRESOR cover JPG.jpgLicue DURBIANO est une autre dessinatrice à suivre de près. Avec Trésor, publié dans la collection Bayou de Gallimard, l'illustratrice française nous livre une bande dessinée pleine de fraîcheur, d'humour et d'aventures située dans les années 50, de Paris à Rennes-le-Château. Ce récit trépidant n'est pas sans rappeler l'atmosphère des feuilletons radiophoniques de Pierre DAC et Francis BLANCHE ou les comédies de Vincente MINNELLI. On y retrouve les ingrédients du roman populaire révisités à la mode de la "nouvelle" bande dessinée : des personnages typés (un professeur en archéologie, sa fille un peu fleur bleue, l'assistant de l'archéologue épris de la demoiselle, un couple mal intentionné et particulièrement intéressé), un parchemin mystérieux, une chasse au trésor. Le dessin simple et clair de Lucie DURBIANO, sa mise en couleur aux tons vivifiants sert à merveille ce récit pas si léger qu'il n'en a l'air. En effet, comme elle en a l'habitude, l'auteure mèle les genres et introduit beaucoup d'ironie et de cynisme dans sa bande dessinée. Derrière l'apparente fantaisie de l'histoire, elle nous décrit avec talent et subtilité les pires travers de l'espèce humaine. Une vraie réussite.
Aperçu sur le site de Gallimard.

DENIS invisible.gifEn consacrant Nouvelles du monde invisible, son dernier ouvrage publié chez futuropolis, au thème des odeurs, le moins que l'on puisse dire est que Jean-Claude DENIS a eu du nez. En effet, il nous embarque avec brio dans les mystères d'un sens souvent négligé. A travers une approche autobiographique, l'auteur nous fait partager son goût pour l'univers olfactif. Par différentes nouvelles graphiques situées à différentes périodes de sa vie, le dessinateur nous fait prendre conscience de l'importance des odeurs dans nos existences. Il nous prouve que des senteurs délicates, des parfums subtils ou des effuves nauséabondes peuvent nous rappeler des souvenirs lointains, nous procurer du plaisir ou nous faire mieux percevoir notre réalité. Servi par un code couleur extrêmement limité dominé par une dominante bleu mais aussi par une mise en pages inhabituelle comptant peu de cases par planche, le dessin épuré de Jean-Claude DENIS, un peu plus jeté que d'habitude, fait merveille. On relèvera la présence en fin d'album d'un long texte de l'auteur intitulé A vue de nez qui complète fort utilement les bandes dessinées qui précèdent. A lire absolument même en période de rhume !

low-moon-histoires-jason.jpgEnfin, pour terminer ce tour d'horizon, je tiens à signaler la parution de la version française de Low Moon, le western de JASON déjà évoqué sur ces pages à l'occasion de sa publication sur les "funny pages" du New York Times. Cette bande dessinée a fait l'objet d'un tirage de qualité dans une édition au dos toilé chez Carabas, accompagné d'autres histoires sous le titre Low Moon et autres histoires mais aussi d'une publication isolée au format journal qui permet de savourer en grand format le dessin et le style inimitable de l'artiste norvégien. A conseiller sans modération en attendant Les poches pleines de pluie, son prochain album annoncé dès janvier chez Carabas.

Bonne(s) lecture(s) !

21/10/2007

UN BEAU PANIER GARNI

Dans la déferlante des sorties qui inondent nos librairies, qu’il nous soit permis ici de mettre en avant quelques publications ligne claire qui ont retenu notre intérêt au cours des dernières semaines et qui méritent de figurer presque toutes dans le panier de la ménagère klare lijn !

medium_saboum.jpgLa collection Patrimoine BD des éditions Glénat nous propose de (re)découvrir un personnage créé à la fin des années 1950, dans l’hebdomadaire Bayard, par Jean CHAKIR, dessinateur français surtout connu pour sa série Tracassin publiée à partir de 1962 dans Pilote. Il s’agit de l’inspecteur SABOUM, étrange policier dont l’apparence fait penser à un TINTIN avec la boule à zéro portant costume et lunettes noires. Etonnant ! Le trait de CHAKIR s’inspire ici de la ligne claire d’HERGE sans atteindre son excellence. En effet, le dessin est parfois brouillon, la mise en page n’est pas toujours bien inspirée et le récit parait le plus souvent improvisé autour d’une trame générale. Intitulée L’énigmatique Monsieur Paul, cette aventure est emblématique de la bande dessinée de l’époque avec héros intrépide, méchants gangsters, poursuites et rebondissements menés tambour battant. Cela fait penser aux FELIX de TILLIEUX. Au final, malgré ses imperfections, cette bande dessinée se révèle agréable à la lecture. Elle comblera tous les nostalgiques des années 50. Pour les autres, elle semblera bien datée. Rien ne dit si Glénat éditera d’autres aventures de ce personnage dont la carrière s’est prolongé jusqu’au début des années 1970.

medium_BAYARD_COUV.jpgUn inspecteur pouvant en cacher un autre, évoquons maintenant Bienvenue en Enfer, le seizième volume des aventures de l’inspecteur Bayard sorti chez l’éditeur du même nom. Les enquêtes proposées par le scénariste Jean-Louis FONTENEAU ont cette fois-ci pour cadre les îles grecques. On y retrouve avec plaisir les personnages habituels de la série, l'inspecteur Bayard, Sam, Isa, le Yorg mais aussi l’ignoble et malfaisant Orseck Malmor, l’ennemi juré de notre héros. Le dessin ligne claire d’Olivier SCHWARZ est toujours aussi efficace et élégant. Une bien belle série pour les jeunes et … moins jeunes ! Qu’on se le dise, l’Inspecteur Bayard, ce n’est pas que pour les enfants. Na ! Le prochain épisode des aventures de l'Inspecteur sera t-il publié avant ou après le SPIROU que prépare dans le plus grand secret l'ami SCHWARTZ sur un scénario de YANN ? Mystère ! Quelques planches de ce futur SPIROU sont visibles en exclusivité sur le site expressbd.com.

medium_Franka_T3_10cm.jpgComme nous l’annoncions l’an passé sur ces pages, les Humanoïdes Associés se sont engagés dans la publication d’aventures inédites de FRANKA, la bande dessinée néerlandaise du dessinateur Henk KUIJPERS dont un nombre limité de titres avait été traduit en France dans les années 1980 alors qu’elle se poursuit depuis, avec succès, dans son pays d’origine. Après la réédition, ces derniers mois, des deux volumes des Dents du Dragon, nous sont proposés en cette rentrée deux aventures inédites en France, Victime de la Mode et Comme au cinéma. On y retrouve avec plaisir l’héroïne particulièrement énergique et le dessin très ligne claire de KUIJPERS. Ces bandes dessinées d’aventures classiques sont servies par un trait, un découpage, une mise en page qui tout en s’inscrivant dans la tradition de la bande dessinée ligne claire se révèlent d’une grande modernité. L’auteur hollandais sait allier la simplicité, la fluidité et le dynamisme du dessin avec un traitement extrêmement soigné du deuxième plan qui regorge d’éléments et de détails (décors élaborés, figurants en action…), ce qui donne beaucoup de vie à son univers graphique. Sans sombrer dans le puritanisme, on déplorera simplement le penchant coquin de l’auteur qui tend un peu trop à dénuder ses héroïnes et à nous dévoiler leurs anatomies, ce qui n’apporte rien au récit. On relèvera avec intérêt que loin d’être figé, le trait de KUIJPERS évolue avec son temps. Les derniers épisodes de FRANKA publiés aux Pays-Bas l’attestent. Espérons que les Humanoïdes Associés nous les proposeront dans les prochains mois.

medium_bd.jpgL’année 2007 marque décidément le grand retour de COLONEL MOUTARDE à la bande dessinée. En effet, après L'espace d’un soir, son vaudeville à la construction originale sur un scénario de Brigitte LUCIANI (Delcourt) et le second volume de Grenadine et Mentalo, sa bande dessinée pour enfants (Milan) publiés en début d’année, la talentueuse dessinatrice nous revient avec La BD des Filles, une histoire écrite par Anne BARAOU, autre signature reconnue de la bande dessinée. Comme l’indique à la fois son titre et sa couverture paillette très rose bonbon, cette nouvelle bande dessinée co-publiée par Dargaud et Fleurus est principalement destinée à un public de jeunes filles. Il y est en effet question de la vie quotidienne de quatre copines, de leurs joies, de leurs peines et de leurs petits problèmes. Que le lecteur quelque peu déconnecté des préoccupations adolescentes se rassure. Cette bande dessinée n’est pas un produit marketing 100% filles et l’histoire proposée par Anne BARAOU est accessible à tous les publics. Elle est bien construite et plutôt attachante. Et puis, il y a le charme du trait du Colonel Moutarde plein d’élégance, de dynamisme, de délicatesse et de modernité. On ne s’en lasse pas !

medium_banana.jpgPuisque nous faisons dans le style "Girly", signalons Banana Sunday une sympathique bande dessinée publiée dans la collection peps des éditions Albin Michel. Il y est question d'une adolescente qui éprouve des difficultés à s'intégrer dans un nouveau lycée. Il faut dire qu'elle est accompagnée de trois singes qui parlent et qui ne manquent pas de caractère ! Le récit signé Root NIBBOT est loufoque, léger et drôle. Il sait aborder en finesse le thème des relations amicales et amoureuses entre ados sans sombrer dans le sirupeux et la mièvrerie. Le dessin de Colleen COOVER est particulièrement soigné et vraiment gracieux. Un très agréable moment de lecture pour les ados et tous les autres.

medium_aventuriers_architecture.JPGCela faisait bien longtemps qu’il ne nous avait pas proposé de nouvel ouvrage et on pouvait le croire disparu à jamais du monde de la bande dessinée. Heureusement il n’en est rien ! Jean-François BIARD, le dessinateur de plusieurs bandes dessinées très ligne claire chez Magic Strip (Le rubis de vie, Tous fourbes), Albin Michel (38ème parallèle, Soutanes noires et culottes courtes) ou Lavauzelle (De Gaulle, Leclerc) nous revient avec Les aventuriers de l’architecture, une bande dessinée éditée par l’Ordre des Architectes de Rhône-Alpes. Cet ouvrage a pour ambition de faire découvrir aux plus jeunes le métier d’architecte et les enjeux de l’aménagement urbain au travers des péripéties de Charlotte et Victor, deux adolescents qui visitent, en compagnie d'un architecte, grâce à une machine à remonter le temps, les édifices marquants de la planète, des pyramides égyptiennes au musée Guggenheim de Bilbao. C’est passionnant et jamais rasoir ! Jean-François BIARD nous propose un dessin ligne claire très inspiré par Serge CLERC et Yves CHALAND. Une vraie réussite. Espérons qu’il n’en restera pas là et nous offrira bientôt de nouvelles réalisations. Les aventuriers de l’architecture est disponible auprès de l’Ordre des architectes de Rhône-Alpes : croara@wanadoo.fr . Plus d’infos sur http://www.architectes.org .

medium_comment_cétait.jpgToujours dans la veine pédagogique et didactique, saluons Comment c’était avant, le dernier livre jeunesse concocté par Dupuy-Berbérian chez Albin Michel Jeunesse. Il y est également question de voyage dans le temps puisque les deux auteurs nous proposent de mesurer l’évolution de trois environnements (une rue, un appartement, un paysage de campagne) en nous les présentant à différentes périodes (1920, 1950, 1970, 2000). L’idée est de faire découvrir, par l’image, les multiples changements qui interviennent d’une époque à une autre. Au lecteur, petit ou grand, de rechercher, sur de grandes doubles pages bourrées de détails, les objets, outils, machines, commerces qui disparaissent (le moulin à café, le gramophone, le chapelier, la marchande de quatre saisons…), évoluent (l’autobus, la voiture, la chaussée, l’habillement…) ou bien apparaissent (le téléphone, le réfrigérateur, le téléviseur, l’ordinateur…) au fil des ans. Un livre idéal pour toute la famille, des plus jeunes à leurs arrière-grands-parents car il permet d’échanger entre générations sur les changements plus ou moins rapides qui ont affecté, modifié ou amélioré notre cadre de vie et notre société depuis un siècle.

medium_couvdm11.jpgComme nous l'avions évoqué sur ces pages, signalons que Le Grand Animateur, le Donjon dessiné par STANISLAS est disponible. N’étant pas féru de l'œuvre « donjonnesque » de Messieurs SFAR et TRONDHEIM, je ne saurais vous dire si c’est un bon cru de la série des Donjon Monsters. Je me suis arrêté à la clarté du dessin de STANISLAS, l’originalité de son découpage et à sa mise en page inspirée et astucieuse. Ses automates, ses monstres-goussets, ses personnages anthropomorphes et ses décors d’inspiration médiévale constituent une vraie réussite. A travers cet exercice de style, STANISLAS prouve s’il en était encore besoin que son style graphique s’adapte à tous les univers.

Le lecteur français doit se montrer des plus patients pour découvrir les belles publications québécoises des éditions de la Pastèque car le Comptoir des Indépendants en charge de leur diffusion française nous les propose le plus souvent avec retard. L’excitation n’en est donc que plus grande lorsqu’elles arrivent dans les bacs des libraires ! Or Joie, bonheur, voici qu’en cette rentrée, nous sont proposées trois pépites made in Québec.

medium_Michel_risque_4.jpgTout d’abord, nos zygomatiques se régaleront de la suite des aventures de Michel Risque, notre stupide héros préféré, avec un quatrième volume intitulé Le droit chemin, un récit inédit jamais publié en album. Notre ami Michel Risque, sa compagne Poupoune et son ami journaliste Bill Bélisle s’y trouvent confrontés à une secte religieuse américaine. L’oncle Ludger et Red Ketchup sont du casting. Comme d’habitude, on se bidonne devant les « exploits » calamiteux de nos héros complètement déjantés, on admire le talent de dessinateur de Real GODBOUT à la ligne claire impeccable et on salue la verve non-sensique de son co-auteur Pierre FOURNIER. Et on attend avec impatience Destination Z, le dernier volume de la série. Snif ! C’est trop triste ! Mais qu’on se rassure car on découvrira dans la foulée le premier tome des aventures de Red Ketchup, l’increvable agent fou du FBI, nouveau projet particulièrement bien inspiré de nos amis de la Pastèque. Ce premier volume intitulé La vie en Rouge est totalement inédit. Un bonheur n’arrivant jamais seul, un site internet sera ouvert pour l’occasion à l’adresse suivante : www.red-ketchup.com.

medium_100_150_web_sites_user_10_243_48954_public_gazette_images_stories_images_gazette_07juin_02PASL337-0.jpgLa deuxième bonne surprise « pastéquienne » de la rentrée est la publication de Boris, album écrit et dessiné par Rémy SIMARD. Sous une couverture d’une beauté simplissime, se cachent des strips très drôles – et pas seulement pour les jeunes parents – mettant en scène les frasques du petit Boris, personnage ayant déjà fait l’objet de deux parutions en petits albums muets chez le même éditeur (Méchant Boris et Super Boris). Ici, Boris nous livre ses pensées de petit garçon au contact de son environnement, à savoir ses parents, sa sœur, et Paulette la fleur. C’est bourré d’humour et parfois très grinçant ! Au-delà du ton, on appréciera l’esthétisme du dessin de Rémy SIMARD. Simple, moderne et efficace. Du grand Art ! On se réjouira d’apprendre que le second volume des aventures de Boris est déjà prêt. Espérons qu’il ne tardera pas trop à traverser l’Atlantique.

medium_Bologne.jpgTroisième nouveauté marquante de la dernière fournée, même si elle ne s’apparente pas graphiquement à la ligne claire : Bologne de Pascal BLANCHET. Nous avions eu l’occasion de saluer comme il se doit ce dessinateur québécois de grand talent pour son admirable Rapide Blanc. Son nouveau récit, un conte symphonique en trois actes, nous transporte dans un petit village russe perché sur un pic rocheux pour nous livrer un mélodrame angoissant autour d’un boucher triste, de sa fille aveugle, amputée d’un bras et d’une jambe, du professeur de cette dernière et d’un infâme Duc. Rien de bien réjouissant me direz-vous ? Ne vous arrêtez surtout pas à cette description dramatique et précipitez vous sur cet album car il vous enchantera. Comme d’habitude, l’ouvrage de Pascal BLANCHET est bourré de références musicales et s’articule autour d’une sélection discographique à écouter pendant la lecture (notamment CHOSTAKOVITCH et PROKOFIEV). Il est d’ailleurs dommage que les morceaux cités ne soient pas fournis avec le livre. Graphiquement, Pascal BLANCHET impose une nouvelle fois son style inimitable, à la fois rétro et moderne. Il nous faudra attendre l’an prochain pour savourer son prochain opus, un livre intitulé Émile Laplante .

medium_Couv_DernierMousquetaire.jpgJASON nous en avait parlé dans le cadre de l’entretien qu’il nous avait accordé en début d’année. Le Dernier Mousquetaire, sa dernière bande dessinée est publiée chez Carabas. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne manque pas d’originalité. En effet, l’auteur norvégien nous y propose un épisode des Trois Mousquetaires mêlant aventure, humour et science-fiction. De l’Alexandre DUMAS teinté de FLASH GORDON avec un zeste de Buster KEATON ! Résumer ce nouveau récit de JASON serait gâcher le plaisir de la découverte tant les surprises sont nombreuses au fil des pages. Sachez cependant qu’on y retrouve avec plaisir le style de l’auteur, à savoir sa sobriété graphique, ses personnages aux traits animaliers, son humour très décalé, son goût pour le burlesque mais aussi un ton parfois empreint d’une profonde tristesse. Plus léger que les précédents ouvrages de JASON, Le dernier Mousquetaire est aussi moins silencieux qu’à l’accoutumée, le mousquetaire, héros principal du récit, se montrant plutôt bavard. Les lecteurs connaissant Montpellier apprécieront tout particulièrement les multiples scènes que JASON consacre à la ville où il réside depuis quelques années. Je ne sais quel accueil a réservé Mme le Maire de Montpellier à sa caricature animalière...

medium_ACMECouv.jpgAprès la traduction française de Jimmy Corrigan en 2002, les éditions Delcourt nous offrent aujourd’hui une version française de l’imposant ACME Novelty Library de Chris WARE initialement publié chez Pantheon Books, recueil de planches initialement publiées dans son comic-book du même nom. Une fois de plus le talent et la virtuosité de l’auteur éclatent au grand jour dans un ouvrage au format inhabituel et au contenu d’une densité inouïe (même les tranches de l’album comportent de la bande dessinée). C’est à nouveau un exercice pour nos pupilles qui se trouvent véritablement sollicitées par un graphisme méticuleux, un agencement incroyable des vignettes, une narration innovante, des textes minuscules…Quand on connaît le perfectionnisme du créateur et son aversion pour toute typographie informatique, on imagine les difficultés posées par l’adaptation française des pages de son ACME. On y trouve un florilège d’éléments hétéroclites, drôles et caustiques : pages rédactionnelles, fausses publicités, objets à monter soi-même et les aventures de personnages récurrents tels Rusty Brown, Big Tex, Rocket Sam, Quimby the Mouse, Frank Phosphate… Du grand art ! Je ne sais si le travail de Chris WARE peut être assimilé à de la ligne claire tant il déroute mes sens. Si son dessin n’est pas sans lien avec auteurs comme HERGE ou SWARTE, il n’en demeure pas moins que sa narration ne répond pas aux exigences de lisibilité chères au créateur de Tintin. Rentrer dans les bandes dessinées de Chris WARE appelle un investissement – j’allais presque dire un effort – du lecteur. Elles se méritent. Les amateurs anglophones de l’œuvre de Chris WARE pourront découvrir d’ici la fin d’année deux nouveaux ouvrages : le numéro 18 de son ACME Novelty Library et le deuxième volume de ses carnets annoncés chez Drawn and Quarterly.