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31/08/2014

LA BOITE A BULLES EDITE DEUX FIGURES MARQUANTES DE LA LIGNE CLAIRE

En cette rentrée, l’éditeur La Boîte à Bulles accueille dans son catalogue deux grands noms de la ligne claire européenne, le français Ted Benoît et l’espagnol Daniel Torres.

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Avec leurs nouveaux ouvrages, les deux auteurs qui ont fait les grandes heures de (A SUIVRE) dans les années 80, semblent marquer une inflexion notable dans leur approche de la bande dessinée que ce soit au niveau du dessin ou dans la tonalité générale du propos.

C’est certainement lié à l'immanquable évolution du trait qui touche tout dessinateur au cours de sa carrière. Mais pas seulement. On peut y déceler une volonté de ne pas se répéter et d’œuvrer de manière plus spontanée et plus libre, de renouer, chez un éditeur indépendant, avec l’esprit underground de leurs premières créations.

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Ted Benoît, pour commencer, nous propose La philosophie dans la piscine, recueil des planches de Ray Banana publiées, ces dernières années, sur son blog (cf. notre entretien avec l’auteur sur ces pages).
 
Depuis son Camera Obscura publié l’an passé chez Champaka, il faut se faire une raison : Ted Benoît revient de la ligne claire. A ce titre, le traitement graphique de la couverture de son dernier livre est trompeur. En effet, avec les planches de La philosophie dans la piscine, on est très loin du dessin extrêmement léché de Berceuse Electrique ou Cité Lumière. En raison d’un problème avec sa main gauche suite à des ennuis de santé, Ted Benoît développe un nouveau style au bic, plus lâché, plus spontané, plus hésitant aussi, ne serait-ce que dans la représentation de Ray Banana.

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Ce style que les esthètes jugeront moins travaillé convient parfaitement à sa nouvelle approche de son personnage fétiche. Ici, plus d’aventure, plus de fiction au programme. Qu'on se le dise, le nouveau dada de Ray, aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est la philosophie. Assis dans son emblématique fauteuil, accoudé à un bar ou revenant d’une séance de boxe, le héros aux Ray Ban nous livre de manière fort péremptoire ses analyses sur le monde contemporain, le sens de la vie, l’économie…

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Au final, l’ouvrage se révèle fort original et quasiment inclassable. Un poil désarçonnant aussi. L’humour à tendance métaphysico-politique développé par Ted Benoît peut parfois laisser de marbre. Dans l'attente des avis d'experts de Michel Onfray et BHL...

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Avec Bulles, traduction française de son Burbujas publié en 2009 en Espagne et déjà évoqué sur ces pages, Daniel Torres touche pour la première fois au roman graphique en s’éloignant de la science-fiction, son domaine de prédilection.
 
Il a décidé d’ancrer son nouveau récit dans le monde contemporain. Ramon Sanchez, son «héros», s’y livre, au milieu de sa vie, à une auto-analyse. Il replonge dans ses souvenirs, se rappelle ses envies d’enfant et d’adolescent, se montre lucide sur sa vie d’homme en ne cachant rien de ses échecs que ce soit dans sa vie conjugale et familiale, dans ses amitiés ou dans sa carrière professionnelle. 
 
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En découvrant Bulles, l’amateur de la première heure de l’auteur espagnol, celui qui avait été ébloui par le dessin néo-ligne claire de Sabotage ou des premiers Roco Vargas, ne manquera pas d’être troublé par le trait proposé ici. En effet, pour mener à bien un récit sur 270 pages de format réduit, en noir et blanc, Daniel Torres utilise un dessin plus libre, plus rond, totalement dégagé de ses influences Style Atome. Il confirme une évolution déjà perceptible dans ses créations des deux dernières décennies durant lesquelles il se consacra essentiellement à l’animation avec la série Tom le dinosaure et délégua beaucoup pour ses bandes dessinées.
 
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Mais cette première impression d’un trait qui a perdu en personnalité ne doit pas décourager le lecteur. Non seulement parce que le récit de Daniel Torres est savamment construit. Mais encore parce que sa mise en images comporte bon nombre de surprises graphiques tout particulièrement lorsque le dessinateur convoque poissons, âne ou figures mythiques du cinéma hollywoodien. 
 
Sans avoir l’air d’y toucher, Torres dresse le portrait-type d’un homme ordinaire en pleine introspection, ce qui peut parler à chacun de nous. Cette propension à dévoiler l’état d’esprit de ses personnages, on la trouvait déjà dans Roco Vargas. N’oublions pas que ce dernier dévoilait lui-aussi des signes de fragilité du fait de sa double personnalité, celle d’Armando Mistral, écrivain et propriétaire de boîte de nuit et celle de Roco Vargas, aventurier de l’espace. Comme quoi, il n’y a pas vraiment de rupture radicale dans l’approche de la bande dessinée par Daniel Torres.
 
Pour en savoir plus :
 
- le blog de Ted Benoît;
 
- le site de La Boîte à Bulles
 
Illustrations copyright La Boîte à Bulles - Ted Benoît - Daniel Torres
  

19/07/2009

LINEA CLARA (1)

La bande dessinée espagnole contemporaine déborde d’énergie et d'auteurs talentueux. Parmi ces artistes, on compte de nombreux adeptes de la ligne claire. Nous vous proposons un premier tour d’horizon d’ouvrages "linea clara" plus ou moins récents à découvrir absolument en français ou surtout en version orginale espagnole, la plupart des titres évoqués ici n'étant pas traduits.

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Après le très remarqué Rides (Delcourt) qui lui a valu le grand prix de la bande dessinée 2008 en Espagne, Paco ROCA nous propose chez le même éditeur un nouvel ouvrage intitulé Les Rues de Sable. Après l’univers des personnes âgées et l’évocation de la maladie d’Alzheimer, l’auteur signe ici un récit surréaliste, onirique et fantastique qui n’est pas sans rappeler l’univers littéraire des maîtres sud-américains Jorge Luis BORGES, Julio CORTAZAR ou Antonio BIOY CASARES. L’histoire nous conte le parcours étrange d’un jeune homme perdu dans les dédales d’un vieux quartier de sa ville et qui n’en trouve pas la sortie. Cet étonnant récit recèle à chaque page son lot de surprises et de personnages attachants ou déroutants. On notera avec intérêt les références à l’univers d’HERGE et la ligne claire réaliste utilisée avec à propos pour servir au mieux cette histoire très originale. Paco ROCA confirme ici son talent de raconteur d’histoires et son statut d’auteur majeur de la nouvelle bande dessinée européenne.

Plus d'infos sur www.pacoroca.com et bientôt sur ces pages dans le cadre d'un entretien.

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Signalons que Paco ROCA s'est associé avec le dessinateur Miguel GALLARDO pour une bande dessinée autobographique intitulée Emotional World Tour publiée en Espagne chez Astiberri. Il s'agit d'un carnet de routes et de voyages des deux artistes relatant leurs déplacements des derniers mois pour la promotion de leurs albums respectifs, Rides pour Paco ROCA et Maria y yo pour Miguel GALLARDO. Ce dernier album très émouvant traite de l'autisme au travers de la relation de l'artiste avec sa fille. Il n'a pas à ce jour été traduit en français. Rides et Maria y yo ont valu à leurs auteurs d'être catalogués en Espagne comme les représentants d'une nouvelle bande dessinée dite sociale.

 
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Puisque que j'ai le plaisir d'évoquer Miguel GALLARDO sur ces pages, je ne peux qu'inviter celles et ceux d'entre vous qui ne connaitraient pas cet artiste catalan de premier plan à se procurer d'urgence l'ouvrage Como ser Gallardo - Historietas e ilustraciones 1976-2006 publié en 2007 par le Centre d'expositions et d'Art Contemporain Casal Solleric. Ce livre de 240 pages présente l'impressionante carrière du dessinateur tant en bande dessinée qu'en illustration depuis ses débuts dans l'undergound barcelonais de la fin des années 1970. On relèvera l'influence de la ligne claire sur plusieurs de ses travaux. L'ouvrage doit être encore disponible auprès du Centre Casal Solleric via le mail suivant : solleric@sf.a-palma.es

Plus d'informations sur le blog de l'auteur : http://miguel-gallardo.blogspot.com

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On peut s’étonner qu’aucun éditeur français ne se soit intéressé jusqu’à aujourd’hui à BUNUEL en el laberinto de las tortugas, la dernière bande dessinée de Fermin SOLIS publiée chez Astiberri. L'auteur espagnol déjà édité en France par Six pieds sous terre ou Le Potager Moderne nous propose de revenir sur le tournage du film de BUNUEL, Las Hurdes, tierra sin pan, un documentaire de 1933 très critiqué en son temps pour la vision misérable qu’il donnait d’une contrée espagnole reculée et de ses habitants. L’occasion pour le dessinateur de nous livrer une belle évocation du cinéaste en dévoilant ses obsessions, ses manies, son monde intérieur et son état d’esprit quand il réalisa ce film. Comme chez Paco ROCA, on retrouve ici des évocations oniriques qui donnent de la profondeur au récit. Servi par un blanc et noir maîtrisé et un style graphique de plus en plus affirmé, BUNUEL en el laberinto de las tortugas est une œuvre importante qui mérite d’être proposée au public francophone.

Plus d'informations sur le site de l'auteur : www.ferminsolis.com

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Daniel TORRES change de registres. Avec Burbujas publié par Norma Editorial, l'auteur de Roco Vargas s’essaye au roman graphique en nous livrant un pavé de 280 planches de petit format. Le style graphique étonnera les amateurs du dessinateur. En effet, s’il reste d’inspiration ligne claire, le dessin est ici beaucoup plus lâché et nettement moins esthétique. L’histoire et le ton proposés tranchent également avec la science-fiction et le fantastique, terrains de prédilection de l’auteur jusqu'à présent. Nous sommes confrontés à l’intime, la crise existentielle d’un homme arrivé au milieu de sa vie et qui s’interroge sur le sens de celle-ci, son travail, sa famille… On sent que l’auteur a mis beaucoup de lui dans ce récit plutôt mélancolique. S’il est souvent à la limite des clichés du genre, l’auteur nous propose des dérivatifs graphiques pour nous éloigner du réel en convoquant dans ses planches poissons, animaux ou l'acteur Robert MITCHUM !

Sans être totalement réussie, cette première incursion de Daniel TORRES dans l'univers de la "graphic novel" montre à quel point l'artiste espagnol est soucieux de ne pas s'enfermer dans un genre et cherche à se renouveler au travers de différentes approches créatives qu'il s'agisse de bande dessinée, d'illustration, de dessin animé ou de peinture. Je ne peux qu'inviter les amateurs de l'artiste à se procurer l'ouvrage pour la jeunesse Journey to Planet Knowledge qu'il a illustré pour les éditions nord-américaines ThinkWork Press ainsi que le catalogue d'exposition BCN-NYC reprenant ses aquarelles autour des architectures de Barcelone et New York qui a été édité fin 2007 à 750 exemplaires signés par la galerie barcelonaise Montcada.

Pour plus d'infos sur :

- Burbujas, voir le site dédié : www.normaeditorial.com/burbujas/index.html

- Journey to planet knowledge, voir le site de l'éditeur : www.thinkandthrive.com/tw/news/story/5

- les aquarelles urbaines de Daniel TORRES, le site de la galerie Montcada : www.galeriamontcada.com/

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Amateurs du génialissime MAX, précipitez vous si ce n'est déjà fait sur Hipnotopia, un très beau recueil d’illustrations publié l’an passé par Inrévès, à l’occasion d’une exposition organisée dans les Iles Baléares, lieu de résidence de l’artiste. Ce bel ouvrage prolonge utilement les recueils de travaux graphiques Chasseur de rêves (La Cupula 2003) et Sketchbook (Sins Entido 2005) en proposant des créations plus récentes du maître catalan.

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Avec NAZARETO publié aux éditions Glénat Espagne, Alex FITO, autre artiste résidant aux Baléares, nous prouve que la ligne claire peut servir des propos très adultes et une critique féroce et acide de notre société. En effet, sa dernière bande dessinée servie par un dessin impeccable nous propose différentes histoires courtes mettant en scène Cristobal NAZARETO, un Christ des temps modernes, qui cherche en vain à faire le bonheur autour de lui dans une société bien cruelle marquée par l’ignominie, la perversion, le vice... L’auteur rend d’autant plus mal à l’aise le lecteur que son dessin plutôt enfantin, avec des allusions graphiques à l’univers d’Asterix, tranche radicalement avec l’humour très noir et corrosif de ses récits. Une rencontre étonnante que nous ne pouvons que conseiller aux plus âgés d’entre vous. Enfants s’abstenir !

Plus d'infos sur le site de l'auteur : www.alexfito.com

 

13/06/2008

LE NOUVEAU SITE DE DANIEL TORRES

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Norma editorial, l'éditeur historique des bandes dessinées de Daniel TORRES vient de rénover l'espace internet consacré au créateur de Roco Vargas.

Le nouveau site accessible à l'adresse www.torresdaniel.com propose un grand nombre d'illustrations réalisées dans le cadre de campagnes publicitaires, de travaux pour la presse ou bien de la préparation de films d'animations. Par ailleurs, ce site nous donne l'occasion de découvrir les peintures de Daniel TORRES qui bien qu'éloignées du style ligne claire valent le détour.

Illustration copyright Daniel TORRES

PS : L'ancien site internet reste accessible à cette adresse : www.normaeditorial.com/torres

21:20 Publié dans Torres | Lien permanent | Commentaires (1)

17/03/2007

LES CARNETS SECRETS DE ROCO VARGAS

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Les éditions espagnoles NORMA ont la judicieuse idée de nous proposer un très bel ouvrage autour de la série Roco Vargas.

Intitulé "Sketchbook", ce livre au format impressionnant ( 28 x 37 cm) est un pur enchantement pour les amateurs du dessin ligne claire de Daniel TORRES.

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En effet, il regroupe, sur 96 pages, croquis, crayonnés, illustrations, projets de couvertures, recherches de personnages, de décors, de costumes, de véhicules... autant de pépites qui nous font replonger avec joie dans les différentes aventures de Roco VARGAS.

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Cerise sur le gateau, ces travaux inédits sont accompagnés de commentaires de l'auteur lui même (textes en anglais, espagnol, allemand et français).

Ce très beau livre est véritablement incontournable car il nous permet de rentrer dans le processus créatif de Daniel TORRES, de mesurer son évolution graphique depuis la création de son personnage jusqu'à "la ballade de Dry Martini", sa dernière aventure publiée à ce jour (voir notre note du 29 octobre 2006).

Il sera diffusé en France, courant avril, par le Comptoir des indépendants.

Illustrations copyright Daniel TORRES y Norma Editorial

10:05 Publié dans Torres | Lien permanent | Commentaires (0)

29/10/2006

EN BALLADE AVEC ROCO VARGAS

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Si je vous dis ligne claire et science fiction, à qui pensez vous ? Très certainement à Daniel TORRES, le créateur des "aventures sidérales de Roco VARGAS".

Roco VARGAS est une brillante série crée en 1983, dans CAIRO, revue à la gloire de la "linea clara", style graphique à la vitalité exceptionnelle que Daniel TORRES définie comme une "alliance de la ligne claire franco-belge et du savoir-faire méditerranéen" et dont il fut le chef de file dans les années 1980.

Après la publication de quatre premiers albums entre 1983 et 1989, la série s'est interrompue, la décennie suivante - Daniel TORRES se consacrant à d'autres bandes dessinées et se tournant vers d'autres univers comme l'animation et l'illustration - pour ne reprendre qu'en 2002.

Servies par un graphisme dynamique, moderne et élégant, une esthétique rétro-futuriste, des personnages marquants, des univers parrallèles d'une grande originalité, de l'action et de l'humour, les aventures de Roco VARGAS ont su s'imposer au-delà des frontières espagnoles avec plusieurs traductions en Europe et aux Etats Unis. Il est vrai que derrière la limpidité de son trait, Daniel TORRES propose des récits complexes, de la densité psychologique avec notamment un héros à double facette, à la fois Roco VARGAS, ancien astronaute baigné dans la nostalgie de ses exploits passés et Armando MISTRAL, écrivain de science fiction à succès, propriétaire de night club et esthète.

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Avec la dernière aventure de son héros, LA BALLADE DE DRY MARTINI qui vient de paraître en version française chez NORMA, Daniel TORRES nous propose une nouvelle fois un scénario très intelligent et bien ficelé qui constitue une excellente réflexion sur la science fiction, l'homme et le robot mais aussi l'écrivain et son double. Ce nouvel album termine le récit débuté avec PROMENADE AVEC LES MONSTERS paru l'an passé et s'inscrit dans la continuité du JEU DES DIEUX publié juste avant.

On pourra simplement regretter la qualité moyenne de la traduction française proposée pour ces différents récits ainsi que les couvertures à l'aquarelle qui ne reflètent pas le contenu ligne claire de ces bandes dessinées.

Nous avons profité de cette nouvelle publication pour poser quelques questions à Daniel TORRES.

Klare Lijn International : Roco VARGAS est une série qui s'est interrompue pendant plus de dix ans avant de revenir sur un rythme de publication assez régulier. Quelles sont les raisons de cet arrêt ?

Daniel TORRES : Roco VARGAS a été au chômage pendant tant d'années pour des motifs éditoriaux et de production. Il m'aurait plu de poursuivre la série à un rythme régulier de publication mais un auteur ne fait pas toujours ce qu'il voudrait faire !

KLI : Vous avez dorénavant un assistant à vos côtés.

DT : Oui, je supervise son travail. Il s'occupe de l'encrage et de la mise en couleur.

medium_promenade_avec_les_monstres.jpgKLI : Quel est votre regard sur l'évolution du style de la série ? A titre personnel, j'aimais beaucoup le graphisme très typé des albums "l'homme qui murmurait" ou "Saxxon". Pourquoi avoir évolué vers un trait plus arrondi ?

DT : Quand tu dessines un personnage pendant tant d'années, le style change avec ton expérience de dessinateur et d'auteur. J'aime le dessin et le scénario de chacun de mes albums si je le situe dans leur contexte de réalisation. Il est évident que des choses ont changé néanmoins je pense que Roco VARGAS n'a pas cessé d'être celui que nous connaissons.

KLI : Vous êtes un illustrateur reconnu et apprécié qui collabore à des publications prestigieuses à travers le monde. Qu'est-ce qui vous pousse à continuer la bande dessinée alors que vous pourriez ne faire carrière que dans l'illustration et la publicité ?

DT : Le besoin de réaliser un travail personnel et de raconter des histoires. D'ailleurs, dorénavant, je développe plutôt mon travail comme scénariste.

KLI : Pourquoi cette prédilection pour la science fiction ?

DT : Quelqu'un a dit que la science fiction est l'art de deviner le présent. J'aime cette définition. C'est aussi un registre qui donne une grande liberté d'action.

medium_huitiemejour.jpgKLI : Est-ce qu'il y a une part de nostalgie dans votre travail ? Si je vous dis que vous faites de la rétro-science fiction, est-ce que vous êtes d'acccord ?

DT : Oui, je m'y reconnais. Je parlerai plutôt de rétro-futur. Cela me permet de récupérer des esthétiques d'époques différentes et de les intégrer dans un univers propre, le mien. D'une certaine manière, il s'agit de jouer avec l'idée du "futur qui n'a pas été", ce qui crée un espace de liberté.

KLI : La ville, l'urbanisme, l'architecture tiennent une grande place dans votre univers graphique. Pourquoi ?

DT : Je considère l'architecture comme un personnage supplémentaire. En général, toutes les scènes influencent l'action et le comportement des protagonistes. Je ne peux pas imaginer une histoire qui se passerait dans un lieu quelconque.

KLI : Vous avez influencé plusieurs dessinateurs. En ce qui vous concerne, quelles étaient vos références et influences graphiques et narratives quand vous avez commencé à oeuvrer en bande dessinée ?

DT : Pendant mon enfance, mes maîtres étaient les classiques américains (FOSTER, Dan BARRY, CANIFF, RAYMOND, etc). A quinze ans, j'ai découvert les européens (PRATT, BATTAGLIA, JIJE, HERGE...). Mais je crois que plus encore que les comics, ma narration a été davantage influencée par le cinéma et le roman.

KLI : Pourquoi votre dessin a t-il évolué vers la ligne claire ? Qu'est-ce que ce style a de plus que les autres ?

DT : J'aime le style ligne claire parce qu'il oblige à épurer le dessin et parce qu'il donne généralement comme résultat une narration nette, directe.

medium_opium01g.jpgKLI : Quels sont les autres artistes ligne claire que vous appréciez ?

DT : JIJE, CHALAND...

KLI : En quoi vos travaux pour les comics américains - votre épisode de SANDMAN ou votre aventure du SPIRIT avec Alan MOORE - ou dans le dessin animé - les aventures de TOM le dinosaure - ont t-ils influé sur votre approche de la bande dessinée ?

DT : Comme je n'ai pas beaucoup travaillé pour les américains, je dirai que ces réalisations n'ont pas été d'une grande influence, d'autant plus que, dans tous les cas cités, les éditeurs souhaitaient que j'utilise mon style propre. En ce qui concerne le dessin animé, je dirai qu'il enseigne l'importance du "temps" narratif.

KLI : Quel est l'état de la création ligne claire dans la bande dessinée espagnole d'aujourd'hui ? Est-ce qu'il y a de nouveaux dessinateurs ? Que sont devenus les autres auteurs de ce qu'il était convenu d'appeler "l'école de Valence" dans les années 1980 ?

DT : En vérité, je vis un peu à part de l'actualité du monde de la bande dessinée et des autres auteurs. Comme je réside maintenant à Barcelone, j'ai perdu le contact avec les dessinateurs de la "escuela valenciana".

medium_tomenparisg.jpgKLI : Plusieurs de vos livres pour enfants, je pense notamment aux aventures de TOm le dinosaure n'ont pas été publiés en France. Est-ce qu'on peut espérer qu'ils le soient bientôt ?

DT : Le monde éditorial des publications pour la jeunesse m'est assez inconnu. On publie beaucoup de titres pour les enfants et je suppose qu'un libraire est assez desorienté quand, inondé de livres, il reçoit un ouvrage jeunesse réalisé par un auteur de bande dessinée.

KLI : Quels sont vos projets ?

DT : Je viens de terminer la direction artistique de nouveaux épisodes des dessins animés de Tom, le dinosaure. Je continue à réaliser des illustrations pour l'Espagne et les Etats-Unis. Je vais preparer plusieurs scénarios pour d'autres dessinateurs. J'ai également en chantier une exposition d'aquarelles sur New York et je travaille en ce moment sur des peintures à l'huile ayant pour thème Barcelone.

medium_Photo_Daniel_Torres.jpgNé en 1958, Daniel TORRES, après des études à l'Ecole des Beaux Arts et d'Architecture de Valence, débute profesionnellement sa carrière dans les pages de la revue espagnole El Vibora avec EL ANGEL CAIDO, une aventure de Claudio Cueco influencée par l'underground qui sera publiée en France, dès 1982, par Futuropolis sous le titre L'ANGE DECHU. Daniel TORRES se forge ensuite un style propre et reconnaissable et connait le succés avec OPIUM publié dans la revue Cairo et traduit en album aux Humanoïdes Associés en 1983. La même année, il crée toujours pour Cairo son personnage le plus célèbre, Roco Vargas dont les aventures sont reprises dans (A SUIVRE) et publiées chez Casterman : TRITON (1985), L'HOMME QUI MURMURAIT (1986), SAXXON (1987), L'ETOILE LOINTAINE (1989). Parallèlement, Daniel TORRES dessine un grand nombre de nouvelles bandes dessinées pour Cairo ainsi qu'un album intitulé SABOTAGE conçu directement pour la collection Atomium de Magic strip (ensuite réédité par casterman) ainsi qu'un superbe album-portfolio "Babylone" pour les éditions Gentiane. On retrouve plusieurs de ses travaux dans l'album OLYMPE ET AUTRES RECITS publié chez Aedena en 1986. Par ailleurs, Daniel TORRES oeuvre dans le domaine de l'affiche, de la publicité. Après les quatre premiers épisodes de Roco VARGAS, Daniel TORRES reprend OPIUM pour les suppléments comics de la revue (A SUIVRE). Ces comics réalisés avec l'aide de plusieurs collaborateurs seront repris dans des recueils aux éditions Casterman puis dans l'intégrale OPIUM récemment éditée par Norma. Il entreprend toujours pour (A SUIVRE) des histoires courtes aux thèmes variés avec pour seule similitude d'être des récits racontés par le diable à dieu. Ces histoires seront publiées dans deux recueils aux éditions Casterman sous le titre LE HUITIEME JOUR (avant une intégrale aux éditions Norma). Viendront ensuite des récits publiés chez Norma et encore inédits en France tels les deux tomes du récit de science fiction EL ANGEL DE NOTRE DAME ou le recueil TEXTURA HUMANA rassemblant des histoires courtes publiées sur la période 1988-1992 notamment pour le marché américain. Un recueil d'illustrations intitulé THE ART OF DANIEL TORRES est publié en 1995 toujours chez Norma. Pour la jeunesse, Daniel TORRES crée TOM le dinosaure en 1995 qui prendra successivement la forme de livres illustrés, de bandes dessinées et de dessins animés.

Pour plus d'informations, je vous recommande l'entretien en espagnol en ligne sur le site de Norma.

Copyright illustrations Daniel TORRES et Norma Editorial

16:20 Publié dans Torres | Lien permanent | Commentaires (0)