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12/11/2006

LEFRANC DANS LE RETRO

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Avec sa dernière aventure intitulée "Le Maître de l'Atome", le célèbre reporter Guy LEFRANC retourne dans les années 1950 qui l'ont vu naître.

Pour cela, il n'a pas eu besoin d'une sphère de l'organisation Pro Mundia (cf l'album "L'apocalypse") mais d'une initiative éditoriale de CASTERMAN. Cette dernière est très clairement calquée sur le succés de la reprise de BLAKE ET MORTIMER aux éditions DARGAUD, à savoir replonger le héros dans le contexte historique où il a vécu ses plus belles aventures. Nous ne commenterons pas ici cette tendance éditoriale tendant à faire de la ligne claire un style daté ne pouvant s'adapter qu'à des histoires situées dans le passé et bercées de nostalgie. Nous la jugerons simplement réductrice, la "klare lijn" étant, à nos yeux susceptible de servir des récits résolument contemporains. Nous en reparlerons.

Ainsi, à l'instar de Ted BENOIT, André JUILLARD ou bientôt René STERNE qui, sur des scénarios de Jean VAN HAMME ou Yves SENTE, ont redonné vie à BLAKE ET MORTIMER dans les années 1950, une équipe composée de André TAYMANS et Erwin DREZE pour les dessins et Michel JACQUEMART pour le scénario s'est vue confier la réalisation d'un nouvel épisode des aventures de LEFRANC.

Différence notable avec les nouvelles aventures de BLAKE ET MORTIMER, les repreneurs de LEFRANC ne sont pas ici partis de rien. En effet, ce nouvel album repose sur un projet abandonné en 1954 par Jacques MARTIN - alors débordé de travail suite à son entrée aux Studios HERGE - dont ne subsistaient qu'une planche entièrement dessinée et encrée (la deuxième qui est d'ailleurs reprise dans l'album), quelques autres simplement crayonnées ou esquissées et un script de trois feuillets. "Le Maître de l'Atome" s'insére donc chronologiquement entre "La Grande menace" et "l'Ouragan de Feu".

Soyons clairs. Cet album qui se veut dessiné et conçu à la manière de Jacques MARTIN constitue une honnête aventure du reporter. Même s'il est un peu inégal, il est largement supérieur à tous ceux publiés ces dernières années dans lesquels LEFRANC n'était que l'ombre de lui-même.

Le scénario de JACQUEMART est plutôt bien ficelé et riche en rebondissements même s'il se montre souvent trop bavard. Rappelant les romans et films d'espionnage de l'époque, il nous plonge dans la guerre froide, en pleine décolonisation, de Genève à l'Afrique du Nord. Cerise sur le gâteau, on y retrouve Axel BORG dans le rôle du méchant vraiment méchant.

Le dessin de TAYMANS et DREZE tente de jouer les faussaires pour nous donner un LEFRANC des origines. Objectif à moitié atteint pour ces deux dessinateurs d'obédience ligne claire (André TAYMANS est notamment le créateur de la série Caroline Baldwin et le repreneur de Sybilline ; Erwin DREZE est l'auteur d'une adaptation d'Arsène Lupin d'inspiration ligne claire). L'ambiance "années 1950" est assez bien rendue au niveau des décors, des costumes, des voitures...mais le dessin des personnages n'est pas totalement convaincant. Il manque manifestement quelque chose. Force est de reconnaître que rentrer dans le style du Jacques MARTIN de l'époque n'est déjà pas évident car ce dernier est quand même assez différent entre la très ligne claire "Grande Menace" de 1952 et le style plus totalement ligne claire de "L'ouragan de feu" de 1959. Au final, TAYMANS et DREZE propose un dessin assez éloigné de celui des deux premiers albums entre lesquels "le Maître de l'Atome" est censé s'intercaler. On sent d'ailleurs nettement le style de TAYMANS réapparaître au fil des pages comme si le dessinateur avait éprouvé un inconfort à représenter des personnages qui ne sont pas les siens. A moins que le délai imparti ne l'ait contraint à "reprendre la main". En effet, à la décharge des dessinateurs, on précisera que l'album devait être réalisé en moins d'un an, ce qui constituait quand même un timing serré ne permettant pas d'atteindre le perfectionnisme d'un Ted BENOIT ou d'un René STERNE pour BLAKE ET MORTIMER.

medium_ouragan_de_feu.jpgAu final, un résultat honnête mais pas exceptionnel non plus. On pourra préfèrer à ce nouvel opus la récente réédition CASTERMAN de "l'Ouragan de feu" en fac-similé avec sa couverture de l'édition originale parue en 1961 au Lombard. Du 100% rétro !

Est-ce que l'équipe mise en place pour ce "Maître de l'Atome" sera appelée à reconduire l'exercice ? Nous ne le savons pas à l'heure qu'il est. On peut néanmoins penser qu'un succès de cet album pourrait contribuer à la mise en chantier d'une nouvelle aventure typée "années 50".

Sur les rapports entre LEFRANC et la ligne claire, se reporter au numéro 6 de l'excellent webzine "Enfants d'Alix" disponible sur un site consacré à l'oeuvre de Jacques MARTIN : http://www.alixintrepide.org/

17:55 Publié dans Martin, Taymans | Lien permanent | Commentaires (0)