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08/05/2012

SCHWARTZ, YANN ET LES HERITIERS

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Après Le Groom vert de gris, leur excellent Spirou situé en pleine occupation allemande, le tandem Yann et Schwartz nous propose Gringos Locos, une fiction ancrée dans l’immédiat après-guerre mettant en scène un épisode bien connu des amateurs de la bande dessinée franco-belge.

Nous sommes en 1948, en pleine guerre froide. Face à la montée du communisme en Europe, Jijé décide de quitter le vieux continent pour se rendre aux Etats Unis dans l’espoir un peu naïf de se faire embaucher par Disney. Il est accompagné par son épouse, ses enfants et deux jeunes dessinateurs, Franquin et Morris.

Yann et Schwartz nous proposent une version très personnelle de cette aventure authentique, véritable épopée conduisant les héros de Belgique au Mexique avec une incroyable traversée des Etats-Unis de la Côte Est à la Côte Ouest.

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Il ne s'agit pas ici d'une vision hagiographique 100% fidèle à la réalité mais d'une forme de revisitation s'autorisant un degré de liberté par rapport à des auteurs que Yann connaît fort bien pour avoir notamment collaboré avec Franquin et Morris.

Gringos Locos ravira tout autant l'amateur de bande dessinée belge que le lecteur n'ayant qu'une vague connaissance des créateurs de Gaston, Jerry Spring ou Lucky Luke car même si certains clins d'oeil ou références lui échappent, il prendra plaisir à découvrir les exploits de Joseph, André et Maurice.

C’est là toute la force de l’approche de Yann et Schwartz. Rendre cette histoire accessible à chaque lecteur. On se laisse entraîner par le rythme trépidant d’une aventure riche en péripéties et par l’humour de Yann servi par l’impeccable ligne claire du talentueux Olivier Schwartz.

Son trait toujours aussi inspiré sert à merveille cette épopée et colle parfaitement à l’ambiance générale du récit.

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On peut supposer la délivrance que doit constituer pour Yann et Schwartz la parution de leur bande dessinée.

En effet, il s’en est vraiment fallu d’un rien que Gringos Locos finisse au pilon, les ayants-droits de Jijé et Franquin ayant bloqué sa parution depuis janvier en arguant d’un manque de respect par rapport à la personne des trois auteurs, héros de l’aventure, qu’ils jugeaient tournés en ridicule.

Un compromis ayant été fort heureusement trouvé par l’éditeur, la bande dessinée sort avec un avertissement et un supplément de dix pages intitulé Droit de réponse et quelques questions donnant la parole aux héritiers, notamment à Benoît Gillain, fils de Jijé. Ce fascicule présente des anecdotes et des photographies inédites de cet étonnant périple américain.

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Si l’issue éditoriale est heureuse, on ne peut néanmoins que regretter de voir Yann et Schwartz dans l'obligation d’accepter de telles conditions.

On peut supposer que Jijé, Franquin et Morris, s’ils étaient encore parmi nous, riraient de bon cœur de se voir si drôles en ce miroir ! Dommage que les héritiers de Jijé et Franquin, par leur réaction disproportionnée, n’aient pas mesuré à quel point cette œuvre de pur divertissement constituait certainement le plus bel hommage rendu à leurs talentueux géniteurs depuis La vie exemplaire de Jijé, un court récit proposé par Yves Chaland, dans Métal Hurlant, au début des années 80 !

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Extrait de La vie exemplaire de Jijé

par Chaland

La preuve : une fois la lecture de Gringos Locos terminée, on éprouve une furieuse envie de reprendre un Blondin et Cirage, un Modeste et Pompon ou bien un Lucky Luke.

Espérons maintenant que le tome 2 de cette aventure, qui verra l’entrée en scène d'un certain René Goscinny, ne subisse pas un sort funeste. Ce serait vraiment fort regrettable !

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A signaler :

- La galerie Daniel Maghen proposait dernièrement une exposition-vente de dessins et crayonnés d’Olivier Schwartz pour cet album (ainsi que de superbes illustrations originales autour de Spirou). On peut encore les découvrir sur le site de la galerie.

- Yann et Schwartz participeront à une conférence-débat, ce jeudi 10 mai, à la librairie bruxelloise Brüsel qui propose également une exposition de planches originales ainsi qu'un tirage spécial de l'album (avec ex-libris et portfolio).

Illustrations copyright Schwartz, Yann et Dupuis pour Gringos Locos & Chaland pour La vie exemplaire de Jijé

16:27 Publié dans Schwartz, Yann | Lien permanent | Commentaires (0)

05/12/2009

HERGE, SWARTE ET LA LIGNE CLAIRE

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En cette fin d'année, L'Express et Le Monde consacrent chacun un hors-série à Tintin et à son créateur.

Même si beaucoup a déjà été écrit sur Hergé et si le contenu de ces nouvelles publications est un peu convenu et sent globalement le réchauffé, nous vous invitons à les découvrir. En effet, l'amateur de ligne claire y trouvera son bonheur dans des commentaires de Joost Swarte, Johan de Moor, Emile Bravo, Olivier Schwartz, Stanislas... sur l'oeuvre d'Hergé.

A noter également que le hors-série du Monde propose une belle illustration-autoportrait de Joost Swarte sur la Klare Lijn.

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Pour plus d'infos sur le hors-série du Monde

Crédits illustrations L'Express, Le Monde et Joost Swarte

07/05/2009

OLIVIER SCHWARTZ EVOQUE SPIROU

 

Dans l'entretien qu'il nous accordait sur ces pages au printemps 2007, Olivier SCHWARTZ nous confiait, à propos de la reprise graphique de séries comme Blake et Mortimer ou Spirou : "C'est évident que je ne refuserai pas de telles propositions si elles m'étaient faites. Ouais, j'adorerais mais peut-être qu'un jour ?...". Deux ans plus tard, le souhait exprimé par le dessinateur de l'Inspecteur Bayard se réalise avec la parution du Groom Vert-de-Gris, un album de la collection "une aventure de Spirou et Fantasio par..." écrit par YANN. Cet album va constituer indéniablement une étape importante dans la carrière d'Olivier SCHWARTZ et lui offrir la juste reconnaissance qu'il mérite amplement. Tout cela justifiait bien un nouvel entretien, celui-là même que nous vous proposons aujourd'hui.

 
 
 
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Klare Lijn International : Comment s’est concrétisé ce projet ? Je crois qu’il y avait eu au préalable des tentatives de reprise de Gil Jourdan.

Olivier SCHWARTZ : C’est exact. YANN m’a d’abord proposé de plancher sur Gil Jourdan. Il demandait simplement deux, trois personnages principaux pour voir comment je les interprétais. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire une fausse couverture... Emballé, il m'a proposé d'essayer de dessiner une page sur un de ses crayonnés qu'il situa au milieu d'une histoire qu'il avait en tête. Chez DUPUIS ça a bien accroché mais ils ont voulu en voir plus ! Bref, j'ai dû réaliser trois planches supplémentaires pour, disaient-ils, que la séquence soit plus longue et donne un meilleur aperçu de ce qu'on pouvait faire. Leur réaction fut enthousiaste. On s'y croyait déjà ! Et puis, BADABOUM ! Le projet proposé à la fille de Maurice TILLIEUX n’a même pas pu lui plaire, puisqu'elle n'a pas souhaité le voir. YANN s'était un peu avancé en pensant que celle-ci était décidée à donner une suite aux aventures du légendaire détective belge. Comme des c…, on s'était bien enflammés ! De son côté, YANN avait signé un synopsis d'album entier ! Il faut voir les belles promesses qu'on nous a faites...

KLI : Et donc vous vous êtes retrouvés avec le projet du Groom Vert de Gris.

OS : Suite à l’échec du projet de reprise de Gil Jourdan, nous étions forcément un peu KO ! En même temps, nous savions que notre travail n'était pas en cause parce que DUPUIS était vraiment prêt à sortir le grand jeu en ressortant les albums de TILLIEUX, un par un, accompagnés d'une nouveauté à chaque fois. YANN m'a alors parlé des "one shots" Spirou. A l'époque, seul l'album de YOANN et VEHLMANN était paru. Il m’a demandé si cela me plairait d’en faire un avec lui. Quelle question ! On a donc recommencé le même cérémonial mais ça a été beaucoup plus simple car DUPUIS s'en voulait quand même un peu de nous avoir fait autant travailler sur Gil Jourdan. Le Spirou a donc été un peu plus facile à mettre en place. Quelques illustrations ont suffi. Cela a juste mis plus de temps que prévu parce qu'il y a eu trois changements de direction successifs - sans prévenir le personnel - à la tête de DUPUIS et nous n’avions pas toujours grand monde comme interlocuteurs à certains moments. Au final, quand la situation éditoriale s'est stabilisée, le projet a repris.

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KLI : Aborder ce Spirou conçu initialement pour CHALAND, après le Journal d’un Ingénu, l’excellent Spirou d’Emile BRAVO, j’imagine que cela doit mettre la pression. Vous étiez dans quel état d’esprit en abordant cet album ?

OS :  Le Spirou de CHALAND est une merveille ! C'est scandaleux que cette idée de "one shots" vienne si tard, c'est lui qui aurait du l'inaugurer. J'imagine sa déception quand le manque de souplesse et d'imagination des rédactions de l'époque lui ont fait refermer ses fardes ! Pour les autres albums "one shot", j'ai préféré ne pas les lire avant d'avoir bouclé le mien. Mis à part le premier que j'avais acheté et bien apprécié! Ce jour là, si l'on m'avait dit qu'un jour j'aurais la chance d'en dessiner un! Depuis, j'ai lu le BRAVO et effectivement, il a mis la barre très haut! Celui qui dit qu'il n'a pas de pression en s'attaquant à un personnage aussi emblématique que Spirou est un menteur, ou un YANN (D'ailleurs il est né à Marseille!). Cette pression est tangible, évidemment. En même temps, comme toutes sortes d'auteurs ont eu ce privilège, c'est moins compliqué que de succéder à un unique créateur indiscutable. Il y a aussi le fait de travailler avec un type comme YANN qui m'a mis dans les meilleures conditions pour aborder cet univers.

KLI : Vous avez relu des SPIROU de vos prédécesseurs avant de débuter ?

OS : Oui. J’ai relu quelques FRANQUIN et j’ai essayé de me procurer les JIJE de l’époque décrite dans l’album. Ils ne sont malheureusement pas encore réédités. C’est d’ailleurs le seul tome qui manque encore à la collection Tout JIJE chez Dupuis. On peut avoir des bribes dans certains ouvrages. Ce n’est qu’un aperçu. Mais on n’a pas besoin de tout lire pour se lancer, il faut se reposer sur la mémoire. C’est vrai que la lecture des anciens, ça rassure un peu.

KLI : Concernant votre dessin, est-ce qu’il y a eu des interrogations de votre part sur l’évolution à lui donner pour ce Spirou ? Est-ce qu’un auteur en particulier parmi les prédécesseurs vous a marqué davantage ? On sent par exemple l’influence de JIJE dans un personnage comme Fantasio.

OS : C’est vrai. Pour Fantasio, je me suis plus inspiré de JIJE qui ne l'oublions pas l'avait inventé et lui avait donné ce côté hurluberlu un peu maigre avec un cou interminable. Fantasio est tout à fait étonnant chez JIJE!

 
 
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KLI : Et le personnage de Spirou ?

OS : Au départ, pour tout vous dire, je suis parti sur des dessins de Rob VEL. J’ai cherché. J’ai essayé de trouver un angle. Ce n’était pas évident. Je retombais souvent sur le Spirou de CHALAND qui m’avait pas mal marqué et également celui de FRANQUIN. Et j’ai donc fait un mélange de tout ça. En fait, cela s’est fait tout seul. Parfois, on retrouve un peu plus du Spirou de CHALAND, parfois un peu plus de celui de FRANQUIN, parfois on tire vers JIJE ou même étonnamment vers HERGE ou SAINT-OGAN. Et puis, même si c’est vrai qu’on se les pose, c’est bien beau toutes ces questions. Il faut faire des pages et aller de l’avant.

KLI : Vous n’avez donc pas trop gambergé avant de travailler sur cet album ?

OS : Non. Pas tant que cela en fait. Parce que finalement je l'ai dessiné comme je dessine l’Inspecteur Bayard.

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KLI : Et le contexte belge de l'album, ses références à des personnages comme ceux de Willy VANDERSTEEN qui sont pas forcément dans le patrimoine francophone, cela vous a posé un problème ? Il vous a fallu gagner vos "galons de belgitude" pour vous mettre au niveau de YANN qui est très belge ?

OS : Lui, c’est un expatrié, quasiment d’ailleurs un apatride. Moi, j'ai avalé des quantités de bouquins et de journaux pour compenser mon ignorance de la Belgique. Je trouvais assez peu de documentation à Nantes. Peut-être m'y prenais-je mal? Une seule visite à Bruxelles pour rencontrer enfin YANN m'a permis de constituer de la documentation pendant trois jours. Pas mal de photos. Quelques dessins. Tout ça au pas de charge, il a une de ces foulées! Malheureusement on n'a jamais les bonnes images quand on se retrouve seul face à sa planche. Les personnages de VANDERSTEEN sont quasi inconnus en France et je dois avouer que je n'en ai lu qu'un ou deux...

 
 
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KLI : Pendant la réalisation de l’album, est-ce que vous avez pu influer sur le scénario de YANN ou bien avez-vous été un élève respectueux des consignes ?

OS : C’est un peu spécial. Je n’avais pas travaillé énormément avec YANN. Il y a eu le projet de reprise de Gil JOURDAN et une petite bande dessinée, sur une petite alsacienne, Suzel. Juste quelques gags en une planche. Finalement assez peu de choses. J’avais trop de respect pour YANN et en règle générale j’ai trop de respect pour les scénaristes,  pour m’immiscer dans leur cuisine. Et puis j’aime bien aussi qu’on me raconte d’abord une histoire. En fait, j’ai laissé YANN faire son boulot de manière extrêmement classique. Ça ne se passera pas comme ça à l'avenir!  Qu'il se le tienne pour dit!

KLI : Je crois savoir que YANN dessine ses scénarios. Est-ce que cela vous a changé par rapport à la collaboration sur l’inspecteur BAYARD.

OS : Oui, c’est différent. Mais ce n’est pas une première pour moi car j’ai déjà travaillé avec un scénariste-dessinateur à mes débuts, dans les années 1980, chez Milan. Il s’agissait de Christian GOUX, auteur de Saucisson Smith et ancien rédacteur en chef de Tintin France qui avait repris Fripounet et Marisette pour Fleurus dans un style très hergéen. A l’époque, j’ai le souvenir que les dessins de Christian m’avaient troublé. J'essayais systématiquement de faire plus compliqué que lui. Je lui avais d’ailleurs demandé de ne m’envoyer que des scripts au bout d’une vingtaine de pages. J’imaginais, à tort, que cela entravait mon imaginaire. Avec YANN, cela a été complètement différent parce son travail est différent et que j’ai muri  et compris tout l'intérêt que j'avais à ne pas lutter contre les premières approches mais de m'en servir notamment pour réussir les cases de transition, ces cases obligatoires pour l'avancée du récit mais qui sont une plaie à dessiner. En fait, YANN, sans me mâcher le travail, le faisait toujours avancer d’un cran. Quand je commençais à m’intéresser à la planche, il avait déjà résolu un certain nombre de problèmes techniques et partant de là, j’avais plus de temps pour aller encore plus loin dans le dessin.

 

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KLI : Vous n’avez pas eu d’oppositions, de conflits sur le traitement de certaines séquences, de certaines cases ?

OS : Non. Pas de conflit. On s’est bagarré d’une façon rigolote. On communiquait beaucoup par mail et on s’envoyait des blagues. Tout en petit nègre-allemand... Avec la volonté commune d’essayer de créer le meilleur album possible. J’essayais aussi d’ajouter mon grain de sel pas seulement d’un point de vue graphique. Moi qui suis assez respectueux du travail du scénariste, j’ai vite compris que YANN aimait bien qu’on lui apporte aussi un  avis, d’autres mots, et que le fait qu'on change son texte ne le gênait absolument pas. J’étais habitué à travailler avec Jean-Louis FONTENEAU qui pèse chaque virgule et avec qui il faut argumenter pour changer son texte. De plus, les textes étaient toujours revus par la rédaction d'Astrapi d'une façon plutôt pointilleuse. Là, je pouvais ajouter des éléments. Quand ce n’était pas bon, nous en discutions en essayant de trouver le meilleur parti.

KLI : C’est vrai qu’avec Yves CHALAND, YANN était habitué à un dessinateur qui bouleversait pas mal ces scenarios.

OS :Vous avez raison. Ce n’était pas du tout le même rapport entre YANN et CHALAND qu’entre YANN et moi. C’est même l’inverse. Et puis, pour moi, c’est un premier travail avec YANN.

KLI : Vous avez accroché d’entrée au scénario de YANN ?

OS : Oui. Malgré son inscription dans un contexte historique, je l’ai trouvé finalement très moderne. Il n’aurait pas pu voir le jour dans les années 1940-1950. Il y a du sexe (évoqué), des morts (de loin, mais quand même...).  On y parle de l'épuration, du sort réservé aux juifs, de certificat d'aryanité… Bref, des sujets trop sensibles pour être abordés dans les années d'après-guerre !

 
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KLI : Il est certain que c’est du tout bon YANN. Le seul petit reproche qu’on pourrait faire à cette histoire réside dans la multiplication des références.

OS : C’est peut-être un peu trop mais nous nous sommes amusés. Vous savez un peu comme quand on fait son premier livre, on veut tout y mettre et tout prouver. Nous étions trop excités par ce projet !

KLI : Au lecteur avisé de dénicher toutes les références !

OS : Il y aura d’ailleurs un jeu à ce sujet dans le journal Spirou avec des albums à la clé.

KLI : Sur le dessin proprement dit, comment s’est passé la collaboration. Prenons un exemple concret, le véhicule de Fantasio, un repère visuel assez fort de l’album, qui a déterminé les caractéristiques, la décoration, la couleur… ?

OS : YANN avait déterminé qu’il s’agissait d’une traction. Après, pour la décoration, il y a eu une petite bagarre là-dessus. YANN avait pensé au pique noir qu’on trouve sur la robe de chambre du Fantasio de JIJE. C’était une très bonne idée mais je trouvais que c’était un peu fade graphiquement. J’ai donc proposé de mettre un peu plus de couleurs et toutes les cartes.

 
 
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KLI : Le Groom Vert de Gris est un album au long cours. Est-ce que cela a été une partie de plaisir ou un dur labeur ?

OS : C’était effectivement un format inhabituel pour moi. Jamais je ne m’étais attaqué à un 62 pages. Sur l’inspecteur Bayard, j’ai dessiné des grandes histoires en 48 pages. C’était il y a longtemps et je n’en avais plus du tout l’habitude. Il m’a donc fallu retrouver le marathonien sommeillant en moi alors que j’étais habitué à piquer des 100 mètres. La réalisation d’un tel album a un côté fastidieux parce qu’il faut toujours rester au niveau de la documentation, des personnages. En plus, comme je dessinais un Inspecteur Bayard en même temps, j’étais obligé de couper mon travail sur le Groom et quand je le reprenais, je ne savais plus dessiner Spirou, Fantasio ou bien j’avais oublié ma documentation. Jusqu’à la fin, j’ai du en référer à ma documentation pour dessiner le moindre fusil, le moindre uniforme, les vêtements…C’est indispensable. Si on commence à copier ce qu’on a déjà dessiné, au final, on ne peut qu’aboutir à des choses fades.

KLI : Avez-vous entrepris l’album dans sa continuité ou bien par séquences ?

OS : J’ai travaillé en continu, quasiment case par case. Je n’encre pas case par case mais presque. J’adorerais faire cela. Je l’ai d’ailleurs fait longtemps. Là ce n’était pas possible. C’était quand même page par page. Il m’est arrivé de travailler sur des séquences de 6 à 8 pages au crayonné mais j’aime bien encrer immédiatement. J’aime travailler chronologiquement parce que, comme je le disais, j’aime bien qu’on me raconte une histoire. Quand on la dessine, on a l’impression aussi de la vivre. Je n’imagine pas dessiner une bande dessinée dans tous les sens, en commençant par fin par exemple, parce qu’à ce moment-là, on devient quelqu’un qui fabrique. Pour moi, il faut être dans l’histoire. Il faut la vivre aussi. En planchant sur un album, le dessinateur évolue et son dessin aussi. J’aime cette idée que du début à la fin, ce n’est pas la même chose. Des gens très pointus peuvent sentir ces différences. C’est vivant. C’est important pour donner de la chair à l’ensemble.

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KLI : On peut estimer que cette sortie va certainement constituer un cap important dans votre carrière qui était jusqu’à présent très orientée jeunesse avec, à mes yeux, un manque de reconnaissance, une tendance à vous considérer comme un auteur influencé par CHALAND. En avez-vous conscience ?

OS : Bien sur, j’y ai pensé et j’y pense encore. C’est un peu comme rentrer dans la grande école. Sur l’influence trop grande de CHALAND, j’en conviens de toute façon. J’aurais eu bien du mal et j’ai encore bien du mal à me débarrasser d’une influence qui peut être critiquée par ailleurs.

KLI : Je vais m’autoriser une question un peu tarabiscotée. Si CHALAND n’avait pas existé, auriez-vous dessiné de la même façon ?

OS : Si SAINT-OGAN n'avait pas existé, est-ce qu'HERGE aurait dessiné de la même façon? Si JIJE n'avait pas existé, GIRAUD aurait-il fait des westerns? Si ma tante en avait, la mettrait-on en bouteille?

 
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KLI : Parlons de la couverture de l’album et celles des deux numéros du journal de Spirou dans le cadre de la prébublication du Groom Vert de Gris. Les idées vous viennent rapidement ou nécessitent plusieurs tentatives ?

OS : Pour l’album, j’ai réalisé des projets de couverture très vite, dès l’été 2007, trois mois à peine après avoir commencé. Vous savez ce que c’est, il y a des représentants qui en ont besoin pour leur travail. J’ai fait quelques esquisses et celle qui a été retenue correspond à ma première ébauche. Pour les couvertures du journal Spirou, j’ai du faire 5 ou 6 esquisses. Les deux retenues étaient aussi dans les premières. Avec les couvertures, on peut croire avoir trouvé et il faut parfois chercher encore un peu. J’adore travailler sur les couvertures.

 
 
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KLI : J’imagine que la parution du Groom Vert de Gris va être accompagnée d’une promotion importante avec moult déplacements, interviews… Vos projets vont en prendre un coup. Quels sont-ils ?

OS : Oui. Cette promotion est normale. L’après-album, c’est encore pas mal de travail, plein de choses à faire, des ex-libris, des interviews… Vous savez, quand on a été privé pendant de longues années, de la moindre interview, de la moindre radio, c’est quand même très agréable. Pour les projets, c’est encore un peu vague. Il y a en un avec YANN en continuation de notre travail. Nous aurions peut-être la possibilité de travailler sur un ouvrage qui serait une tranche de vie de FRANQUIN, JIJE, MORRIS quand ils sont partis au Mexique, aux USA, quand ils ont rencontré GOSCINNY.

KLI : CHALAND avait déjà résumé la vie de JIJE en quelques planches !

OS : Oui, c’était très drôle. Mais là, il ne s'agirait pas d'une parodie.

KLI : Toujours fidèle également à l’inspecteur Bayard ?

OS : Non. J’ai décidé d’arrêter. J’ai vraiment été au bout de cette série. J’en ai fait énormément et j’y trouvais un peu moins de plaisir ces derniers temps.

KLI : Le personnage va continuer ?

OS : j’étais prêt à le céder à un autre dessinateur. J’ai dit à Jean-Louis FONTENEAU, mon scénariste, qu’il pouvait trouver quelqu’un, qu’il n’y avait pas de problème. Je pensais que l’éditeur suivrait, aurait envie de garder un personnage, un héros dans le journal Astrapi. Finalement, j’ai appris qu’il n’en était pas question. J’étais bien évidemment un peu peiné pour Jean-Louis après vingt ans de collaboration.

 
 

 

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KLI : Et des projets personnels ?

OS : J’en ai mais ce ne sont encore que des embryons. Il y aura bien un moment où je pourrais m’y consacrer mais pas dans l’immédiat.

KLI : Ce serait toujours dans un style ligne claire ?

OS : C’est vous qui parlez de ligne claire. Moi je n’en parle pratiquement jamais. Je ne me force pas à faire de la ligne claire. Je ne pense pas trop à ça. J’aime bien faire d’abord ce qui me plait.

KLI : Vous pourriez donc créer dans un registre différent, dans un style plus jeté par exemple ?

OS : Oui cela se pourrait.

KLI : Vous avez donc le sentiment de ne pas être arrivé au bout de votre évolution en terme de dessin, de ne pas avoir trouvé votre patte, votre style caractéristique ?

OS : Je laisse infuser, les influences se digèrent lentement chez moi. Parfois c'est très long... Le temps a son mot à dire là-dedans et je pense qu’au bout d’un moment, la personnalité finit par surgir. Et si rien ne vient, tant pis, être qualifié de "sous-chaland" n'est pas si déshonorant, ça prouve que j'ai une excellente photocopieuse !

 
 
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KLI : Certains personnages dans le Groom Vert de Gris tendent vers un style plus réaliste. Je pense notamment à Ursula.

OS : C’est vrai. Elle était encore plus réaliste sur les croquis de départ. Pour tout vous dire, j’étais parti de Marlène Dietrich. Elle était plus dure, ce qui lui donnait un aspect encore plus réaliste que le résultat final.

KLI : J’ai cru comprendre qu’il y aurait un tirage de tête de l’album ?

OS : Il y en aura plusieurs. Il y a différents projets en noir et blanc, en couleurs, avec des formats variés, des couvertures originales. Il y a en aura d’abord un chez Boulevard des Bulles. Un autre avec beaucoup d’esquisses, presque tout le matériel, qui viendra bien plus tard, en fin d’année, chez Bruno Graff. DUPUIS sortira également la version bruxelloise. D'abord en luxe puis un retirage en édition plus courante.

KLI : Des expositions à l’occasion de cette parution ?

OS : Oui. Une exposition va être organisée, à partir du 7 mai, à la librairie La Main Blanche à Waterloo en banlieue de Bruxelles...

 
 

Liens utiles :

Site Spirou

Site de la librairie Boulevard des Bulles

Site des éditions Bruno GRAFF

Site de la librairie La Main Blanche

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Illustrations coypright SCHWARTZ-YANN-DUPUIS pour Spirou et SCHWARTZ-FONTENEAU-BAYARD pour Inspecteur Bayard

23:12 Publié dans Schwartz | Lien permanent | Commentaires (3)

21/02/2009

SPIROU(S) ET FANTASIO(S)

Le numéro 3697 du journal SPIROU daté du 18 février 2009 nous offre enfin le plaisir de découvrir la prépublication tant attendue du Groom vert-de-gris, le nouvelle aventure de Spirou et Fantasio écrite par YANN et dessinée par Olivier SCHWARTZ.

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Couverture du Spirou du 18 février 2009 signée SCHWARTZ

Au regard des treize premières pages publiées, le scénario de YANN s'annonce fort prometteur et truffé de références multiples. Il sera de toute évidence d'une autre tenue que ceux du très moyen Tombeau des Champignac dessiné par TARRIN ou de l'insipide Aux sources du Z co-écrit avec MORVAN pour MUNUERA. Est-ce qu'il sera en mesure de rivaliser en qualité avec l'excellence du Journal d'un ingénu d'Emile BRAVO ? Les prochaines semaines de parution nous le dirons.

Il s'agit d'une version revue et corrigée d'un projet porté par YANN et Yves CHALAND, il y a plus de vingt ans, et malheureusement stoppé en plein vol par les (ir)responsables éditoriaux qui s'occupaient de DUPUIS à l'époque, projet initial que l'amateur pourra retrouver dans Les Inachevés de CHALAND aux éditions Champaka.

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Case extraite du Groom vert-de-gris

Il y a fort à parier qu'avec ce Spirou, Olivier SCHWARTZ, dessinateur talentueux des aventures de l'inspecteur BAYARD, bénéficiera enfin de la reconnaissance qu'il mérite dans le monde de la bande dessinée. Rappelons que nous l'avions interrogé sur ces pages avant l'annonce de sa reprise du personnage de Spirou, entretien que vous pouvez retrouver en cliquant ici.

Vous pouvez également découvrir des planches et des entretiens avec les auteurs sur l'excellent site http://www.expressbd.com mais aussi visionner la "bande annonce" du Groom vert-de-gris sur http://www.dupuis.com .

L'album sera dans toutes les bonnes librairies le 7 mai prochain !

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Case extraite du Groom vert-de-gris

Concernant une autre reprise très ligne claire du plus célèbre groom de la bande dessinée annoncée dans la même collection, celle dessinée par Serge CLERC et écrite par Jean-Luc FROMENTAL, il faudra certainement s'armer de beaucoup de patience. En effet, le dessinateur espion nous informe que ce beau projet n'a pas démarré faute de scénario. A en croire que Jean-Luc FROMENTAL, heureux responsable éditorial de Denoël Graphic est trop occupé à boire du thé avec Posy SIMONDS ! Pour compenser la tristesse que vous devez tous éprouver à l'annonce de cette bien triste nouvelle, le grand Serge CLERC m'a aimablement autorisé à mettre en ligne deux de ses "revisitations" de Spirou et Fantasio, dans l'album d'images que vous pouvez trouver dans la colonne de gauche de ce site. Savourez !

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Détail d'une revisitation signée Serge CLERC

J'en viens à me demander si un éditeur inspiré, par exemple d'origine champakienne, ne pourrait pas nous préparer un beau recueil regroupant ces belles illustrations style atome, histoire de nous faire patienter jusqu'à la publication de la bande dessinée annoncée. L'appel est lancé !

J'observe par ailleurs avec plaisir que les "revisitations" de Spirou et Fantasio ne se limitent pas à des auteurs confirmés comme BRAVO, LE GALL, SCHWARTZ, CLERC ou YOANN. En effet, de jeunes dessinateurs pleins de talent et d'avenir nous proposent leurs propres visions de ces personnages mythiques. Je ne saurais que trop vous conseiller d'aller jeter un oeil sur le blog du perpignanais ELRIC ou de sa consoeur LAUREL.

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Dessin d'après Franquin signé Elric et Laurel

Les éditions DUPUIS n'ont donc pas de souci à se faire pour la continuité de leur collection "une aventure de Spirou et Fantasio par...". La relève est dès-à-présent assurée !

21/10/2007

UN BEAU PANIER GARNI

Dans la déferlante des sorties qui inondent nos librairies, qu’il nous soit permis ici de mettre en avant quelques publications ligne claire qui ont retenu notre intérêt au cours des dernières semaines et qui méritent de figurer presque toutes dans le panier de la ménagère klare lijn !

medium_saboum.jpgLa collection Patrimoine BD des éditions Glénat nous propose de (re)découvrir un personnage créé à la fin des années 1950, dans l’hebdomadaire Bayard, par Jean CHAKIR, dessinateur français surtout connu pour sa série Tracassin publiée à partir de 1962 dans Pilote. Il s’agit de l’inspecteur SABOUM, étrange policier dont l’apparence fait penser à un TINTIN avec la boule à zéro portant costume et lunettes noires. Etonnant ! Le trait de CHAKIR s’inspire ici de la ligne claire d’HERGE sans atteindre son excellence. En effet, le dessin est parfois brouillon, la mise en page n’est pas toujours bien inspirée et le récit parait le plus souvent improvisé autour d’une trame générale. Intitulée L’énigmatique Monsieur Paul, cette aventure est emblématique de la bande dessinée de l’époque avec héros intrépide, méchants gangsters, poursuites et rebondissements menés tambour battant. Cela fait penser aux FELIX de TILLIEUX. Au final, malgré ses imperfections, cette bande dessinée se révèle agréable à la lecture. Elle comblera tous les nostalgiques des années 50. Pour les autres, elle semblera bien datée. Rien ne dit si Glénat éditera d’autres aventures de ce personnage dont la carrière s’est prolongé jusqu’au début des années 1970.

medium_BAYARD_COUV.jpgUn inspecteur pouvant en cacher un autre, évoquons maintenant Bienvenue en Enfer, le seizième volume des aventures de l’inspecteur Bayard sorti chez l’éditeur du même nom. Les enquêtes proposées par le scénariste Jean-Louis FONTENEAU ont cette fois-ci pour cadre les îles grecques. On y retrouve avec plaisir les personnages habituels de la série, l'inspecteur Bayard, Sam, Isa, le Yorg mais aussi l’ignoble et malfaisant Orseck Malmor, l’ennemi juré de notre héros. Le dessin ligne claire d’Olivier SCHWARZ est toujours aussi efficace et élégant. Une bien belle série pour les jeunes et … moins jeunes ! Qu’on se le dise, l’Inspecteur Bayard, ce n’est pas que pour les enfants. Na ! Le prochain épisode des aventures de l'Inspecteur sera t-il publié avant ou après le SPIROU que prépare dans le plus grand secret l'ami SCHWARTZ sur un scénario de YANN ? Mystère ! Quelques planches de ce futur SPIROU sont visibles en exclusivité sur le site expressbd.com.

medium_Franka_T3_10cm.jpgComme nous l’annoncions l’an passé sur ces pages, les Humanoïdes Associés se sont engagés dans la publication d’aventures inédites de FRANKA, la bande dessinée néerlandaise du dessinateur Henk KUIJPERS dont un nombre limité de titres avait été traduit en France dans les années 1980 alors qu’elle se poursuit depuis, avec succès, dans son pays d’origine. Après la réédition, ces derniers mois, des deux volumes des Dents du Dragon, nous sont proposés en cette rentrée deux aventures inédites en France, Victime de la Mode et Comme au cinéma. On y retrouve avec plaisir l’héroïne particulièrement énergique et le dessin très ligne claire de KUIJPERS. Ces bandes dessinées d’aventures classiques sont servies par un trait, un découpage, une mise en page qui tout en s’inscrivant dans la tradition de la bande dessinée ligne claire se révèlent d’une grande modernité. L’auteur hollandais sait allier la simplicité, la fluidité et le dynamisme du dessin avec un traitement extrêmement soigné du deuxième plan qui regorge d’éléments et de détails (décors élaborés, figurants en action…), ce qui donne beaucoup de vie à son univers graphique. Sans sombrer dans le puritanisme, on déplorera simplement le penchant coquin de l’auteur qui tend un peu trop à dénuder ses héroïnes et à nous dévoiler leurs anatomies, ce qui n’apporte rien au récit. On relèvera avec intérêt que loin d’être figé, le trait de KUIJPERS évolue avec son temps. Les derniers épisodes de FRANKA publiés aux Pays-Bas l’attestent. Espérons que les Humanoïdes Associés nous les proposeront dans les prochains mois.

medium_bd.jpgL’année 2007 marque décidément le grand retour de COLONEL MOUTARDE à la bande dessinée. En effet, après L'espace d’un soir, son vaudeville à la construction originale sur un scénario de Brigitte LUCIANI (Delcourt) et le second volume de Grenadine et Mentalo, sa bande dessinée pour enfants (Milan) publiés en début d’année, la talentueuse dessinatrice nous revient avec La BD des Filles, une histoire écrite par Anne BARAOU, autre signature reconnue de la bande dessinée. Comme l’indique à la fois son titre et sa couverture paillette très rose bonbon, cette nouvelle bande dessinée co-publiée par Dargaud et Fleurus est principalement destinée à un public de jeunes filles. Il y est en effet question de la vie quotidienne de quatre copines, de leurs joies, de leurs peines et de leurs petits problèmes. Que le lecteur quelque peu déconnecté des préoccupations adolescentes se rassure. Cette bande dessinée n’est pas un produit marketing 100% filles et l’histoire proposée par Anne BARAOU est accessible à tous les publics. Elle est bien construite et plutôt attachante. Et puis, il y a le charme du trait du Colonel Moutarde plein d’élégance, de dynamisme, de délicatesse et de modernité. On ne s’en lasse pas !

medium_banana.jpgPuisque nous faisons dans le style "Girly", signalons Banana Sunday une sympathique bande dessinée publiée dans la collection peps des éditions Albin Michel. Il y est question d'une adolescente qui éprouve des difficultés à s'intégrer dans un nouveau lycée. Il faut dire qu'elle est accompagnée de trois singes qui parlent et qui ne manquent pas de caractère ! Le récit signé Root NIBBOT est loufoque, léger et drôle. Il sait aborder en finesse le thème des relations amicales et amoureuses entre ados sans sombrer dans le sirupeux et la mièvrerie. Le dessin de Colleen COOVER est particulièrement soigné et vraiment gracieux. Un très agréable moment de lecture pour les ados et tous les autres.

medium_aventuriers_architecture.JPGCela faisait bien longtemps qu’il ne nous avait pas proposé de nouvel ouvrage et on pouvait le croire disparu à jamais du monde de la bande dessinée. Heureusement il n’en est rien ! Jean-François BIARD, le dessinateur de plusieurs bandes dessinées très ligne claire chez Magic Strip (Le rubis de vie, Tous fourbes), Albin Michel (38ème parallèle, Soutanes noires et culottes courtes) ou Lavauzelle (De Gaulle, Leclerc) nous revient avec Les aventuriers de l’architecture, une bande dessinée éditée par l’Ordre des Architectes de Rhône-Alpes. Cet ouvrage a pour ambition de faire découvrir aux plus jeunes le métier d’architecte et les enjeux de l’aménagement urbain au travers des péripéties de Charlotte et Victor, deux adolescents qui visitent, en compagnie d'un architecte, grâce à une machine à remonter le temps, les édifices marquants de la planète, des pyramides égyptiennes au musée Guggenheim de Bilbao. C’est passionnant et jamais rasoir ! Jean-François BIARD nous propose un dessin ligne claire très inspiré par Serge CLERC et Yves CHALAND. Une vraie réussite. Espérons qu’il n’en restera pas là et nous offrira bientôt de nouvelles réalisations. Les aventuriers de l’architecture est disponible auprès de l’Ordre des architectes de Rhône-Alpes : croara@wanadoo.fr . Plus d’infos sur http://www.architectes.org .

medium_comment_cétait.jpgToujours dans la veine pédagogique et didactique, saluons Comment c’était avant, le dernier livre jeunesse concocté par Dupuy-Berbérian chez Albin Michel Jeunesse. Il y est également question de voyage dans le temps puisque les deux auteurs nous proposent de mesurer l’évolution de trois environnements (une rue, un appartement, un paysage de campagne) en nous les présentant à différentes périodes (1920, 1950, 1970, 2000). L’idée est de faire découvrir, par l’image, les multiples changements qui interviennent d’une époque à une autre. Au lecteur, petit ou grand, de rechercher, sur de grandes doubles pages bourrées de détails, les objets, outils, machines, commerces qui disparaissent (le moulin à café, le gramophone, le chapelier, la marchande de quatre saisons…), évoluent (l’autobus, la voiture, la chaussée, l’habillement…) ou bien apparaissent (le téléphone, le réfrigérateur, le téléviseur, l’ordinateur…) au fil des ans. Un livre idéal pour toute la famille, des plus jeunes à leurs arrière-grands-parents car il permet d’échanger entre générations sur les changements plus ou moins rapides qui ont affecté, modifié ou amélioré notre cadre de vie et notre société depuis un siècle.

medium_couvdm11.jpgComme nous l'avions évoqué sur ces pages, signalons que Le Grand Animateur, le Donjon dessiné par STANISLAS est disponible. N’étant pas féru de l'œuvre « donjonnesque » de Messieurs SFAR et TRONDHEIM, je ne saurais vous dire si c’est un bon cru de la série des Donjon Monsters. Je me suis arrêté à la clarté du dessin de STANISLAS, l’originalité de son découpage et à sa mise en page inspirée et astucieuse. Ses automates, ses monstres-goussets, ses personnages anthropomorphes et ses décors d’inspiration médiévale constituent une vraie réussite. A travers cet exercice de style, STANISLAS prouve s’il en était encore besoin que son style graphique s’adapte à tous les univers.

Le lecteur français doit se montrer des plus patients pour découvrir les belles publications québécoises des éditions de la Pastèque car le Comptoir des Indépendants en charge de leur diffusion française nous les propose le plus souvent avec retard. L’excitation n’en est donc que plus grande lorsqu’elles arrivent dans les bacs des libraires ! Or Joie, bonheur, voici qu’en cette rentrée, nous sont proposées trois pépites made in Québec.

medium_Michel_risque_4.jpgTout d’abord, nos zygomatiques se régaleront de la suite des aventures de Michel Risque, notre stupide héros préféré, avec un quatrième volume intitulé Le droit chemin, un récit inédit jamais publié en album. Notre ami Michel Risque, sa compagne Poupoune et son ami journaliste Bill Bélisle s’y trouvent confrontés à une secte religieuse américaine. L’oncle Ludger et Red Ketchup sont du casting. Comme d’habitude, on se bidonne devant les « exploits » calamiteux de nos héros complètement déjantés, on admire le talent de dessinateur de Real GODBOUT à la ligne claire impeccable et on salue la verve non-sensique de son co-auteur Pierre FOURNIER. Et on attend avec impatience Destination Z, le dernier volume de la série. Snif ! C’est trop triste ! Mais qu’on se rassure car on découvrira dans la foulée le premier tome des aventures de Red Ketchup, l’increvable agent fou du FBI, nouveau projet particulièrement bien inspiré de nos amis de la Pastèque. Ce premier volume intitulé La vie en Rouge est totalement inédit. Un bonheur n’arrivant jamais seul, un site internet sera ouvert pour l’occasion à l’adresse suivante : www.red-ketchup.com.

medium_100_150_web_sites_user_10_243_48954_public_gazette_images_stories_images_gazette_07juin_02PASL337-0.jpgLa deuxième bonne surprise « pastéquienne » de la rentrée est la publication de Boris, album écrit et dessiné par Rémy SIMARD. Sous une couverture d’une beauté simplissime, se cachent des strips très drôles – et pas seulement pour les jeunes parents – mettant en scène les frasques du petit Boris, personnage ayant déjà fait l’objet de deux parutions en petits albums muets chez le même éditeur (Méchant Boris et Super Boris). Ici, Boris nous livre ses pensées de petit garçon au contact de son environnement, à savoir ses parents, sa sœur, et Paulette la fleur. C’est bourré d’humour et parfois très grinçant ! Au-delà du ton, on appréciera l’esthétisme du dessin de Rémy SIMARD. Simple, moderne et efficace. Du grand Art ! On se réjouira d’apprendre que le second volume des aventures de Boris est déjà prêt. Espérons qu’il ne tardera pas trop à traverser l’Atlantique.

medium_Bologne.jpgTroisième nouveauté marquante de la dernière fournée, même si elle ne s’apparente pas graphiquement à la ligne claire : Bologne de Pascal BLANCHET. Nous avions eu l’occasion de saluer comme il se doit ce dessinateur québécois de grand talent pour son admirable Rapide Blanc. Son nouveau récit, un conte symphonique en trois actes, nous transporte dans un petit village russe perché sur un pic rocheux pour nous livrer un mélodrame angoissant autour d’un boucher triste, de sa fille aveugle, amputée d’un bras et d’une jambe, du professeur de cette dernière et d’un infâme Duc. Rien de bien réjouissant me direz-vous ? Ne vous arrêtez surtout pas à cette description dramatique et précipitez vous sur cet album car il vous enchantera. Comme d’habitude, l’ouvrage de Pascal BLANCHET est bourré de références musicales et s’articule autour d’une sélection discographique à écouter pendant la lecture (notamment CHOSTAKOVITCH et PROKOFIEV). Il est d’ailleurs dommage que les morceaux cités ne soient pas fournis avec le livre. Graphiquement, Pascal BLANCHET impose une nouvelle fois son style inimitable, à la fois rétro et moderne. Il nous faudra attendre l’an prochain pour savourer son prochain opus, un livre intitulé Émile Laplante .

medium_Couv_DernierMousquetaire.jpgJASON nous en avait parlé dans le cadre de l’entretien qu’il nous avait accordé en début d’année. Le Dernier Mousquetaire, sa dernière bande dessinée est publiée chez Carabas. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne manque pas d’originalité. En effet, l’auteur norvégien nous y propose un épisode des Trois Mousquetaires mêlant aventure, humour et science-fiction. De l’Alexandre DUMAS teinté de FLASH GORDON avec un zeste de Buster KEATON ! Résumer ce nouveau récit de JASON serait gâcher le plaisir de la découverte tant les surprises sont nombreuses au fil des pages. Sachez cependant qu’on y retrouve avec plaisir le style de l’auteur, à savoir sa sobriété graphique, ses personnages aux traits animaliers, son humour très décalé, son goût pour le burlesque mais aussi un ton parfois empreint d’une profonde tristesse. Plus léger que les précédents ouvrages de JASON, Le dernier Mousquetaire est aussi moins silencieux qu’à l’accoutumée, le mousquetaire, héros principal du récit, se montrant plutôt bavard. Les lecteurs connaissant Montpellier apprécieront tout particulièrement les multiples scènes que JASON consacre à la ville où il réside depuis quelques années. Je ne sais quel accueil a réservé Mme le Maire de Montpellier à sa caricature animalière...

medium_ACMECouv.jpgAprès la traduction française de Jimmy Corrigan en 2002, les éditions Delcourt nous offrent aujourd’hui une version française de l’imposant ACME Novelty Library de Chris WARE initialement publié chez Pantheon Books, recueil de planches initialement publiées dans son comic-book du même nom. Une fois de plus le talent et la virtuosité de l’auteur éclatent au grand jour dans un ouvrage au format inhabituel et au contenu d’une densité inouïe (même les tranches de l’album comportent de la bande dessinée). C’est à nouveau un exercice pour nos pupilles qui se trouvent véritablement sollicitées par un graphisme méticuleux, un agencement incroyable des vignettes, une narration innovante, des textes minuscules…Quand on connaît le perfectionnisme du créateur et son aversion pour toute typographie informatique, on imagine les difficultés posées par l’adaptation française des pages de son ACME. On y trouve un florilège d’éléments hétéroclites, drôles et caustiques : pages rédactionnelles, fausses publicités, objets à monter soi-même et les aventures de personnages récurrents tels Rusty Brown, Big Tex, Rocket Sam, Quimby the Mouse, Frank Phosphate… Du grand art ! Je ne sais si le travail de Chris WARE peut être assimilé à de la ligne claire tant il déroute mes sens. Si son dessin n’est pas sans lien avec auteurs comme HERGE ou SWARTE, il n’en demeure pas moins que sa narration ne répond pas aux exigences de lisibilité chères au créateur de Tintin. Rentrer dans les bandes dessinées de Chris WARE appelle un investissement – j’allais presque dire un effort – du lecteur. Elles se méritent. Les amateurs anglophones de l’œuvre de Chris WARE pourront découvrir d’ici la fin d’année deux nouveaux ouvrages : le numéro 18 de son ACME Novelty Library et le deuxième volume de ses carnets annoncés chez Drawn and Quarterly.