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02/09/2012

LAPONE S'EXPOSE CHEZ CHAMPAKA

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Pour sa rentrée, la galerie bruxelloise Champaka accueille, du 5 au 29 septembre, Sentiers Nocturnes, une exposition spécialement créée par Antonio Lapone. Suivant avec intérêt, depuis ses débuts, le parcours de ce talentueux créateur, c'est avec grand plaisir que Klare Lijn le voit aujourd'hui accéder à un des hauts lieux de la ligne et du style atome. Une bonne occasion pour poser quelques questions à l'artiste italien et vous faire partager quelques inédits (esquisses, travaux préparatoires,...) qu'il nous a aimablement mis à disposition. Grazie mille !

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Klare Lijn International : Dans quel état d’esprit es-tu à quelques jours du vernissage de ta première exposition d’envergure à la galerie Champaka de Bruxelles, haut-lieu de la ligne claire ayant déjà célébré des auteurs majeurs comme Chaland, Swarte, Avril, Meulen… ?
 
Antonio Lapone - : Hola ! Je suis au bord de la plage, relax, avec un carnet de croquis et un Martini, je lis tes questions et je réponds très tranquillement… Ha ! Ha ! Ha ! Quelle question! Je suis dans mon bureau, dehors il pleut des cordes et je m'apprête a te répondre dans un état de stress complet, "le best of du stress". L'expo Sentiers Nocturnes arrive après celle consacrée à Yves Chaland (Les Grandes Cases du Jeune Albert) donc il est normal d'avoir un peu d'appréhension. Pour l'instant, je me sens dans l'ombre du maître et de tout les grands artistes qui sont passés avant moi dans cette superbe galerie.

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KLI : Quelle est l’origine de cette exposition ? Une proposition d’Eric Verhoest, le responsable de Champaka ? Est-ce que ta participation, l'an passé, à l’exposition collective Wintertime avec la toile Sweet Lady Winter a été le déclencheur ?
 
AL : En effet, l’exposition collective Wintertime m'a permis d'entrer à petits pas dans la galerie et aussi à Eric Verhoest de voir mon style de travail. A cette période, j'avais déjà commencé à peindre sur toile. J'attendais des réponses de la part de mon éditeur et j'avais envie de découvrir d'autres moyens d'expression. La peinture m'a permis de renouer avec le graphisme, chose que j'avais un peu perdue avec la bd et surtout de toucher un public différent.

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KLI : Est-ce que tu as eu totale liberté pour choisir la forme de ton exposition ou bien Champaka t’a demandé de créer des œuvres dans un style et des formats précis ?
 
AL : Au début j'ai eu carte blanche pour trouver ma route. Eric Verhoest a demandé une exclusivité et à ce moment là, j'ai jeté plusieurs concepts sur le papier. Créer un thème bien précis et le développer n'est pas chose facile surtout quand tu dois utiliser plusieurs supports différents comme la toile ou le papier.

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KLI : Quelles seront les œuvres exposées ? Il semble que cela soit essentiellement des peintures et illustrations créées spécialement pour l’occasion. Depuis combien de temps travailles-tu sur cette exposition ?
 
AL : Au même moment, j'ai collaboré avec une radio italienne (Radio Capital) pour laquelle j'ai créé des images autour de la nuit et de la musique, des ambiances très clubbing qui mettent en scène Maxine, jeune femme qui ecoute la radio la nuit (Maxine c'est aussi le titre d'une chanson de Donald Fagen dans l'album The Nightfly). L'émission s'appelle Sentieri Notturni. Eric Verhoest a vu les dessins et a pensé que l'univers de la nuit et des clubs était une très bonne idée pour l'expo qui est devenue Sentiers Nocturnes, après bien sur avoir demander à Sergio Mancinelli, dj de la radio, d'utiliser le nom de son émission en français, ce qu'il a accepté avec un très grand plaisir.

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KLI : Quelles étaient tes envies picturales par rapport à cette exposition ? Est-ce que tu as réussi à faire des choix rapides sur ce que tu voulais présenter ? A ce que j’en ai vu, il y a beaucoup de femmes, de pin-up dans une atmosphère très américaine.
 
AL : La femme, dans mon travail, est un sujet de prédilection. Pour le projet, j'ai pensé utiliser New York comme toile de fond avec ses fenêtres parfois allumées et les autres aveugles. Comme je travaille souvent par masse de couleurs, comme dans la sérigraphie, la technique de l'aplat a l'acrylique s'est imposée tout naturellement.

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De plus, comme Eric Verhoest voulait une exclusivité, j'ai demandé à Virginie Vertonghen s'il lui était possible de réaliser d'après mes dessins des bijoux en étain pour les appliquer sur les toiles, ce qu'elle a fait avec beaucoup de maîtrise. Le résultat est bluffant . En plus, un des bijoux issus de ces tableaux - The Night Wings - a été réalisé en 12 exemplaires (plus d'informations sur le site de la Galerie Champaka dans les prochains jours...).

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KLI : Est-ce que tu as créé en solitaire ou bien Eric avait un œil sur ce que tu proposais ? Est-ce que tu as montré ton travail à des proches ?

AL : J'ai créé effectivement en solitaire. Lorsque je débute un travail, je n'aime pas trop le montrer. C’était encore plus le cas pour cette expo. J'ai juste présenté certains dessins et recherches sur mon blog. Avec Eric, on avait décidé de garder un certain secret jusqu’au jour de l'exposition.

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KLI : Est-il facile de fixer un prix pour une œuvre ? J’imagine que tu dois en discuter avec Eric Verhoest et que tu as ton mot à dire. Est-ce que le temps passé pour la création est un paramètre essentiel ?
 
AL : Effectivement, il n'est pas facile de fixer les prix. Il faut trouver un juste milieu par rapport
a tout le travail réalisé et avoir un éventail de prix qui soit correct par rapport à la qualité du travail.

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KLI : Sentiers nocturnes, c’est aussi un beau catalogue au prix fort abordable édité par Champaka. Peux-tu nous en dire plus sur cet ouvrage ? Est-ce qu’il reprend l’intégralité des toiles et illustrations de l’expo ? Chaque toile ou dessin fait référence à une chanson. Pourquoi ?
 
AL : J'ai eu envie avec Eric Verhoest de réaliser un beau catalogue accessible a tous. J'ai créé pour cet ouvrage une playlist spéciale à écouter pendant la lecture. Pour chaque image, une chanson. Ce petit catalogue "chic et choc "comme l'a appelé Eric est déjà disponible en librairie et sur le site des éditions Champaka.

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KLI : Est-ce à dire que le vernissage de ton exposition sera musical ?

AL : Il y aura probablement un fond musical. Je dois encore en discuter avec Eric.

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KLI : L’avancement de A. Clarks, ta nouvelle bande dessinée n’a-t-il pas trop été trop « perturbé » par la création de cette exposition ?
 
AL : Je dois dire que non ! Adam Clarks avance bien. J’en suis déjà à la page 15 et comme toujours,
j'ai beaucoup de dessins préparatoires et une quinzaine de couvertures… Et maintenant, je vous laisse ici avec la chanson qui m'a guidé pendant la réalisation de l'expo. Elle résume tout l'esprit des mes Sentiers Nocturnes. C'est The Nightfly de Donald Fagen… 

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Sentiers Nocturnes

Exposition du 5 septembre au 29 septembre 2012

Vernissage en présence d'Antonio Lapone, le 4 septembre, à 18h00

Galerie Champaka, 27 rue Ernest Allard, à Bruxelles 

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Tel : +32 2 514 91 52 
sablon@galeriechampaka.com
www.galeriechampaka.com

Illustrations copyright Lapone, Vertonghen & Champaka

09:26 Publié dans Lapone | Lien permanent | Commentaires (0)

11/02/2012

RAINY DAY BY LAPONE

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Après son excellent Accords Sensibles, Antonio Lapone nous revient avec Rainy Day, un charmant petit ouvrage qui vient enrichir la belle collection de carnets proposés par l'éditeur Alain Beaulet. A l'occasion de cette publication, nous sommes allés prendre des nouvelles du plus wallon des dessinateurs italiens ! Un grand merci à Antonio pour l'entretien qu'il a bien voulu nous accorder et les illustrations inédites qui illustrent cette page.

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Klare Lijn International : Comment s'est concrétisé ce projet ? Tu as démarché Alain Beaulet ou c'est une proposition de sa part ?

Antonio Lapone : Rainy Day n'avait pas été pensé comme un projet de livre. J'avais envie de dessiner sans but. Je n'avais jamais dessiné dans un carnet. J'ai toujours cherché la perfection des lignes dans mon dessin et dessiner dans un carnet, cela m'inquiétait beaucoup. Mais dans le même temps, j'achetais toujours des petits carnets chez Muji, des tout petits carnets très beaux avec une couverture noire, un dos toilé gris, des pages lignées. Un jour, j'en ai découvert une dizaine dans mon tiroir... Il pleuvait. Une de ces journées où tu décides de faire un peu d'ordre dans le bureau et surtout dans la tête ! Et là, j'ai commencé à dessiner, sans penser à rien. J'avais juste en tête la pluie, cette journée de pluie et les pages de mon carnet Muji à remplir.

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Le carnet terminé, je me suis retrouvé avec entre les mains un petit bouquin plein de personnages : Maxine et Donald, Valéria, Danielle, Henri, Thomas… C'est là que j'ai envoyé un premier message à Alain Beaulet avec des scans des pages. Quelques jours plus tard, il ma répondu qu'il était intéressé et souhaitait publier mes dessins dans sa collection Petits Carnets (initiée sur une idée de François Avril). J'ai accepté sa proposition en lui disant "ok, alors je vais faire la mise au net" et Alain Beaulet m'a répondu "non, moi je les aime comme ça !".

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KLI : Ce n'est pas ta première réalisation de petite dimension. il y a déjà eu Vanilla Vandere à la Grande Ourse et aussi Club Colonial au 9ème Monde. Quel plaisir te procure ces ouvrages de format réduit et de courte pagination ? Une respiration, une distraction par rapport à la course d'endurance d'une bande dessinée de 44 planches ?

AL : Non, c'est ne pas une distraction. Je m'engage toujours beaucoup, même dans les petites choses. Il est aussi important pour moi de comprendre qu'il ne faut pas toujours chercher la perfection et, avec Rainy day, c'est le cas.

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KLI : Peux-tu expliquer tes options graphiques sur Rainy Day ? Tu t'éloignes de la ligne claire, non ?

AL : Je ne sais pas. Je suis toujours a la recherche de nouvelles évolutions de mon style graphique. Pour Adam Clarks, ma prochaine bande dessinée, je travaille avec un encrage tres "ligne claire" mais après je travaillerai beaucoup sur la couleur. Je suis en train de faire de la recherche sur la couleur dans les tableaux art déco, dans les vieilles pubs des années 40 et 50, des lumières expressionnistes et dramatiques !

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KLI : Quelle a été ta technique pour ces dessins ?

AL : Pour Rainy Day, j'ai utilisé les feutres Tombow. Ils me permettent de donner au dessin un effet aquarelle. C'est idéal pour arriver à rendre l'idée de la pluie, des nuages, de la brume... J'adore cette technique et pour les dédicaces, c'est génial !

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KLI : A quoi pensais-tu en concevant ces illustrations ? Quels livres, bandes dessinées, photographies, films ou musiques t'ont particulièrement influencé sur Rainy Day ?

AL : Juste une journée de pluie...

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KLI : En parcourant Rainy Day, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Il Pleut de Jean-Philippe Peyraud. Est-ce que tu connais et apprécies cette bande dessinée autour de la pluie et du sentiment amoureux ? A mes yeux, il y a comme un cousignage entre ta création et la sienne.

AL : Bien évidemment, je connais Il Pleut de Jean-Philippe Peyraud ! J'adore ce petit bouquin publié par treize étrange, l'éditeur de Accords Sensibles et prochainement d'Adam Clarks ! D'ailleurs, j'aimerais bien travailler avec Jean-Philippe, lui au scénario et moi aux dessins...

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KLI : As-tu d'autres projets de petits livres chez Alain Beaulet ? Un Sunny Day serait opportun pour prolonger ce Rainy Day, non ?

AL : Pour le moment, je n'ai pas envisagé de Sunny day. Je dois avouer que je n'aime pas trop dessiner des ambiances ensoleillées. Ce qui me plairait ce serait plutôt des sunny day en automne, à New York, des promenades à Central Park, la lumière qui tombe a travers les arbres... Ca j'adore !

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KLI : Quels sont tes projets pour 2012 ? Ta bande dessinée Adam Clarks sera t-elle publiée dans l'année ? Des portfolios, des toiles, des expos ?

AL : Pour ce qui concerne Adam Clarks, avec Régis Hautière au scénario, je dois terminer les planches pour le mois d'octobre. Je n'en suis qu'à la page 7. Par contre, comme toujours, j'ai déjà beaucoup de recherches et déjà quelques couvertures déjà terminées. Sinon, à côté de la bande dessinée, je travaille sur des toiles de grande dimension, à l'acrylique. J'ai un projet d'expo a la Galerie Champaka à Bruxelles pour la fin d'année. Le thème sera l'art déco, la femme et la musique, un parcours dans la nuit, et le titre sera Sentiers nocturnes.

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Pour en savoir plus :

- Le blog d'Antonio Lapone

- Le site internet d'Alain Beaulet

Illustrations copyright Antonio Lapone & Alain Beaulet

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07/03/2011

ANTONIO LAPONE EN ACCORDS SENSIBLES

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Avec Accords Sensibles, sa nouvelle bande dessinée avec Régis Hautière, Antonio Lapone signe l'un des albums incontournables de ce début d'année.

Une bande dessinée particulièrement attachante alliant finesse narrative et soin de la mise en scène, à lire mais aussi à relire en boucle pour en découvrir toutes les subtilités : la richesse d'un scénario et d'un découpage qui savent se faire oublier et une mise en images qui tout en étant très élégante ne cherche pas à épater la galerie et se veut utile à l'histoire et à la lisibilité du récit.

Derrière le Bruxelles de l'Expo 58 et l'atmosphère très jazzy qui constituent le cadre historique et l'ambiance sonore de l'album, Accords Sensibles nous plonge avant tout dans la psychologie de six personnages attachants, trois hommes et trois femmes, que la destinée va lier entre eux entre coups de foudre, chassés croisés amoureux, accès mélancoliques, occasions manquées, non-dits, faux semblants...

Finalement derrière la reconstitution d'une époque, le côté glamour et stylé des personnages qui leur conférent un vrai charisme, ce sont avant tout des sentiments qui s'expriment, les petites choses de la vie, les jeux de l'amour et du hasard, la difficulté d'être de tout individu...

A nos yeux, Accords Sensibles marque une étape importante dans la carrière de l'ami Antonio Lapone. On a le sentiment que ce récit, il l'avait en tête et le portait en lui depuis longtemps. Aussi nous n'avons pas manqué de le solliciter pour quelques questions. Nous vous laissons découvrir ses réponses bien évidemment éclairantes !

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Ex-libris pour Boulevard des Bulles

Klare Lijn International : Comment est né le projet Accords sensibles ? D'une proposition de scénario "clés en main" de Régis Hautière ? D'une demande de ta part d'un récit ancré dans le Bruxelles de l'expo 58 ? D'un projet éditorial de Frédéric Mangé ?

Antonio Lapone : Avant tout, mettons un peu de musique… Que dirais-tu de Flamenco Sketches de Miles Davis ? J'avais envie de changer de registre. Après l'aventure, j'avais envie de rentrer dans un univers plus humain, sans héros, sans savant fou, sans machine secrète pour détruire le monde ! J'étais en train de vivre un moment difficile et compliqué dans ma vie et j'ai pensé que l'aventure était dans la vie de tous les jours. J'étais séduit par Treize conversations environ une chose, un film dirigé par Jill Sprecher. J'avais envie de mettre sur papier les mêmes sensations : l'amour, la nostalgie, les regrets. J'ai proposé ces idées à Régis Hautière et je lui ai envoyé un dessin avec six personnages.

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Le tout premier dessin envoyé à Régis Hautière

En réalité, au début, nous avions pensé proposer le projet à Nocturne (BD Jazz), une histoire d'amour avec de la musique, une bande dessinée format à l'italienne avec un CD pour l'accompagner mais c'était difficile a vendre. Alors nous l'avons soumis à Frederic Mangé, directeur de Treize-etrange, chez Milan a l'epoque. Nous signons le contrat avec Milan et nous nous retrouvons peu de temps après chez Glénat. On était en 2008.

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Les premières images envoyées à Nocturne

KLI : Les choix sur la pagination, le format, le traitement de la couleur... ont-ils été tranchés rapidement entre vous ? Est-ce qu'il y a eu différentes approches ?

AL : La réalisation de l'album a été très difficile. Je travaillais entre l'Italie et la Belgique - pratiquement sur l'autoroute - et j'ai beaucoup retardé la sortie du livre à cause de mon déménagement. L'éditeur a été très compréhensif (merci Fred !). Avec Accords Sensibles, j'avais envie de créer un livre qui serait comme un court roman. Avec ma coloriste, nous avons décidé d'utiliser quatre couleurs pour différencier les quatre chapitres du livre. Je suis très content du résultat final.

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Planche définitive

Puis j'ai bien évidemment planché sur la mise en pages, les textures, la couverture… Je suis un graphiste avant d'être dessinateur de bande dessinée ! J'ai fait beaucoup de recherches… Je me suis plongé dans l'ambiance de l'Expo 58, ses pavillons "Atomiques", l'explosion du design moderne, les affiches publicitaires, la musique jazz...

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Projet de couverture

KLI : Est-ce que tu as influencé le scénario de Régis Hatière en l'orientant dans telle ou telle direction pour satisfaire tes envies de dessinateur ?

AL : J'ai beaucoup de liberté avec les scénarios de Régis. L'important est ne pas dénaturer l'histoire.

KLI : C'est un album plutôt bavard avec de nombreuses discussions entre personnages. Ce n'était pas trop dur à gérer ?

AL : Non, j'adore les scènes de dialogue. Cela me donne la possibilité de tourner autour de mes personnages comme un cinéaste avec sa camera. Je peux montrer des détails, une photo, une affiche… Cela me permet surtout de montrer la vraie psychologie des personnages.

 IMAGE_08.jpgEtude graphique pour Simon

KLI : Quelle a été ta base documentaire pour ce récit ? Photos, livres sur le Bruxelles de l'Expo 58, revues de design, films, disques, bandes dessinées, croquis, repérages...?

AL : Cela a surtout été de longues promenades dans Bruxelles. J'adore le square du Petit Sablon, un petit paradis où se déroule le drame sentimental, un carrefour d'émotions, d'amours, d'espoirs, de décisions… Tout cela dans le petit univers du square. C'est Régis qui m'a fait découvrir le lieu en m'envoyant des photos d'un voyage qu'il avait fait avec sa femme. Il m'avait d'ailleurs tout indiqué : l'immeuble où habitent Audrey et Gabrielle, l'endroit où se trouve la station de radio, l'emplacement du musée…

 

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Repérage photo de Régis Hautière

Je ne connaissais pas encore très bien la ville de Bruxelles. En plus de ces repérages, il y a évidemment les disques, la musique de Miles Davis, Chet Baker… Il y a aussi la série télé Mad men que j'adore ! Tout ceci, on peut le voir dans les pages du sketchbook à la fin du livre qui rassemble une grande partie de mes recherches. On peut également retrouver des travaux préparatoires, beaucoup de croquis dans le numéro 26 de L'Inédit qui vient d'être publié par la Grande Ourse. Petite pub pour mes amis belges !

IMAGE_12.jpg Croquis

KLI : Tu habites dorénavant en Belgique. Est-ce que cet album n'est pas pour toi finalement une déclaration d'amour à ce pays, son histoire, son apport à la bande dessinée ? Une forme d'entrée en "belgitude" ?

AL : Non, je ne pense pas. Je suis de Turin et Turin, c'est ma ville ! Elle reste dans mon coeur. Une ville pleine de mystères. Nostradamus, le Conte de Saint Germain, Nietzche, Don Bosco… ils ont vécu ou ils sont passés à Turin et ils ont laissé une forte empreinte.  Turin est une ville magique. Avec Prague et Lyon, elle forme un "triangle magique". Mais la belgique m'a bien accueilli… Je l'aime aussi !

KLI : Concernant les personnages, est-ce que tu les as trouvés rapidement ?

AL :  Je les avais quasiment en tête dès le départ. Ils ont un peu changé mais ils existaient déjà, surtout Audrey, Lester et Simon. Gordon, c'est un peu Chet Baker ! Pour Lester, le choix de son nom m'est venu de la chanson de Donald Fagen "The Nightfly", l'un de mes disques préférés : "I'm Lester the Nightfly, Hello Baton Rouge, Won't you turn your radio down…"

IMAGE_11.jpgPortrait de Lester

(repris dans le tirage luxe Boulevard des Bulles)

KLI : Est-ce qu'on aller jusqu'à dire que les différents personnages de Accords Sensibles représentent finalement différentes facettes de ta propre personnalité ? Dans quel personnage te projètes-tu le plus ?

AL : Simon ? Mais Gordon aussi… Disons un mélange des deux personnages. Mais finalement, même très différents, les deux personnages n'en sont pas moins très similaires.

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Gordon

KLI : Outre François Avril, invité d'honneur de ton album, tu convoques au détour de certaines cases Freddy Lombard, Phil Perfect, Cappiello... En quoi, ces allusions aux dessinateurs que tu admires sont importantes pour toi ? La nécessité de se raccrocher à une famille graphique et d'exprimer ta reconnaissance à ces influences marquantes ?

AL : Hum… C'est mon petit univers ! Partager une page avec Francois Avril était vraiment important pour moi. De la journée parisienne passée chez lui, je me souviens de sa splendide simplicité, de ses dessins partout autour de nous, d'une illustration magnifique de son épouse Dominique Corbasson représentant des nudiste bronzés qui prennent le soleil sur la plage avec les fesses blanches… et d'un apéro avec vin rouge, fromage et saucisson !

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La contribution graphique de François Avril

Mais Accords sensibles,ce n'est pas seulement un livre de références, il s'agit d'une petite histoire d'amour, d'une journée mélancolique pleine d'occasions manquées et de rendez-vous ratés, des moments que, je pense, nous avons tous vécus.

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Etude préparatoire

KLI : On peut avoir le sentiment que Accords sensibles marque un tournant dans ta jeune carrière. Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu souhaites dorénavant tourner le dos à l'aventure qui caractérisait les albums ADA pour aller vers plus de profondeur et un registre plus psychologique ?

AL : J'avais besoin de me libérer un petit peu, de me laisser aller sans utiliser l'encrage, sans abuser de la couleur… Mais pour le prochain livre, un diptyque de 46 pages par album précisément, je reviendrai au style atome ! Il s'agira d'une histoire rétro-futurististe toujours écrite par Régis. Mais je ne peux pas en dire plus… Rendez-vous sur mon blog !

KLI : Nous avons déjà hâte d'en savoir plus !

Liens utiles :

 

- Le blog de Lapone - http://laponeart.blogspot.com/ - qui constitue une vraie mine d'or !

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- Le site de la librairie Boulevard de Bulles qui édite le tirage de luxe de Accords sensibles avec un carnet spécial reprenant notamment de beaux dessins d'Antonio Lapone autour de ses personnages :

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- Couverture Inédite
- Format:15X24cm
-Dos toilé noir
-12 pages de croquis
-1 ex-libris
-200 exemplaires
-PVP:69€

- L'Inédit n°26 édité par l'ASBL La Grande Ourse :

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- le site Treize étrange / Glénat qui propose plusieurs planches de l'album, des fonds d'écran, un papier en-tête...

 

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Illustrations copyright Lapone-Hautière & Avril, Treize Etrange Glénat, La Grande Ourse et Boulevard des Bulles

 

 

18:28 Publié dans Lapone | Lien permanent | Commentaires (0)

01/01/2011

BONNE ANNEE

Bonne et heureuse année à toutes celles et à tous ceux qui me font l’honneur de suivre ce modeste site.

Sachez que parmi mes bonnes résolutions pour 2011 figure la ferme volonté d'alimenter plus régulièrement ces pages en dépit d'un manque de temps chronique.

En effet, la nouvelle année nous réservera assurément plein de beaux ouvrages, d'expositions et d'événements ligne claire. Preuve s'il en était encore besoin que ce style graphique a encore de beaux jours devant lui.

Le programme des réjouissances s'annonce déjà fort alléchant pour ce premier trimestre avec notamment :

- la publication de Jeux de Mémoire du néerlandais Erik de Graaf aux édition de la Pastèque (en janvier)

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- Menace sur Appolo, le second épisode des aventures de Scott Leblanc, le "héros" de Devig et Geluck, aux éditions Casterman (en janvier)

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L'ile aux cent mille morts, la nouvelle création de Jason sur scénario de Fabien Vehlmann aux éditions Glénat (en janvier)

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- le nouvel album de Antonio Lapone, Accords sensibles, sur scénario de Régis Hautière, chez Treize Etrange-Glénat (en février)

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- une nouvelle bande dessinée de Cleet Boris, La maison de pain d'épice, chez Dupuis (en février)

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- 60 Ray Banana, ouvrage de Ted Benoit annoncé aux éditions Alain Beaulet (en mars en librairie et déjà disponible sur le site de l'éditeur)

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Et j'en oublie !

30/05/2010

LAPONE EN MUSIQUES

 

En ce printemps, Antonio Lapone revient dans les bacs avec un livre-disque consacré au compositeur russe Igor Stravinsky (1882-1971). Cette nouvelle réalisation pour BD Music, après l'album consacré aux Platters, nous donne une bonne occasion de questionner l'auteur italien sur ses rapports avec la musique et ses projets en cours.

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Stravinsky - Couverture

Klare Lijn International : Quelle est l'origine de cette bande dessinée sur Stravinsky ? Est-ce que c'est un travail de commande en ce sens où l'on est venu te proposer d'illustrer Stravinsky ou bien un choix de ta part parmi d'autres compositeurs ?

Antonio Lapone : J'avais déjà collaboré avec BD Music pour la réalisation du livre sur les Platters et l'éditeur Bruno Théol m'a proposé de travailler sur le projet BD classic. Il m'a envoyé une liste de compositeurs de musique classique pour faire mon choix. Mozart, Chopin.... et d'autres m'ont semblé un peu trop "anciens" dans la mesure où cela m'aurait conduit à dessiner perruques, chevaux, calèches, etc. La liste comprenait Stravinsky, plus moderne, que j'ai donc choisi pour cette nouvelle biographie dessinée. Pour être sincère, je ne suis pas particulièrement attiré par sa musique mais plutôt fasciné par sa vie et sa force de caractère.



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Stravinsky - Planche

KLI : La collection BD Classic propose des bandes dessinées courtes dans un format particulier car très allongé. Est-ce que cela constituait une contrainte pour toi ou bien une opportunité de développer ton graphisme de manière différente ? On pourrait dire que ce type de format est un mélange entre bande dessinée et illustration. Qu'est-ce que tu en penses ?

AL : J'affectionne ce format car il me rappelle une boîte de chocolats ! Et j'adore le chocolat ! Il permet surtout de travailler avec des séquences graphiques différentes.... pas le chocolat, le format du livre-disque. Et puis j'avais déjà l'expérience de l'album des Platters.



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The Platters - Couverture

KLI : Comment se passe la préparation d'un album BD Music ? Est-ce que cela implique de ta part une écoute de la partie musicale de l'album, une (re)découverte de la vie et de l'oeuvre du musicien concerné ou bien un travail de pure mise en images d'un scénario déjà bien ficelé ?

AL : J'ai demandé à mon ami Fausto Vitaliano de me rédiger une biographie de Stravinsky. Fausto écrit des histoires pour Disney en Italie mais c'est surtout un grand spécialiste de musique !  Pour une maison d'éditions italienne (Motta Jr), nous avons travaillé sur une histoire de la musique "aux petits pas" à destination des enfants. Sinon j'ai écouté l'oeuvre de Stravinky surtout pour m'inspirer, ce qui me semble normal. Mais elle ne correspond pas vraiment à la musique que j'écoute.

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Stravinsky - Planche

 
 
 
 
 
KLI : Quelle place tient la musique dans ta vie ? Quels sont tes goûts et tes préférences ?


AL : La musique est très importante ! j'en ai toujours écouté. Je me rappelle, dans les années 1970, ma maman qui écoutait beaucoup la radio, le premiers hits de Stevie Wonder, des Doobie Brothers, des Clash.... J'étais petit mais cette musique, surtout la musique anglaise, me fascinait. Aujourd'hui j'écoute beaucoup de pop-rock. Je dois dire que j'aime la bonne musique. J'adore l'univers des radios, surtout
les voix de nuit. Si je devais donner ma play list, ce serait celle-ci :
1 - Stevie Wonder - Do I Do; 2 - Joe Jackson - Steppin Out;
3 - The Clash - Lost in the supermarket;
4 - Doobie Brothers - What a fool believes;
5 - Donald Fagen - the nightfly;
6 - Delegation - One more step to take;
7 - Robert Palmer - Every kind of people;
8 - Steely Dan - Do it again;
9 - Frankie Valli & the four Seasons - Who loves you;
10 - Chaka Kan - Fate.

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Clin d'oeil à Joe Jackson

KLI : Hum ! Joe Jackson, The Clash... Cela me fait furieusement penser à Serge Clerc, ses pochettes de disques et ses pages mythiques dans Métal Hurlant. Est-ce qu'on peut dire que ton amour de la bande dessinée ligne claire a aussi influencé ton goût musical ?

AL : J'étais déjà  passionné de certaines musiques. J'ai découvert plus tard que la pochette de Big World était de Serge Clerc. Je pense que la musique se marie bien à certain styles de dessins, comme le jazz, je pense à certaines pochettes de disques des années 60...



KLI : Est-ce que tu as déjà été contacté pour des pochettes d'album ?

AL : Oui, pour un ami de Rimini qui réalisait des pochettes de cd.

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Stravinsky - Planche

KLI - Pour en revenir à Stravinsky, pourrais-tu nous parler de tes choix de mise en couleurs ? Il y a beaucoup de bleu nuit et de rouge sang. Pourquoi ?



AL : J'ai imaginé le choix des couleurs en écoutant la musique. Certains morceaux sont vraiment violents et très forts. 

KLI - D'un point de vue technique, comment as-tu procédé ?

AL : Dessin au crayon puis mise en couleur sous Photoshop.

KLI : Est-ce que tu as eu recours à de la documentation photographique spécifique pour illustrer ce Stravinsky (décors, personnages...) ou bien as-tu plutôt laissé libre cours à ton imagination et à tes envies graphiques ?

AL : j'ai dû chercher beaucoup de documentation. Il est certain qu'aujourd'hui, avec internet, c'est beaucoup plus facile. J'ai été obligé de corriger certains personnages parce qu'ils ne ressemblaient pas trop aux originaux...


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Stravinsky - Visuel d'un des deux CD

KLI : On peut dire que d'une certaine façon tu restes dans la musique avec Accords Sensibles, la bande dessinée que tu prépares pour Glénat. Pourrais-tu nous en dire plus sur ce projet bien avancé ?

AL : En effet, au départ, Accords sensibles devait être un livre pour BD Music, une histoire d'amour à New York avec une bande son. Comme le projet n'entrait pas dans la collection, le scénariste Régis Hautière et moi l'avons dérouté vers l'éditeur Treize étrange (chez Milan puis chez Glénat qui accueille aujourd'hui ce label). Accords sensibles est un recueil de quatre récits simples et intimistes, mettant en scène six personnages. Les histoires se chevauchent dans le temps et finissent par s'entremêler. Chacune suit un point de vue différent mais toutes parlent de la même chose : "les occasions manquées par peur d'avouer ses sentiments". Il s'agit d'un roman graphique de 130 pages qui sortira en janvier 2011.

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Accords sensibles - Bande annonce

KLI : Est-ce qu'un troisième BD Music est déjà programmé ?

AL : Oui ! Mon prochain projet sera consacré à Xavier Cugat. Nous serons donc dans les années "mambo" !

 
 
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Illustrations Copyright Lapone - BD Music pour Stravinsky & Lapone - Glénat/Treize-Etrange pour Accords Sensibles
 
 
 
 

16:01 Publié dans Lapone | Lien permanent | Commentaires (0)