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01/01/2011

BONNE ANNEE

Bonne et heureuse année à toutes celles et à tous ceux qui me font l’honneur de suivre ce modeste site.

Sachez que parmi mes bonnes résolutions pour 2011 figure la ferme volonté d'alimenter plus régulièrement ces pages en dépit d'un manque de temps chronique.

En effet, la nouvelle année nous réservera assurément plein de beaux ouvrages, d'expositions et d'événements ligne claire. Preuve s'il en était encore besoin que ce style graphique a encore de beaux jours devant lui.

Le programme des réjouissances s'annonce déjà fort alléchant pour ce premier trimestre avec notamment :

- la publication de Jeux de Mémoire du néerlandais Erik de Graaf aux édition de la Pastèque (en janvier)

Couverture Jeux de Mémoire.jpg

- Menace sur Appolo, le second épisode des aventures de Scott Leblanc, le "héros" de Devig et Geluck, aux éditions Casterman (en janvier)

MENACE-SUR-APOLLO-C1.JPG

L'ile aux cent mille morts, la nouvelle création de Jason sur scénario de Fabien Vehlmann aux éditions Glénat (en janvier)

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- le nouvel album de Antonio Lapone, Accords sensibles, sur scénario de Régis Hautière, chez Treize Etrange-Glénat (en février)

Couverture Accords Sensibles.JPG

- une nouvelle bande dessinée de Cleet Boris, La maison de pain d'épice, chez Dupuis (en février)

Couverture Maison de Pain d'Epice.JPG

- 60 Ray Banana, ouvrage de Ted Benoit annoncé aux éditions Alain Beaulet (en mars en librairie et déjà disponible sur le site de l'éditeur)

Couverture 60 Ray Banana.jpg

Et j'en oublie !

25/02/2008

UN WESTERN SIGNE JASON

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Après Le dernier Mousquetaire, sa bande dessinée "flash gordonienne"publiée l'an passé chez Carabas, le talentueux JASON nous propose depuis peu Low Moon sur les Funny Pages du New York Times.

Au regard des deux premières planches mises en ligne, l'auteur norvégien nous entraine dans un nouvel univers, celui du far-west américain.

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Un western made in Montpellier à suivre chaque semaine sur le site internet du New York Times décidément très bien inspiré dans ses publications après les très réussis Mister Wonderful de Daniel CLOWES et George SPROTT de SETH.

Illustrations copyright Jason & The New York Times

22:10 Publié dans Jason | Lien permanent | Commentaires (0)

21/10/2007

UN BEAU PANIER GARNI

Dans la déferlante des sorties qui inondent nos librairies, qu’il nous soit permis ici de mettre en avant quelques publications ligne claire qui ont retenu notre intérêt au cours des dernières semaines et qui méritent de figurer presque toutes dans le panier de la ménagère klare lijn !

medium_saboum.jpgLa collection Patrimoine BD des éditions Glénat nous propose de (re)découvrir un personnage créé à la fin des années 1950, dans l’hebdomadaire Bayard, par Jean CHAKIR, dessinateur français surtout connu pour sa série Tracassin publiée à partir de 1962 dans Pilote. Il s’agit de l’inspecteur SABOUM, étrange policier dont l’apparence fait penser à un TINTIN avec la boule à zéro portant costume et lunettes noires. Etonnant ! Le trait de CHAKIR s’inspire ici de la ligne claire d’HERGE sans atteindre son excellence. En effet, le dessin est parfois brouillon, la mise en page n’est pas toujours bien inspirée et le récit parait le plus souvent improvisé autour d’une trame générale. Intitulée L’énigmatique Monsieur Paul, cette aventure est emblématique de la bande dessinée de l’époque avec héros intrépide, méchants gangsters, poursuites et rebondissements menés tambour battant. Cela fait penser aux FELIX de TILLIEUX. Au final, malgré ses imperfections, cette bande dessinée se révèle agréable à la lecture. Elle comblera tous les nostalgiques des années 50. Pour les autres, elle semblera bien datée. Rien ne dit si Glénat éditera d’autres aventures de ce personnage dont la carrière s’est prolongé jusqu’au début des années 1970.

medium_BAYARD_COUV.jpgUn inspecteur pouvant en cacher un autre, évoquons maintenant Bienvenue en Enfer, le seizième volume des aventures de l’inspecteur Bayard sorti chez l’éditeur du même nom. Les enquêtes proposées par le scénariste Jean-Louis FONTENEAU ont cette fois-ci pour cadre les îles grecques. On y retrouve avec plaisir les personnages habituels de la série, l'inspecteur Bayard, Sam, Isa, le Yorg mais aussi l’ignoble et malfaisant Orseck Malmor, l’ennemi juré de notre héros. Le dessin ligne claire d’Olivier SCHWARZ est toujours aussi efficace et élégant. Une bien belle série pour les jeunes et … moins jeunes ! Qu’on se le dise, l’Inspecteur Bayard, ce n’est pas que pour les enfants. Na ! Le prochain épisode des aventures de l'Inspecteur sera t-il publié avant ou après le SPIROU que prépare dans le plus grand secret l'ami SCHWARTZ sur un scénario de YANN ? Mystère ! Quelques planches de ce futur SPIROU sont visibles en exclusivité sur le site expressbd.com.

medium_Franka_T3_10cm.jpgComme nous l’annoncions l’an passé sur ces pages, les Humanoïdes Associés se sont engagés dans la publication d’aventures inédites de FRANKA, la bande dessinée néerlandaise du dessinateur Henk KUIJPERS dont un nombre limité de titres avait été traduit en France dans les années 1980 alors qu’elle se poursuit depuis, avec succès, dans son pays d’origine. Après la réédition, ces derniers mois, des deux volumes des Dents du Dragon, nous sont proposés en cette rentrée deux aventures inédites en France, Victime de la Mode et Comme au cinéma. On y retrouve avec plaisir l’héroïne particulièrement énergique et le dessin très ligne claire de KUIJPERS. Ces bandes dessinées d’aventures classiques sont servies par un trait, un découpage, une mise en page qui tout en s’inscrivant dans la tradition de la bande dessinée ligne claire se révèlent d’une grande modernité. L’auteur hollandais sait allier la simplicité, la fluidité et le dynamisme du dessin avec un traitement extrêmement soigné du deuxième plan qui regorge d’éléments et de détails (décors élaborés, figurants en action…), ce qui donne beaucoup de vie à son univers graphique. Sans sombrer dans le puritanisme, on déplorera simplement le penchant coquin de l’auteur qui tend un peu trop à dénuder ses héroïnes et à nous dévoiler leurs anatomies, ce qui n’apporte rien au récit. On relèvera avec intérêt que loin d’être figé, le trait de KUIJPERS évolue avec son temps. Les derniers épisodes de FRANKA publiés aux Pays-Bas l’attestent. Espérons que les Humanoïdes Associés nous les proposeront dans les prochains mois.

medium_bd.jpgL’année 2007 marque décidément le grand retour de COLONEL MOUTARDE à la bande dessinée. En effet, après L'espace d’un soir, son vaudeville à la construction originale sur un scénario de Brigitte LUCIANI (Delcourt) et le second volume de Grenadine et Mentalo, sa bande dessinée pour enfants (Milan) publiés en début d’année, la talentueuse dessinatrice nous revient avec La BD des Filles, une histoire écrite par Anne BARAOU, autre signature reconnue de la bande dessinée. Comme l’indique à la fois son titre et sa couverture paillette très rose bonbon, cette nouvelle bande dessinée co-publiée par Dargaud et Fleurus est principalement destinée à un public de jeunes filles. Il y est en effet question de la vie quotidienne de quatre copines, de leurs joies, de leurs peines et de leurs petits problèmes. Que le lecteur quelque peu déconnecté des préoccupations adolescentes se rassure. Cette bande dessinée n’est pas un produit marketing 100% filles et l’histoire proposée par Anne BARAOU est accessible à tous les publics. Elle est bien construite et plutôt attachante. Et puis, il y a le charme du trait du Colonel Moutarde plein d’élégance, de dynamisme, de délicatesse et de modernité. On ne s’en lasse pas !

medium_banana.jpgPuisque nous faisons dans le style "Girly", signalons Banana Sunday une sympathique bande dessinée publiée dans la collection peps des éditions Albin Michel. Il y est question d'une adolescente qui éprouve des difficultés à s'intégrer dans un nouveau lycée. Il faut dire qu'elle est accompagnée de trois singes qui parlent et qui ne manquent pas de caractère ! Le récit signé Root NIBBOT est loufoque, léger et drôle. Il sait aborder en finesse le thème des relations amicales et amoureuses entre ados sans sombrer dans le sirupeux et la mièvrerie. Le dessin de Colleen COOVER est particulièrement soigné et vraiment gracieux. Un très agréable moment de lecture pour les ados et tous les autres.

medium_aventuriers_architecture.JPGCela faisait bien longtemps qu’il ne nous avait pas proposé de nouvel ouvrage et on pouvait le croire disparu à jamais du monde de la bande dessinée. Heureusement il n’en est rien ! Jean-François BIARD, le dessinateur de plusieurs bandes dessinées très ligne claire chez Magic Strip (Le rubis de vie, Tous fourbes), Albin Michel (38ème parallèle, Soutanes noires et culottes courtes) ou Lavauzelle (De Gaulle, Leclerc) nous revient avec Les aventuriers de l’architecture, une bande dessinée éditée par l’Ordre des Architectes de Rhône-Alpes. Cet ouvrage a pour ambition de faire découvrir aux plus jeunes le métier d’architecte et les enjeux de l’aménagement urbain au travers des péripéties de Charlotte et Victor, deux adolescents qui visitent, en compagnie d'un architecte, grâce à une machine à remonter le temps, les édifices marquants de la planète, des pyramides égyptiennes au musée Guggenheim de Bilbao. C’est passionnant et jamais rasoir ! Jean-François BIARD nous propose un dessin ligne claire très inspiré par Serge CLERC et Yves CHALAND. Une vraie réussite. Espérons qu’il n’en restera pas là et nous offrira bientôt de nouvelles réalisations. Les aventuriers de l’architecture est disponible auprès de l’Ordre des architectes de Rhône-Alpes : croara@wanadoo.fr . Plus d’infos sur http://www.architectes.org .

medium_comment_cétait.jpgToujours dans la veine pédagogique et didactique, saluons Comment c’était avant, le dernier livre jeunesse concocté par Dupuy-Berbérian chez Albin Michel Jeunesse. Il y est également question de voyage dans le temps puisque les deux auteurs nous proposent de mesurer l’évolution de trois environnements (une rue, un appartement, un paysage de campagne) en nous les présentant à différentes périodes (1920, 1950, 1970, 2000). L’idée est de faire découvrir, par l’image, les multiples changements qui interviennent d’une époque à une autre. Au lecteur, petit ou grand, de rechercher, sur de grandes doubles pages bourrées de détails, les objets, outils, machines, commerces qui disparaissent (le moulin à café, le gramophone, le chapelier, la marchande de quatre saisons…), évoluent (l’autobus, la voiture, la chaussée, l’habillement…) ou bien apparaissent (le téléphone, le réfrigérateur, le téléviseur, l’ordinateur…) au fil des ans. Un livre idéal pour toute la famille, des plus jeunes à leurs arrière-grands-parents car il permet d’échanger entre générations sur les changements plus ou moins rapides qui ont affecté, modifié ou amélioré notre cadre de vie et notre société depuis un siècle.

medium_couvdm11.jpgComme nous l'avions évoqué sur ces pages, signalons que Le Grand Animateur, le Donjon dessiné par STANISLAS est disponible. N’étant pas féru de l'œuvre « donjonnesque » de Messieurs SFAR et TRONDHEIM, je ne saurais vous dire si c’est un bon cru de la série des Donjon Monsters. Je me suis arrêté à la clarté du dessin de STANISLAS, l’originalité de son découpage et à sa mise en page inspirée et astucieuse. Ses automates, ses monstres-goussets, ses personnages anthropomorphes et ses décors d’inspiration médiévale constituent une vraie réussite. A travers cet exercice de style, STANISLAS prouve s’il en était encore besoin que son style graphique s’adapte à tous les univers.

Le lecteur français doit se montrer des plus patients pour découvrir les belles publications québécoises des éditions de la Pastèque car le Comptoir des Indépendants en charge de leur diffusion française nous les propose le plus souvent avec retard. L’excitation n’en est donc que plus grande lorsqu’elles arrivent dans les bacs des libraires ! Or Joie, bonheur, voici qu’en cette rentrée, nous sont proposées trois pépites made in Québec.

medium_Michel_risque_4.jpgTout d’abord, nos zygomatiques se régaleront de la suite des aventures de Michel Risque, notre stupide héros préféré, avec un quatrième volume intitulé Le droit chemin, un récit inédit jamais publié en album. Notre ami Michel Risque, sa compagne Poupoune et son ami journaliste Bill Bélisle s’y trouvent confrontés à une secte religieuse américaine. L’oncle Ludger et Red Ketchup sont du casting. Comme d’habitude, on se bidonne devant les « exploits » calamiteux de nos héros complètement déjantés, on admire le talent de dessinateur de Real GODBOUT à la ligne claire impeccable et on salue la verve non-sensique de son co-auteur Pierre FOURNIER. Et on attend avec impatience Destination Z, le dernier volume de la série. Snif ! C’est trop triste ! Mais qu’on se rassure car on découvrira dans la foulée le premier tome des aventures de Red Ketchup, l’increvable agent fou du FBI, nouveau projet particulièrement bien inspiré de nos amis de la Pastèque. Ce premier volume intitulé La vie en Rouge est totalement inédit. Un bonheur n’arrivant jamais seul, un site internet sera ouvert pour l’occasion à l’adresse suivante : www.red-ketchup.com.

medium_100_150_web_sites_user_10_243_48954_public_gazette_images_stories_images_gazette_07juin_02PASL337-0.jpgLa deuxième bonne surprise « pastéquienne » de la rentrée est la publication de Boris, album écrit et dessiné par Rémy SIMARD. Sous une couverture d’une beauté simplissime, se cachent des strips très drôles – et pas seulement pour les jeunes parents – mettant en scène les frasques du petit Boris, personnage ayant déjà fait l’objet de deux parutions en petits albums muets chez le même éditeur (Méchant Boris et Super Boris). Ici, Boris nous livre ses pensées de petit garçon au contact de son environnement, à savoir ses parents, sa sœur, et Paulette la fleur. C’est bourré d’humour et parfois très grinçant ! Au-delà du ton, on appréciera l’esthétisme du dessin de Rémy SIMARD. Simple, moderne et efficace. Du grand Art ! On se réjouira d’apprendre que le second volume des aventures de Boris est déjà prêt. Espérons qu’il ne tardera pas trop à traverser l’Atlantique.

medium_Bologne.jpgTroisième nouveauté marquante de la dernière fournée, même si elle ne s’apparente pas graphiquement à la ligne claire : Bologne de Pascal BLANCHET. Nous avions eu l’occasion de saluer comme il se doit ce dessinateur québécois de grand talent pour son admirable Rapide Blanc. Son nouveau récit, un conte symphonique en trois actes, nous transporte dans un petit village russe perché sur un pic rocheux pour nous livrer un mélodrame angoissant autour d’un boucher triste, de sa fille aveugle, amputée d’un bras et d’une jambe, du professeur de cette dernière et d’un infâme Duc. Rien de bien réjouissant me direz-vous ? Ne vous arrêtez surtout pas à cette description dramatique et précipitez vous sur cet album car il vous enchantera. Comme d’habitude, l’ouvrage de Pascal BLANCHET est bourré de références musicales et s’articule autour d’une sélection discographique à écouter pendant la lecture (notamment CHOSTAKOVITCH et PROKOFIEV). Il est d’ailleurs dommage que les morceaux cités ne soient pas fournis avec le livre. Graphiquement, Pascal BLANCHET impose une nouvelle fois son style inimitable, à la fois rétro et moderne. Il nous faudra attendre l’an prochain pour savourer son prochain opus, un livre intitulé Émile Laplante .

medium_Couv_DernierMousquetaire.jpgJASON nous en avait parlé dans le cadre de l’entretien qu’il nous avait accordé en début d’année. Le Dernier Mousquetaire, sa dernière bande dessinée est publiée chez Carabas. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne manque pas d’originalité. En effet, l’auteur norvégien nous y propose un épisode des Trois Mousquetaires mêlant aventure, humour et science-fiction. De l’Alexandre DUMAS teinté de FLASH GORDON avec un zeste de Buster KEATON ! Résumer ce nouveau récit de JASON serait gâcher le plaisir de la découverte tant les surprises sont nombreuses au fil des pages. Sachez cependant qu’on y retrouve avec plaisir le style de l’auteur, à savoir sa sobriété graphique, ses personnages aux traits animaliers, son humour très décalé, son goût pour le burlesque mais aussi un ton parfois empreint d’une profonde tristesse. Plus léger que les précédents ouvrages de JASON, Le dernier Mousquetaire est aussi moins silencieux qu’à l’accoutumée, le mousquetaire, héros principal du récit, se montrant plutôt bavard. Les lecteurs connaissant Montpellier apprécieront tout particulièrement les multiples scènes que JASON consacre à la ville où il réside depuis quelques années. Je ne sais quel accueil a réservé Mme le Maire de Montpellier à sa caricature animalière...

medium_ACMECouv.jpgAprès la traduction française de Jimmy Corrigan en 2002, les éditions Delcourt nous offrent aujourd’hui une version française de l’imposant ACME Novelty Library de Chris WARE initialement publié chez Pantheon Books, recueil de planches initialement publiées dans son comic-book du même nom. Une fois de plus le talent et la virtuosité de l’auteur éclatent au grand jour dans un ouvrage au format inhabituel et au contenu d’une densité inouïe (même les tranches de l’album comportent de la bande dessinée). C’est à nouveau un exercice pour nos pupilles qui se trouvent véritablement sollicitées par un graphisme méticuleux, un agencement incroyable des vignettes, une narration innovante, des textes minuscules…Quand on connaît le perfectionnisme du créateur et son aversion pour toute typographie informatique, on imagine les difficultés posées par l’adaptation française des pages de son ACME. On y trouve un florilège d’éléments hétéroclites, drôles et caustiques : pages rédactionnelles, fausses publicités, objets à monter soi-même et les aventures de personnages récurrents tels Rusty Brown, Big Tex, Rocket Sam, Quimby the Mouse, Frank Phosphate… Du grand art ! Je ne sais si le travail de Chris WARE peut être assimilé à de la ligne claire tant il déroute mes sens. Si son dessin n’est pas sans lien avec auteurs comme HERGE ou SWARTE, il n’en demeure pas moins que sa narration ne répond pas aux exigences de lisibilité chères au créateur de Tintin. Rentrer dans les bandes dessinées de Chris WARE appelle un investissement – j’allais presque dire un effort – du lecteur. Elles se méritent. Les amateurs anglophones de l’œuvre de Chris WARE pourront découvrir d’ici la fin d’année deux nouveaux ouvrages : le numéro 18 de son ACME Novelty Library et le deuxième volume de ses carnets annoncés chez Drawn and Quarterly.

18/02/2007

JASON ET LA LIGNE CLAIRE

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Avec huit bandes dessinées publiées à ce jour, le norvégien JASON a su s'affirmer comme un créateur particulièrement original, développant un style graphique d'une réelle puissance d'évocation, un ton très personnel, au service de récits relevant de genres très différents, du drame au suspense hitchcockien en passant par la fable, le roman policier, le gothique fantastique.

Servis par un graphisme minimaliste reposant sur des figures animales, des scénarii débordant d'idées, abordant des thèmes récurrents plutôt noirs (solitude, mélancolie, mort, dépression, incommunicabilité,...) tout en développant un penchant pour l'humour absurde et le burlesque, les récits de JASON sont tous marqués par une forme d'étrangeté, d'inattendu et de décalage qui ne laisse pas indifférent. La preuve, JASON est aujourd'hui un auteur internationalement reconnu, primé et publié dans de nombreux pays.

medium_secret_de_la_momie.jpgQuelques semaines après la parution de "J'ai tué Adolph HITLER", sa troisième bande dessinée chez Carabas, étonnante aventure mélant paradoxe temporel, drame amoureux et crimes à foison, et à quelques jours de la sortie chez Atrabile - l'éditeur qui l'a fait connaître en France - du "Secret de la Momie", recueil d'histoires courtes parues ici ou là, nous sommes allés à la rencontre de JASON pour évoquer l'influence de la ligne claire sur son travail, analyser sa méthode de travail et recueillir des informations sur ses projets. Pour cela, il ne nous a pas été nécessaire de prendre un vol pour la Norvège mais simplement de parcourir quelques centaines de mètres puisque l'auteur réside à Montpellier.

Pour notre plus grand plaisir, nous avons découvert un JASON, véritable amateur de bande dessinée franco-belge.

Klare Lijn International : Votre graphisme est très minimaliste. Pourquoi ? Parce que vos histoires sont souvent sombres avec des thèmes comme la mort ou l'angoisse. Est-ce que vous avez besoin de compenser la noirceur de vos récits par un graphisme sobre ?

Jason : Non, cela n'a rien à voir avec cela. Vous n'intellectualisez pas d'abord un style pour le mettre en oeuvre ensuite. Un style de dessin est quelque chose qui se produit juste. C'est souvent le résultat de vos faiblesses en tant qu'artiste. Si mon style est minimaliste, ce pourrait juste être parce que je n'aime pas dessiner des arrières-plans.

medium_l_art_moderne.jpgKLI : Si je vous range dans la catégorie des artistes ligne claire avec HERGE, Joost SWARTE, Ever MEULEN, CHALAND, STANISLAS..., est-ce que vous êtes d'accord ? Vous sentez vous de la même famille ?

J : Il y a seulement un HERGE et je ne me placerais pas dans la même ligue que lui. Mais il a certainement été une inspiration. Non seulement la ligne claire mais également la manière de raconter. J'apprécie les travaux de SWARTE, MEULEN et CHALAND, mais il y a également une distance ironique dans leur travail que je trouve moins attrayante. Ils sont tous des artistes étonnants. Je peux passer des heures juste à regarder le trait de CHALAND. Mais pour moi, ils sont presque plus intéressants comme illustrateurs que créateurs de bande dessinée.

KLI : Quels sont les auteurs de bandes desssinées qui vous ont influencé ? Quels sont les autres artistes qui vous ont conduit à votre style actuel ?

medium_fabio.jpgJ : HERGE, évidemment. Jim WOODRING, FABIO and Lewis TRONDHEIM, pour réaliser des récits muets avec des personnages animaliers. Et je trouve aussi l'inspiration chez des réalisateurs de films comme Buster KEATON, Jim JARMUSCH, Hal HARTLEY ou Aki KAURISMAKI.

KLI : Dans une récente interview publiée dans le quotidien belge LE SOIR, Joost SWARTE affirmait "La ligne claire ne doit pas être regardée uniquement comme une technique de dessin. On ne peut pas limiter le génie d'HERGE à son trait essentiel. En fait, le scénario est tout aussi important dans la construction de la ligne claire. HERGE était d'abord un très bon scénariste et, bien entendu, il est parvenu à exprimer la force de ses histoires avec une formidable efficacité dans son dessin". Qu'est-ce vous pensez de ses propos ?

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HERGE vu par STANISLAS

J : Je suis tout à fait d'accord. Pour moi, la ligne claire n'est pas l'élément le plus important concernant HERGE. C'est la manière de raconter. Un bon nombre de gens ont essayé de copier seulement le style superficiel, mais ils copient souvent les mauvaises choses. La ligne raide de ses derniers travaux et ses parfaits décors. HERGE dans ses meilleures bandes dessinées pouvaient vous tirer dans le livre, comme lecteur, après la première ou la deuxième page. Et c'est quelque chose qu'il est beaucoup plus difficile de copier.

KLI : Quel est votre technique de dessin ? Est-ce que vous dessinez directement le trait juste ou bien réalisez vous beaucoup de croquis préparatoires pour trouver la bonne ligne ?

J : Non, je ne fais pas beaucoup de recherches. Je fais très peu de croquis avant de commencer une histoire. Si je dois dessiner une voiture ou autre chose, je le fais la plupart du temps de mémoire. Je fais des croquis très rapides, des petites esquisses des planches, juste avec quelques silhouettes toutes simples sous forme de bâtons, et alors je commence à dessiner directement sur les originaux, les personnages d'abord et le décor et les arrières-plans au final.

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PLANCHE EXTRAITRE DE "J'AI TUE ADOLPH HITLER"

KLI : Pourriez vous expliquer pourquoi vous avez choisi un style anthropomorphique ? Est-ce que vous pensez que cela rend plus facile la publication d'une bande dessinée dans différentes langues et sur différents continents ? Si j'affirme que vous gagnez en universalité avec des personnages d'animaux, est-ce que vous êtes d'accord ?

J : Là encore, il s'est juste produit quelque chose. J'ai essayé quelques styles différents modèles et les personnages animaliers étaient ceux qui me donnaient le plus satisfaction. Ils étaient faciles et amusants à dessiner. Un style plus réaliste représente beaucoup plus travail, vous avez besoin de beaucoup plus de documentations, de références, de photos,... Puis, plus tard, je me suis rendu compte que ce modèle, les personnages animaliers, collait mieux pour le type d'histoires que je voulais raconter, comme dans "Chhhtt!", des histoires qui sont des espèces de fables et qui ne fonctionneraient pas si elles étaient dessinées dans un style réaliste.

medium_Hemingway.jpgKLI : Pourquoi avoir fait le choix de la couleur pour vos dernières bandes dessinées publiées par Carabas ? Pour les séparer de celles publiées par Atrabile qui sont plus "underground" ?

J : Il est difficile de vivre d'histoires en noir et blanc. Les albums en couleur atteignent plus de lecteurs. J'ai voulu créer des histoires dans le cadre traditionnel de l'album couleur de 48 pages, et proposer des histoires légèrement plus commerciales. J'ai toujours la même liberté en racontant les histoires que je veux. Aucun éditeur ne s'est présenté en disant "Non, vous ne pouvez pas faire cela". En outre, quelques histoires fonctionnent mieux en noir et blanc, et d'autres fonctionnent mieux en couleurs. Cela dépend de chaque histoire.

medium_je_vais_te_montrer_quelque_chose.jpgKLI : Les couvertures de vos ouvrages sont souvent très réussies. Est-ce que le choix de la couverture est un moment difficile ou bien trouver vous facilement la bonne option ?

J : Les couvertures sont difficiles. Particulièrement à la fin d'un album quand vous êtes fatigué par la masse de travail accomplie et que voulez commencer le prochain récit. Souvent, je passe en revue les planches pour voir s'il y a un élément qui serait adapté pour la couverture. Ce ne doit pas être forcément le plus passionnant, juste quelque chose qui crée une certaine atmosphère et dégage de l'énergie, mais qui n'en dit pas trop non plus sur l'histoire à l'intérieur.

KLI : Pourriez vous citer les bandes dessinées "ligne claire" que vous appréciez ?

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J : HERGE a créé, de mon point de vue, 9 chefs d'oeuvre d'affilée, "le lotus bleu" étant le premier et "les sept boules en cristal", le dernier. Les albums postérieurs ne m'attirent pas de la même manière. J'ai apprécié "l'affaire Francis Blake", le premier album de Blake et de Mortimer par Ted BENOIT et la biographie de HERGE par STANISLAS. Je me souviens avoir appréciés "Le rendez-vous de Sevenoaks" par FLOC'H et "L'art moderne" de SWARTE quand j'ai découvert ces bandes dessinées dans les années 1980. Il y avait aussi ce recueil d'illustrations de Serge CLERC, "Mémoires de l'espion", qui m'avait vraiment enthousiasmé. Mais je n'aime pas nécessairement un livre juste parce qu'il est dessiné ligne claire. Tout dépend de l'histoire. Et actuellement mon dessinateur de bandes dessinées favori serait Christophe BLAIN qui n'est pas ligne claire, même plutôt à l'opposé.

KLI : Quels sont vos projets en cours ?

J : Je termine les dernières planches d'une bande dessinée intitulée "Le dernier mousquetaire" qui devrait sortir, cet été, chez Carabas. Il s'agit d'une histoire de science fiction qui commence à Montpellier. Sinon j'ai déjà quelques idées pour un prochain récit. Il est aussi question que je collabore avec un scénariste, ce qui serait nouvelle expérience pour moi et me permettrait de me concentrer sur le seul dessin.

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English version :

Klare Lijn International : Your graphic style is very minimalist. Why ? Because your stories are often very dark with feelings of death and anguish ? Do you need to compensate the darkness of your stories by a sober graphism ?

Jason : No, that has nothing to do with it. You don't intellectualize a style first and then do it. A drawing style is something that just happens. It's often a result of your weaknesses as an artist. If my style is minimalistic, that might be just beacause I don't like drawing backgrounds.

KLI : If I say you are a clear line artist as HERGE, Joost SWARTE, Ever MEULEN, CHALAND, STANISLAS..., do you agree ? Are you of the same family ?

J : There is only one Hergé, and I wouldn't place myself in the same league as him. But he has definitely been an inspiration. Not only the clear line but also the storytelling. I enjoy the works of SWARTE, MEULEN and CHALAND, but there is also an ironic distance in their work that I find less appealing. They are all amazing craftsmen. I can spend hours just looking at the linework of CHALAND. But to me they are almost more interesting as illustrators rather than cartoonists.

KLI : Who are the comic creators who inflenced you ? Who are the other artists in art or design who lead you to your actual style ?

J : HERGE, obviously. Jim WOODRING, FABIO and Lewis TRONDHEIM, for doing silent stories with animal characters. And I find inspiration from filmmakers like Buster KEATON, Jim JARMUSCH, Hal HARTLEY and Aki KAURISMAKI.

KLI : In a recent interview for the newspaper "LE SOIR", Joost SWARTE said "clear line mustn't been watched as a technic of drawing. You can't limit the genius of HERGE to his essential line. In fact, the scenario is also important in the construction of the "clear line". HERGE was first a good scriptwriter and, obviously, he succeed to express the strengh of his stories with a wonderful efficiency in the drawing". What do you think about this ?

J : I agree totally. To me the clear line is not the most important thing about HERGE. It's the storytelling. A lot of people have tried to copy only the superficial style, but they often copy the wrong things. The stiff line from his later work and the perfect backgrounds. HERGE in his best books were able to pull you into the book, as a reader, after the first or the second page. And that is something that is a lot harder to copy.

KLI : What is your technical of drawing ? Do you draw directly the right line or do you make a lot of sketches with many lines - like HERGE - to choose the right line ?

J : No, I don't do a lot of research. I do very few sketches before starting the story. If I need to draw a car or something I mostly just draw it from memory. I do very quick, small sketches of the storypanels, with just very simple stickfigures, and then I start pencilling directly on the originals, the characters first and then the backgrounds in the end.

KLI : Could you explain your choice of anthropomorphic style ? For what reasons ? Do you think anthropomorphy made easier your publication in different languages and different continents ? If I say you win in universality with your characters of animals, do you agree ?

J : Again, it's just something that happened. I tried out a few different styles and the animal characters were the ones I was most happy with. They were easy and fun to draw. A more realistic style is a lot more work, you need a lot more reference material, photos and so on. Then later I discovered that this style, the animal characters, fit best for the type of stories I wanted to tell, like in "Chhhtt!", stories that are kind of fables, and would not work drawn in a realistic style.

KLI : For what reasons do you make the choice of color for your last graphic novels published by carabas ? To separate them to your creations with atrabile that are more "underground" ?

J : It's difficult to make a living doingonly black and white stories. Colour albums reach more readers. I wanted to do stories in the traditional 48 page color album, and do stories that were slightly more commercial. I still have the same freedom in telling the stories I want. No editor steps in and says; No, you can't do that. Also, some stories work better in black and white, and others work best in colour. It depends on each story.

KLI : The covers of your graphic novels are allways very attractive. It's a difficult exercice for you or you find easily the good cover ?

J : Covers are difficult. Especially at the end of an album when you're just sick and tired of the whole thing and want to just start the next one. Often I just look through all the panels to see if there is a motive that would fit on the cover. It doesn't have to be the most exciting motive, just something that creates a certain atmosphere and energy, but that don't tell too much of the story inside.

KLI : Could you list the clear line comics you enjoy ?

J : HERGE made, in my mind, 9 masterpieces in a row, "Blue Lotus" being the first one and "Seven Crystal Balls" being the last. The later ones don't appeal to me in the same way. I enjoyed the first Blake and Mortimer album by Ted BENOIT and the HERGE biography by STANISLAS I remember enjoying "Rendez vous in Sevenoaks" by FLOC'H and "Modern Art" by SWARTE when I discovered those books in the 80s. There was a collection of illustrations by Serge CLERC, "Mémoires de l'espion", that really took my breath away. But I don't necessarily like a book just beacause it's drawn in ligne claire. It all depends on the story. And for the moment my favourite cartoonist would be Christophe BLAIN who is not ligne claire, rather the opposite.

KLI : What are your projects ?

J : I finish the last pages of a new album, "the last musketeer" that should be published by Carabas, next summer. It's a science fiction story that begins in Montpellier. I have some ideas for the next album. A collaboration with a scriptwriter is also possible, that could be a first experience for me and a way to concentrate myself only on the drawing.

15:53 Publié dans Jason | Lien permanent | Commentaires (1)