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31/01/2014

ANGOULEME 2014 : LES NEERLANDAIS S'AFFICHENT !

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Non contents d'occuper la présidence de la 41ème édition du Festival International de la Bande Dessinée avec Willem, l'un des acteurs du mouvement provo, nos amis néerlandais prennent possession des murs de la ville pendant toute la durée de la manifestation charentaise.

En effet, emmenée par l'immense Joost Swarte, une bande de joyeux et fougueux auteurs bataves dessine, imprime et colle des affiches en lien avec l'actualité du moment dans les rues de la capitale de la bande dessinée.

Parmi eux, on compte de talentueux dessinateurs d'obédience ligne claire tels que Peter Van Dongen, Erik de Graaf, Hanco Kolk, Heink Kuijpers.... aux côtés de jeunes créateurs peu connus en terre francophone.

Les créations de cet éphémère atelier néerlandais basé à l'Espace Franquin sont à découvrir d'urgence sur :

- un site créé spécialement pour l'occasion;

- le site de Libé, partenaire de l'opération.

A voir également, deux reportages consacrés à cet événement sur France 3 Poitou-Charentes.

Illustration copyright Swarte & l'Atelier Néerlandais

28/01/2014

LA LIGNE CLAIRE FAIT PARLER D'ELLE

Et c'est tant mieux ! 

Voici quelques liens sur d'excellents écrits sur la Klare Lijn publiés dernièrement :

- le premier intitulé "Flous et nettetés de la ligne claire" proposé par Didier Pasamonik sur le site Actuabd;

- le second ayant pour titre "ligne claire" signé par Thierry Groensteen sur le site Neuvième Art 2.0.

- le catalogue de l'exposition "1975-1997 : la bande dessinée fait sa révolution" visible au Fonds Hélène & Edouard Leclerc pour la culture, aux Capucins, Landerneau (29) jusqu'au 11 mai. On retiendra tout particulièrement de ce bel ouvrage consacré à l'apport des revues Métal Hurlant et (A SUIVRE) à l'évolution de la bande dessinée les propos de Jean-Pierre DIONNET sur Yves Chaland et l'interview de Serge Clerc. On regrettera simplement que la partie dédiée à (A SUIVRE) ne fasse pas plus de place aux auteurs ligne claire qui ont été publiés dans ses pages et tout particulièrement à Ted Benoît qu'il aurait été, à nos yeux, pertinent et judicieux d'interroger car il a été collaborateur des deux revues. Plus d'infos sur : www.fonds-culturel-leclerc.fr .

On retiendra de toutes ces contributions que le concept de ligne claire n'est vraiment pas aisé à définir avec précision, ses contours restant toujours flous.

Qu'il suscite toujours des analyses, des commentaires, des visions différentes entre spécialistes et experts de l'histoire de la bande dessinée nous enchante tout particulièrement !

21/12/2013

BEAUX LIVRES

S’il vous reste de la place sous le sapin, voici quelques suggestions de beaux livres pour les fêtes.

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Pour commencer, l’édition francophone de Automotiv, ouvrage du flamand Ever Meulen initialement publié aux Pays-Bas par Oog & Blik et proposé ici dans une nouvelle version par Champaka. Ce livre à la conception et à la maquette soignées tourne autour de la passion de l’artiste pour les belles cylindrées toujours très présentes dans ses créations graphiques. Il nous propose une vraie surboum pour quatre roues. A côté d’illustrations déjà bien connues de ses admirateurs, Automotiv offre de nombreux croquis et dessins inédits d’automobiles plus belles les unes que les autres. On appréciera tout particulièrement les commentaires choisis de l’artiste qui nous éclairent sur son amour pour l’esthétique et le design mécaniques depuis sa découverte de Michel Vaillant – comme quoi Jean Graton mène à tout - jusqu'à son travail sur la Nisiov, étonnante voiture asymétrique. Des textes signés Schuiten, Swarte, Bocquet… nous accompagnent dans la visite du merveilleux garage d’Ever Meulen. 
 
Pour jeter un coup d'oeil au livre, suivez le lien ci-dessous :
 
A noter que la galerie Champaka Paris consacre une exposition à l’artiste jusqu’au 11 janvier 2014 :
 

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Nous en avions parlé avant sa parution mais nous ne résistons pas au plaisir de revenir sur Inventaire, très beau livre de Floc’h publié aux éditions La Martinière. Avec pour fil conducteur un texte issu de conversations de l’artiste avec Jean-Luc Fromental, l’ouvrage, véritable catalogue raisonné de quarante années de création, nous fait partager en belles images le parcours de Floc'h qui suit sa route, fidèle à ses principes, dans des domaines aussi variés que la bande dessinée, l’illustration de presse, l’affiche publicitaire ou de cinéma, le livre jeunesse…Un plaisir pour les yeux mais aussi pour les neurones car avec Floc’h, l’image dit toujours quelque chose !
 
Pour jeter un coup d'oeil au livre, suivez le lien ci-dessous :
 

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Même si ce n’est pas de la ligne claire, comment ne pas conseiller la magistrale et imposante biographie de Gus Bofa, l’enchanteur désenchanté signée d'Emmanuel Pollaud-Dulian et proposée par Cornélius, l’éditeur contemporain de ce génial dessinateur et illustrateur disparu en 1968. Au programme, plus de 500 pages richement illustrées avec de nombreux inédits qui nous présente la vie et l’œuvre d’un artiste marqué dans sa chair même et au plus profond de son âme par les traces indélébiles de la première guerre mondiale et qui a encore de nos jours une influence indéniable sur de nombreux illustrateurs et dessinateurs de bande dessinée.
 
Pour jeter un coup d'oeil au livre, suivez le lien ci-dessous :
 
A noter que le prochain Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême rendra hommage à Gus Bofa :
 

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Toujours en lien avec Gus Bofa, les éditions Michel Lagarde nous propose Le Salon de l'Araignée, autre beau livre signé Emmanuel Pollaud-Dulian mettant en avant un salon particulièrement novateur dont Bofa fut l’un des instigateurs, dans les années 20, pour exposer des artistes - et tout particulièrement des illustrateurs - dont la démarche se caractérisait par un refus du conformisme, une approche artistique en prise avec son temps et une volonté de rupture avec les artistes cocardier de la Grande Guerre. Ce salon qu’on pourrait qualifier d’underground pour l’époque aurait du être complété par un journal satirique, une maison d’édition, une librairie, un bar littéraire mais les circonstances firent que ces projets ne virent jamais le jour. De l’Araignée, il ne reste donc que le souvenir des salons d’exposition organisés pendant une dizaine d’années. Saluons le travail de l’auteur qui a su rassembler plusieurs pépites et nous faire partager un riche patrimoine et de merveilleux dessinateurs/illustrateurs. Parmi les artistes de l’Araignée, comme le note justement Pollaud-Dulian, certains comme Martin Lepape ou Laboureur "dépouillent leur trait jusqu'à créer cette ligne claire que la bande dessinée redécouvrira avec Hergé".
 
Pour jeter un coup d'oeil au livre, suivez le lien ci-dessous : 
 
A noter que le salon de l'Araignée s'expose à la Librairie Chrétien (178, faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris) du 12 décembre 2013 au 31 janvier 2014 :

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A propos d'Hergé, signalons un nouveau livre qui lui est consacré dans la collection Cube des éditions La Martinière avec le concours de Moulinsart. Encore un ouvrage sur le père de Tintin me direz-vous. Oui mais c’est une publication de qualité. Tout d'abord, par sa forme avec un format carré de 21 cm sur 21 cm, une tranche rappelant le damier rouge et blanc de la fusée lunaire, une mise en page très claire. Ensuite, par son contenu avec une iconographie très riche et bien choisie et un texte signé Michel Daubert, ex-journaliste au Figaro et à Télérama, qui nous propose une belle synthèse de la vie et l’œuvre d’Hergé mais aussi une présentation du Musée Hergé de Louvain la Neuve, bâtiment imaginé par l’architecte français Christian de Portzamparc. 
 
Pour jeter un coup d'oeil au livre, suivez le lien ci-dessous :
 
Le Musée Hergé propose jusqu’au 26 janvier 2014, une exposition intitulée « Allo Bruxelles ? Ici Rawhajpoutalah ! » :

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Autre belle publication autour d’un génie belge de la bande dessinée, l’ouvrage proposé par Dupuis reprenant la quasi-totalité des couvertures des recueils du Journal Spirou signées André Franquin de 1945 à 1967. Ce livre à tirage limité donne à voir le grand art de la composition graphique de Franquin. Certes, il n’est pas donné – 119 euros – mais cela les vaut largement. On pourra juste se demander pourquoi Dupuis a fait le choix de publier des scans de reliures très abimées. Bizarre. Il y aurait certainement eu moyen de trouver auprès de collectionneurs des reliures en meilleur état. Heureusement que les fac-similés des originaux sont là pour compenser la légère déception et nous faire admirer dans toute sa splendeur le trait de Franquin.
 
Pour jeter un coup d'oeil au livre, suivez le lien ci-dessous :
 
Avec cette sélection, il y a de quoi faire des heureux pour les fêtes !

03/12/2013

LA PROPRIETE, CHEF D'OEUVRE LIGNE CLAIRE

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Si ce n’est déjà fait, procurez-vous au plus vite la dernière bande dessinée de Rutu Modan, La Propriété, publiée chez Actes Sud BD. C’est un pur chef d’œuvre !

Après le succès mondial d’Exit Wounds, son précédent ouvrage, l’artiste israélienne confirme son incroyable talent de conteuse-dessinatrice au trait ligne claire très pur et très expressif.

La Propriété nous raconte l’histoire d’une vieille dame juive qui, accompagnée de sa petite fille, revient en Pologne, sa terre natale, pour récupérer une propriété familiale qui a été spoliée par les nazis pendant la seconde guerre mondiale.

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Par les sujets qu’elle aborde, la bande dessinée de Rutu Modan aurait pu être sérieuse, douloureuse et pesante. Il n’en est absolument rien ! C’est au contraire sans pathos et sur le ton d’une comédie légère que l’auteur nous fait partager une histoire de famille bien évidemment liée aux traumatismes de l’Histoire. C’est d’ailleurs en s’affranchissant de la gravité dans le propos que l’on aurait pu attendre avec un tel thème central que Rutu Modan fait mouche et nous touche en plein cœur.

C’est la marque des grands auteurs de bande dessinée que de savoir entraîner le lecteur dans un univers d’une richesse infinie derrière une facture très simple, une sobriété dans le dessin et la mise en page. Il y a assurément un héritage hergéen dans l’approche de la bande dessinée de Rutu Modan, dans cette volonté de lisibilité tant narrative que graphique, dans ce choix de prendre le parti de l’humour pour évoquer des sujets graves, de divertir tout en faisant réfléchir.

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Comme chez Hergé, ses personnages sont tous très bien trouvés. Dans cette galerie de portraits, les figures centrales de la grand-mère israélienne aux humeurs changeantes et au caractère bien trempé et de sa petite fille pleine d’esprit d’initiative ne sont pas sans nous évoquer le tandem Haddock-Tintin dans une version féminisée et actualisée des plus réussies. Chaque personnage, principal ou secondaire, est traité avec soin, portant sa part d’ombre et de mystère et dévoilant, au fil du récit, ses arrière-pensées, ses secrets, ses failles, ses espoirs, ce qui le rend particulièrement humain.

La construction du récit est tout simplement imparable. Sans avoir l’air d’y toucher, avec une subtile habilité, l’auteur nous tient en haleine en proposant rebondissements et surprises qui dynamisent le récit. Par ailleurs, elle s’emploie à mélanger les genres avec une extrême ingéniosité : il y a à la fois du suspense, de la tension, de la romance, de l’émotion, du vaudeville dans l’aventure profondément intime qu’elle nous conte.

En résumé, vous l’aurez compris, La Propriété est tout simplement une exceptionnelle bande dessinée. Ne passez surtout pas à côté !

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Liens utiles :

- les 22 premières pages du livre sur le site de l’éditeur.

- notre entretien avec Rutu Modan lors de la parution de Exit Wounds.

09/11/2013

ENTRETIEN AVEC JUAN SAENZ VALIENTE


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Parce qu'il se veut international, notre site ouvre aujourd'hui ses portes à Juan Sáenz Valiente, auteur argentin, à l'occasion de la récente publication de Norton Gutierrez et le Collier d'Emma Tzampak, bande dessinée que nous qualifierons volontiers de néo-ligne claire, aux éditions Bang. 

L'auteur nous a fait le plaisir de répondre à quelques questions qui nous éclairent sur sa manière de concevoir une ligne claire d'aujourd'hui et plus généralement sur la "linea clara argentina". Un grand merci à lui !

En espérant que cet échange vous donne envie de découvrir cet ouvrage.

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Klare Lijn International : Norton Gutierrez contient une présentation de son auteur -voir ci-dessus - mais nous souhaiterions en savoir un peu plus. Pourriez-vous nous présenter votre parcours de créateur ? 
 
Juan Sáenz Valiente : Je trouve que la présentation contenue dans le livre est un bon résumé. Ce que je peux ajouter, c´est que j'ai dessiné toute ma vie. J'ai quitté l´université au bout de seulement trois semaines car je ne me pouvais pas envisager une carrière autre que celle de dessinateur. J'ai donc pris la décision de limiter mon talent à être dessinateur de bandes dessinées. Comme il n´y avait pas d’université pour apprendre la bande dessinée, je pouvais de cette façon justifier de ne rien étudier ! Mon entourage ne pouvait rien me reprocher ! Si j’avais peint, il m'aurait fallu entrer aux beaux-arts,  si j’avais voulu faire du dessin animé, j’aurais étudié le cinéma, mais avec la bande dessinée… 
A cette époque, au début des années 2000, le marché de la bande dessinée argentine était presque inexistant. Je suis allé au festival d´Angoulême en 2003 et c’est là que j'ai rencontré le scénariste Carlos Trillo - qui vivait à 40 minutes de chez-moi à Buenos Aires - avec qui j'ai collaboré  sur Memoires d´une vermine, mon premier album chez Albin Michel.
Quand j'ai commencé à publier sur le marché franco-belge, mes proches étaient ravis… Je faisais exactement la même chose qu’avant mais la différence était que cette fois, un éditeur, qu’ils ne connaissaient pas, l´avait vu et l´avait appréciée ! 
J'ai continué à publier et à gagner confiance. Norton Gutierrez est très important pour moi car c´est mon premier grand scénario, ma première œuvre comme auteur complet.
 

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KLI : Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans la réalisation de Norton Gutierrez ? Quelles étaient vos envies ? 
 
JSV : Les facteurs qui m´ont fait arriver au port sont très nombreux. Tout débouchait sur la ligne claire. Cela semblait inévitable ! 
J'avais besoin de créer mon propre scénario, mais je me suis rendu compte que j'étais noyé dans une ambition intellectuelle qui m´empêchait d´avancer. Alors je me suis souvenu que dans ma jeunesse, je me demandais en moi- même : « Qu´est-ce que je veux dessiner ? ». Je me répondais par pur instinct et je dessinais sans problème. Alors j'ai pris la décision de me poser la même question comme point de départ. 
Comme je venais de dessiner des polars, des histoires sombres, je me suis proposé de dessiner d’autres trucs, des mondes paradisiaques et inconnus, des scènes de bagarre dans les coulisses d’un théâtre, un homme méchant qui souhaite dominer le monde, un énorme robot qui détruit une ville, des temples précolombiens abandonnés. Plus j'accumulais ces idées, plus l´histoire m’apparaissait facilement ! 
D’un autre coté, c'était ma première expérience d’écriture d’un grand scénario. J'avais peur que mon récit puisse devenir lent ou aussi ennuyeux et de ne pas avoir l’expérience suffisante pour m’en apercevoir. Dans une histoire d´aventures, la trame est très technique. Alors on peut déceler avec plus de facilité s’il y a quelque chose qui fonctionne ou ne fonctionne pas dans le scénario. En partant sur ces bases, je pouvais avancer sans peur. 
Je me suis aussi rendu compte que ce que je voulais faire devait se dérouler dans les années 50, parce qu'à cette époque il n'y avait pas de portables (on n'était pas aussi connectés qu'aujourd'hui), pas d'air conditionné (les fenêtres restaient ouvertes), pas de satellites (on croyait à la possibilité de mondes inconnus). Dans ce contexte historique, tout était mieux adapté pour les gags, l'intrigue et le monde d'aventures dans lequel je voulais me plonger.

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KLI : Le dessin de Norton Gutierrez tranche avec vos précédentes bandes dessinées publiées en France. Il s'apparente à une forme de néo-ligne claire. Pourquoi ce choix ? Parce que ce type de dessin correspondait bien à un récit d'aventures débridées comme celui que vous proposez ? 
 
JSV : J'essaye toujours que mon style ne soit pas limitant pour raconter mon récit mais tout le contraire, c’est-à-dire que le style s'adapte à l´histoire que je dois raconter. 
Et d'un autre coté, j'aime l'idée de m'imposer un défi en optant pour un nouveau style à chaque projet. 
J'ai toujours péché d'avoir un dessin très ambitieux. Avec les préceptes de la ligne claire, résumer l'œil dans un petit point et tout le reste, c'était l'opportunité d'essayer de contrôler l'ambition.
 
KLI : Est-ce que la ligne claire est un style que vous appréciez ? Quels sont les auteurs de ce courant graphique que vous avez lu et qui vous ont influencé ? 
 
JSV : Quand j'étais gamin, j'avais un album de Tintin mais je ne l'aimais pas parce que je trouvais le dessin trop simple. Jusqu'à un certain jour, vers 6 ans, où n'ayant rien à faire, je l'ai pris et je me suis surpris à l’apprécier. Ça marchait ! J'ai compris que le dessin devait être au service de l´histoire et ne devait pas s'étaler. Le dessin, c'est un esclave de la narration. La ligne claire a été inévitable pour comprendre l´essence même du dessin de bandes dessinées. 
De ce courant, j'aime principalement (et inévitablement) l'œuvre d’Hergé, aussi l'univers de Daniel Torres et celui de Moebius, bien sûr (si on peut le considérer comme étant ligne claire) mais pas beaucoup d’autres dessinateurs. Je suis très sélectif. 
 
KLI : Est-ce que vous connaissez les oeuvres de Jacobs, Vandersteen, Martin, de Moor (pour ne citer que quelques anciens) et celles de Chaland, Ted Benoît, Clerc, Swarte, Floc’h (leurs principaux héritiers) ou pas tellement ?
 
JSV : Ces bandes dessinées n'étaient pas si accessibles en Argentine comme pouvait l'être Tintin. Mon père avait des bandes dessinées franco-belges classiques et quelques éditions espagnoles des années 80 où ces auteurs étaient publiés. C'est comme cela que je les ai connus. Mais je n'ai pas été plus que cela influencé par leurs travaux même si je les appréciais.

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KLI : Par rapport à vos autres bandes dessinées, est-ce que vous diriez qu’un dessin ligne claire est plus exigeant, nécessite un plus grand soin, plus de temps… ? 
 
JSV : Au début, je pensais que la ligne claire serait plus facile à dessiner parce que les dessins sont moins complexes et les cases plus petites. Mais je n'avais pas considéré un certain nombre de paramètres :
-La netteté qu'exige l'encrage du trait ; 
-La quantité de cases par planche ; 
-Et la difficulté d'arriver à une synthèse. Bien des fois, j'accumulais les lignes sans arriver au juste trait. Je ne pouvais pas non plus camoufler mes indécisions ou mon ignorance par un trait imprécis comme j'étais habitué à le faire dans mes créations précédentes. Dans la ligne claire, la sincérité est inévitable. On ne peut pas pipeauter ! 
Alors qu'au départ, j´avais estimé que cela me prendrait un an de dessin, cela a fini par m’occuper pendant deux ans! 
Donc, je peux conclure que oui, la ligne claire, cela prend plus de temps ! 

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KLI : Même si le ton de votre ouvrage tranche avec celui d’une série comme Tintin, je trouve que Norton Gutierrez contient de nombreux clins d'œil et plusieurs références au personnage d'Hergé (la scène du Music-Hall, l'expédition en bateau, la découverte d'une île mystérieuse…). Est-ce que c'est voulu ou inconscient ? Est-ce que vous aviez les albums de Tintin ouverts sur votre bureau en dessinant ? 
 
JSV : Ce que je me proposais de faire, sans m'en rendre compte, ce n'était pas seulement un hommage à Tintin mais aussi aux univers de mes séries TV, bandes dessinées, films favoris dans le genre aventures. J'ai pris la décision de l'assumer et de ne rien inventer. Tout simplement, j'ai volé effrontément un peu à chacun et j'ai tout mis dans le mixeur. Pour dissimuler le côté Frankenstein, rien de mieux que de l'assembler avec la ligne claire comme surface. De plus, mes albums de Tintin contenaient les solutions graphiques pour résoudre tous les défis de la narration ! Alors tous ces albums m'ont effectivement accompagné, à côté de mon bureau, pendant que je dessinais Norton

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KLI : Est-ce que Norton était totalement écrit dès le départ avec un synopsis et un découpage détaillés ou bien aviez-vous simplement une trame générale à suivre ? 
 
JSV : Cela a était dessiné à partir d'un scénario complètement écrit. J’ai suivi le cours du professeur de scénario Irene Ickowics. J'ai décomposé mon récit en scènes, après en planches et ensuite en cases, tout par écrit, sans le moindre dessin. Une fois le scénario terminé, j'ai travaillé le storyboard. Et après, je n'ai pas dessiné en avançant case par case mais personnage par personnage. J'ai dessiné tous les Norton, les Lolo, etc. 
 
KLI : Quelle a été votre technique de dessin ? Sur papier ? Sur ordinateur ?
 
JSV : Pour Norton, j’ai travaillé de la façon suivante. J'ai d’abord réalisé un storyboard numérique. Ensuite, j´ai dessiné à la main chaque personnage. Après, je les ai mis en place numériquement sur le storyboard. Les décors, les voitures, les bateaux, je les ai aussi dessinés de façon numérique. Pour les décors, je savais déjà quelle serait la position de l´horizon pour dessiner les personnages dans la perspective correcte. Sur mon ordinateur, j'avais un croquis avec la suggestion très basique des volumes, des objets, des décors, mais avec la position et la dimension correctes. Je n'avais qu'à scanner les personnages et une fois ceux-ci dans la case avec le croquis de décors, je faisais des retouches pour que tous puissent coexister ensemble. Ce n'est qu'au moment de l’encrage réalisé numériquement que je dessinais les décors, avec tous les détails, sur la base des volumes suggérés par le croquis. La mise en couleurs a été également numérique.

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KLI : Comptez-vous continuer à dessiner dans ce style néo-ligne claire ? Un prochain album de Norton Gutierrez est-il envisagé ? 
 
JSV : Je m´adapte à ce que l'histoire exige. Si ce premier album reçoit un bon accueil du public, il y aura la possibilité de créer une deuxième aventure. J'en serais ravi même si cela doit passer par la ligne claire !
 
KLI : L'édition française de Norton Gutierrez chez Bang est très belle avec un grand format, un beau papier, une belle présentation. Est-ce que c’est un choix de votre part ? Est-ce qu’il a été publié de la même façon en Argentine, en Espagne… ? 
 
JSV : C'est exactement la même édition pour la version espagnole. Bang est un éditeur franco-espagnol qui publie ces livres dans les deux langues. En ce qui concerne Norton, Ed Carosia, le directeur artistique de la maison d’édition, a eu beaucoup d´influence. Avec son bon gout, il a pris la décision de le publier dans ce joli et imposant format. Je ne m’y suis pas opposé, bien sûr ! 
 
KLI : Quels sont les autres dessinateurs argentins qui pourraient être rattachés à une forme de ligne claire ? 
 
Alejandra Lunik, Pablo Zweig, Lucas Varela, Adrián Montini, peut-être... La grande différence entre le marché franco-belge et l'Argentine, au sujet de la ligne claire, c´est qu’ici cette dernière n´a jamais été populaire. Au début, seulement une petite élite de lecteurs liée à la France y avait accès. Après les éditions espagnoles sont arrivées mais elles étaient très chères. A partir des années 90, des éditions plus accessibles ont été proposées. 
Ici, on lisait les magazines des éditions Columba qui ressemblaient plus aux Tex italiens, si l'on veut chercher une référence pour la comparaison. C'est pourquoi les créations ligne claire argentines sont vraiment des phénomènes isolés.
 
Pour en savoir plus :
 
- le blog de l'auteur
 
- le site de l'éditeur