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11/12/2011

ALEXANDRE FRANC SUR TOUS LES FRONTS

Grosse actualité pour Alexandre Franc en cet automne. Non content de poursuivre sa collaboration au feuilleton Les Autres gens, oeuvre collective initiée par Thomas Cadène sur le web et reprise sous format papier aux éditions Dupuis, le dessinateur des Isolés, de Mai 68 et de Macula Brocoli nous propose deux nouvelles créations. Tout d'abord Victor et l'Ourours, bande dessinée réalisée en solo pour Actes Sud / L'An 2 et ensuite Jean-Paul Goude, La Jungle des Images pour Dupuis, mise en image d'un récit de Thomas Cadène sur la carrière du célèbre créateur, dessinateur, photographe et réalisateur français, à l'occasion de la rétrospective Goudemalion qui lui est actuellement consacrée au Musée des arts décoratifs de Paris.

Autant de bonnes raisons pour poser quelques questions à Alexandre Franc !

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Couverture de Victor et l'Ourours

Klare Lijn International : Si je qualifie Victor et l'Ourours de fable moderne sur la guerre et l'amour, êtes vous d'accord ?

Alexandre Franc : Oui, c'est ça ! Disons que le projet était de faire une fable sur l'amour, et que la guerre s'est imposée comme le cadre approprié pour parler de ce sentiment. L'amour, donc la haine, donc la guerre...

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Planche extraite de Victor et l'Ourours

KLI : Quelle a été l'impulsion de départ, quelles étaient vos envies premières en vous lançant dans ce récit ?

AF : J'ai commencé au petit bonheur la chance. J'ai eu l'idée des premières pages, que j'ai dessinées sans trop savoir quelle suite je pourrais leur donner. Je démarre souvent comme ça, pour voir si la vie peut apparaître sur une page blanche, si ça marche ou pas (graphiquement) et pour donner sa chance au hasard : des personnages, des situations, des lieux qu'on jette dans le jeu sans trop savoir pourquoi peuvent nous réserver de bonnes surprises.

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Victor et l'Ourours - planche inédite

KLI : Est-ce que Victor est le fruit d'une approche spontané au fil des pages ou bien a t-il été préparé dans le détail avant sa réalisation ?

AF : Une approche spontanée, donc, du moins au départ. Disons les 10 premières pages. Ensuite, quand j'ai un peu compris où ces pages pouvaient m'emmener, je me suis efforcé de construire, pour que ça ne soit pas une simple broderie, et aussi pour convaincre Thierry Groensteen, mon éditeur chez Actes Sud/L'an 2 de me suivre dans le projet...

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Planche extraite de Victor et l'Ourours

KLI : Que me répondez-vous si je vous dis trouver ce récit un peu trop court et pas suffisamment dense pour qu'on s'attache aux personnages et s'investisse dans l'histoire ?

AF : Je sens comme une réserve dans cette question !... Mais je comprends. Victor et l'Ourours n'est pas une grande fresque pleine d'émotions et de sentiments, c'est plutôt, comme vous l'avez dit, une fable. C'est donc très resserré, presque comme une démonstration, case par case. J'ai tendance à penser que plus on dit une chose en peu de mots et d'images et plus c'est réussi ! Du moins, c'était mon approche sur ce livre. Et je trouve qu'il y a un certain nombre de passages vraiment très beaux ! Mais ça ne dure pas longtemps, et je comprends que le lecteur, s'il cherche l'immersion dans une histoire, soit un peu empêché.

KLI : D'où vous est venue l'idée de cette créature de l'Ourours ? Faut-il y voir une symbolique religieuse ?

AF : L'idée de l'ourours, c'est que cette créature représente une forme approchante de l'humanité telle que Dieu (le personnage de Dieu dans mon histoire) l'avait créée puis détruite dans les premières pages de l'histoire (qui sont une sorte de Genèse). C'est un personnage que j'ai inventé, mais peut-être que ça existe déjà, je ne sais pas (et comme je trouve ça assez génial, je doute d'avoir inventé quoi que ce soit !) J'ai eu l'idée de cette image en lisant un livre sur Nietzsche : c'est le principe de sa fameuse opposition dionysiaque/apollinien : continuité contre discontinuité, unité charnelle contre individualité, informe contre beau, ivresse contre raison, etc. Mais mon éducation catholique est certainement la première influence du livre (vers l'adolescence, j'ai tenté comme beaucoup de gens d'envoyer promener tout ça, mais rien à faire, on est marqué à vie !) Victor et l'Ourours est donc une bande dessinée chrétienne, d'une certaine manière...

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Victor et l'Ourours - planche inédite

KLI : Votre trait s'éloigne de plus en plus du réalisme qu'on pouvait trouver dans Les Isolés pour une approche plus caricaturale, plus schématique. Expliquez-vous cette évolution ?

AF : Quand j'ai dessiné Les Isolés, je lorgnais du côté de Daniel Clowes. Aujourd'hui, je trouve que mon dessin dans ce livre est tout de même un peu raide, un peu figé. Alors j'essaie de rendre mes personnages plus expressifs, le trait plus souple et plus vivant. Pour le moment, ça passe effectivement par un registre moins réaliste, parce que le dessin est plus spontané, le crayonné moins poussé. J'essaie aussi de me détendre question découpage : j'aime toujours bien les moules à gauffres et les jeux de symétrie et de répétition dans les cases, mais je n'en fait plus une question d'honneur.

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Couverture de Jean-Paul GOUDE, La Jungle des Images

KLI : Avec La Jungle des Images, votre bande dessinée sur Jean-Paul GOUDE, peut-on parler de travail de commande ? Comment s'est mis en place ce projet ?

AF : Oui, c'est une commande de Dupuis, à l'occasion de l'exposition rétrospective de Goude au Musée des Arts décoratifs, qui a lieu actuellement. Au moment de constituer l'équipe du livre, Louis-Antoine Dujardin, notre éditeur chez Dupuis, avait le tome 1 des Autres Gens sur son bureau. Thomas Cadène a donc été bombardé scénariste, quant au dessinateur, Goude n'a eu qu'à feuilleter le livre, qui est un véritable annuaire d'illustrateurs, et c'est tombé sur moi ! Pour tenter d'expliquer son choix, dont j'ai été le premier surpris, et honoré, je dirais que les images de Goude ont un côté très moderniste, très "découpé", avec des formes nettes et des couleurs franches. Pour les reproduire en bande dessinée, il fallait un style qui ne vienne pas les brouiller, qui ne soit donc pas dans l'expressivité ou la virtuosité graphique.

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Planche extraite de Jean-Paul GOUDE, La Jungle des Images

KLI : Est-ce qu'il vous été facile de rentrer dans l'univers de ce créateur ultra-médiatique, de le digérer et de le restituer avec votre trait propre ? Quelles sont les contraintes et les inconvénients d'un travail sur un artiste marqué par une telle richesse visuelle et une "patte" caractéristique bien connue du grand public ?

AF : En regardant les dessins de Goude, qui sont extraordinaires, j'ai immédiatement compris que je ne pourrais pas rivaliser, et ça m'a beaucoup simplifié la vie. Et puis après tout, Goude avait choisi mon dessin. Après, nous n'avons pas eu de difficulté particulière à rentrer dans cet univers, qui fait partie de la culture populaire, et dont les points de contact avec la bande dessinée ne manquent pas (Goude a même été à l'école communale avec Christin et Mézières !).

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Planche extraite de Jean-Paul GOUDE, La Jungle des Images

KLI : A la lecture de l'album, on devine que vous avez rencontré Jean-Paul GOUDE. Est-ce qu'il a exprimé des attentes particulières sur votre travail, des commentaires sur vos planches ? Aviez-vous totale liberté pour traiter son parcours ?

AF : Oui, nous l'avons rencontré à plusieurs reprises, et il s'est à chaque fois montré très accessible, très attentif, et très respectueux de notre travail. Il a choisi de nous laisser totalement libres. Il n'a été intraitable que sur un seul point, la représentation de son personnage. Il fallait qu'il s'aime ! Goude a consacré sa vie à la recherche de la perfection esthétique, et sa première oeuvre, c'est lui-même.

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Les Autres Gens - Dupuis

KLI : Concernant votre contribution régulière aux Autres gens, qu'est-ce qu'elle vous apporte ? Un moyen de vous imposer un travail sous contrainte ? Un moyen de vous délasser entre deux planches de Victor et l'Ourours ou de Jean-Paul Goude ?

AF : Dessiner un épisode des Autres Gens est un exercice formidable. Il faut aller assez vite, et le fait de voir son travail à côté de celui d'autres dessinateurs est très formateur. On se compare, on se pique des trucs, on s'encourage, on se fait des amis, on progresse. Et on vise la qualité sans nécessairement la perfection, et le résultat n'est pas forcément moins bon. Bref, on dessine, et c'est bien de dessiner quand on veut être dessinateur, c'est-à-dire sans se poser mille questions métaphysiques. C'est grâce à ce travail sur Les Autres Gens que j'ai pu me défaire un peu de cette raideur dont je parlais, et je pense que mes pages de Victor et l'Ourours et de Goude en ont profité. C'est comme les gens qui mettent 40 ans à accepter leur corps. Moi, je commence à accepter mon dessin !

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Planche extraite des Autres Gens

KLI : Après cette sortie quasi-simultanée de deux bandes dessinées, quels sont vos prochains projets ?

AF : J'ai écrit un scénario pour une amie dessinatrice très talentueuse, Claire de Gastold (qui vient de l'illustration jeunesse). Le livre sortira en avril 2012 chez Bayou. Les planches sont finies, il ne nous manque que le titre ! Ce sera moins ligne claire, mais aussi plus romanesque que l'Ourours, j'espère donc ne pas vous décevoir ! J'ai deux autres projets qui n'en sont qu'à leurs débuts, tous deux en collaboration. Selon la phrase rituelle, c'est donc un peu tôt pour en parler !

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Les Autres Gens - Galerie de portraits

Illustrations copyright Alexandre Franc, Actes Sud / L'An 2 (Victor et l'Ourours) et Dupuis (Jean-Paul Goude et Les Autres Gens)

17:21 Publié dans Franc A. | Lien permanent | Commentaires (0)

01/01/2010

BONNE ANNEE

C'est avec ce dessin original d'Alexandre FRANC que je vous souhaite mes meilleurs voeux de bonne et heureuse année.
 
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J'espère que 2010 nous apportera plein de belles créations ligne claire de qualité et pas uniquement de pâles copies passéistes et commerciales de bandes dessinées typées années 50 comme ce fut un peu trop le cas l'an passé.

Les 20 premiers d'entre vous qui me laisseront leurs coordonnées à l'adresse klarelijninternational@voila.fr recevront un exemplaire de cette carte de voeux signée et numérotée par le co-auteur de Macula Brocoli, ouvrage fortement recommandé par la maison. Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire !

14:43 Publié dans Franc A. | Lien permanent | Commentaires (2)

11/11/2009

ECHANGES AUTOUR DE MACULA BROCOLI

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La parution récente de Macula Brocoli chez Champaka me donne l'occasion et surtout le plaisir d'échanger à nouveau avec Alexandre FRANC, dessinateur ligne claire dont je suis le parcours avec grand intérêt depuis la publication de sa bande dessinée Les Isolés en 2007.

Son nouvel opus cosigné avec le scientifique Laurent Alexandre est une oeuvre de fiction plus qu'originale dans la mesure où elle parvient à traiter avec distance, humour et pas mal d'ironie d'un sujet a priori plutôt difficile à approcher en bande dessinée, à savoir le destin génétique de l'humanité. Les auteurs réussissent le tour de force de rendre leur propos très accessible. Même un lecteur fâché avec les sciences pourra cerner les dérives potentielles liées au séquençage de l'ADN. Je peux en témoigner ! Cette réussite tient à la pertinence des choix narratifs des deux auteurs mais aussi au dessin ligne claire déployé par Alexandre Franc qui se montre ici plus libre que dans ses précédents ouvrages.

Une preuve de plus que la ligne claire est un style graphique susceptible de servir n'importe quel type de sujet.

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Klare Lijn International : Je vous propose de nous livrer à un séquençage de l'album. Quels sont ses gènes, ses origines ? Connaissiez-vous le scénariste ? L'éditeur a-t-il joué un rôle dans ce rapprochement ?

Alexandre FRANC : Je connais Laurent Alexandre depuis 2000. A cette époque, je travaillais comme illustrateur dans une agence web qui développait le site internet Doctissimo, site médical grand public. Laurent en était le fondateur, il était donc mon patron ! J'ai quitté l'entreprise en 2001 pour tenter d'autres aventures. Laurent m'a recontacté en août 2008 pour me proposer cette nouvelle collaboration. Quant à Champaka, il est intervenu plus tard, quand le livre a été terminé.

KLI : Après l'Histoire avec Mai 68. Histoire d'un printemps, vous abordez la Science avec Macula Brocoli. Quelles sont les principales différences que vous pouvez constater entre ces collaborations successives ? Est-ce qu'il est plus facile de travailler avec un historien ou un docteur en médecine ?
 
AF : Pour Mai 68, nous étions tenus, Arnaud Bureau et moi, à une certaine rigueur historique. Le propos était clairement didactique. Dans Macula Brocoli, Laurent et moi abordons des questions graves (la bioéthique et le destin que les technologies du vivant nous promettent), mais le ton est plus fantaisiste. Nous avons pris le parti de ne pas être didactiques, et de faire plutôt un conte. Dès les premières pages, nous abandonnons donc toute rigueur scientifique !

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KLI : Qu'est-ce qui différencie votre travail de dessinateur ? J'imagine que la contrainte n'est pas du tout la même entre Mai 68 et Macula Brocoli. Dans quel état d'esprit étiez-vous au démarrage de vos réflexions sur Macula Brocoli ? Comment avez-vous négocié le passage entre la restitution d'une période historique connue et cette incursion dans la génétique, univers plus abstrait, qui donne plus de place à l'imagination graphique ?

AF : Dans Mai 68, le propos était très dense, il y avait un grand nombre de faits à rapporter, beaucoup de texte à insérer dans les images. L'image était là à titre documentaire, comme illustration. Dans Macula Brocoli, j'avais envie de laisser davantage l'image se générer elle-même. Et de fait, un certain nombre de séquences sont apparues sur une idée de dessin, notament les séquences avec l'horloge. Et l'image s'est faite plus abstraite, avec des motifs récurrents comme les bonshommes stylisés ou la forme rectange, qui représente la base d'ADN.

KLI : Êtes-vous à titre personnel plus porté vers l'histoire ou la science ? Etes-vous ce qu'on appelle un scientifique ? Est-ce que vous avez été conduit à lire des ouvrages liés à la génétique pour visualiser le sujet et parvenir à le restituer sous forme compréhensible ?
 
AF : Comme nous n'avions pas choisi de faire un récit didactique, je ne me suis pas énormément documenté. J'ai fait quelques recherches sur internet pour citer le bon gène quand je parle de telle ou telle maladie, mais ça s'arrête là.
 
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Je ne suis pas un scientifique, mais j'ai suivi une filière scientifique jusqu'en classe prépa. Et c'est vrai que j'aborde la bande dessinée comme une grammaire, un langage qui permet d'énoncer des phrases de manière claire. C'est toujours très maîtrisé, très contenu. Quand je faisais des maths, j'aimais me les représenter graphiquement, et aujourd'hui, je dessine un peu comme je ferais des maths. C'est d'ailleurs pour cette raison que je n'ai pas pu dépasser la première année de prépa : on y aborde des notions mathématiques (comme les ensembles) impossibles à représenter graphiquement ! Je n'arrivais donc plus à suivre...

KLI : Si le besoin de vous représenter les mathématiques vous a bloqué à un certain moment, est-ce que cet esprit mathématique ne vous limite pas également dans votre pratique de la bande dessinée, pour exprimer les choses de manière plus sensible, plus intuitive ?
 
AF : Oui, c'est possible !

KLI : Êtes-vous intervenu dans le scénario de Macula Brocoli ? Comment vous a-t-il été livré ? Avez-vous été corrigé par Laurent Alexandre sur certains points ? Lesquels ? Votre scénariste a-t-il été directif sur la représentation des aspects les plus scientifiques du récit ?
 
AF : Voici comment nous nous sommes répartis le travail avec Laurent : c'est lui qui a eu l'idée de faire une bande dessinée sur la génétique, et qui m'a expliqué le sujet, qu'il connaît bien, tant sur le plan scientifique qu'économique et social : le séquençage qui va se démocratiser dans les années à venir, le décryptage des informations que nos gènes nous fourniront, la peur de connaître notre destin génétique, etc. À partir de toutes ces informations, j'ai brodé une histoire en y apportant ma propre inspiration. J'étais donc assez libre, et j'ai pu laisser venir les idées qui se présentaient au fur et à mesure que je dessinais.
 
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KLI : Votre trait ligne claire parait ici plus libre, plus lâché que dans vos travaux précédents avec des planches très aérées et des choix de mise en page beaucoup moins cadrés et rigides. C'était une volonté de votre part ? Est-ce qu'il y a eu beaucoup de tâtonnements avant d'arriver au graphisme et à la mise en page appropriés ? Comment avez-vous géré le changement de format par rapport aux Isolés et à Mai 68 ?
 
AF : J'ai un peu tâtonné au début, parce je voulais faire quelque chose de très simple, qui aille bien avec l'idée du conte. Je voulais faire une bande dessinée de science-fiction, mais sans la quincaillerie de la SF (villes du futur, vaisseaux spatiaux, armes, costumes, etc). En dessinant les premières pages, avec mes personnages qui tournent comme en orbite, je rêvais de pouvoir être aussi fantaisiste et décomplexé que Benoît Jacques, par exemple. Ce n'était pas possible, mais j'ai tout de même essayé de m'affranchir du réalisme, parce que ça m'intéresse de moins en moins. Par exemple, au lieu de dessiner chaque case avec son propre espace en trois dimensions et des points de fuite dans tous les sens, j'ai tâché de jouer de la contiguité des cases pour unifier l'espace de l'histoire et l'espace de la planche, tout en conservant la temporalité. Utiliser les spécificités de la bande dessinée, en somme. Ce que fait Chris Ware avec tout son génie...

KLI : Une chose semble certaine vous concernant. Votre destin en bande dessinée semble à jamais lié à la ligne claire qui semble définitivement dans vos gènes. Quelles sont les évolutions principales que vous percevez dans votre travail graphique depuis Les Isolés ? Quelles ont été les dernières influences extérieures qui se sont manifestées consciemment ou inconsciemment dans votre dessin ? J'ai senti du Max dans quelques personnages. J'ai perçu aussi du David B.
 
AF : Oui, impossible d'échapper à mes gènes « ligne claire » ! J'ai appris à dessiner dans Tintin, et je ne fais pas assez de croquis pour me soigner. Concernant mes dernières influences : Max, non, et David B., peut-être : un critique avait cru voir son influence dans Les Isolés, bien que je ne l'aie pas tellement lu à l'époque. Alors depuis, j'aime bien ! Mais c'est un dessinateur et un conteur beaucoup plus généreux que moi.
 
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KLI : Pouvez-vous nous en dire plus sur vos choix pour la mise en couleur de cet album et sa couverture ? Comment tout cela s'est progressivement mis en place avec Eric Verhoest de Champaka ?
 
AF : Champaka n'est pas intervenu sur les planches, et nous a également laissés très libres pour la couverture. Je ne pensais pas qu'Éric Verhoest me laisserait écrire le nom de sa vénérable maison en diagonale sur la couverture, mais si, il l'a fait. Et je suis ravi de cotoyer des auteurs aussi prestigieux que Clerc, Chaland, Ted Benoit, Avril, etc. dans la colonne de gauche de son site web !

KLI : Avec Mai 68 et Macula Brocoli, vous arrivez à prouver que la ligne claire permet d'aborder des thèmes éthiques, politiques, sociaux et se faire un instrument de « vulgarisation » pertinent. Est-ce que vous souhaitez continuer à œuvrer dans cette veine à l'image, par exemple, d'un Emile Bravo avec Jules ou d'un Jean-Yves Duhoo ?
 
AF : Oui, j'ai envie de continuer de creuser dans cette direction. C'est une manière de faire avec ce que j'ai, et d'explorer modestement les possibilités de la bande dessinée, un médium formidable qui permet effectivement de marier tous les genres. C'est possible aussi parce que le lectorat évolue en même temps.
 
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KLI : Quel regard portez-vous sur cette tendance éditoriale actuelle consistant à n'envisager la ligne claire qu'au service de récits d'aventures ou d'espionnage ancrés dans les années 50 ? Est-il envisageable de vous voir un jour œuvrer dans ce registre ?
 
AF : La nostalgie devrait se limiter à relire les vieux Jacobs au coin du feu. Mais pour créer, non. Par exemple, l'auteur canadien Seth est un grand nostalgique, il aurait voulu vivre dans les années 50. Mais ses bandes dessinées ne sont pas du tout un pastiche de celles des années 50, parce qu'il a conscience de sa place, il réfléchit sur son travail. Faire du pastiche, c'est ne pas réfléchir sur son travail. D'ailleurs, le pur pastiche est difficile. Ce qui est fascinant dans les vieux Jacobs, c'est l'épaisseur, la précision, l'étrangeté de ses créations, qu'il obtenait au prix d'un énorme travail. Sans compter qu'il était un dessinateur d'une rare élégance. Aujourd'hui, aucun auteur, même en tandem, n'est prêt à fournir une telle somme de travail. Résultat, les nouveaux albums ont une inconsistance, une blancheur assez désolantes. J'ajoute que je serais incapable de faire le quart de ce que font ces repreneurs.

KLI : Vos projets après cet album ?
 
AF : Ils sont encore un peu balbutiants...
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En bonus, un petit mot de l'éditeur :
 
 
 
Klare Lijn International : Qu'est-ce qui a motivé Champaka dans l'édition de Macula Brocoli qui, si je ne me trompe pas, est la première bande dessinée du catalogue ? Faut-il y voir le début d'une ligne éditoriale ouverte à la publication de bandes dessinées originales d'auteurs contemporains ?

Eric Verhoest : A part pour Yves Chaland, les livres édités par Champaka sont le fruit d'heureux hasards et pas de démarches forcenées pour éditer à tout prix. C'est mon ami Didier Pasamonik qui m'a présenté ce projet qui m'a séduit de part son thème, son traitement graphico-narratif, son graphisme et cette impression d'explorer un versant inédit, presque imprévu, de Dame Ligne Claire, tout en décelant un cousinage avec le travail de Joost Swarte et Chris Ware. Macula Brocoli est quelque part un Ovni éditorial, ce qui est un des plaisirs du métier...

 
Liens utiles :
 
- le site d'Alexandre Franc
- le site de Champaka
- notre précédent entretien avec Alexandre Franc

Illustrations copyright Franc, Alexandre et Champaka

 

15:49 Publié dans Franc A. | Lien permanent | Commentaires (0)

01/05/2007

LES ISOLES D'ALEXANDRE FRANC

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Le nouveau label Discover des éditions PAQUET nous propose une excellente bande dessinée d'inspiration ligne claire, Les Isolés, premier album d'un auteur prometteur, Alexandre FRANC.

Les Isolés, c'est l'histoire d'un couple qui est au bord de la rupture après dix ans de vie commune et qui tente, avant de se séparer définitivement, de passer une dernière semaine ensemble dans un hôtel du bord de mer au cas où... Au fil des soixante planches composant son récit, l'auteur nous donne à voir de manière convaincante des personnages à la dérive qui se cherchent, s'évitent, se méprisent. Il nous fait progressivement prendre la mesure de leurs blessures intimes et de la gravité de leur situation.

Cela fait vraiment plaisir de lire un récit dramatique contemporain dans le style ligne claire. C'est suffisamment rare pour être relevé. Les Isolés prouve que ce style graphique peut servir n'importe quel genre dès lors qu'il est bien utilisé.

Autant de bonnes raisons d'en discuter avec Alexandre FRANC.

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Klare Lijn International : LES ISOLES est votre première bande dessinée publiée à ce jour. Pourriez-vous nous dire quelques mots de votre parcours ? A quand remontent vos débuts professionnels dans la bande dessinée ?

Alexandre FRANC : Je suis sorti de l’Institut St-Luc de Bruxelles en 1996, mais mes premières planches publiées ne datent que de 2002. Il s’agissait de planches indépendantes racontant les péripéties d’un personnage en fauteuil roulant, très “petit mickey”, pour un magazine destiné aux personnes à mobilité réduite. Puis, en 2004, muni de ces pages et de quelques autres essais, je suis allé voir Une Bulle En Plus, la société de Xavier FAUCHE, et j’ai commencé à faire des planches pour la communication d’entreprise.

KLI : Pour LES ISOLES, vous assurez l'ensemble scénario et dessin. Cela correspond à une volonté particulière ?

AF : Comme tous les débutants, j’ai envoyé des projets personnels aux éditeurs pendant des années, évidemment refusés. Plus récemment, j’ai fait quelques tentatives de collaboration avec des scénaristes, apprentis comme moi, mais l’association tournait court entre nous avant même que nous ayons un projet qui puisse être refusé... Je me dis à présent qu’il est plus simple de travailler seul. On peut s’arracher les cheveux dans son coin, se trouver nul, mais on est sûr de ne pas se séparer (même si parfois on aimerait bien). Cela dit, je n’exclus pas de retenter l’aventure d’une collaboration.

KLI : D'où vous est venue l'idée de ce récit ? Quelles étaient vos ambitions en mettant en images cette bande dessinée ?

AF : J’ai dessiné les premières pages de cette histoire pendant l’été 2005. J’étais enlisé depuis plusieurs mois dans un projet assez abstrait, sur le mode “j’ai des idées très profondes sur la société d’aujourd’hui, comment les mettre en BD ?”, et je n’y arrivais pas. A ce moment-là, j’ai découvert les films de Bergman lors d’une rétrospective, et un couple d’amis très proches, ensemble depuis quinze ans, m’a annoncé sa séparation. Je me suis dit : “je vais faire un Bergman en bande dessinée” (j’avais encore de l’ambition), et j’ai donc dessiné sept pages dans lesquelles un couple qui va mal se retrouve dans un hôtel au bord de la mer pour faire le point. Bien sûr, je ne savais pas du tout comment je pourrais écrire une histoire complète avec ça.

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KLI : Vous développez dans cette bande dessinée un dessin ligne claire assez minimal, plutôt froid, presque "clinique". Est-ce que ce traitement graphique s'est imposé immédiatement à vous comme une évidence ou bien avez-vous hésité entre plusieurs styles ?

AF : Pour cette histoire, je voulais un dessin un peu plus solide que ce que je faisais avant. Je lorgnais du côté de Daniel CLOWES et Chris WARE (sans chercher à les imiter, bien sûr). Pendant le crayonné des premières pages, je me rappelle avoir essayé de dessiner les personnages comme des pièces mécaniques, avec des cubes et des cylindres emboîtés (je pensais aussi à SWARTE). Quant à la représentation de l’espace, j’ai adopté des systématismes assez forts, comme la symétrie, l’orthogonalité, l’absence de points de fuite multiples, pour obtenir un espace proche de la grille. Le résultat de tout ça est effectivement un peu raide et froid, mais c’est assumé. Comme je ne suis pas un virtuose du dessin, je décide d’aller à l’opposé d’un dessin expressif, jubilatoire, pour au contraire simplifier et rationaliser.

KLI : Comment définiriez-vous la ligne claire ? Qu'est-ce qu'elle représente pour vous ? Est-ce qu'elle a toujours été votre style de prédilection ?

AF : Il me semble que la ligne claire est un projet d’abstraction dans lequel le geste du dessinateur, son émotion s’effacent au profit de la représentation. Le génie de Chris WARE (si je ne prononce pas son nom au moins cinq fois dans cet entretien, c’est que quelque chose ne va pas), dont les croquis ressemblent à du CRUMB, c’est de dessiner ses histoires d’une manière si technique. Ainsi, l’imagination du lecteur n’est pas arrêtée par l’expressivité du dessin, et travaille elle-même à se représenter le contenu de l’image. Mais je ne sais pas si c’est ça, la ligne claire. Il y a aussi un aspect historique...

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KLI : Si je vous dis que votre dessin me fait d'abord penser à ceux de KILLOFFER et de TOMINE mais aussi par certains côtés à ceux de FLOC'H ou de Frédérik PEETERS, comment réagissez-vous ? Quelles sont vos principales influences graphiques ?

AF : KILLOFFER, TOMINE et PEETERS ne sont pas des influences graphiques pour moi, mais peut-être en avons-nous d’autres en commun. J’ai commencé à dessiner en copiant HERGE, bien sûr, et je ne me suis jamais totalement libéré de cette influence. Même du point de vue narratif, et bien que mes planches n’aient pas grand chose à voir avec celles d’HERGE (le dynamisme, le mouvement qui font la trame des pages de Tintin sont absents chez moi), je pense qu’il en reste quelque chose, en particulier dans une conception assez théâtrale de l’écriture. Quant à FLOC'H, sans l’avoir jamais copié, je regarde attentivement son travail et suis toujours subjugué par son élégance et sa virtuosité, notamment dans l’art du portrait, dont il a fait sa marque de fabrique.

KLI : En dehors de la bande dessinée, quelles sont les oeuvres, livres ou films qui ont contribué d'une manière ou d'une autre à la conception de votre bande dessinée ? En la travaillant, est-ce que vous aviez l'ambition de faire "à la manière de" untel ou untel ?

AF : Le cinéma et la littérature me donnent avant tout des modèles. Il faut viser le chef-d’oeuvre ! Par exemple, j’essaie d’imaginer ce que serait une scène que je dois dessiner si tel ou tel maître en était l’auteur. A l’arrivée, ça n’est que du Alexandre FRANC, mais ça m’a accompagné. Concernant les influences spécifiques aux Isolés, il y a donc BERGMAN. Je voulais faire une histoire de couple qui ne soit pas une chronique bobo un peu légère. Peut-être HITCHCOCK, aussi... Mais je répète que ce sont des modèles ! En revanche, je ne cherche pas à faire du cinéma en bande dessinée. Dire d’une bande dessinée que c’est du cinéma, ça prouve qu’on ne comprend rien à la bande dessinée et c’est juste un peu condescendant pour le medium. Après, est-ce que faire un champ/contre-champ dans une BD, c’est faire du cinéma ? Bon. Quant à des influences littéraires, je ne sais pas...

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KLI : Quels ont été vos principaux soucis, hésitations, doutes... dans le cadre de la mise en place et de la réalisation des ISOLES ? Avez-vous hésité sur le mode de narration, le découpage, la couleur, le choix des personnages, la longueur du récit... ? Concernant les personnages, pourquoi avoir traité le dessin de Rémi dans un style graphique nettement différent des autres protagonistes ?

AF : Après avoir dessiné les premières pages à l’aveuglette, j’ai dû imaginer l’histoire qui pourrait suivre. Et c’est là que les problèmes ont commencé ! L’histoire de mes amis réels s’arrêtait là, ne donnait pas matière à une escalade dramatique... Et je n’allais pas faire cinquante pages sur un couple qui discute de ses problèmes en marchant sur la plage. J’ai donc écrit plusieurs synopsis, aussi peu convaincants les uns que les autres. Par bonheur, Pierre PAQUET et Sébastien VASSANT, le directeur de collection de Discover, m’ont fait confiance sur la base des premières planches. Et l’histoire n’a vraiment pris corps qu’au fur et à mesure que j’avançais dans le dessin. Concernant la forme, j’ai décidé de m’en tenir au gaufrier de neuf cases, par simplicité. Et j’aime la contrainte de ce rythme ternaire, régulier comme des mesures en musique. La couleur m’a été permise par la collection et j’en étais ravi, mais sinon l’histoire aurait pu être en bichromie. Quant aux personnages, j’ai vite pris le parti de faire une espèce de huis-clos, avec un nombre de personnages réduit et une mise en scène un peu théâtrale : la frontalité, les dialogues, les entrées et sorties, le hors-champ, et même les portes qui claquent ! Et puis l’idée d’un huis-clos avec des scènes en extérieur m’intéressait, pour suggérer l’enfermement des personnages. C’est ce que j’ai essayé de dessiner sur la couverture. Enfin, le personnage de Rémi. Il divise effectivement les premiers lecteurs de cette histoire : certains l’aiment d’emblée, et d’autres sont choqués par son incongruité graphique (il est dessiné de manière plus grotesque, plus caricaturale que les autres personnages). Je dois dire qu’en dessinant les premières pages, je l’ai mis là sans bien savoir pourquoi, sinon qu’il allait servir de souffre-douleur au gérant de l’hôtel. Et il s’est avéré que son côté mou et informe est devenu capital pour la suite de l’histoire, en particulier pour la relation qu’il noue avec Barbara. J’ajouterais que cet écart de “réalisme” ne me gène pas du tout. Au contraire, quelle chance, avec le dessin, de pouvoir prendre ce genre de libertés. De même que je prends des libertés avec la perspective. Rien de plus ennuyeux que le “réalisme” en BD, comme de décalquer des décors d’après photo...

KLI : Est-ce que vous avez pris conseil auprès d'autres dessinateurs pour cette bande dessinée ? Quel a été le rôle et le regard critique de votre éditeur par rapport à votre travail ? Disposiez-vous d'une liberté totale ?

AF : Je n’ai pas tellement pris conseil auprès de dessinateurs, et je n’ai tenu compte que de l’avis des gens qui m’encourageaient ! En contrepartie, j’ai douté affreusement du début à la fin de l’entreprise. Mais Sébastien VASSANT suivait l’avancée des travaux avec son propre regard d’auteur, en me faisant une confiance quasi-totale. De ce point de vue, j’ai eu une chance énorme de travailler avec lui, et que nous ayons carte blanche de la part de PAQUET. J’aurais pu me casser complètement la figure, mais d’un autre côté, si un éditeur m’avait demandé l’intégralité du scénario avant d’aller plus loin, j’aurais été bien en peine de la lui fournir.

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KLI : Comment vous positionnez-vous par rapport à la création contemporaine en bande dessinée ? Quel regard portez-vous sur ce qu'on qualifie de "nouvelle" bande dessinée (SFAR, TRONDHEIM, BLAIN...) ? Est-ce que ce type d'approche vous tente ? Vous semblez rechercher une certaine forme d'esthétisme dans la mise en page, qu'on ne retrouve pas chez ces auteurs plutôt soucieux de narration. Est-ce que vous cherchez le beau ? Est-ce que la création de belles images participe de votre démarche ?

AF : J’ai évidemment une grande admiration pour ces auteurs, pour leur virtuosité et leur verve extraordinaire. Grâce à eux et quelques autres, la BD francophone n’a jamais été aussi bonne. Mais ma personnalité me pousse à un travail assez différent du leur. Je compte peu sur mon dessin, qui a ses limites, et beaucoup sur la construction d’ensemble de la planche pour parvenir à un résultat satisfaisant. Cela dit, cette approche formelle n’est pas pour autant esthétisante, du moins je l’espère, parce que la narration reste mon seul mobile.

KLI : D'un point de vue purement technique, quelle est votre méthode de travail ? Est-ce que vous partez de croquis et d'esquisses très chargés pour choisir le trait le plus adapté ? Est-ce que vous utilisez l'ordinateur pour réaliser vos planches ? Est-ce que vous travaillez d'après photos, sur la base d'une documentation ?

AF : Je fais peu de croquis, je crayonne sur ma page pour trouver la bonne composition, j’encre par-dessus directement à la plume. Puis je scanne ma page en noir et blanc, j’ajoute les aplats de noir à l’ordinateur, je fais quelques retouches (c’est une honte, mais c’est parfois bien pratique quand un personnage a une tête trop grosse), puis je colorie également à l’ordinateur. Autant dire que mes planches originales ne sont pas faites pour être exposées dans les galeries ! Quant à la documentation, j’ai utilisé quelques photos prises au bord de la mer, mais assez peu.

KLI : En dehors de la bande dessinée, est-ce que vous oeuvrez pour la publicité, le dessin de presse, l'illustration jeunesse ? En dehors des aspects financiers, qu'est-ce que cela vous apporte ?

AF : Je travaille pour la bande dessinée d’entreprise et la communication, et plus récemment pour l’édition scolaire. Ces exercices permettent de se ventiler un peu la tête ; on apprend aussi à connaître le vrai monde (le monde de l’entreprise) et on travaille le dessin !

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KLI : Comme lecteur de bande dessinée, quel est votre dernier coup de coeur ligne claire ?

AF : En dehors de Chris WARE, mon dernier choc émotionnel remonte à la lecture d’Adieu Maman, de Paul HORNSCHEMEIER chez Actes Sud. C’est totalement bouleversant. Je pense notamment au prologue dans lequel le père dépressif survole un paysage désolé en parlant à sa femme morte. C’est d’une tristesse complète.

KLI : Quelles sont vos bandes dessinées ligne claire préférées ? Si vous ne deviez garder qu'un seul ouvrage ligne claire, quel serait-il et pourquoi ?

AF : J’hésiterais entre Tintin au Tibet et Jimmy Corrigan de Chris WARE. Le premier parce que c’est une part d’enfance dont le pouvoir reste intact à l’âge adulte (bien qu’on puisse préférer le dessin des Tintin en noir et blanc), le second parce c’est une sorte d’accomplissement de la bande dessinée, qui unifie le dessin, la narration, la typographie... dans un art graphique total.

KLI : Quels sont vos projets immédiats après cette première bande dessinée ?

AF : Quelques commandes et la replongée, j’espère, dans un projet personnel. J’ai eu du mal à venir à bout du premier, mais en ce moment, tout est léger et potentiellement merveilleux, puisque je peux rêver au prochain.

Pour en savoir plus sur les créations d'Alexandre FRANC, visitez son site à l'adresse : http://perso.orange.fr/alexandrefranc/

Voir également le site de la collection Discover : http://www.paquet.li/discover/

Petit message à l'attention des éditions Paquet : ne pensez vous pas faire fausse route en proposant les albums de votre collection Discover à un prix élevé (16,50 euros pour Les isolés) ? Certes, ils ont une présentation soignée, agréable et différente de la majorité des autres albums mais cela ne me semble pas être cohérent avec l'objectif de cette collection : faire découvrir de jeunes auteurs.

Illustrations copyright Alexandre FRANC et Paquet

09:00 Publié dans Franc A. | Lien permanent | Commentaires (0)