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15/01/2017

FABRICE PARME NOUS ECLAIRE SUR ASTRID BROMURE

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Les idées fusent et l'aventure carbure

avec Astrid Bromure !

En ce début d'année, nous aurions pu vous parler d'un héros à houppette découvrant le pays des soviets en version colorisée. Mais en dépit du profond respect que nous portons à son auteur, l'envie n'y était vraiment pas...

Nous préférons nous intéresser aux exploits d'une jeune héroïne intrépide et à une nouveauté pleine d'exotisme, de rythme et de comédie Comment épingler l’enfant sauvage ?, le troisième épisode des aventures d'Astrid Bromure signé Fabrice Parme et publié aux éditions Rue de Sèvres.

Dans cette nouvelle aventure, Astrid, la petite fille unique, entraîne tout son petit monde, parents richissimes et personnel de maison, dans la jungle du Gatakonga, le pays des enfants sauvages, pour y adopter un nouveau compagnon de jeux.

Ce nouveau récit confirme l'extrême qualité de cette série pour petits et grands qui, à n'en pas douter, va devenir un classique. Rien d'étonnant quand on connaît le soin que lui apporte son créateur. Autant de bonnes raisons pour poser quelques questions à Fabrice Parme que nous remercions pour sa disponibilité et l'extrême qualité des éclairages apportés sur sa dernière bande dessinée.

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Astrid Bromure 3 - Planche 5 colorisée

Klare Lijn International : D'où vous est venue l'envie de transporter Astrid et son petit monde au Gabokonga ? Sortir des univers plus urbains des deux premiers volumes et vous colleter à l'exotisme ? Répondre à des attentes exprimées par votre lectorat ?

Fabrice Parme : L'univers quotidien d'un enfant qui vit en ville se résume généralement à trois lieux : le domicile, l'école et sa cour de récré, le square ou parc. Trois lieux dans lesquels mon principal lectorat - les enfants - peut se projeter immédiatement. Astrid est un enfant comme les autres sauf que ses parents sont richissimes. Tout est magnifié. Le domicile devient un manoir au sommet d'un gratte-ciel. L'école devient un pensionnat de luxe situé au milieu d'un immense parc probablement à la campagne. Le square ou parc devient la jungle. Le domicile est le point central. Des cercles concentriques se dessinent autour. Pour les 3 premiers tomes de la série, j'avais décidé de ce schéma. Partir de l'architecture, un monde très minéral complètement construit par l'humain pour aller vers la nature, un monde végétal.

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Astrid Bromure 3 - Planche 5 encrée

Le Gabokonga est un monde imaginaire que je situe quelque part entre le Congo et le Rwanda. C'est un mélange de plusieurs termes Gabon, Congo, (King-)Kong, Conga. C'est une jungle fantasmée comme elle pouvait l'être dans les années 20-30 par les artistes. Au milieu des années 20, Citroën avait lancé sa Croisière Noire. Dans les années 30, Tintin est allé au Congo. L'Afrique fascinait. Le colonialisme des occidentaux était alors à son apogée. Transporter mon personnage au Gabokonga était une évidence. Mais il n'était pas question de les faire se comporter comme Tintin. Au contraire, il fallait avoir un point de vue plus actuel sur ce colonialisme. L'intérêt d'un "univers rétro" est de pouvoir d'interroger notre passé avec notre regard contemporain. Je suis dans la fiction, pas dans la reconstitution historique. Par contre, les questions philosophiques sont intemporelles et cela qui m'intéresse.
 

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Astrid Bromure 3 - Crayonné planche 5

 
Avant que la maison Rue de Sèvres ne trouve son nom, j'avais proposé à mon éditrice Charlotte Moundlic le personnage de l'Enfant sauvage que des adultes souhaiteraient capturer pour l'adopter. Mais le nom Rue de Sèvres a changé les paramètres, Astrid Bromure qui était née dans mon imagination en 1985 est alors apparue comme une évidence. L'Enfant sauvage s'est transformé en personnage secondaire et a rejoint les 27 autres pitchs d'histoires qui existaient déjà. Quand je termine l'écriture d'une histoire, je prends ma liste de pitchs et je choisis celui qui me semble intéressant à développer pour le tome suivant. Et si j'ai un doute, mon éditrice est là pour me donner ses impressions. J'ai besoin de son point de vue extérieur parce qu'il est complémentaire du mien.

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Recherches graphiques

copyright F. Parme & Rue de Sèvres

KLI : On peut se dire, en première approche, que représenter une jungle est plus facile pour le dessinateur que de devoir représenter des immeubles ou des intérieurs. Qu'en est-il vraiment ?
 
FP : Que je dessine une corniche, un pied de chaise ou une plante, je m'applique avec la même rigueur. Tant que la forme n'est pas trouvée, je cherche. Quand la forme est là, j'encre. Que ce soit pour écrire ou dessiner, je fonctionne de la même manière. Énormément de matière pour ne garder au final que tel mot ou tel trait.
Pour dessiner des architectures et du mobilier, je joue principalement avec des lignes droites qui créent des parallélépipèdes, des triangles plus ou moins de guingois. Il faut que les formes vibrent. Si elles sont trop parfaites, ça devient très froid. Pour cette raison aussi, mes perspectives frontales sont toujours fausses. Il n'y a rien de plus inexact qu'une perspective frontale académique. C'est une question de regard. Nos yeux ne fixent jamais réellement un seul point à l'horizon. C'est trop théorique. En pratique, nous bougeons tout le temps la tête et les yeux et nous reconstruisons mentalement des perspectives. L'impression que nous nous faisons des choses prime sur l'objectivité de ces choses. Le cubisme et les modernismes du XXème siècle ont changé notre regard sur le monde. Nous l'avons relativisé. Pour la nature, c'est autre chose, la ligne droite disparaît et les courbes et arabesques triomphent. La nature laisse donc plus de place au lyrisme. En plaçant des territoires graphiques en jachère, je peux me renouveler et ne jamais me lasser. Mais représenter la jungle n'est pas plus facile que dessiner des immeubles. Avec l'architecture, je peux jouer avec des perspectives avec points de fuite. Avec la jungle, le point de fuite n'a aucun sens. Pour créer un espace, je privilégie les plans successifs et l'utilisation du noir. De plus, ma jungle va puiser dans les arts décoratifs.

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Recherche graphique

copyright F. Parme & Rue de Sèvres

KLI : Quelle a été votre approche pour créer votre jungle ? Aviez-vous des références précises en tête - telle bande dessinée ou tel film - ou bien avez-vous constitué votre propre "cahier des charges" à partir d'éléments caractéristiques que vous souhaitiez convoquer ?
 
FP : Je voulais une jungle artificielle. Une nature réinventée. Recopier une photo, dessiner d'après nature, le dessin académique, je sais faire mais ça ne me contente plus. D'ailleurs, ça ne m'a jamais contenté. Je suis dessinateur pas photographe. Je ne cherche pas à saisir la lumière mais symboliser ce que je retiens du réel en peu de traits. Je n'ai jamais compris l'intérêt de vouloir copier le réel. Le Réalisme, je trouve ça absurde mais ça n'engage que moi. Je ne crois pas qu'en essayant de coller à la réalité, on puisse mieux rendre la réalité. Au contraire, plus on synthétise, plus on abstrait et plus, paradoxalement, on s'approche de cette réalité. L'humain est un être de langage et c'est par le signe qu'il peut nommer le monde qui l'entoure. Je préfère Oscar Wilde à Émile Zola et Botticelli qui réinvente la nature dans son atelier aux impressionnistes qui prennent leur chevalet pour peindre ce qu'ils ont devant les yeux. C'est un parti pris. Mais je respecte tout à fait ceux qui ne pensent pas comme moi et proposent autre chose. Heureusement qu'il y a d'autres manières de voir sinon ce serait monotone. Je suis même toujours très curieux de découvrir d'autres manières de penser et de faire.
 

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Tarzan - Affiche MGM

 
Je reviens à ma jungle ! Je suis parti de plusieurs sources, plusieurs documents. J'ai revu les premiers épisodes de Tarzan avec Johnny Weissmüller. Ils sont vraiment drôles ces films. Tout est faux, naïf et, faute de moyens par rapport à ce que nous pourrions faire aujourd'hui, plein d'inventions. J'ai pris des notes graphiques à partir d'affiches, d'illustrations et d'œuvres d'arts appliqués de la période Art Déco. Je me suis aussi inspiré de peintures naïves du Douanier Rousseau. À partir de ses recherches, j'ai constitué un vocabulaire graphique propre que j'ai répété et développé. Faire un beau trait avec un geste simple, c'est bien. Mais être capable de le reproduire à l'identique et le décliner, c'est encore mieux parce que ça fait sens. Et la bande dessinée est un moyen d'expression où il est préférable d'être capable de reproduire un geste, de le maîtriser et de le faire varier à l'infini. C'est aussi un art appliqué… mais pas seulement.
 

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Forêt vierge avec tigre et chasseurs - huille sur toile

Henri Rousseau

 
KLI : De la même façon d'où vous sont venus les nouveaux personnages de ce récit, l'enfant sauvage, les pygmées de la tribu des taba-tobos, la panthère, les crocodiles, les oiseaux ? De réminiscences de films Disney, de Tintin, du Marsupilami, de lectures d'enfance, de votre propre expérience de la jungle ?
 
FP : Oui, des réminiscences de tout cela. Mais aussi Tarzan, Le livre de la jungle avec Mowgli. Mais je ne voulais pas du mythe du bon sauvage de Rousseau parce que cette vision pré-romantique n'a plus aucun sens aujourd'hui. Mes sauvages ne sont ni bon, ni mauvais, ils sont simplement humains.
L'Enfant sauvage de cet album me ressemble. C'est un artiste solitaire qui se trouve très bien dans sa planète et a beaucoup de mal à en sortir. Peut-être par timidité mais aussi par goût de la solitude. Il siffle du Mozart. La partition musicale que j'ai utilisée pour tout l'album est extraite de La Flûte Enchantée (Die Zauberflote), un passage du premier morceau après l'ouverture : Der Vogelflänger bin ich ja (Oui, je suis l'oiseleur). Comme mon Enfant sauvage n'a pas été recueilli par une louve ou une guenon mais par des oiseaux, il me fallait, non pas le faire parler, mais siffler, c'est sa langue.
 

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Der Vogelflänger bin ich ja

Mozart

 
Les Taba-tobos sont 10 comme Les Dix Petits Nègres ou And Then There Were None puisqu'ils sont plutôt neuf, le dixième étant généralement seul. J'ai joué avec le titre du célèbre roman d'Agatha Christie qui date de la fin des années 30. Mais pygmées ne parlent pas le «petit négre» comme dans Tintin au Congo mais correctement notre langue. Ce qui ridiculise Monsieur Bromure qui est condescendant avec eux. C'était une manière de me moquer de Tintin, bien sûr.

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Recherches graphiques

copyright F. Parme & Rue de Sèvres

 
Pourquoi des pygmées ? Pour qu'on les confonde avec des enfants. Je joue avec le regard infantilisant du colonialisme. Et aussi en hommage aux Oompa-Loompas de Roald Dahl dans Charlie et la Chocolaterie. Graphiquement, je me suis inspiré de nombreuses caricatures de la première moitié du XXème siècle et de Cirage dans Blondin et Cirage. Après Hergé, Jijé est une autre incontournable référence à la bande dessinée belge. Ils sont un peu comme des Schtroumps, ils sont tous de sexe masculin, ce qui est suspect lorsque leur chef tient son discours totalitaire. Peu de lecteurs feront attention à ce détail mais j'y ai pensé quand même. Ce chef porte un fez comme le personnage de Banania qui, lui, parlait le pitinègue.
 

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Le Nègre Blanc

Jijé - Dupuis

 
Le nom Taba-Tobo est un assemblage de plusieurs termes, comme pour Gabokonga. Comme il est question de poupée fétiche, j'ai pensé à Totem et Tabou de Sigmund Freud. Et en jouant avec les sons, j'ai pensé au tabac. Ce qui m'a donné Taba-Tabou et j'ai remplacé Ou par O parce que je voulais des A et des O et que ce soit musical.
 
La panthère, le crocodile, la mygale, le serpent. On est dans la jungle, il y a des dangers et les dangers sont surtout incarnés par ces animaux. Astrid se promène seule et les évite, ne les voit pas ou à peine. Elle n'a d'yeux que pour l'Enfant sauvage. Elle se trouve brièvement confronté à la panthère. Par contre, son chat Gatsby à l'œil sur tout et Fitz guette. Elle est protégée par ses animaux domestiques. L'Enfant sauvage a une nuée d'oiseaux avec lui, c'est sa famille. Ils ont l'œil partout aussi. L'autre animal qui effraie Astrid, c'est le ver de terre. Elle ne peut pas manger ça !
 

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Recherches graphiques

copyright F. Parme & Rue de Sèvres

 
KLI : Est-ce que vous vous fixez des limites en ce qui concerne le nombre de nouveaux personnages ? Avez-vous abandonné un certain nombre d'acteurs envisagés au départ ? Pourquoi ? Par souci de lisibilité ?
 
Oui. Par souci de lisibilité. Exactement ! Au départ, il y avait plusieurs occidentaux à chasser l'Enfant sauvage mais c'était trop compliqué à installer sur 30 pages. Mon éditrice m'a conseillé de retirer cette courbe du récit et de me concentrer sur les deux axes principaux : l'histoire d'Astrid et l'histoire de la famille. Ce qui a été déjà très complexe à articuler.
Je me suis aussi imposé une règle depuis le tome 1 : jouer sur les personnages jumeaux et clonés. Ainsi, dans le tome 1, il y avait des souris identiques. Dans le tome 2, des jumelles, des fillettes en uniformes qui enfilent toutes le même déguisement de fantômes. Dans le tome 3, les pygmées sont clonés avec des signes distinctifs pour les plus importants à suivre, les oiseaux sont bleus mais tous identiques comme les souris du tome 1. 
 

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Recherches graphiques

copyright F. Parme & Rue de Sèvres

 
KLI : De la même façon, est-ce que vous établissez votre scénario et votre découpage pour alterner séquences avec beaucoup de textes et passages plus silencieux et contemplatifs ? Comment trouver la bonne respiration ? Est-ce que c'est très calculé ou plutôt instinctif ?
 
FP : Les idées viennent toujours au moment où on ne s'y attend pas. En marchant, en prenant un bain, en se réveillant… Il faut commencer par laisser aller son imagination. Des premières idées s'imposent et sur l'écran ou le papier, elles commencent à s'articuler. Un premier synopsis maladroit voit le jour. La réflexion sature alors on passe par une nouvelle phrase de "laisser venir". À force d'improvisation et de mise à l'équerre, une histoire cohérente naît. Si l'histoire se déroule logiquement, les respirations, les moments contemplatifs, les dialogues se placent avec évidence. C'est comme le dessin, une question de composition, d'harmonie, d'équilibre.

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Recherches graphiques

copyright F. Parme & Rue de Sèvres

J'ai besoin de réécrire plusieurs fois la même histoire avant de pouvoir passer à l'étape suivante : le découpage. Et il me faudra plusieurs découpages avec plusieurs versions des dialogues pour passer au dessin. Le découpage en bande dessinée est crucial. C'est la clé de voûte de cet art : la composition. La composition en BD, c'est montrer un découpage du temps en utilisant des procédés graphiques, logotypiques et typographiques. Aucun autre art ne permet de montrer le temps de cette manière. 
 
Mon éditrice Charlotte Moundlic a un rôle très important dans mon processus créatif. Lorsque je suis allé jusqu'au bout d'une version, elle l'analyse, me pose des questions, on discute puis je travaille sur une version suivante. Et jusqu'à ce qu'on tombe en accord sur une version. Comme elle a beaucoup travaillé pour la jeunesse et qu'elle est aussi auteure de livres pour enfants, elle a le recul nécessaire lorsque je ne l'ai plus. Elle rempli pleinement son rôle d'éditrice. C'est rare. Dans ma vie professionnelle, j'ai compté 3 personnes compétentes pour ça dont 2 femmes. Mon éditrice est ma première lectrice. La seule qui est légitime pour critiquer mon travail. Je la connais depuis des années. Donc, elle a ma confiance et c'est réciproque.
 

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Recherche graphique

copyright F. Parme & Rue de Sèvres

 
KLI : Avez-vous une expérience particulière du mode de lecture de l'enfant et de la manière de le satisfaire au mieux ou bien cherchez-vous à vous faire plaisir en vous racontant l'histoire que vous aimeriez lire ?
 
Je crois mieux comprendre l'enfance que l'adolescence ou l'âge adulte. M'adresser aux enfants me semble plus naturel. Je ne sais pas expliquer pourquoi et je ne cherche pas le savoir. J'ai la chance d'avoir une excellente mémoire et je me souviens très bien de ma manière de penser de 6 à 11 ans. Je me base énormément sur mes souvenirs, mes impressions. J'ai un gros paquet de madeleines de Proust !
 
Pour ce tome 3, je suis parti d'une phrase de Ludwig Wittgenstein tirée de Tractatus logico-philosophicus : «Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde». Mon thème central est donc le langage et les limites de la communication entre les êtres. C'est assez intellectuel mais tellement contemporain avec tous ces imbéciles qui ne veulent pas communiquer autrement que par la violence. Partir d'une citation de Wittgenstein, c'est beaucoup trop complexe pour un enfant mais en mettant Astrid en action, c'est possible de raconter quelque chose qui puisse intéresser. Expliquer et sensibiliser un jeune lecteur à cette question philosophique me semble indispensable. Les enfants doivent apprendre à communiquer par tous les moyens possibles et le plus possible. L'avenir du monde se joue là plus que dans le chiffrage des bénéfices commerciaux. Les enfants sont plutôt dans le concret que dans l'abstraction. Voilà pourquoi il vaut mieux placer une personnage dans une action, montrer ce qui se passe pour expliquer pourquoi ça se passe. En creux, l'enfant comprend très bien ce qui découle de ces enjeux.
 
Le langage, c'es la langue mais aussi la musique et les autres arts et le premier des arts n'est-peut-être pas l'Architecture mais la Cuisine. Frank Lloyd Wright dit que l'Architecture est l'art d'abriter les gens. Alors la cuisine est l'art de les nourrir. La culture s'exprime aussi et certainement d'abord par la cuisine. On apprend à manger avant de savoir parler, non ?
 

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Recherches graphiques

copyright F. Parme & Rue de Sèvres

 
KLI : Quels messages essentiels souhaitiez-vous transmettre à vos plus ou moins jeunes lecteurs avec ce troisième épisode ? On peut penser à l'intérêt des voyages pour partir à la découverte d'autres modes de vie et se défaire de préjugés. A la vraie richesse que constitue l'échange même avec un enfant sauvage qui parle la langue des oiseaux ou des pygmées passionnés d'art culinaire ?
 
FP : Restons dans la cuisine ! Une maman donne le sein à son enfant. Il apprend le goût. Ensuite, il découvre de nouvelles saveurs, on lui cuisine des plats. Il va grandir, être habitué à la cuisine de ses parents et encore souvent aujourd'hui (et surtout) celle de sa mère et vouloir retrouver ces goûts et les reproduire lorsqu'elle ne sera plus là pour le servir. Les recettes, pendant des siècles se sont transmises de mères en filles. Là, il est question d'un langage non-verbal et qui précède ou se superpose à l'apprentissage de la parole. Les humains ont voyagé et voyagent encore et les recettes se sont adaptées, modifiées et changeront encore. Par exemple, le couscous algérien, les français y ont ajouté des ingrédients, des viandes et aujourd'hui, tout le monde en hérite et tant mieux. C'est un échange culturel, un métissage culturel. Pas seulement des aliments pour se nourrir. Une personne cuisine et ensuite offre son plat à une table de gens réunis. Manger ensemble, c'est parler ensemble aussi. C'est un rituel. Un lieu central pour communiquer, se comprendre. Les ventres pleins, les gens qui discutent ne se font pas la guerre. Il vaut mieux parler de ce qui nous rassemble de ce qui nous divise. L'histoire des parents d'Astrid avec Madame Dottie la cuisinière, Benchley et les pygmées, est un message tout simple et universel. Voilà pourquoi il m'a semblé si important de parler cuisine pour aborder la question du langage.

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Recherche graphique

copyright F. Parme & Rue de Sèvres

L'histoire d'Astrid est différente. Il est aussi question de nourriture mais avec l'Enfant sauvage, ils jouent un peu à la dînette. Ils imitent les adultes. Ils ne se connaissent pas, ne se comprennent pas, se découvrent. Attraction-répulsion. Ils sont intrigués par leurs différences mais la communication ne peut pas passer de manière verbale sans traducteur. Gatsby, le chat sophistiqué miaule mais parle et dans plusieurs langues et humaines et animales (langages ?), il sait même siffler comme les oiseaux. Astrid refuse de manger un ver de terre et préfère les fleurs. L'Enfant sauvage n'aime pas le chocolat chaud et les croissants mais préfère les vers de terre, mais tous deux aiment les fruits. Ils ne se comprennent pas mais se respectent et donc, peuvent commencer à partager et apprendre à se connaître.
 
La citation d'Alfred de Musset citée en introduction de l'ouvrage clôt le récit : "Le seul vrai langage au monde est un baiser".

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Projets de couverture

copyright F. Parme & Rue de Sèvres

KLI : J'imagine que le prochain Astrid est déjà sur les rails. Quel en sera le cadre ?
 
FP : Dans le tome 4, Astrid se rendra en Écosse chez son oncle maternel a qui elle n'a jamais été présentée. Un curieux personnage très inventif. L'épisode s'intitulera Comment lyophiliser le Monstre du Loch Ness.  Actuellement, à force de réécriture, l'histoire se précise…

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Ex-Libris pour la Libraire Bachi-Bouzouk

 
Quelques informations de Fabrice PARME sur les illustrations qui accompagnent cet entretien :
 
Elles sont issues de centaines de petites feuilles format A5 de recherches graphiques aux mines rouges et bleues 0,5mm. pour les crayonnés des planches. Je dessine tous les éléments séparément et ensuite, je les scanne et sur mon écran, je compose mon crayonné.
 
Ces recherches A5 sont effectuées sur des papiers japonais très très très fins ! Transparents comme notre ancien papier pelure  "L'Éléphant" devenu introuvable puisque sa fabrication a été interrompue, il y a dix ans. Presque introuvable…
 
Plusieurs de ses recherches seront exposées sur le stand de Rue de Sèvres à Angoulême pour le prochain FIBD. Pour les versions espagnoles, un cahier graphique en bonus en présentera certaines.
 
Pour en savoir plus :
 
- Le site de Fabrice Parme
 
- Le site de Rue de Sèvres
 
Illustrations copyright Fabrice Parme & Rue de Sèvres (sauf autres indications)
 

Commentaires

Super interview...

Écrit par : Grelots | 21/01/2017

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