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20/01/2016

L'ETE DIABOLIK, C'EST MORTEL !

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Trois ans après l'excellent Souvenirs de l'Empire de l'Atome, le tandem Alexandre Clérisse - Thierry Smolderen nous revient avec une autre pépite incontournable, L'Eté Diabolik, toujours chez Dargaud.

En lisant cette première ligne, certains d'entre vous doivent être tentés de se dire qu'il y a comme une anomalie à évoquer ici le travail graphique d'Alexandre Clérisse, son dessin ne relevant pas de la ligne claire.

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Certes, avec L'été Diabolik, nous ne sommes vraiment pas dans la klare lijn pure et dure puisqu'il n'y a tout simplement pas de trait ! Mais nous vous dirons que nous préférons 100 fois cette ligne claire qui s'ignore ou qui se cache à celle "canada dry", souvent appliquée mais sans âme, que nous livrent bon nombre d'auteurs surfant sur la nostalgie des années 60, convoquant voitures d'époque et jolies jeunes femmes pour un résultat souvent insipide et sans saveur.

Ce n'est en aucun cas du snobisme de notre part. Juste le sentiment qui peut fort bien ne pas être partagé qu'Alexandre Clérisse, par son approche exigeante, s'inscrit vraiment dans la continuité des grands auteurs ligne claire. A nos yeux, l'absence de trait n'est pas un critère déterminant. Car justement, son absence entre les formes et les couleurs très travaillées du dessinateur fait qu'il y en a un. Invisible à l'œil mais pourtant bien là. On pressent qu'il était présent, dans les esquisses, dans les crayonnés et qu'il s'est évaporé lors du rendu final. Ou bien simplement présent dans la tête d'Alexandre Clérisse lorsqu'il imaginait ses dessins. Lui seul pourrait nous éclairer sur cette perception.

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A l'instar d'un Blexbolex, Clérisse fait preuve d'une grande clarté et d'une parfaite lisibilité dans sa grammaire graphique. C'est tout simplement magnifique !

Il faut dire que l'histoire conçue par Thierry Smolderen est un support idéal pour hisser son dessin à un niveau d'excellence. Le scénariste nous gratifie une fois de plus d'un récit original, fort bien écrit et magistralement structuré. Mêlant des références à l'univers des 60's, au célèbre fumetti italien Diabolik et son criminel masqué, à l'assassinat de JFK et bien d'autres que nous vous laissons découvrir, il ravira tout autant les amateurs de polars et de récits d'espionnage que les adeptes du roman d'apprentissage.

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En effet, le personnage principal du récit, Antoine, un jeune adolescent passant quelques jours de l'été 1967 avec son étrange père au bord de la mer, va se retrouver en l'espace de quelques heures au cœur de bouleversements qui vont le marquer durablement. A l'occasion de rencontres successives, d'initiations diverses et de circonstances mystérieuses, il va être au cœur d'un chamboulement total de son univers et de ses certitudes. Le récit nous donnera l'occasion de le retrouver 20 ans plus tard, alors jeune écrivain, faisant face à d'incroyables révélations sur les troublants évènements de cet été 1967. On ne vous racontera pas la fin !

Le moins que l'on puisse dire est que Clérisse et Smolderen se sont bien trouvés. Leur alchimie est parfaite ! Pour coller avec les quatre premières planches tennistiques de leur bande dessinée, reprises ici, nous dirons donc à la paire de double qu'ils forment : "Jeu, Set et Match !".

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Pour plus d'informations :

- L'excellent site dédié à L'Eté Diabolik, source d'informations et d'éclairages sur sa genèse et sa conception;

- Le blog d'Alexandre Clérisse:

- Le site de l'Atelier Les Mains Sales qui édite de superbes estampes inspirées de l'univers de L'été Diabolik (aperçu de l'une d'entre elles ci-dessous).

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Illustrations copyright Clerisse, Smolderen & Dargaud

Commentaires

J'en ai vraiment assez que la BD actuelle mise en avant (ici et partout ailleurs) et spécialement la Ligne Claire soit toujours une BD d'intellos et de snobinards autant dans le dessin (que je trouve horrible pour ce cas précis) que dans le scenario.

Pour moi la BD est une art populaire (et c'est pas péjoratif, Alexandre DUMAS et Jules VERNE faisaient des romans populaires) et le courant actuelle du minimalisme, de romans graphiques téléramesques torturés et plats annonce (à nouveau) un déclin de la BD en générale. Dans quelques temps, lorsque les inrocks ou France Inter se seront détournés des romans graphiques au profit d'un autre medium plus mainstream, il ne restera que les amateurs de BD oldschool, mais qui n’achèteront plus rien, fatigués de dépenser leur précieux budget culturel dans des pensums à 20 € l'unique lecture.

Mais ce n'est que mon avis, nous verrons bien.

Écrit par : Olrik | 21/01/2016

cher Olrik :
1) j'en ai vraiment assez pour ma part de lire que la BD est un art populaire : elle l'était peut-être du vivant de E.P. Jacobs et encore relativement jusqu'aux années 80, mais force est de constater que le "peuple" qui a globalement pas une thune, lui, la considère aujourd'hui de plus en plus comme un moyen de divertissement luxueux : les prix ne cessent d'augmenter, il n'y a plus autant de journaux bd en kiosque qui eux-mêmes n'ont plus les tirages des années 50/60... J'ai eu l'occasion de faire des interventions en milieu scolaire, vous seriez frappé par le peu d'élèves qui lisent régulièrement de la bd, encore plus de savoir que certains n'en ont jamais lu...
Bref la bd est déjà trop chere pour etre encore populaire depuis bien longtemps, et de toute façon les jeunes se détournent de la lecture pour d'autres raisons. (c'est que les temps changent mon bon ami, que voulez-vous...)

2) Ensuite puisqu'à propos de la bd, vous parlez "d'art" sachez que l'art concerne aussi bien le peuple que les intellos. Intellos que vous opposez d'une façon que je trouve assez douteuse au peuple. Ne peut-on être du peuple et se considerer comme intellectuel ?! et/ou lecteur de télérama ? Vous pensez vraiment que les choses soient aussi binaires et sans nuances ? allons... Je vous crois quand même au-dessus de ça.

3) Il faudrait aussi nous dire en quoi "l'été diabolik" est snob ce serait un bon début non ? C'est bien gentil votre coup de sang mais bon, c'est un leger comme charge, enfin. Et puis pensez à votre tension.
Non seulement le livre n'est pas snob, mais il joue avec les références d'une autre bande dessinée hyper méga populaire - mais d'un autre temps -, diabolik (de la bonne bd de gare vendu au kilo en kiosque à l'époque, aujourd'hui en brocante ou en intégrale.) y mêle celles de bons thrillers classiques (films d'espionnages à la james bond, pas non plus des films de tarkovsky ou de rohmer...)
Le dessin lui-même suit cette logique : il s'amuse à reprendre des visuels d'une époque... des visuels de publicité, de réclame et unes de magazines ou affiches de films... bref on ne peut faire plus "pop" justement (!)
L'avez-vous seulement lu avant de le détester ?

4) Admettons qu'il existe une bédé "snobinarde" comme vous dites, je vois pas pourquoi vous mettre dans un tel état... Qui vous empêche de l'ignorer et de relire vos bons vieux Boule & bill ? Ou d'acheter les nouveaux Blake & Mortimer peut-etre plus respectueux de l'image que vous donnez l'impression de vous faire de ce médium...?

5) Vous parlez du courant actuel du minimalisme, vous retardez mon vieux : le minimalisme en bédé ne date pas d'hier (les balbutiements de la bd eux-mêmes pourraient être considérés comme minimalistes mais ne soyons pas trop taquins. Même les débuts d'Hergé, finalement...)
Aujourd'hui il me semble qu'en librairie on voit plutôt profusion de styles, de genres. Du minimalisme aussi, mais pas que et pas en majorité. Ou alors vous fréquentez une librairie très pointue et donnez-nous son adresse sans délai s'il vous plaît !

6) Cette profusion, cette diversité, ajouté à la grande production actuelle, vous y voyez un déclin. J'y vois plutôt un signe de bonne santé (exception faite des conditions de vies des auteurs, autre débat). Tout n'est pas bon dans les sorties bd, mais quand même... quel choix !

7) Ensuite les médias... (soupir) France inter, télérama, inrocks ne sont pas vos amis on dirait, tous comme les intellos et les auteurs minimalistes "décadents". (mais ne seriez pas un peu réactionnaire mon brave Olrik ?!)
Soyons honnête : ces médias parlent relativement peu de bande dessinée... C'est donc à chaque fois des pièces de choix. Ces choix sont particuliers, contestables, mais enfin pas représentatif de tout ce qui se fait en bd non plus.
Je ne vois pas en quoi ça devrait vous gener... à moins que vous ne viviez dans un monde ou l'on vous force à écouter France inter, lire du Ibn al Rabin & télérama...
Vous, qui semblez vous retrouver dans le lectorat "oldschool" que vous mentionnez, vous n'achetez pas d'albums minimalistes chroniqués par les inrocks par exemple, puisque ça vous gonfle. Ou alors vous êtes maso. Vous achetez plutot un bon truc à l'ancienne qui vous fait tripper comme avant j'imagine (et pourquoi pas d'ailleurs). Je vois pas en quoi ça vous "fatiguerait" et vous obligerait à claquer 20€.
Si je lis un article dans l'express ou figaro madame qui me conseille chaudement le dernier Largo Winch, je vous assure, je ne courre pas l'acheter. et je n'innonde pas le web de message annonciateur d'une grande décadence à venir et irrémédiable : je me contente de passer mon chemin...
Sinon imaginez : je prendrai mon clavier et je foncerai sur le blog d'un chroniquer de l'album et je descenderai en flèche cet album que je n'ai pas lu, pour ensuite chouiner sur le monde de la bédé qui n'a rien de mieux à offrir au public qui se "beaufise" que des ressucées de récits aux ficelles élimées, cynique et sclérosé? Je me plaindrai ensuite qu'on ne trouve pas dans les pages de 20minutes, sur les ondes de BFMTV et Europe2 de chroniques du dernier album de Jean-Christophe Menu... En finissant par dire que le public, boudeur, à force qu'on revende de la merde finira par ne plus acheter de livre. Avouez que ce serait un peu ridicule !

8) Quand aux "pensums à unique lecture", je vais vous donner une super astuce car je ne suis pas rat : aller en bibliothèque. ça coute presque pas un rond et vous trouverez tant l'excellent "souvenir de l'empire de l'atome"(l'album de Clérisse & Smolderen) que "achille talon" ou "la patrouille des castors". pas bête hein ?

allez à plus, crapule !
Morty.

Écrit par : Mortimer | 10/02/2016

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