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31/08/2014

LA BOITE A BULLES EDITE DEUX FIGURES MARQUANTES DE LA LIGNE CLAIRE

En cette rentrée, l’éditeur La Boîte à Bulles accueille dans son catalogue deux grands noms de la ligne claire européenne, le français Ted Benoît et l’espagnol Daniel Torres.

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Avec leurs nouveaux ouvrages, les deux auteurs qui ont fait les grandes heures de (A SUIVRE) dans les années 80, semblent marquer une inflexion notable dans leur approche de la bande dessinée que ce soit au niveau du dessin ou dans la tonalité générale du propos.

C’est certainement lié à l'immanquable évolution du trait qui touche tout dessinateur au cours de sa carrière. Mais pas seulement. On peut y déceler une volonté de ne pas se répéter et d’œuvrer de manière plus spontanée et plus libre, de renouer, chez un éditeur indépendant, avec l’esprit underground de leurs premières créations.

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Ted Benoît, pour commencer, nous propose La philosophie dans la piscine, recueil des planches de Ray Banana publiées, ces dernières années, sur son blog (cf. notre entretien avec l’auteur sur ces pages).
 
Depuis son Camera Obscura publié l’an passé chez Champaka, il faut se faire une raison : Ted Benoît revient de la ligne claire. A ce titre, le traitement graphique de la couverture de son dernier livre est trompeur. En effet, avec les planches de La philosophie dans la piscine, on est très loin du dessin extrêmement léché de Berceuse Electrique ou Cité Lumière. En raison d’un problème avec sa main gauche suite à des ennuis de santé, Ted Benoît développe un nouveau style au bic, plus lâché, plus spontané, plus hésitant aussi, ne serait-ce que dans la représentation de Ray Banana.

Planche Philo Ray.jpg

Ce style que les esthètes jugeront moins travaillé convient parfaitement à sa nouvelle approche de son personnage fétiche. Ici, plus d’aventure, plus de fiction au programme. Qu'on se le dise, le nouveau dada de Ray, aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est la philosophie. Assis dans son emblématique fauteuil, accoudé à un bar ou revenant d’une séance de boxe, le héros aux Ray Ban nous livre de manière fort péremptoire ses analyses sur le monde contemporain, le sens de la vie, l’économie…

 Planche Ray Banana et quelques collegues.jpg

Au final, l’ouvrage se révèle fort original et quasiment inclassable. Un poil désarçonnant aussi. L’humour à tendance métaphysico-politique développé par Ted Benoît peut parfois laisser de marbre. Dans l'attente des avis d'experts de Michel Onfray et BHL...

Couverture Bulles.jpg

Avec Bulles, traduction française de son Burbujas publié en 2009 en Espagne et déjà évoqué sur ces pages, Daniel Torres touche pour la première fois au roman graphique en s’éloignant de la science-fiction, son domaine de prédilection.
 
Il a décidé d’ancrer son nouveau récit dans le monde contemporain. Ramon Sanchez, son «héros», s’y livre, au milieu de sa vie, à une auto-analyse. Il replonge dans ses souvenirs, se rappelle ses envies d’enfant et d’adolescent, se montre lucide sur sa vie d’homme en ne cachant rien de ses échecs que ce soit dans sa vie conjugale et familiale, dans ses amitiés ou dans sa carrière professionnelle. 
 
Planche Bulles.jpg
 
En découvrant Bulles, l’amateur de la première heure de l’auteur espagnol, celui qui avait été ébloui par le dessin néo-ligne claire de Sabotage ou des premiers Roco Vargas, ne manquera pas d’être troublé par le trait proposé ici. En effet, pour mener à bien un récit sur 270 pages de format réduit, en noir et blanc, Daniel Torres utilise un dessin plus libre, plus rond, totalement dégagé de ses influences Style Atome. Il confirme une évolution déjà perceptible dans ses créations des deux dernières décennies durant lesquelles il se consacra essentiellement à l’animation avec la série Tom le dinosaure et délégua beaucoup pour ses bandes dessinées.
 
Planche Bulles 2.jpg
 
Mais cette première impression d’un trait qui a perdu en personnalité ne doit pas décourager le lecteur. Non seulement parce que le récit de Daniel Torres est savamment construit. Mais encore parce que sa mise en images comporte bon nombre de surprises graphiques tout particulièrement lorsque le dessinateur convoque poissons, âne ou figures mythiques du cinéma hollywoodien. 
 
Sans avoir l’air d’y toucher, Torres dresse le portrait-type d’un homme ordinaire en pleine introspection, ce qui peut parler à chacun de nous. Cette propension à dévoiler l’état d’esprit de ses personnages, on la trouvait déjà dans Roco Vargas. N’oublions pas que ce dernier dévoilait lui-aussi des signes de fragilité du fait de sa double personnalité, celle d’Armando Mistral, écrivain et propriétaire de boîte de nuit et celle de Roco Vargas, aventurier de l’espace. Comme quoi, il n’y a pas vraiment de rupture radicale dans l’approche de la bande dessinée par Daniel Torres.
 
Pour en savoir plus :
 
- le blog de Ted Benoît;
 
- le site de La Boîte à Bulles
 
Illustrations copyright La Boîte à Bulles - Ted Benoît - Daniel Torres
  

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