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10/03/2014

AUTOUR D'HARPIGNIES : ENTRETIEN AVEC ELRIC

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Couverture

A l’occasion de la parution de Harpignies, sa nouvelle bande dessinée écrite avec François Darnaudet aux éditions Paquet, le dessinateur Elric, déjà évoqué sur ces pages, nous a fait le plaisir de répondre à quelques questions.

Issu des Beaux-Arts de Perpignan, diplômé d’arts plastiques et déjà auteur de bandes dessinées dans le cadre d’ouvrages collectifs ou en duo - dont Marche ou rêve cosigné avec Laurel chez Dargaud - Elric a dessiné Harpignies dans la cadre d’une résidence à la Maison des Auteurs d’Angoulême. Il y déploie un trait qui mérite l’intérêt. A la fois sobre et épuré, il n’est pas sans liens avec la ligne claire.

Nous espérons que cet entretien vous donnera l’envie de découvrir ce one shot attachant et moderne, savamment construit, qui croise subtilement deux destins, celui véridique d’un peintre paysagiste du XIX ème siècle, Henri Harpignies (1816-1916) et celui en partie fictionnel de son arrière-arrière petit neveu, Eric Harpignies, jeune dessinateur qui se cherche, un personnage qui n’est pas sans lien avec Elric…

Un grand merci à Elric pour sa disponibilité dans le cadre de la réalisation de cet entretien et pour les inédits qu'il nous a aimablement communiqués pour son illustration. 

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Aquarelle d'Henri Harpignies 

Klare Lijn International : Comme le signale votre co-scénariste dans sa postface, Harpignies, votre première grande œuvre en bande dessinée, est une fiction largement basée sur des événements de votre vie et qui vous met en scène. Est-ce qu’il est facile de s’exposer ainsi quand on est un jeune auteur ? Comment ressort-on d’une telle bande dessinée ?

Elric : Ce n'est jamais facile d'exposer sa vie ou une partie. Ce sont surtout les proches qui se reconnaissent qui peuvent s'en prendre à vous, à votre vision des choses. Ici, on a mélangé quelques éléments de la réalité en les confondant avec la fiction. Ça limite la casse. Mais quoi qu'il arrive, un album comme celui-ci est très fatiguant à porter.

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Projet de couverture

KLI : Est-ce que vous êtes un amateur d’autobiographie en bande dessinée ou pas plus que cela ?

E : J'en ai lu beaucoup, mais je lis beaucoup de bandes dessinées. Je n'en suis pas spécialement amateur. J'ai un souci avec le côté subjectif de la réalité. Une autobio met en scène notre vision de notre entourage pour faire passer notre message. Les autres se sentent souvent pris en otage, et c'est bien le cas. Et pour qu'une narration soit efficace il faut mettre les choses en scène, couper des moments, les assembler avec d'autres pour soutenir un propos. Bref, l'authenticité de l'autobiographie est un truc qui a ses limites selon moi. Souvent, l'autobiographie est mise en avant comme un récit plus touchant parce que l'auteur se met en "danger" mais je trouve ça assez factice.

KLI : Votre bande dessinée nous dévoile le quotidien d'un personnage que vous inspirez largement ainsi que des épisodes de la vie de votre arrière-grand oncle, le peintre qui donne son nom à votre bande dessinée. Elle confronte deux parcours d’artistes, l’un contemporain, l’autre du XIXème et du début du XXème siècle, tous deux passionnés de dessin et de peinture. Est-ce qu’on peut dire que cette bande dessinée a été un moyen pour vous de découvrir un ancêtre et de faire un point sur votre propre évolution et vos envies de jeune créateur, une forme d’auto-analyse dessinée ?
 
E : Cet ancêtre, on m'en parle depuis toujours. C'est LA référence de la famille. Mon arrière grand-père (qui l'a connu un peu) et mon grand-père ont aussi fait des tableaux, sans ambition, juste pour eux. N'empêche que le désir était là et on m'en a parlé très tôt, surtout quand on a vu que j'avais des facilités en dessin. Mais moi, je m'en fichais. Je voulais faire comme Hergé pas comme Henri Harpignies. Je ne sais pas si on peut parler d'auto-analyse... Je sais que c'est François Darnaudet qui m'a poussé à écrire sur cet ancêtre. Il disait qu'on raconte forcément une bonne histoire à partir de quelque chose de très personnel. Ensuite il est venu naturellement de parler de la vie et du fait de trouver sa voie à travers un chemin artistique. Et le chemin suivi par le protagoniste n'est pas le mien.

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Planche 16 - Essai

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Planche 16 définitive

KLI : Est-ce que vous êtes intervenu dans le synopsis, la construction, le découpage, le choix du gaufrier, les dialogues de Harpignies… ou bien en avez-vous laissé le soin à votre scénariste ?

E : Au début, j'étais parti pour écrire ça seul mais je bloquais, alors j'ai demandé son aide à François. On fonctionnait en ping-pong. J'envoyais une séquence, il la corrigeait. Il m'envoyait lui aussi des séquences écrites qui ne faisaient jamais le bon format - soit trop long soit trop court - et je m'arrangeais pour que ça rentre, en enlevant et en rajoutant des éléments. Je me souviens par exemple très bien que je bloquais sur la page 20. Je voulais les deux amis qui discutent et c'est lui qui l'a écrite et il l'a écrite comme je l'aurais fait, c'est assez marrant. C'est aussi lui qui a eu l'idée d'inclure l'histoire du faux tableau. Il écrit des romans alors il a ce truc de poser une intrigue. Moi je préfère faire vivre les personnages et écrire des dialogues. Le gaufrier c'est mon choix. Comme il y a beaucoup de dialogues ça me permettait de donner un statut égal à toutes les images.

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Planche 14 - Essai

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Planche 14 définitive

KLI : J’ai trouvé que la construction de votre bande dessinée faisait qu’on s’attachait plus au personnage d’Eric qui est dans le réel et dans notre quotidien plutôt qu’à celui du peintre Harpignies dont on découvre la vie et le parcours, au travers d’épisodes marquants, de manière plus classique et académique, sans forcément entrer dans son intimité. Qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce qu’il y a eu une forme de censure de votre part concernant par exemple la vie amoureuse de votre aîné qui n’est finalement qu’effleurée alors que celle du personnage que vous inspirez est à l’inverse très exposée ?

E : François voulait qu'on romance la vie d'Henri Harpignies mais moi j'avais un souci avec ça. Je voulais qu'on ne se base seulement sur ce qu'on avait. J'ai réussi a nous procurer sa biographie grâce à la bibliothèque de Valenciennes et elle est très pudique. Il y avait seulement ce passage misogyne : "une femme est un obstacle à un travail fécond." On partait de loin pour faire quelque chose de glamour... On savait qu'il s'était marié sur le tard puis qu'il avait divorcé 10 ans après. Et dans la famille il se dit qu'il était officieusement avec sa servante. Je n'avais pas  trop envie d'aborder ce sujet. Je n'y voyais rien d'intéressant. Cela faisait potin. C'était plutôt son évolution artistique et sa vision de l'art qui m'intéressaient. Et j'ai préféré qu'on se lâche sur le personnage contemporain.

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Planche 2 - Essai

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Planche 2 définitive

KLI : D’un point de vue graphique, dans Harpignies, vous proposez un dessin que nous qualifierons de néo-ligne claire même s’il peut aller parfois dans d’autres directions (par exemple la scène du concert). Est-ce que ce choix s’est fait naturellement ou bien avez-vous hésité entre plusieurs options de dessin ? J’ai notamment vu sur le site de la Cité de la BD d’Angoulême la première planche de votre bande dessinée sous forme animalière.

E : Ce style est mon style naturel mais tous mes projets ainsi étaient refusés. J'aime tester et chercher des choses, et, en bon admirateur de Floyd Gottfredson et Carl Barks je me suis essayé au style animalier. Je l'exploite toujours, notamment sur un blog sur le site du Huffington Post :
http://www.huffingtonpost.fr/elric-dufau/ . Au final il m'a paru incohérent de mêler les personnages anthropomorphes avec des caricatures réalistes de mon ancêtre. Et puis mon éditeur, Pierre Paquet, préférait mon style ligne claire. C'est un amateur de ce style.
La scène du concert est traitée autrement parce que c'est une autre ambiance. En fait, pour chaque page j'ai un brouillon et là j'ai trouvé que le brouillon avait une bonne énergie alors je l'ai gardé en le nettoyant un peu. C'est la seule page que j'ai dû faire en seulement 3 heures.

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Extrait du storyboard

KLI : Quels sont vos liens avec la ligne claire ? Qu’est-ce qui vous en rapproche et vous en éloigne ? Si on fait référence à votre bande dessinée, vous ne positionnez pas en « faussaire » de la ligne claire qui chercherait, comme le font certains, à copier le style d’Hergé ou de Jacobs mais, au contraire, à la faire évoluer vers plus de modernité. Qu’en pensez-vous ?

E : Quand j'étais petit, mon père avait quelques Tintin et je les recopiais. Créer des bandes dessinées est devenu ma première obsession. Il y a 10 ans, déjà avec François Darnaudet, on faisait des histoires courtes, Les affreuses histoires du cousin Paulo, et chaque histoire était un hommage à un auteur qu'on aimait. On a passé en revue Franquin, Chaland, Trondheim, Hergé... L'histoire reprenant un peu Chaland était parue dans le magasine Yéti n°2 en 2004. Pour ne pas copier Chaland sommairement je reprenais son style mais au feutre fin et pas au pinceau. Je ne voulais pas copier un style mais faire référence à un esprit. Quand on parle de ligne claire, on parle du style graphique mais Hergé estimait que c'était aussi lié au scénario. Je suis très attaché à avoir une narration limpide. Mon dessin est le plus clair possible pour être narratif.

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Planche 23 - Essai

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Planche 23 définitive

KLI : Et la peinture d'Harpignies, quel regard portez-vous sur elle ?

E : Au début j'avais un regard critique sur son art. Je ne voyais pas l'intérêt de représenter des paysages. Je ne le plaçais pas dans son contexte de l'époque. Et puis en cherchant, j'ai trouvé ses caricatures. Elles montrent un certain regard critique et moqueur. J'ai découvert par bribes quelqu'un d'intelligent et sensible. C'est pour montrer sa vision de l'art qu'on l'a fait parler avec un aspirant peintre vers la fin de l'album. Cette scène est à mettre en relation avec la phrase citée en page titre : "L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art" de Robert Filliou, un artiste contemporain. Deux artistes foncièrement différents qui ont une pensée commune. 

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Caricature - Henri Harpignies

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Caricature - Henri Harpignies

KLI : Avez-vous vraiment tenté de copier certaines de ses toiles ou de peindre à sa manière ? 

E : Je n'ai jamais été tenté par la peinture. Encore moins par l'idée d'en copier ! Je prête beaucoup plus de talent à mon personnage que je n'en ai !

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Planche 1 - Essai

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Planche 1 définitive

KLI : Inversement, avez-vous le sentiment que si votre ancêtre avait vécu de nos jours, il aurait pu être tenté par la bande dessinée ?

E : Je ne peux pas savoir s'il voudrait faire des BD aujourd'hui... Ce qui est sûr c'est qu'il faisait une image pour montrer une ambiance. Moi j'aime créer plusieurs images pour raconter une histoire. Le dessin passe au second plan dans mon cas alors qu'en lisant sa biographie j'ai bien compris à quel point la maîtrise du dessin était importante pour lui.

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Extrait du storyboard

KLI : A mes yeux, une grande différence entre vous deux tient à ce qu’il était plutôt un amateur de paysages, de décors naturels où l’humain était relégué au rang de détail alors qu’à l’inverse, vous semblez privilégier la représentation de l’humain, des rapports humains, sans trop vous soucier du décor qui est souvent d’ailleurs absent de vos cases. Qu’en pensez-vous ?

E : Par rapport aux décors, je m'en soucie contrairement aux apparences ! Ils sont particulièrement choisis. Je pose l'ambiance et une fois que les personnages parlent il peut disparaître mais il y a plein de fois où il reste suggéré. Je n'ai pas le niveau d'exigence de Jacobs. C'est certain ! Ceci dit, j'ai fait une bande dessinée de 12 pages pour un album collectif aux éditions Oogachtend où je me suis attaché à dessiner Bruxelles de manière très fidèle. Il y a très peu de cases sans décor.

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Planche 24 - Essai

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Planche 24 définitive

KLI : Quelles étaient les œuvres (bandes dessinées, films, romans, peintures, musiques…) qui vous ont
accompagné pendant la réalisation de votre bande dessinée et qui ont pu avoir une influence sur votre création ? Aviez-vous par exemple des livres à demeure sur votre planche à dessin – si vous dessinez à l’ancienne – ou de votre tablette graphique – si vous êtes de ceux qui utilisent cet outil -  auquel vous vous référiez ou alliez piocher des idées de mise en scène ou de pure représentation ?  
 
E : A un moment, Henri Harpignies vit la révolution de 1848 alors j'ai lu L'éducation sentimentale de Flaubert pour finalement lui piquer un passage : le premier strip de la page 25. J'ai adoré ce livre. D'ailleurs il a utilisé sa vie pour raconter une fiction.
Sinon, graphiquement j'aime regarder les Tintin, c'est un modèle de narration. Je me sens proche d'Emile Bravo aussi. Mais je n'ai pas de bande dessinée ouverte sur ma table pendant que je travaille. Les idées viennent par réminiscence. Par rapport à mes lectures, elles sont particulièrement éclectiques... Je passe du roman policier des années 50 à la biographie d'Eugène Robert-Houdin sans problème. Pareil en BD, ça va de Torpedo à l'intégrale Carl Barks. Peu importe le style, il faut que ce soit de qualité. Et j'écoute toujours de la musique en dessinant. Evidemment les références qui sont dans la BD : Joy Division, Siouxies, Young Marble Giants. Mais aussi plein d'autres choses. Des compilations de rock garage de la fin des années 60. Et un groupe de Perpignan que j'adore, les Limiñanas. Lionel qui compose les morceaux m'a donné un morceau inédit pour la bande annonce de la BD que les éditions Paquet n'ont pas encore finalisé.
D'un point de vue technique, je dessine à l'ancienne. Sur du format A4. J'utilise un stylo plume un peu particulier, un Carbon Pen. C'est japonais et j'en trouve à Sennelier, à Paris, quai Voltaire. C'est un stylo qui est de plus en plus utilisé dans le milieu et je le conseille à tout le monde.

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Planche pour une expo

à la Maison des Auteurs d'Angoulême

KLI : En quoi la réalisation de cette bande dessinée a-t-elle profité de votre résidence à Angoulême ? Est-ce qu’elle aurait été la même si vous l’aviez entreprise à Perpignan ?

E : A Angoulême je me suis retrouvé entouré d'auteurs qui ont pu me donner un avis sur mon travail. Ils m'ont fait évoluer et j'ai surtout bénéficié de l'aide d'un ami proche pour la couleur, Jean-Christophe Fournier. A Perpignan, il n'y avait personne pour ça. Je serais resté avec mes erreurs et un certain marasme malgré le soleil. C'est très important d'avoir d'autres personnes qui font la même chose que moi, avec qui je peux partager.

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Etapes de dessin

KLI : De votre point de vue, est-ce qu'en bande dessinée aujourd'hui, il y a toujours la possibilité pour un jeune dessinateur de se faire une place d'auteur et de ne pas se voir qualifier de faussaire ou de disciple de tel ou tel autre auteur ?

E : C'est une question intéressante. Je pense que l'originalité de chacun tient dans la combinaison,
scénario/narration/dessin. Si on s'arrête seulement au dessin, c'est assez réducteur. Et si on doit parler d'un auteur qui n'est que dessinateur, dans ce cas, il faut bien se rendre à l'évidence qu'aujourd'hui (et depuis pas mal d'années) on fait de la bande dessinée parce qu'on en a lu et qu'on veut faire comme untel qu'on a admiré étant plus jeune. L'exemple le plus évident qui me vient à l'esprit c'est celui de Seron qui, très jeune, est allé montrer ses dessins à Franquin qui était surpris de voir qu'un jeune, au lieu de faire des croquis d'après nature, faisait des croquis d'après Franquin. Des mains, des pieds, etc. comme les faisait Franquin.
Moi aussi j'ai recopié Franquin et d'autres. C'est normal, quand on est enfant on joue à recopier. Que ce soit des dessins ou dans les jeux. Je m'amusais à être Batman avec un déguisement comme je m'amusais à faire des BD comme Franquin. Ensuite c'est le goût de chacun qui va orienter son évolution. Si on bloque sur un auteur on va le mimer jusqu'au bout. Si on a plusieurs influences on va les mélanger et créer son propre univers graphique. Moi par exemple j'ai eu des périodes. J'ai commencé par Hergé, puis Uderzo. A 8 ans je ne faisais que des trucs avec des gaulois. D'ailleurs je suis surpris qu'il n'y ait jamais eu d'auteur avec une grosse influence Uderzo. Moi je sais juste bien dessiner Astérix et Obélix ! Bref, après ça été Peyo, Morris... puis Chaland. Et puis il y a la technique et le caractère qui entrent en jeu. Je suis trop imprécis pour maîtriser le pinceau donc je dois encrer
avec une plume. Et le caractère, je peux passer beaucoup de temps sur la préparation et le crayonné mais j'aime encrer rapidement, d'où un trait un peu jeté et minimaliste.
Donc pour répondre à la question, on est forcément aujourd'hui les disciples des auteurs qu'on a admiré. Après ça se voit plus ou moins et ça n'empêche pas d'être original.
Il m'est arrivé un truc marrant il y a plusieurs années. J'avais un peu plus de 20 ans et j'avais montré mon travail à Fabrice Tarrin puis à Charles Berbérian un peu plus tard. Les deux m'ont dit que ça leur faisait penser au style d'Emile Bravo. Je ne connaissais pas du tout Emile Bravo. J'étais complètement passé à côté. Alors après avoir regardé de près son travail, j'ai vu que nous avions des références communes. On s'est construit sur des bases communes. Le nez plus bas de Jules, ça lui vient de Segar. J'adore aussi Popeye. Et pour avoir discuté avec lui plus tard j'ai bien vu qu'on avait des valeurs humanistes communes. Bref, je me trouve proche d'Emile Bravo sans jamais l'avoir copié.

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Hommage à Spirou et Fantasio

KLI : Vous appréciez manifestement dessiner des hommages à des personnages célèbres du neuvième Art. Est-ce que vous seriez tenté par la reprise d'un de ces personnages ?

E : Oui, j'adorerais ça ! Déjà, avec des amis, nous avons fait deux albums collectifs avec des histoires courtes (entre 10 et 20 pages) reprenant des personnages tombés dans le domaine public. Les nouveaux Pieds Nickelés (2010) et Revoilà Popeye (2012) aux éditions Onapratut. J'ai adoré faire ça et j'aurai voulu en écrire d'autres. J'ai même déjà écrit un scénario de Tif & Tondu, pour l'instant refusé. J'adorerais reprendre Gil Jourdan et Lucky Luke. Gil Jourdan en exploitant à fond l'humour de Libellule mais avec un côté plus "film noir" comme on peut le ressentir dans les dernières aventures de Félix. Surtout que j'ai vu beaucoup de films noirs. Et je voudrais reprendre Lucky Luke un peu comme dans Hors-la-loi. Astérix aussi, comme je sais déjà le dessiner, mais à chaque fois je voudrais faire le scénario et bon... il faut de l'expérience, on va pas me filer ça comme ça. Batman aussi j'aimerais bien ! Ce sont des univers très riches et bien campés. Il n'y a plus qu'à jouer avec, c'est jubilatoire. En revanche je ne voudrais pas reprendre Tintin. L'identité d'Hergé est trop forte. L'oeuvre d'Hergé ressemble une quête mystique qui va de l'obscurantisme des Soviets jusqu'à la clairvoyance du Tibet. En comparaison, Chaland à créé Freddy Lombard dans le même esprit. Ce serait absurde de le reprendre. Spirou n'a pas le même traitement. Il a subi de telles évolutions qu'on peut se l'approprier. Et j'aimerais aussi d'ailleurs. Le seul truc qui serait marrant de faire avec Tintin ce serait un gros hommage en terminant L'Alph Art. Mais pas comme Rodier l'a fait. Il faudrait prendre quelqu'un qui dessine exactement comme Hergé et suivre son storyboard jusqu'à la page 42 (il me semble qu'il s'arrête là) et ensuite il faudrait vendre des extensions. La fin vue par... et tout un tas d'auteurs qui imaginent la fin. Je mets un © sur cette idée ! On sait jamais ! L'autre problème de Tintin c'est que son univers est contemporain de l'époque où il était dessiné et l'air de rien Hergé suivait l'actualité et l'esprit de son temps. Alors aujourd'hui Tintin peut-il garder sa mèche sans être un hipster ? Ou avoir un compte Facebook l'obligeant à se situer sexuellement (célibataire, en couple, relation libre) ? Concernant Harpignies, un ami m'a chambré en me disant que j'avais inventé le franco-belge intimiste. Comme si Tintin vivait une aventure - le trafic de tableaux - tout en tombant amoureux. Je n'y avais pas pensé. En revanche j'avais pris comme référence les couleurs des premiers Tintin pour les parties à l'aquarelle du XIXème siècle.

KLI : Comment Elric, jeune créateur attiré par la bande dessinée, la musique, l’art contemporain, voit-il la suite de son parcours d’artiste ? Déjà quelques projets ?

E : Pour l'instant c'est flou. J'écris des choses encore avec François Darnaudet mais aussi seul ou avec un autre ami. Je devrais sortir bientôt un petit album aux éditions Vraoum, une parodie des personnages de romans graphiques. Encore un truc de faussaire !
J'ai un très bon ami qui fait son chemin dans l'art contemporain. On travaillait parfois ensemble quand on était étudiants alors on se dit qu'on pourrait refaire un truc, mais il faut voir. Le milieu de l'art contemporain et moi ça fait deux. En revanche je garde un super souvenir de l'école et de mes professeurs. Sans eux cette bande dessinée n'aurait pas existé. Notamment l'ancien directeur de mon école Vincent-Emmanuel Guitter, avec qui j'ai aussi très envie de travailler.

Illustrations copyright Elric & Paquet

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