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11/06/2013

LE RETOUR DU SAVANT FOU

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Le Savant Fou, réjouissante bande dessinée de Stanislas initialement publiée chez Reporter en 2001, fait l'objet, ce 13 juin, d'une belle réédition aux éditions Les Rêveurs.

Quel plaisir de retrouver les aventures de ce scientifique passablement foldingue et de toute sa famille dans un nouveau format à l'italienne (29,5 cm x 12 cm) avec, cerise sur le gâteau, 20 strips inédits.

A l'occasion de cette parution, les Rêveurs propose de belles choses à voir sur leur blog :

- les deux affiches signées par Stanislas pour annoncer le retour de son Savant Fou dans les librairies;

- les projets de couverture pour cette réédition.

Un superbe présentoir sera également proposé aux libraires qui auront le bon goût de commander plusieurs exemplaires de cette bande dessinée.

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Amis et amies de la ligne claire, si malgré ces beaux outils de promotion mis en place par Les Rêveurs, vous passez à côté de cette belle publication, vous êtes vraiment impardonnables !

Illustrations copyright Stanislas & Les Rêveurs

06/06/2013

ENTRETIEN AVEC HUGO PIETTE

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Cela faisait un bon bout de temps que nous souhaitions mettre en avant Hugo Piette découvert avec ses histoires courtes et contributions graphiques dans Spirou (CravateGalaxie chérie, les couvertures pour les 70 ans du journal...), sa série Poncho et Semelle chez Sarbacane ou Les arrachés, sa bande dessinée à quatre mains avec Lemmens dans Fluide Glacial.
 
En effet, le dessin d'Hugo Piette, résolument ligne claire, est particulièrement novateur. Loin de s'inscrire dans la catégorie des suiveurs, pâles copieurs besogneux des créateurs du passé, le trait de Piette est résolument contemporain. Sa patte graphique est particulièrement séduisante par son minimalisme. Citons à ce sujet Lewis Trondheim, auteur de plusieurs histoires courtes dessinées par Piette : "J'adooOOOOOoore les dessins élégants d'Hugo Piette"(1).
 
La publication en début d'année de Varulf, la dernière bande dessinée d'Hugo Piette, un étonnant conte médiéval écrit par Gwen de Bonneval (Bayou Gallimard) nous donne l'occasion d'échanger avec le dessinateur belge pour la première fois. Et assurément, ce ne sera pas la dernière tant il porte en lui un potentiel de création qui devrait le porter au sommet de cette nouvelle ligne claire inspirée et moderne que nous appelons de nos voeux ! 
 
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Klare Lijn International : Qu’est-ce qui vous a conduit à mettre en images ce récit de Gwen de Bonneval ?
 
Hugo Piette : Je connais Gwen de Bonneval depuis huit ans maintenant. Je l'ai rencontré lorsqu'il était rédacteur en chef du magazine jeunesse Capsule Cosmique. Je lui avais proposé des histoires et il avait beaucoup aimé Poncho & Semelle qu'il a publié dans le magazine. Et lorsque Capsule s'est arrêté, Gwen m'a proposé d'éditer Poncho aux éditions Sarbacane, pour lesquels il travaillait comme directeur de collection BD. En 2008, il m'a parlé de vouloir faire un one-shot Spirou avec moi. Nous y avons travaillé ensemble mais le projet a été refusé. C'est à ce moment là que Gwen m'a proposé de travailler sur un autre projet : Varulf.

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KLI : Qu’est-ce qui vous a attiré dans l’aventure proposée ? L’univers moyenâgeux fantastique ? Le propos plutôt sombre ?
 
HP : Je connaissais le travail de Gwen en tant que scénariste (Messire Guillaume, La vierge froide,...) et l'idée de travailler avec lui me plaisait beaucoup. C'est aussi la première fois que je travaille avec un scénariste sur un projet aussi long et que ce soit avec lui me réconfortait. Le sujet était aussi fort différent de ce que j'avais l'habitude de faire : parricide, chamanisme, fugue à travers des régions désolées et hostiles,... En fait c'était une première pour tout : travail avec scénariste, univers fantastique assez sombre, Moyen-Age,... Je n'avais jamais fait ça donc j'étais partant !
 
KLI : Quelle a été votre approche graphique pour cette bande dessinée ? Avez-vous hésité entre plusieurs styles ? Ou bien cela devait, pour vous, d’emblée d’inscrire dans la continuité du dessin de vos précédentes bandes dessinées ?
 
HP : Je voulais travailler différemment. J'ai exécuté des recherches graphiques et un certain "style" est apparu assez rapidement. Il n'est pas trop éloigné de ce que j'ai déjà fait. En fait, mon dessin s'est adapté au sujet du scénario et au format du livre. Je voulais aussi rester assez proche de mon découpage, ce qui a beaucoup influencé mon dessin.

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KLI : Quelles sont les bandes dessinées, films, illustrations… qui vous ont influencé dans le dessin de Varulf ? J’ai perçu comme l’influence de l’espagnol Max dans la représentation de certaines scènes de forêt ? Est-ce que je me trompe ?
 
HP : Max n'est pas du tout une référence dans ce projet. Pour les scènes de décors, que ce soit la forêt, le village ou autres, je voulais que ce soit assez synthétisé. Pour moi ça devait rester un "décor", surtout lorsque, dans la plupart des scènes, les personnages sont prépondérants et relèguent le décor en arrière plan. Le choix de synthèse vient aussi du format des pages (17/24cm, roman graphique de 90 pages avec le plus souvent 4 strips par page). Je devais être le plus efficace possible et aller à l'essentiel.
 
Pour ce projet, ce sont principalement des références cinématographiques qui m'ont aidé. Nous avions un film de référence: La source de Bergman. Beaucoup de choses viennent de là pour les personnages, la documentation et certaines ambiances. C'est Gwen qui m'en avait parlé dés le début du projet, ça m'a beaucoup inspiré. A cela s'ajoute également le film Valhalla rising de Nicolas Winding Refn qui lui m'a inspiré pour les ambiances, les décors. Le personnage de Thornstein est d'ailleurs un "clin d'oeil" graphique au héros de ce film.
 
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KLI : Il faut reconnaître que les décors de l’aventure sont globalement assez sinistres. Est-ce que cela n’est pas une frustration pour un dessinateur de devoir dessiner des forêts, des marécages, des étendues boueuses… ?
 
HP : Mais pas du tout! Ça me plaît beaucoup! 
 
KLI : A la lecture de ce premier tome, je me suis fait la réflexion que votre ligne claire minimaliste n’était pas forcément le style graphique à privilégier pour dépeindre l’atmosphère angoissante de ce récit ? Qu’en pensez-vous ? 
 
HP : Bon, bien sûr, je vais vous répondre que je pense avoir réussi de ce côté là. A la lecture, il se dégage un certain malaise, et à mon avis, c'est en partie dû à l'emploi des couleurs ( avec des scènes très sombres, des ambiances bien lourdes, un climat morbide ) et, justement, à mon "style" graphique. 
J'aime beaucoup l'idée de confronter un certain dessin à un scénario qui, a priori, ne lui "correspondrait pas". Ça surprend le lecteur, le sort de ses sentiers battus, le déroute. Par exemple je me souviens très bien lorsqu'à 14 ans, j'ai acheté Les Innommables de Yann & Conrad en me disant : "Tiens, on dirait du Lucky Luke". 

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KLI : Autre souci ressenti lors de la lecture de l’album : la caractérisation pas assez affirmée à mes yeux de vos différents personnages. Je trouve qu’on les discerne mal les uns des autres. Quelle est votre réaction par rapport à cette remarque ? 

HP : Assez d'accord avec vous. C'est un des principaux soucis qui ressort du livre. Au départ les enfants étaient assez bien caractérisés, malgré le style minimaliste, et j'appuyais leurs différences par les couleurs de leurs habits. Mais, petit à petit, j'ai commencé à traiter le groupe d'enfants comme une seule personne. Comme si le groupe lui-même était devenu un seul personnage. J'ai moins fait attention aux détails et certaines personnages ont perdu de leurs caractéristiques au point de les confondre. Et vu qu'il y a de nombreuses scènes de nuit, ça accentue encore plus le problème puisque les "codes" couleurs de leurs habits disparaissent. C'est l'une des choses auxquelles je dois faire plus attention pour le tome 2.
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KLI : J’observe que vous ne dessinez pas toujours les visages des protagonistes. Pourquoi ? Est-ce que c’est l’influence de Bastien Vives ou de Ruppert & Mulot ?
 
HP : Non, je faisais déjà ça avant, même dans Poncho et Semelle. Encore une fois c'est dans un souci d'efficacité. Si je ne dessine pas la bouche, les yeux ou le nez d'un personnage c'est souvent parce qu'il se trouve en arrière plan ou alors qu'il n'est pas indispensable dans la scène. Vu que je veux être le plus efficace possible, je ne veux pas attirer l'oeil du lecteur là où ce n'est pas nécessaire. Je me trompe peut être, mais il me semble que Ruppert et Mulot ou Vives en ont un autre utilisation. Chez eux, l'absence de visage crée un décalage constant très efficace avec les dialogues. Un rond avec un "V" au milieu qui dit "Oh putain vient voir, y'à un mec qui danse à poil là bas", c'est génial !
 
KLI : Est-ce que le second volume est avancé ? Est-ce qu’il s’inscrira dans la même tonalité que le premier ou proposera t-il des décors plus lumineux ?
 
HP : Oui, le tome 2 est avancé. Sa sortie est prévue en janvier 2014. En gros, cela restera plus ou moins dans les mêmes tons mais il y aura des surprises.
 
Illustrations copyright Piette, de Bonneval et Gallimard
 
1 : in Spirou n°3914 à l'occasion de la publication de Spirou, pour vous servir !, un récit en 4 pages réalisé pour les 75 ans de Spirou (extrait ci-dessous). Trondheim affirme encore au sujet du dessin de Piette : "Son style correspond parfaitement aux aventures de Spirou". Et, on se plait à espérer une aventure du célèbre groom dessinée par Hugo Piette !

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Spirou, pour vous servir !

Planche 1

Copyright Piette, Trondheim et Dupuis