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26/12/2012

D'OUTRE-ATLANTIQUE ET D'OUTRE-MANCHE

Pour terminer l’année, nous vous proposons un retour sur quelques bandes dessinées récentes, plus ou moins ligne claire, en provenance d'Amérique du Nord et du Royaume Uni. 
 

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Commençons par Evan Evans, une bande dessinée publiée par les canadiens de La Pastèque, maison d'édition de grande qualité. Avec ce récit qui flirte bon avec le burlesque, le français Laurent Kling nous offre un graphisme minimal du meilleur gout. Avec une grande économie de moyens, il nous fait partager les mésaventures d’un personnage rond – Evan Evans – confronté à un ami bien dérangeant qui vient perturber son quotidien tranquille et son cocon douillet. C’est très drôle, assez cruel et totalement surprenant. 

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Changement de registre avec Deux Généraux, bande dessinée également publiée par La Pastèque. Le dessinateur Scott Chandler nous y raconte en images l’expérience de son grand père et d’un de ses amis, deux jeunes militaires du Highland Light Infantry of Canada engagés dans le débarquement en Normandie de 1944. Loin d’un récit de guerre au sens classique du terme, cette bande dessinée nous donne à voir quel a été le quotidien de ces soldats canadiens confrontés à cet évènement majeur de la seconde guerre mondiale, des préparatifs de leur offensive jusqu’à la prise de Caen. L’histoire est basée en grande partie sur une importante documentation rassemblée par l’auteur mais aussi et surtout sur les écrits de son grand père. C’est donc avant tout un bel hommage, tout en subtilité, qui n’est pas sans rappeler l’approche d’Emmanuel Guibert pour La guerre d’Alan. Il y a une vraie émotion qui se dégage de la lecture de cet ouvrage qui ne nous cache rien des horreurs de la guerre. Le tout est servi par un dessin très sobre et efficace. 

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Dans le prolongement de Wimbledon Green publié en 2006 dans un format identique chez le même éditeur (Delcourt), Seth nous propose de découvrir La confrérie des cartoonists du grand Nord, un cercle d’auteurs de bandes dessinées, de dessinateurs de presse et d’adeptes du dessin d’humour. Cette histoire imaginaire de la bande dessinée canadienne offre l’occasion à l’auteur de Palookaville de remettre en avant son attachement à l'histoire du neuvième art et à ses créateurs mais aussi sa profonde nostalgie. Au fil des pages, il parvient à nous donner l’impression que les auteurs dont il nous compte le parcours ainsi que leurs prétendues créations ont réellement existé. Depuis La vie est belle malgré tout qui nous faisait partager une quête autour d’un vrai-faux dessinateur, Seth est passé maître dans l’art de rendre la fiction plus vraie que nature. Si le trait est vif, lâché, moins travaillé que celui d’un récit comme Clyde Fans, il n'en demeure pas moins sobre et élégant. On est dans l’approche carnets de Seth, un autre versant de sa création en bande dessinée. 
 

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La ruche, dernière bande dessinée de Charles Burns publiée en français aux éditions Cornelius, est le second tome de la nouvelle saga proposée par l’auteur de Black Hole. Une fois de plus, Burns nous entraine dans l’intimité d’un adolescent particulièrement tourmenté. Comme pour Toxic, premier volume de cette histoire, on ne manquera pas de relever les multiples références graphiques de Burns à l’univers d’Hergé. En effet, il se sert de la ligne claire pour la mise en images de l’univers parallèle dans lequel évolue le personnage principal du récit sous les traits d’un Tintin revisité. Ce recours à la plus pure klare lijn crée un décalage troublant avec le dessin habituel de Burns tout en noirs profonds qu’on retrouve dans les autres parties de l’album mais aussi avec certaines séquences présentant des comics sentimentaux américains. Les genres se mêlent donc, les fils du récit s’entrecroisent pour servir une histoire ambitieuse qui commence à dévoiler, au fil des pages, son implacable logique interne. On a vraiment hâte de découvrir Calavera, le dernier volume annoncé de cette trilogie pour apprécier l’ensemble. Une bande dessinée à lire, à relire et à analyser case par case pour cerner au mieux les références, les influences et les ambitions de l’auteur. 
 

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Building stories de Chris Ware est une autre publication marquante de ces derniers mois. Editée en anglais chez Jonathan Cape, elle n’a pas été encore traduite en français. On souhaite d’ailleurs bien du plaisir à l’éditeur qui s’en chargera tant la conception de ce livre-objet est déroutante. En effet, il prend la forme d’un coffret rassemblant pas moins de 14 ouvrages de formats différents mettant essentiellement en scène plusieurs habitants d’un même immeuble (une trentenaire, un couple, une vieille femme). Dès le départ, Building Stories s’avère une expérience de lecture étonnante sans début ni fin puisque le lecteur est appelé à choisir par quoi commencer sans la moindre indication de la part de l’auteur. Une fois de plus, Chris Ware innove et tente de nouvelles approches de narration en bande dessinée. D’ailleurs, le titre même de ce livre-objet peut être traduit par «fabriquer des histoires» et non «histoires d’immeubles» comme son propos semble l’indiquer de prime abord. Le récit proposé par Ware prend bien évidemment toute sa dimension au fur et à mesure de la lecture du contenu du coffret. Cet exercice de style purement magistral servi par un dessin toujours aussi clair et maîtrisé montre une fois de plus à quel point Chris Ware est un créateur hors normes. On peut d'ailleurs signaler qu’à l’occasion de la parution de Building Stories, l’éditeur canadien Drawn and Quarterly proposait une maquette à monter de l’immeuble au cœur du récit, de ses personnages et de l’intérieur de leurs appartements. Conçue par Chris Ware, cette vision 3D de Building Stories démontre une fois de plus le souci de perfection qui anime cet auteur incontournable, véritable génie de la bande dessinée.
 

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Automne de l’anglais John Mac Naught est un superbe ouvrage publié par Nobrow. Rien d’étonnant à ce que Chris Ware en vante les mérites. Il y a une parenté entre eux. Mac Naught a un réel talent pour nous plonger dans la réalité du quotidien et à nous en livrer avec délicatesse les détails précieux. La narration est lente, calme, posée. Elle nous donne à voir la beauté de moments ordinaires dans la ville de Dockwood au sud de l’Angleterre à travers les personnages de Mark, jeune garçon travaillant dans une maison de retraite et de Jake, un collégien distribuant des prospectus après sa journée de classe. De prime abord, on peut se dire qu’il ne se passe pas grand-chose. Mais tout le talent de Mac Naught est de savoir créer une vraie ambiance, une atmosphère très particulière autour des petites choses de la vie. Il sait mettre en valeur l’homme mais aussi la nature qui l’environne et à laquelle il ne prête pas suffisamment attention. Une vraie poésie de dégage de cet ouvrage à la composition millimétrée, au dessin très simple, sans trait apparent, servi par une gamme de couleurs volontairement limitée.
 
Avec ces quelques suggestions de lecture, Klare Lijn vous souhaite une bonne fin d’année et vous donne rendez-vous en 2013 pour de nouvelles aventures plus ou moins ligne claire !
 
Illustrations copyright auteurs et éditeurs cités

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