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02/12/2012

ENTRETIEN AVEC ULF K

1_Ulf K._ Der Comic-Poet_2012.jpg

La Ludwig Galerie d'Oberhausen (Allemagne) propose jusqu'au 13 janvier 2013 une exposition consacrée au dessinateur de bandes dessinées et illustrateur allemand Ulf K.

Intitulée "Der Poet unter den Comic-Zeichnern", cest-à-dire "Le poète parmi les dessinateurs de BD", cette exposition montre, au travers de plus de 200 originaux, le parcours de ce disciple allemand de la ligne claire qui mène une belle carrière outre-Rhin.

Au fil des ans, l'artiste a su se dégager de l'influence de ses ainés de la klare lijn très perceptible dans ses premiers travaux pour trouver son trait distinctif marqué par une grande simplicité et, dans certaines bandes dessinées, par un usage de masses noires qui tendrait à le rapprocher d'un dessinateur comme David B.

Le lecteur français a pu découvrir Ulf K, à la fin des années 90, à travers quelques ouvrages publiés aux éditions Treize Etrange et ses contributions à la publication Patate Douce. 

A l'occasion de cette exposition, nous avons le plaisir de vous proposer un entretien avec ce dessinateur qui mériterait d'être un peu plus reconnu et publié dans l'espace francophone. 

2 Ulf K._Besuch von Freunden_2012.jpg

Ulf K et ses personnages

Klare Lijn International : Vos premiers travaux semblent très influencés par des artistes ligne claire comme Chaland, Avril, Meulen, Petit-Roulet ou même Mariscal. Quand les avez vous découverts ? Qu’est-ce qui vous a conduit à ce style ?
 
Ulf K : Eh bien, j'ai découvert Chaland en 1984 ou 1985. En même temps que Serge Clerc et Daniel Torres. Pour les autres dessinateurs que vous mentionnez, cela s’est fait un peu plus tard dans le cadre de mon intérêt croissant pour la nouvelle ligne claire. Ce qui m'impressionnait, c’était le style années cinquante. Toutes ces voitures anciennes. Les couleurs qu'ils utilisaient.
 

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Dans cette planche de Sam Buka (ci-dessus) ou cette illustration de voiture (ci-dessous), je pense que la proximité avec Chaland est assez évidente. On peut aussi y voir mon plaisir à dessiner de vieilles voitures.

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Il y a d’autres illustrations ou planches de cette période très ligne claire dans le catalogue de l’exposition.

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Ces deux autres dessins de mes débuts montrent une autre influence. Celle d'un artiste américain appelé Mark Marek. C'était une époque où je m’intéressais à des créateurs comme Mark Beyer, Kaz ou Gary Panter. Je dessinais directement à l'encre sans aucun crayonné préparatoire. Mais parce que je ne suis pas la personne pour un tel travail, je suis retourné à la ligne claire.
 
KLI : Comment avez-vous échappé à ces influences et trouvé votre style graphique personnel ?
 
UK : C'est arrivé comme ça. Je pense que c'est normal. Lorsque vous commencez à dessiner, vous êtes très proche d'un style particulier. Pour en savoir plus, vous le copiez (plus ou moins). Et puis c'est comme l'écriture. D'abord, vous apprenez l'alphabet et comment l'écrire. Et plus le temps passe, plus vous commencez à écrire les lettres de votre propre manière.

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Floralia

© Ulf K. / Edition 52

KLI : Dans vos bandes dessinées, vous semblez développer deux styles graphiques: l'un très simple avec seulement une ligne et une autre avec plus de noir. Etes vous d’accord avec ce point de vue?
 
UK : Oui. Ce sont deux composantes en moi. Celle qui veut réduire de plus en plus. Et l'autre qui veut créer et dessiner des images avec une atmosphère mystérieuse. Il n'est pas facile de concilier ces deux faces ensemble.

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Hieronymus B.

© Ulf K. / Edition 52

11_Ulf K._Der Exlibris_2000.jpg

Der Exlibris

© Ulf K. / Reprodukt

KLI : Dans vos travaux d’illustration, on peut voir aussi une variété d’approches graphiques : le dessin avec la ligne, le graphisme sans ligne comme Akkuratus mais pas d’ombres noires.
 
UK : J’ai toujours été impressionné par certains artistes qui avancent imperturbablement sur la voie qu’ils ont trouvée. Je suppose que cela rend leur travail plus efficace. Parfois, j'aimerais être dans cette situation. Mais même s’il est possible de reconnaître mon travail, j'essaie toujours des expressions différentes qui la plupart du temps correspondent simplement à un changement l'outil. 

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Lasse

© Ulf K. / Gerstenberg Verlag

5_Ulf K._Herr Paul im Winter_2008.jpg

Herr Paul

© Ulf K. / Bloomsbury Kinderbücher und Jugendbücher

7 Detail Akkuratus lacht.jpg

Akkuratus

© Ulf K. / Klett Kinderbuchverlag

Pour votre information, je viens d’illustrer un livre pour enfants qui fonctionne avec de très grandes zones noires. C’est comme une réminiscence de mes œuvres anciennes.
 

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Die Maskierte Makrone

© Ulf K. / Gerstenberg

 
KLI : Votre actualité bande dessinée en Allemagne est marquée par la parution de Tango de la mort et Dolomiti Jahre aux éditions 52. Pourriez-vous nous parler de ces deux publications récentes?
 
UK : Tango de la Mort est une réédition augmentée de mon livre de 2000. Il s'agit d'une compilation de différentes histoires courtes réalisées depuis plus d'une décennie. Elles  montrent mon évolution et les différents thèmes sur lesquels j’ai travaillé. Les sujets poétiques aussi bien que ceux touchant à la mort.
 
Tango de la mort.JPG
Tango de la Mort

© Ulf K. / Edition 52
 
Dolomiti Jahre est également une compilation d’histoires courtes. Outre deux nouvelles histoires et une très ancienne, ce recueil contient quelques récits qui avaient été publiés dans Patate Douce. C’est un livre en couleur et les histoires racontent des épisodes plus ou moins autobiographiques de ma jeunesse. Dolomiti était le nom d'une glace à l’'eau qui était très populaire dans les années soixante-dix, ici en Allemagne. Et même s’il n'y a pas d'histoire sur cette glace dans le livre, le titre transporte le lecteur directement dans cette décennie et le ramène à certains sentiments particuliers.
 

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Dolomiti Jahre

© Ulf K. / Edition 52

KLI : Est-ce que des traductions françaises de vos bandes dessinées et publications pour enfants sont envisagées dans les prochains mois ? Si je ne me trompe, cela fait pas mal de temps que vous n’avez rien publié en en France.
 
UK : Vous avez raison. A l'exception de quelques travaux d’illustrations, ma dernière publication en France remonte à quelque temps déjà. A ce jour, il n'y a pas de projet de traduction de l'un de mes livres. Mais j'espère que cela va évoluer.
 
KLI : Quels sont vos projets pour les mois à venir?
 
UK : Je travaille sur une bande dessinée pour enfants qui sera publiée au printemps prochain par Reprodukt. Ce sera le début d'une série. Et ensuite il y aura plusieurs autres livres pour enfants.

KLI: Pourriez-vous nous en dire plus sur la Ludwiggalerie, cadre de votre exposition ? 

UK : La Ludwiggalerie est un musée d'Oberhausen. Son nom vient des collectionneurs d'art Peter et Irene Ludwig. Elle est donc liée au fameux Ludwig Museum de Cologne. La Ludwiggalerie est très ouverte aux artistes de bande dessinée. La nouvelle directrice de la galerie entend amplifier cette orientation. La dernière grande exposition était consacrée à Walter Moers. Avant, la galerie avait exposé Ralf König.

KLI : Avec l'exposition qui vous est consacrée, on peut vraiment découvrir tout votre parcours de créateur.

UK : Oui. Elle présente des oeuvres de jeunesse aussi bien que des créations récentes, des planches de bandes dessinées comme des illustrations, des originaux mais aussi des sérigraphies.

ulf-k-katalog-cover.jpg

Le catalogue de l'exposition

© Ulf K. / Edition 52 - Ludwiggalerie

KLI : Cette exposition est en quelque sorte une rétrospective de votre première partie de carrière. Comment voyez-vous la deuxième partie ? De nombreuses évolutions dans votre approche et votre style ou bien une continuité? Pas d’envie de création d'un roman graphique par exemple?
 
UK : Bien sûr, on peut voir l'exposition comme une sorte de rétrospective de la première partie de ma carrière. Mais je ne peux pas dire ce qui se passera dans la deuxième partie. Je ne vois pas une évolution radicale de mon approche et de mon style dans le futur. Et pas de roman graphique non plus. Ce serait trop de travail car cela signifierait d’y consacrer du temps à côté d'autres projets. En ce moment, je ne peux pas imaginer de travailler sur un livre plus de deux ou trois ans. C'est la raison pour laquelle je préfère les histoires courtes et la création pour les enfants.

KLI : Pour ceux qui n'auront pas la chance d'aller à Oberhausen, il existe un catalogue de l'exposition. Pourriez-vous nous en dire plus sur son contenu ?

UK : Oui, un cataloque accompagne l'exposition. Il est co-édité par Edition 52. Mais il ne reprend pas l'ensemble des travaux exposés. Il contient quatre textes (en allemand). Un sur mes œuvres en général. Un autre centré sur mes créations auto-éditées. Les deux autres sont une analyse de mon travail et une étude de mon point de vue sur l'architecture.

Plus d'informations :
 
- le dépliant de l'exposition
 
- le site de la galerie : www.ludwiggalerie.de
 
- le site de Edition 52
 
- le blog d'Ulf K.
 
Exposition
Der Poet unter den Comic-Zeichnern
 
Ludwig Galerie Schloss Oberhausen
Konrad-Adenauer-Allee 46
46049 Oberhausen
Allemagne
Tel: 0208 41249 28 - Fax: 0208 41249 13
ludwiggalerie@oberhausen.de
 
Exposition ouverte du mardi au dimanche de 11h00 à 18h00.
Fermeture les 24, 25, 31 décembre 2012 et le 1er janvier 2013.
 
Illustrations copyright Ulf K et éditeurs cités
 

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