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23/03/2011

HUBERT MOUNIER PAR CLEET BORIS

 

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Un disque, un artiste à double personnalité, une bande dessinée

 

Profitant d'un moment de répit dans son emploi du temps chargé du fait de la sortie concomitante de son nouveau disque La Maison de pain d'épice chez Naïve et de la bande dessinée éponyme sous-titrée Journal d'un album chez Dupuis, Hubert Mounier alias Cleet Boris nous a fait le plaisir de répondre à quelques questions sur ces dernières créations.

Complémentaire de l'entretien qu'il nous avait déjà accordé en 2007, ce nouvel échange centré bien évidemment sur la ligne claire - mais pas seulement - devrait vous donner l'envie de découvrir, si ce n'est déjà fait, les dernières oeuvres graphiques et musicales de l'artiste à la double identité, véritable Docteur Jekill et Mister Hide de la pop et de la klare lijn hexagonales !

Nous ne saurions que trop vous conseiller la lecture de ce Journal d'un album, véritable invitation personnelle dans l'intimité d'un artiste en pleine création.

Le dessinateur Cleet Boris nous y dévoile avec humour, émotion, sensibilité, sincérité et autodérision la nouvelle aventure de l'auteur-compositeur-interprète Hubert Mounier avec ses joies, ses peines, ses doutes, ses colères, ses passions...

Cette bande dessinée autobiographique servie par une belle ligne claire et de nombreux clins d'oeil à l'univers de la bande dessinée est bien évidemment à déguster avec sa bande son !

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Extrait de La maison de pain d'épice

Klare Lijn International : Est-ce qu'on peut dire qu'avec ce Journal d'un disque vous êtes dans la droite ligne de vos planches de Super Héros et que sans cette dernière bande dessinée déjà autobiographique vous auriez refusé le projet proposé par José-Louis Bocquet ?

Hubert Mounier : En fait José-Louis m'a demandé de raconter la genèse de La maison de pain d'épice suite à la lecture de Super Héros qui était pourtant une BD confidentielle. 

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Extrait de La maison de pain d'épice

KLI : Comment s'organisait votre rythme de travail entre la composition, l'arrangement et l'interprétation de vos chansons et la réalisation de vos planches ? Est-ce que vous vous astreigniez à une forme de discipline avec des notes ou croquis quotidiens ? Ou bien cela était plus irrégulier ?

HM : Ce qui m'a aidé, c'est que je consignais déjà mes mésaventures par écrit, une vieille habitude qui s'est avérée bien utile pour ce projet. A part ça, tout s'est fait dans la plus parfaite anarchie créative, je passais d'une discipline à l'autre en fonction des besoins et de mon planning, et je ne me suis pas ennuyé une seconde.

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Extrait de La maison de pain d'épice

KLI :  Votre style a toujours été changeant d'un livre à une autre. Ici, vous optez pour un trait épuré et une belle ligne claire. Pourquoi ce choix ? Quelles envies graphiques vous portaient au démarrage du projet ? Avez-vous eu l'intention de suivre d'autres pistes ? Votre participation aux Rencontres Chaland de Nérac en 2009, événement majeur de la ligne claire, a t-elle été un facteur de retour à ce style ? 

HM : J'avais prévu de dessiner cet album de façon ligne claire avant Nérac, mais y recroiser les maîtres du genre m'a aiguillonné sérieusement et mis face à mes responsabilités ! Ce choix m'est apparu comme une évidence pour ce livre, la ligne claire crée une unité de ton qui me permet de passer de la plus pure abstraction à un certain réalisme tout en gardant une cohérence visuelle.

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Extrait de La maison de pain d'épice

KLI : Les choix de découpage, de pagination, de format, de mise en page... ont-ils été tranchés rapidement ou bien y a t-il eu tatonnement sur la manière de faire ? Des épisodes réalisés ont-ils été supprimés lors de la publication ? 

HM : J'ai réfléchi six mois avant de toucher un crayon, puis j'ai foncé, le format carré avec un gaufrier de quatre cases s'est imposé tout de suite. Je n'ai supprimé que quelques strips comiques qui nuisaient au final à la fluidité de lecture (les aventures de Cocktail et Buffet, interprétés par Gainsbourg et Jacques Villeret).  

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Hors-texte de La maison de pain d'épice

KLI : Quelle était votre documentation pour la réalisation de cet album et vos sources d'inspiration graphiques ? Croquis, photos, illustrations, autres bandes dessinées... ? Qu'est-ce que vous aviez sur votre table de travail ? Un exemplaire du Journal d'un album de Dupuy-Berbérian, des Spirou de Franquin, des Tintin... ? Est-ce que alliez jeter un oeil ici ou là pour trouver l'inspiration sur un cadrage ou une conception de case ?

HM : J'ai pris surtout des photos pendant les séances de studio, pour ne pas dessiner n'importe quoi. J'ai bien sûr relu avec plaisir Le journal d'un album de Dupuy et Berberian, et relu tous mes héros pour me remettre dans le bain, de Spirou à Théodore Poussin. J'ai aussi fait quelques clin d'oeil à Munch ou Valloton, car mon amour du dessin ne se cantonne pas à la BD.

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Extrait de La maison de pain d'épice

KLI : Est-ce que vous avez soumis vos planches à des amis auteurs de bandes dessinées ? Je pense à Frank le Gall notamment ? Est-ce que vous êtes preneur d'avis extérieurs ?

HM : J'ai préféré me faire confiance et me débrouiller seul, même si mes amis dessinateurs étaient en pensée derrière mon dos en train de m'observer! 

KLI : Quel a été l'accompagnement du projet par José-Louis Bocquet ?

HM : José-Louis m'a laissé une totale liberté, et n'a fait que quelques remarques judicieuses après une première lecture. Il faut dire que je lui envoyais les pages dans le désordre, j'étais le seul à savoir à peu près où je voulais aller, et encore... (rires!) 

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Extrait de La Maison de pain d'épice

KLI : Cette bande dessinée confirme un talent de caricaturiste. Quelle est votre méthode ? C'est instinctif ou bien plus laborieux ? Se croquer soi-même, est-ce que c'est le plus facile ou le plus compliqué ? Proposer un journal, c'est déjà faire rentrer le visiteur inconnu dans son intimité. Se représenter, n'est-ce pas aller encore plus loin dans le dénuement ? 

HM : La ligne claire me rajeunit je trouve, et ça c'est chouette, et je me  suis en fait toujours dessiné dans mes différentes BD. Le plus ardu est de dessiner certains amis, ça s'est avéré parfois laborieux, d'autres fois, le crayon saisissait tout de suite le personnage. Quant à l'intimité, je l'ai pris comme une chance de pouvoir me montrer de façon authentique.

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Extrait de La maison de pain d'épice

KLI : Le dessin de La maison de pain d'épice a-t'il influé sur la composition du disque lui-même ou bien intervenant postérieurement aux événements, il n'avait pas de prise sur votre projet musical ? En clair, votre disque aurait-il été le même s'il n'y avait pas eu cette bande dessinée créée en parallèle

HM : La BD a influé un peu sur le disque, notamment les pages de couleurs qui se retrouvent dans le livret ou la typo des couvertures. J'ai travaillé le graphisme de la BD et du CD avec l'excellent Philippe Ghielmetti. La couverture du livre est directement inspirée par la photo du disque prise par Gaëlle, ma femme.

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Hors-texte de La maison de pain d'épice

KLI : Pourquoi diable le disque n'a t-il pas été proposé directement avec la bande dessinée ? C'est un peu dommage d'être passé à côté. On peut penser que tout lecteur normalement constitué de votre bande dessinée sera tenté d'écouter votre album. Inversement, en sera-t'il de même pour votre public musical ? Cela me semble moins évident.

HM : J'avoue que nous avons tenté de regrouper les deux objets, mais dès qu'on me parle de TVA et autres écueils réalistes, je ne maîtrise plus les données et je tenais surtout à ce que le public ne se voit pas imposé d'emblée l'achat des deux. Ce sont deux publics distincts. Libres à ceux que ça intéresse d'acheter le disque si la lecture du livre les y a incité.

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L'exposition lyonnaise de Cleet Boris

chez A. del Gallery

KLI : Vous exposez actuellement à Lyon ? Cette exposition sera t-elle rétrospective ou bien limitée à votre dernière bande dessinée ? Quel effet cela procure de voir ses planches et dessins sur les murs d'une galerie ? Un plaisir j'imagine différent de celui de s'exposer dans le cadre d'un concert ?

HM : C'est ma première expo, et elle entièrement consacrée à La maison de pain d'épice, on y verra les planches originales et des agrandissements en couleurs des couvertures de BD des années 60 que je pastiche dans l'album. "Quand on expose on s'expose" disait Cocteau je crois, mais il n'avait jamais donné de concert, car, là on s'expose vraiment !

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Hors-texte de La maison de pain d'épice

KLI : Etes-vous un amateur et collectionneur d'originaux de bande dessinée ? Si oui, qu'est-ce que cela vous apporte ? 

HM : J'adore m'offrir des originaux, c'est toujours très instructif et surtout hautement sentimental. Les derniers sont des dessins de Alex Toth, Jesse Marsh, Jijé, ou Maxime Roubinet, c'est très varié!

KLI : Outre la promotion de votre disque et de votre bande dessinée et votre expo lyonnaise, quels sont vos projets pour les prochains mois ? Concerts, tournée, dédicaces, farniente at home ou voyages lointains ?

HM : Je vais donner des concerts jusqu'à la fin de l'année, on commence au printemps, je fais aussi quelques dédicaces, les voyages lointains ce sera pour plus tard... 

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Quand Cleet fait la promo d'Hubert !

Liens :

- le site de A. del Gallery

- le myspace consacré à Hubert Mounier

- le site des éditions Dupuis

- A voir : Cleet Boris dans l'émission Un monde de bulles

- A écouter : Cleet Boris dans l'émission A plus d'un titre

Illustrations copyright Hubert Mounier - Cleet Boris & Dupuis.

21:06 Publié dans Boris C. | Lien permanent | Commentaires (1)

12/03/2011

LES PENSEES IMPROBABLES DE RAY B. ET TED B.

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Incroyable mais vrai ! Ray Banana, la créature de Ted Benoit, le héros mythique de Berceuse électrique et bien d'autres chefs d'oeuvre du renouveau de la ligne claire anime depuis quelques semaines un blog sur lequel il s'adonne à une passion pour la philosophie qu'on ne lui soupçonnait pas.

Intitulé Les pensées improbables de Ray Banana, cet espace est dédié "aux amis de la philosophie et du dessin bien expédié". Tout un programme !

Complémentaire de l'excellent Metropolis Journal consacré à l'oeuvre de Ted Benoit, ce nouveau blog réalisé par Ray Banana lui-même - enfin apparemment - est essentiellement destiné à nous présenter des inédits et à pré-publier de nouvelles histoires pas forcément ligne claire du moustachu à lunettes noires le plus célèbre de la bande dessinée.

Il ne nous en fallait pas plus pour sauter dans le premier avion pour Metropolis afin de vous proposer une interview exclusive du Clark Gable de notre néo-platonicien. Ray Banana s'est fort aimablement prêté à quelques questions bien indiscrètes de notre part, vautré dans son fauteuil club, une bouteille de lait à la main, avec à ses côtés son créateur pour l'assister dans ses réponses. Que du bonheur !

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Le Pascal des temps modernes

 

 

 

Klare Lijn International : Cher Ray Banana, vous voici dorénavant sur la blogosphère pour nous livrer vos improbables pensées. Quelle est votre ambition avec cette initiative ? Continuer à occuper l'espace médiatique dans l'attente de votre prochain récit au long cours ? Vous offrir de nouveaux modes d'expression, plus spontanés, graphiquement plus instinctifs, plus lâchés et finalement beaucoup moins contrôlés que l'extrême rigueur qu'impose la ligne claire ?

Ray Banana : L'espace médiatique... oui, un tout petit bout. Y aura-t-il un autre récit au long cours, je ne sais pas. Il y en a bien un en gestation - Rio de las animas - mais vu qu'en première page, je m'y retrouve déjà au purgatoire, je ne sais pas si j'ai envie de savoir où me mènera la suite. 

Quant à mon ambition c'est, comme pour n'importe quel philosophe, d'essayer d'éclairer un peu l'humanité, vous ne croyez pas ? Vous remarquerez que, si ces notes peuvent s'apparenter à de la vulgarisation, j'évite de prendre le lecteur pour un imbécile, et glisse volontairement des noms ou des concepts sur lesquels, je suis sûr, sa curiosité naturelle le poussera à chercher de plus amples informations.

La seconde partie de la question me semble s'adresser plus au dessinateur, qui vous dirait que oui, au mot près, c'est exactement ça.

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Sémantique du Martini

KLI : En quoi l'alimentation d'un blog affecte le mode de fonctionnement de votre créateur ? Avez-vous le sentiment que cela lui impose une fréquence de travail plus contrôlée pour pouvoir alimenter en temps et en heure votre espace internet ? Est-ce qu'il s'astreint à une discipline de fer pour tenir le ryhtme ?

Ray Banana ou plutôt Ted Benoit : Bon, cessons ce jeu de cache-cache. Je reprends la parole. Tant que ça ne reste qu'un blog, le rythme n'est défini que par ma propre exigence et le respect que j'ai des lecteurs. Surtout j'ai voulu retrouver la spontanéité et la liberté de ton qu'offrait la presse à l'époque où j'ai débuté. Mais le but est aussi de trouver une publication en presse (généraliste de préférence) et si ça se fait il faudra plus de dicipline. Je voulais faire une page des "Pensées" par semaine, et je n'y suis pour le moment qu'en  comptant les à côtés que j'y rajoute.

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Réfutation du dualisme

 

KLI : Quelle est votre méthode de travail ?

Ted Benoit : Je dessine ça au Bic orange sur papier lisse, avec un crayonné au crayon bleu pour ne pas avoir à gommer. Effectivement je dessine ça très vite une fois que j'arrive à m'y mettre. Mais je considère le temps passé à ne pas réussir à m'y mettre comme du travail aussi. Ce qui est long c'est la gestation et l'écriture. Compter plusieurs heures d'insomnie par page, à condition de ne pas fermer l'oeil avant d'avoir pris des notes, sinon il faut tout recommencer. 

KLI : Qu'est-ce que vous ressentez après quelques mois d'activité sur ce blog ?

Ted Benoit : Après ces trois-quatre mois, je me sens effectivement très libre. Dans les Pensées, Il y a des dessins ratés, tant pis, pour le moment je les laisse. Je ne sais pas ce que je vais faire demain, je ne sais pas si Ray Banana finira hegelien ou platonicien, taoïste ou marxiste. Il va où le vent le pousse. 

Bref, ça fait longtemps que je pense que j'aurais du faire avec lui ce que je faisais avec Bingo Bongo, quelque chose qui se rapproche du strip. J'aurais dû naître bien plus tôt, et faire Popeye.

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A ses débuts, Ray n'était pas ligne claire

KLI : Sinon, vous publiez chez Alain Beaulet un drole d'ouvrage Ray Banana, en ligne pas si claire. Pourriez-vous nous dévoiler les coulisses de ce recueil de travaux préparatoires ?

Ted Benoit : L'année passée, j'ai eu un problème de tuyauterie (la mienne, pas celle de la maison) qui m'a empêché quelque temps de dessiner, en tout cas au pinceau et avec la "rigueur" (c'est vous qui le dites) requise. En plus je me lassais de la ligne claire - je ne sais pas si je dois vous dire ça à vous. A part le plaisir de montrer l'énergie qu'il peut y avoir dans des crayonnés qui sont souvent des premiers jets, ça a été le début de mon travail actuel . J'ai dû écrire des légendes pour tous ces dessins, parce que je ne concevais pas le livre sans, et j'ai eu l'impression que les légendes faisaient de chaque dessin un gag. Bon, on ne s'écroule pas de rire, mais ça m'a permis de me remémorer qui était Ray Banana (quoi que je l'aie toujours su) et d'envisager du coup pour lui cette nouvelle carrière de philosophe en chambre.

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Un bien bel ouvrage chez Alain Beaulet

 

Pour suivre les nouvelles activités philosophiques de Ray Banana, une seule adresse :


Et pour prolonger votre surf sur internet, passez voir le blog de Madeleine DeMille, la coloriste préférée de Ray Banana et Ted Benoit : http://latraverseedescreatures.blogspot.com/
  
Illustrations copyright Ray Banana, Ted Benoit, Alain Beaulet Editeur et Madeleine DeMille.

07/03/2011

ANTONIO LAPONE EN ACCORDS SENSIBLES

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Avec Accords Sensibles, sa nouvelle bande dessinée avec Régis Hautière, Antonio Lapone signe l'un des albums incontournables de ce début d'année.

Une bande dessinée particulièrement attachante alliant finesse narrative et soin de la mise en scène, à lire mais aussi à relire en boucle pour en découvrir toutes les subtilités : la richesse d'un scénario et d'un découpage qui savent se faire oublier et une mise en images qui tout en étant très élégante ne cherche pas à épater la galerie et se veut utile à l'histoire et à la lisibilité du récit.

Derrière le Bruxelles de l'Expo 58 et l'atmosphère très jazzy qui constituent le cadre historique et l'ambiance sonore de l'album, Accords Sensibles nous plonge avant tout dans la psychologie de six personnages attachants, trois hommes et trois femmes, que la destinée va lier entre eux entre coups de foudre, chassés croisés amoureux, accès mélancoliques, occasions manquées, non-dits, faux semblants...

Finalement derrière la reconstitution d'une époque, le côté glamour et stylé des personnages qui leur conférent un vrai charisme, ce sont avant tout des sentiments qui s'expriment, les petites choses de la vie, les jeux de l'amour et du hasard, la difficulté d'être de tout individu...

A nos yeux, Accords Sensibles marque une étape importante dans la carrière de l'ami Antonio Lapone. On a le sentiment que ce récit, il l'avait en tête et le portait en lui depuis longtemps. Aussi nous n'avons pas manqué de le solliciter pour quelques questions. Nous vous laissons découvrir ses réponses bien évidemment éclairantes !

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Ex-libris pour Boulevard des Bulles

Klare Lijn International : Comment est né le projet Accords sensibles ? D'une proposition de scénario "clés en main" de Régis Hautière ? D'une demande de ta part d'un récit ancré dans le Bruxelles de l'expo 58 ? D'un projet éditorial de Frédéric Mangé ?

Antonio Lapone : Avant tout, mettons un peu de musique… Que dirais-tu de Flamenco Sketches de Miles Davis ? J'avais envie de changer de registre. Après l'aventure, j'avais envie de rentrer dans un univers plus humain, sans héros, sans savant fou, sans machine secrète pour détruire le monde ! J'étais en train de vivre un moment difficile et compliqué dans ma vie et j'ai pensé que l'aventure était dans la vie de tous les jours. J'étais séduit par Treize conversations environ une chose, un film dirigé par Jill Sprecher. J'avais envie de mettre sur papier les mêmes sensations : l'amour, la nostalgie, les regrets. J'ai proposé ces idées à Régis Hautière et je lui ai envoyé un dessin avec six personnages.

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Le tout premier dessin envoyé à Régis Hautière

En réalité, au début, nous avions pensé proposer le projet à Nocturne (BD Jazz), une histoire d'amour avec de la musique, une bande dessinée format à l'italienne avec un CD pour l'accompagner mais c'était difficile a vendre. Alors nous l'avons soumis à Frederic Mangé, directeur de Treize-etrange, chez Milan a l'epoque. Nous signons le contrat avec Milan et nous nous retrouvons peu de temps après chez Glénat. On était en 2008.

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Les premières images envoyées à Nocturne

KLI : Les choix sur la pagination, le format, le traitement de la couleur... ont-ils été tranchés rapidement entre vous ? Est-ce qu'il y a eu différentes approches ?

AL : La réalisation de l'album a été très difficile. Je travaillais entre l'Italie et la Belgique - pratiquement sur l'autoroute - et j'ai beaucoup retardé la sortie du livre à cause de mon déménagement. L'éditeur a été très compréhensif (merci Fred !). Avec Accords Sensibles, j'avais envie de créer un livre qui serait comme un court roman. Avec ma coloriste, nous avons décidé d'utiliser quatre couleurs pour différencier les quatre chapitres du livre. Je suis très content du résultat final.

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Planche définitive

Puis j'ai bien évidemment planché sur la mise en pages, les textures, la couverture… Je suis un graphiste avant d'être dessinateur de bande dessinée ! J'ai fait beaucoup de recherches… Je me suis plongé dans l'ambiance de l'Expo 58, ses pavillons "Atomiques", l'explosion du design moderne, les affiches publicitaires, la musique jazz...

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Projet de couverture

KLI : Est-ce que tu as influencé le scénario de Régis Hatière en l'orientant dans telle ou telle direction pour satisfaire tes envies de dessinateur ?

AL : J'ai beaucoup de liberté avec les scénarios de Régis. L'important est ne pas dénaturer l'histoire.

KLI : C'est un album plutôt bavard avec de nombreuses discussions entre personnages. Ce n'était pas trop dur à gérer ?

AL : Non, j'adore les scènes de dialogue. Cela me donne la possibilité de tourner autour de mes personnages comme un cinéaste avec sa camera. Je peux montrer des détails, une photo, une affiche… Cela me permet surtout de montrer la vraie psychologie des personnages.

 IMAGE_08.jpgEtude graphique pour Simon

KLI : Quelle a été ta base documentaire pour ce récit ? Photos, livres sur le Bruxelles de l'Expo 58, revues de design, films, disques, bandes dessinées, croquis, repérages...?

AL : Cela a surtout été de longues promenades dans Bruxelles. J'adore le square du Petit Sablon, un petit paradis où se déroule le drame sentimental, un carrefour d'émotions, d'amours, d'espoirs, de décisions… Tout cela dans le petit univers du square. C'est Régis qui m'a fait découvrir le lieu en m'envoyant des photos d'un voyage qu'il avait fait avec sa femme. Il m'avait d'ailleurs tout indiqué : l'immeuble où habitent Audrey et Gabrielle, l'endroit où se trouve la station de radio, l'emplacement du musée…

 

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Repérage photo de Régis Hautière

Je ne connaissais pas encore très bien la ville de Bruxelles. En plus de ces repérages, il y a évidemment les disques, la musique de Miles Davis, Chet Baker… Il y a aussi la série télé Mad men que j'adore ! Tout ceci, on peut le voir dans les pages du sketchbook à la fin du livre qui rassemble une grande partie de mes recherches. On peut également retrouver des travaux préparatoires, beaucoup de croquis dans le numéro 26 de L'Inédit qui vient d'être publié par la Grande Ourse. Petite pub pour mes amis belges !

IMAGE_12.jpg Croquis

KLI : Tu habites dorénavant en Belgique. Est-ce que cet album n'est pas pour toi finalement une déclaration d'amour à ce pays, son histoire, son apport à la bande dessinée ? Une forme d'entrée en "belgitude" ?

AL : Non, je ne pense pas. Je suis de Turin et Turin, c'est ma ville ! Elle reste dans mon coeur. Une ville pleine de mystères. Nostradamus, le Conte de Saint Germain, Nietzche, Don Bosco… ils ont vécu ou ils sont passés à Turin et ils ont laissé une forte empreinte.  Turin est une ville magique. Avec Prague et Lyon, elle forme un "triangle magique". Mais la belgique m'a bien accueilli… Je l'aime aussi !

KLI : Concernant les personnages, est-ce que tu les as trouvés rapidement ?

AL :  Je les avais quasiment en tête dès le départ. Ils ont un peu changé mais ils existaient déjà, surtout Audrey, Lester et Simon. Gordon, c'est un peu Chet Baker ! Pour Lester, le choix de son nom m'est venu de la chanson de Donald Fagen "The Nightfly", l'un de mes disques préférés : "I'm Lester the Nightfly, Hello Baton Rouge, Won't you turn your radio down…"

IMAGE_11.jpgPortrait de Lester

(repris dans le tirage luxe Boulevard des Bulles)

KLI : Est-ce qu'on aller jusqu'à dire que les différents personnages de Accords Sensibles représentent finalement différentes facettes de ta propre personnalité ? Dans quel personnage te projètes-tu le plus ?

AL : Simon ? Mais Gordon aussi… Disons un mélange des deux personnages. Mais finalement, même très différents, les deux personnages n'en sont pas moins très similaires.

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Gordon

KLI : Outre François Avril, invité d'honneur de ton album, tu convoques au détour de certaines cases Freddy Lombard, Phil Perfect, Cappiello... En quoi, ces allusions aux dessinateurs que tu admires sont importantes pour toi ? La nécessité de se raccrocher à une famille graphique et d'exprimer ta reconnaissance à ces influences marquantes ?

AL : Hum… C'est mon petit univers ! Partager une page avec Francois Avril était vraiment important pour moi. De la journée parisienne passée chez lui, je me souviens de sa splendide simplicité, de ses dessins partout autour de nous, d'une illustration magnifique de son épouse Dominique Corbasson représentant des nudiste bronzés qui prennent le soleil sur la plage avec les fesses blanches… et d'un apéro avec vin rouge, fromage et saucisson !

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La contribution graphique de François Avril

Mais Accords sensibles,ce n'est pas seulement un livre de références, il s'agit d'une petite histoire d'amour, d'une journée mélancolique pleine d'occasions manquées et de rendez-vous ratés, des moments que, je pense, nous avons tous vécus.

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Etude préparatoire

KLI : On peut avoir le sentiment que Accords sensibles marque un tournant dans ta jeune carrière. Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu souhaites dorénavant tourner le dos à l'aventure qui caractérisait les albums ADA pour aller vers plus de profondeur et un registre plus psychologique ?

AL : J'avais besoin de me libérer un petit peu, de me laisser aller sans utiliser l'encrage, sans abuser de la couleur… Mais pour le prochain livre, un diptyque de 46 pages par album précisément, je reviendrai au style atome ! Il s'agira d'une histoire rétro-futurististe toujours écrite par Régis. Mais je ne peux pas en dire plus… Rendez-vous sur mon blog !

KLI : Nous avons déjà hâte d'en savoir plus !

Liens utiles :

 

- Le blog de Lapone - http://laponeart.blogspot.com/ - qui constitue une vraie mine d'or !

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- Le site de la librairie Boulevard de Bulles qui édite le tirage de luxe de Accords sensibles avec un carnet spécial reprenant notamment de beaux dessins d'Antonio Lapone autour de ses personnages :

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- Couverture Inédite
- Format:15X24cm
-Dos toilé noir
-12 pages de croquis
-1 ex-libris
-200 exemplaires
-PVP:69€

- L'Inédit n°26 édité par l'ASBL La Grande Ourse :

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- le site Treize étrange / Glénat qui propose plusieurs planches de l'album, des fonds d'écran, un papier en-tête...

 

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Illustrations copyright Lapone-Hautière & Avril, Treize Etrange Glénat, La Grande Ourse et Boulevard des Bulles

 

 

18:28 Publié dans Lapone | Lien permanent | Commentaires (0)