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09/07/2010

ECHANGES AVEC VITTORIO GIARDINO

Giardino Max Fridman.JPG

Après notre récent entretien avec Antonio Lapone, nous sommes très heureux de vous proposer un court échange avec Vittorio Giardino, autre auteur italien particulièrement marqué par l'école franco-belge. La confrontation des styles respectifs de ces deux dessinateurs transalpins se révèle d'ailleurs fort intéressante car elle montre bien toute l'amplitude et la diversité de la ligne claire. Autant Lapone flirte résolument avec le style atome et son approche design, autant Giardino tend vers une ligne claire réaliste traversée d'intentions graphiques plus obscures.  

Il est vrai que le trait de Giardino sert le plus souvent des récits policiers (Sam Pezzo), d'espionnage (Max Fridman) ou politiques (Jonas Fink) qui s'accommodent mal de second degré ou de dérision. Ce qui ne l'empêche cependant pas de créer des histoires plus légères et coquines avec la même exigence graphique (Little Ego ou Eva Miranda) et un talent certain dans la représentation de la féminité. La précision, le raffinement, la délicatesse pour ne pas dire la sensualité du trait de Giardino lui valent d'ailleurs d'être un illustrateur pour la presse, la publicité, l'affiche et la belle image.

Brève rencontre avec la ligne claire à la fois réaliste, classique et élégante de Vittorio Giardino.

Giardino Max Fridman Cairo.jpg
Max Fridman - Couverture pour la revue Cairo

Klare Lijn International : On dit souvent que vous êtes le plus belge des auteurs de bande dessinée italiens en vous classant parmi les héritiers d'Hergé. Est-ce que vous vous sentez proche de l'auteur de Tintin et du courant dit de la ligne claire avec des dessinateurs comme Swarte, Ted Benoit, Floc'h, Chaland, Juillard... ?

Vittorio Giardino : Certainement. Mais pas seulement d'eux. Je me sens proche aussi par exemple de Prado, Moebius, Tardi, Manara, Boucq...

KLI : Comment en êtes-vous arrivé à ce style réaliste et épuré ? Quels artistes ont été déterminants dans votre évolution graphique ? Quelles sont vos principales influences picturales en bande dessinée mais aussi en peinture, illustration, photographie... ?

VG : De manière tout à fait naturelle. Je dessine depuis que j'en ai le souvenir et j'ai toujours agi avec spontanéité. Donc on peut dire que mon style, même avec toutes les influences que j'ai eues et que je continue à avoir, est né tout seul. La liste des artistes qui m'ont influencé est très longue, de Paolo Uccello à Picasso, de Carl Barks à Hugo Pratt, de Hokusai à Dudovitch.

Giardino serigraphie Jonas Fink.jpg
Jonas Fink - Valse sur le pont de Prague
Sérigraphie pour Champaka

KLI : Pourquoi le choix du réalisme pour votre dessin ? Pourquoi vous interdisez-vous une forme d'approximation ou de simplification du réel ? Par exemple, pourquoi les yeux de vos personnages sont de vrais yeux et pas des points comme chez Hergé ?

VG : Comme je l'ai déjà dit, mon dessin est spontané et déterminé par les exigences expressives de l'histoire que je raconte. Dans mes bandes dessinées, c'est le dessin qui doit servir l'histoire et pas l'inverse. Donc les yeux sont dessinés comme ça pour rendre de manière plus efficace les émotions des personnages.

KLI : En quoi la base photographique vous est utile ? Comment parvenez-vous à vous en détacher pour imprimer votre patte d'artiste ?

VG : Concernant mon rapport avec la photographie, j'ai d'abord en tête l'image que je veux dessiner, ensuite je cherche éventuellement une photo qui me sert comme documentation. Mais je ne trouve jamais une photo à «copier» parce que le point de vue, le plan sont toujours différents des miens. Donc je me sers des photos pour connaître comment sont ou étaient lieux ou objets, mais je les dessine ensuite comme je veux, c'est-à-dire comme je pense qu'ils servent l'histoire.

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Little Ego

KLI : Qu'il s'agisse de vos bandes dessinées ou de vos illustrations, on sent une exigence esthétique forte et une recherche d'élégance dans votre approche graphique. D'où tenez-vous cet idéal de beauté qui impreigne vos travaux y compris pour les séquences les plus noires voire violentes de vos récits ?

VG : Merci pour vos compliments.  En vérité je ne saurais répondre. Je pense qu'une image est belle quand elle exprime bien l'idée et l'émotion que j'avais en tête. Et puis, c'est vrai, il y a quelque chose de plus, un certain équilibre entre les masses, un certain rythme dans les lignes, enfin un aspect de la composition qui, à résultat narratif égal, rend une image plus ou moins belle. Tant que de mon point de vue cela n'est pas atteint, je ne suis pas satisfait. Quand finalement je me dis « comme cela, ça va », j'éprouve un étrange sens de plaisir. Ce qui est dommage, c'est qu'il peut m'arriver de regarder ces mêmes images quelques mois plus tard et de ne plus les trouver si réussies. 

KLI : Vous signez des illustrations pour la presse, des affiches, des sérigraphies... Quel plaisir éprouvez-vous dans ces créations d'images isolées ? Vous sentez-vous autant illustrateur que dessinateur de bande dessinée ?

VG : C'est un défi très différent des bandes dessinées. Les illustrations doivent donner une idée et une émotion avec une seule image. Il faut beaucoup d'intelligence (pour trouver une bonne idée) et beaucoup de synthèse (parce que l'image doit être claire). Pour ces raisons je suis sûrement moins calé comme illustrateur que comme auteur de bande dessinée. J'aime me mesurer aussi avec ce genre de travail, mais je ne pourrais jamais renoncer à raconter des histoires.

Giardino M. Hulot et l'Atomium.jpg
L'Atomium et M. Hulot
Sérigraphie pour Champaka

KLI : Votre trait, même s'il évolue légèrement au fil des ans, reste d'une grande constance. Est-ce que cette permanence implique une discipline de dessinateur ? Faites-vous des "gammes" ? Est-ce qu'il vous arrive, à titre personnel, de développer d'autres styles ? Est-il concevable de vous voir un jour publier une bande dessinée avec un dessin différent de celui qui fait votre renommée ?

VG : Je le répète, je suis très instinctif  quand je dessine. Mais ce que vous appelez mon style dépend aussi des instruments que j'utilise. Jusqu'à aujourd'hui toutes mes BD ont été exécutées avec une plume et de l'encre. Mais, avant de me consacrer à la BD, j'ai fait des gravures, j'ai peint et j'ai dessiné avec beaucoup d'instruments divers. Les résultats sont évidemment différents, même si la main est toujours la mienne. Donc on peut dire que, dans un certain sens, j'ai différents «styles», même si jusque à présent je ne me suis servi que d'un seul. Si un jour prochain je faisais une histoire d'un genre différent, comme je l'espère, je me servirais aussi d'un style graphique différent.

KLI : Quels sont vos projets en cours ?

VG : Je suis au travail sur le dernier Jonas Fink. Hélas, comme j'ai continuellement autre chose à faire, le travail avance plus lentement que je ne le souhaiterais.

 
Pour plus d'informations, le site internet de l'auteur : www.vittoriogiardino.com

Illustrations copypright Giardino, Casterman, Champaka, Glénat et Norma.

 

13:02 Publié dans Giardino | Lien permanent | Commentaires (0)

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