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27/03/2010

CHAMPAKA EN SA GALERIE

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On connaissait et on appréciait la maison d'édition Champaka pour ses belles réalisations. On peut désormais visiter la Galerie Champaka qui vient d'ouvrir ses portes dans le quartier du Sablon à Bruxelles.

Si la première exposition initulée Nouveaux Rouges est consacrée à Bernar Yslaire, l'auteur de Sambre ou du Ciel au-dessus du Louvre, un créateur bien éloigné de la ligne claire, on peut compter sur Eric Verhoest, le maître des lieux, pour nous gratifier de belles expositions consacrées à notre style préféré.

D'ailleurs, François Avril, Yves Chaland et Ever Meulen figurent déjà au programme des réjouissances de l'année 2010.

Pour plus d'informations : www.galeriechampaka.com

08/03/2010

ECHANGES AVEC CHRIS WARE

 
 
 
 
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Chris Ware - Autoportrait

C'est avec un plaisir non dissimulé que nous vous proposons un court entretien avec Chris Ware. Centré sur ses rapports avec la ligne claire, ce modeste échange apporte quelques éclairages utiles sur ses relations avec Hergé et Joost Swarte et sur son approche du medium et du dessin. Nous espérons qu'il vous donnera l'envie de découvrir ou redécouvrir son oeuvre magistrale.  

A ce titre, si ce n'est déjà fait, nous ne pouvons que vous inviter à vous procurer d'urgence la monographie Chris Ware, la bande dessinée réinventée que viennent de publier Benoît Peeters et Jacques Samson aux Impressions Nouvelles. Ce beau livre richement illustré vous donnera un large aperçu de l'oeuvre foisonnante du prodige américain au travers d'une bio-bibliographie, d'un long entretien, de textes de Chris Ware lui-même sur la bande dessinée et d'analyses pertinentes de ses nombreuses créations. Un ouvrage essentiel sur un artiste exceptionnel.  

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Par ailleurs, nous ne saurions que vous trop vous conseiller la découverte en version originale de la revue Acme Novelty Library que Chris Ware propose quasiment chaque année à ses lecteurs. En effet, c'est dans le cadre de cette publication au format et à la pagination chaque fois différente qu'il développe ses nouveaux projets au long cours, à savoir Rusty Brown et Building Stories, qui ne rejoindront certainement pas avant plusieurs années ses autres chefs d'oeuvre déjà publiés en français (Quimby the mouse à L'Association, Jimmy Corrigan et le Red Acme Novelty chez Delcourt).  

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Nous remercions bien évidemment Chris Ware pour nous avoir accordé de son temps ainsi que Jacques Samson pour son aide précieuse dans la traduction des réponses de l'artiste (que nous vous proposons également en version originale).  

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Klare Lijn International : Dans son ouvrage La bande dessinée, son histoire et ses maîtres, Thierry Groensteen, spécialiste de la bande dessinée, vous classe parmi les artistes de la ligne claire. Qu'en pensez-vous ?

Chris Ware : Mon Dieu, j'ai sans doute pu être perçu de cette façon, mais je ne me suis jamais considéré comme adhérent à tel ou tel style. Les artistes auxquels je pensais le plus lorsque j'ai commencé à créer dans mon style «délibérément obsolète», au début des années 1990, étaient Ernie Bushmiller, Charles Burns, Ray Gotto, Hergé, Hokusai et Joost Swarte. J'essayais de trouver une manière d'aborder visuellement la bande dessinée qui avait plus à voir avec la typographie qu'avec le dessin (ou, pire encore, l'illustration). En fait, j'en étais venu à penser que les bandes dessinées pourraient être une sorte d'approximation de la manière dont nous nous souvenons du monde, dont nous le classons et le perçevons (et, concomitamment, le refaisons), plutôt que d'être une approche consistant simplement à montrer ce qui se passe. Mais j'étais alors en Ecole d'Art, et je suppose que je pouvais m'autoriser une forme de pédantisme.

KLI : Quelles sont vos relations avec l'oeuvre d'Hergé ? Quand avez-vous découvert Tintin ? Est-ce que le travail d'Hergé a eu une influence sur vous ou pas du tout ?

CW : Je ne suis pas aussi amateur que Charles Burns, par exemple. Quand j'étais enfant, je me souviens avoir vu Tintin dans le magazine américain pour la jeunesse Cricket, et, pour être honnête, j'ai toujours trouvé cette bande dessinée vaguement effrayante et efféminée (ce qui est assez ironique au vu de la quasi-absence de personnages féminins). Elle me semblait aussi présentée comme quelque chose qui était «bon pour moi» comme des céréales non sucrées au petit-déjeuner, ce qui m'a conduit à l'éviter et à lui préférer le genre un peu voyou des comics de superhéros qui, depuis, ont connu une grave métastase jusqu'à envahir la culture américaine grand public. Mon attrait pour l'oeuvre d'Hergé a donc été presque entièrement professionnel et littéraire. Par conséquent, je n'ai pas la moindre nostalgie enfantine pour Tintin, ce qui est peut-être inhabituel. Cependant, l'adulte que je suis peut apprécier et admirer la clarté «démocratique» qu'Hergé insufflait à ses histoires et à sa narration - ce qui est je pense l'essence de son charme - sans parler de son sens magistral de la couleur et de la composition.

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Jimmy Corrigan - Extrait

KLI : Quels sont les autres artistes ligne claire que vous appréciez ? Chaland, Swarte, Clerc, Torres, Floc'h... ?

CW : Joost Swarte est l'un de mes artistes préférés. Lycéen, j'ai découvert son travail dans le magazine Raw, et l'estime que je lui porte n'a fait que croître au fil des ans. Je crains de ne pouvoir parler avec autorité de la plupart des autres artistes que vous citez. Cependant, j'incluerais volontiers Ever Meulen dans ma liste de préférences. Certains créateurs catalogués «ligne claire» me semblent moins intéressés par l'idéal de clarté presque orientale que j'associe à Hergé et Swarte qu'à une forme d'attirance pour le dynamisme du design graphique et de l'illustration de l'Amérique des années 1950, lorsque le monde semblait réceptif à l'apport américain dans presque tous les domaines, du culturel au politique en passant par l'industriel. Pour moi, les travaux de Swarte relèvent moins d'un style que d'une façon de comprendre et d'ordonner le monde.

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Carnets de croquis - Extrait

KLI : Vous pratiquez un style très réaliste dans vos carnets de croquis. Mais vous ne l'utilisez pas dans vos bandes dessinées. Vous préférez un style ligne claire. Pourquoi ?

CW : Au risque de paraître prétentieux, la différence fondamentale entre le dessin et la bande dessinée, c'est que les dessins sont faits pour être vus et que la bande dessinée est destinée à être lue. La lecture et la vision sont des activités liées bien que différentes. Tout le monde sait ce qu'est la vision - et la plupart d'entre nous depuis notre naissance - mais la lecture, même si elle utilise la vue, est une chose complètement différente. En tant que processus, elle occulte partiellement quantité d'informations que nous voyons. En fait, par définition, cela est nécessaire parce que c'est entièrement fondé sur la réduction de la réalité en structures et en concepts communs et répétés. La bande dessinée tente cependant de jouer sur les deux tableaux. Quand on lit une bande dessinée, les yeux sont maintenus semiouverts ; l'oeil lit toujours mais aussi, assez étonnamment, observe. Alors, si la bande dessinée est bien construite, cela peut aboutir à ce que des images lues et vues semblent prendre vie sur la page. Les personnages, par leurs gestes, leurs mouvements, leur rythme, peuvent paraître aussi réels qu'une personne physique se tenant face à nous. Pourtant, plus il y a de détails dans le dessin, moins on va avoir tendance à lire plutôt qu'à regarder. Si on regarde trop, cela cesse d'être une bande dessinée. Pour moi, la bande dessinée ne cherche pas à représenter comment sont les choses dans la réalité, mais comment elles sont vécues ou mémorisées. Ceci pourrait également être considéré comme l'essence de ce que vous nommez le style « ligne claire » même si je préférerais ne pas parler de style mais plutôt de philosophie ou, à tout le moins, d'approche.

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Building stories - Extrait

KLI : Faites-vous des efforts pour dessiner de manière aussi nette ou cela vient-il naturellement ? Comme Hergé, procédez-vous à de nombreux croquis pour trouver le trait le plus juste et le plus expressif ?

CW : Tout cela est très délibéré. Dans les années 1980, j'avais l'habitude de dessiner plutôt brouillon et directement à l'encre sur la planche, mais, au début des années 1990, j'ai évolué vers une manière de faire plus réfléchie et structurée que j'ai plus ou moins conservée depuis, même si je m'en écarte occasionnellement pour indiquer différents états de conscience ou des sensations. Je pense que je suis essentiellement un écrivain et non un artiste. Comme je l'ai déjà mentionné, je considère que les bandes dessinées sont une sorte d'écriture avec des images et j'ai délibérément adapté l'approche technique de la typographie au dessin, avec le résultat de ce que vous pourriez interpréter comme de la «ligne claire». En même temps, il y a une humanité évidente dans cette vieille typo et cette façon ancienne de faire le lettrage qui n'est tout simplement pas là dans les polices des ordinateurs d'aujourd'hui. D'ailleurs, je ne considère pas mon graphisme de bande dessinée comme du vrai dessin. C'est une sorte de typographie symbolique. Je veux que l'émotion provienne de l'histoire, non du trait (un peu comme un compositeur pourrait souhaiter que l'émotion ressentie grâce à une musique soit contenue dans la pièce elle-même et non dans son interprétation), en présentant tout cela de la manière la plus claire possible, puisque c'est ainsi que notre esprit nous amène à croire que nous percevons.

KLI : Etes-vous d'accord pour reconnaître que votre travail sur la couleur est aussi en lien avec l'approche d'Hergé et E-P. Jacobs ?

CW : Oui, je dirais que le travail d'Hergé sur la couleur, absolument magnifique et incomparable, est ma part préférée de son art. Ses parfaites compositions de page guidées par la règle, simple mais très efficace, de ne conserver pour les arrièreplans que des couleurs secondaires et non-saturées, tandis que les personnages et les éléments clés du décor sont rehaussés au moyen de teintes primaires, voilà ce que j'ai intégré sans réserve à mon travail et que je continue à faire aujourd'hui encore. Cette manière de faire reflète aussi, je crois, la façon dont nous percevons le monde, en tant qu'adultes, c'est-à-dire comme un lavis de couleurs (peintes) sur lequel des contours (au trait noir) découpent, en surimpression, les schémas mentaux de nos idées et souvenirs. Bien que cette superposition reproduise et déforme en même temps la réalité, j'ai essayé d'y avoir recours dans mes propres bandes dessinées pour évoquer un énoncé auquel on ne pourrait entièrement se fier. (Le livre rouge de l'ACME Novelty Library prend entièrement ce sujet comme thème, depuis la création des images dans les étoiles, des visages sur la Lune, jusqu'à imaginer que nous sommes amoureux d'autres personnes alors que nous pourrions ne pas l'être).

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Rusty Brown - Extrait

KLI  : A l'inverse d'Hergé, vos bandes dessinée nécessitent un gros effort de la part du lecteur pour comprendre ce qui se passe. Il y a une sorte de complexité dans vos récits et dans vos mises en page. Pensez-vous que vous pourrez créer un jour prochain une bande dessinée plus classique, plus simple et d'accès plus facile pour un plus large public ?

CW : Oh là là ! Il me semble avoir essayé de créer des bandes dessinées aussi claires et compréhensibles que possible, sans volonté de désorienter. S'il y a quelque désorientation ou confusion que ce soit, elle ne devrait résider que dans la progression de l'histoire ou dans la compréhension que se font les personnages de l'histoire, et non dans la mise en forme en tant que telle. Je pense qu'il pourrait être (espérons-le) plus ou moins approprié de dire que Hergé écrivait surtout pour les enfants alors que j'écris essentiellement pour les adultes. Et bien que je me résolve occasionnellement à placer simplement des bulles au-dessus de la tête des personnages, je trouve que cela est quelque peu limitatif et ne donne qu'une représentation fausse des combinaisons fortement stratifiées, compliquées et sans fin au moyen desquelles les hommes parviennent à comprendre et à déformer le monde. Je pense que la bande dessinée, en tant que langage visuel, commence à peine à permettre la compréhension de cette distorsion et de cette complexité.

Pour en savoir plus :

- La présentation de l'ouvrage de Benoît Peeters et Jacques Samson sur le site des Impressions Nouvelles

- Un entretien de Jacques Samson à Didier Pasamonik sur Actuabd

- Un entretien audio de Benoît Peeters dans l'émission Mauvais Genres du 6 mars 2010

- Un espace consacré à Chris Ware sur le site Neuvième Art

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Chris Ware - Self-portrait

Klare Lijn International : In his last book about the collection of the Angoulême comic museum, Thierry GROENSTEEN, well known analyst of comic art, says you are a clear line artist. Do you think so ?

Chris Ware : Jeez, well, I guess I maybe could be thought of that way, though I never really considered myself an adherent of any style. The artists about whom I was thinking most when I started writing-drawing in my "deliberately dead" way in the early 1990s were Ernie Bushmiller, Charles Burns, Ray Gotto, Hergé, Hokusai and Joost Swarte. I was trying to find a way of approaching comics visually in a manner that had more to do with typography than drawing (or, worse, than illustration). I'd come to think comics might actually be a way of approximating the way we remember, classify and see (and, concomitantly, remake) the world rather than just be a way of showing things happening. Then again, I was in art school, so I guess I can be permitted a little pedantry.

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Quimby the mouse - Extract

KLI : What are your relations with Hergé's creations ? A big influence or not on you artwork ? I know Tintin never had success in USA. When did you discover Tintin ? Do you like it ?

CW : Not to the degree that, say, Charles Burns loved them. I remember seeing Tintin in an American children's magazine called Cricket as a kid and, to be honest, I always found the strips to be vaguely creepy and effeminate (which is ironic, given their lack of female characters.) They also seemed to be presented as something that was "good for me," like un-sugared breakfast cereal, and so I avoided them, instead seeking out the thuggish superhero comics which have since metastasized and essentially taken over American mainstream culture. My attraction to Hergé's work has thus been almost entirely professional and literary, which maybe isunusual, as I have absolutely no childhood nostalgia for him. As an adult, however, I can appreciate and admire the democratic clarity with which he infused his stories and storytelling - which I think is really the core of his appeal - to say nothing of his masterful color and compostion.

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Jimmy Corrigan - Extract

KLI : Who are the other clear line's artists you appreciate ? Chaland, Swarte, Clerc, Torres, Floc'h...?

CW : Joost Swarte is one of my favorite artists in the world. I first discovered his work in issues of Raw when I was in high school and that esteem has only grown over the years. Im afraid that I can't speak with authority of many of the other artists you mention (though I'd include Ever Meulen in my list of preferences) - some artists whom I've heard referred to as "clear line" seem to me to be maybe less interested in getting at the sort of idealistic, almost Eastern clarity that I associate with the Hergé and Joost than at a sort of stylized approximation of the snappy illustration and graphic design of the American 1950s and 1960s, when the world seemed bountiful and receptive to the idea of the United States plundering it in almost every regard, from the cultural to the political to the industrial. Joost's work, to me, seems to be the least about "style" and the most about understanding and ordering the world.

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Rusty Brown - Extract
 
 

KLI : In your sketchbooks, you draw in a very realistic style. But you don't use this kind of graphism in your comics. You prefer clear line style. Why ?

CW : At the risk of sounding pretentious, the fundamental difference between drawing and cartooning is that drawings are meant to be seen, and comics are meant to be read. Reading and seeing are related, though different, activites. Everybody knows what seeing is most of us do it from the day we're born -- but reading, though it employs seeing, is an altogether different thing. As a process, it partially shuts down the amount of information that we see; in fact, by definition, it has to, as it's entirely predicated on the reduction of reality into common repeated concepts and structures. Comics, however, try to have it both ways. When reading comics, the eyes are kept half-open - one is still reading, but also, somewhat amazingly, looking. Thus, comics operate both as read and seen images, and, if handled well, can almost seem to come alive on the page before the eyes. The characters, through their gesture, movements, and rhythm, should seem as real as a person standing in front of you. Yet the more detail in the drawing, the less reading, and more looking, goes on. Too much looking, and it ceases to be a comic strip. To me, comics don't present how something actually looks, but how it is experienced, or is remembered. This might also be considered the essence of what you're calling the "clear line style" - though I wouldn't call it a style, but more of a philoshophy, or at least an approach.

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Cinefamily - Artwork for a magazine

KLI : Do you make efforts to draw in a clear line style or does it come naturally ? Is your graphic technic the same of HERGE's technic : many sketches to find the just and the right line ?

CW : It's all very deliberate. I used to draw rather messily and directly in ink on my bristol board in the 1980s but shifted to a more considered and composed way of working in the early 1990s which I've more or less stuck with since, though I do deviate occasionally to indicate differing states of consciousness or sensations. I guess I'm essentially a writer and not an artist; as I mention above, I believe comics are a sort of writing with pictures, and I've deliberately adapted the technical approach of typography to drawing, the result of which you might interpret as "clear line." At the same time, there's a humanity evident in this old type and lettering that simply isn't there in today's computer-set fonts. Besides, I don't consider my cartooning to be real drawing -- it's a sort of symbolic typography. I want the emotion to be in the story, not in the line (just as a composer might hope to have the emotion of a piece of music written into the piece itself and not in the performance) with everything to be presented with as much clarity as possible, since that's how our minds lead us to believe how we see.

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Rusty Brown - Extract

KLI : Do you agree if I tell your work on the color is also in connexion with the color standards created by Hergé and E-P. Jacobs ?

CW : Yes, I'd say that Hergé's absolutely beautiful and unmatched color work is my favorite aspect of his art; the perfect page compositions operating under the simple but very effective rule of keeping backgrounds unsaturated and secondary while highlighting characters and important elements with high-keyed primaries is something I wholeheartedly stole and continue to do to this day. It also, I believe, reflects the way we, as adults, see the world; i.e. as a wash of (painted) color and shapes with the (black line ink) mental templates of our ideas and memories superimposed over them. This superimposition both clarifies and misrepresents reality, however, which is something I've tried to play up in my own comics as something of an unreliable narration. (The red ACME Novelty Library book takes this topic as its entire theme, from the creation of the images in the stars, faces on the moon, and imagining that we're in love with other people when we really may not be.)

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Artwork for The New Yorker
 

KLI : As the opposite of HERGE, your comics need a big effort of reading to understand what happen. There's a kind a complexity in your storytelling and your organisation of the pages. Do you think your could one day, in the future, create a comic more classic, more simple and easily accessible by a big audience ?

CW : Wow, well, I've tried to make my comics as understandable and clear as possible, not disorienting. If there's any disorientation or confusion, it should only be in the progress of the story, or in the character's understanding of the story - not in the cartooning itself. I think it might be (hopefully) more or less fair to say that Hergé was primarily writing for children and I'm primarily writing for adults, and while I certainly occasionally resort to simply putting balloons over character's heads, I find it a somehwat limiting and untrue representation of the complicated and endlessly multi-layered manner by which humans understand and distort the world. I think comics, as a visual language, are only just beginning to allow for an understanding of that distortion and complexity.

Illustrations copyright Chris Ware & Fantagraphics, Drawn&Quarterly, Oggenblik, New Yorker, Cinefamily, Les Impressions Nouvelles

22:58 Publié dans Ware C. | Lien permanent | Commentaires (3)