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14/12/2009

ENTRETIEN AVEC FLOC'H ou THE ULTIMATE INTERVIEW

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Floc'h - Autoportrait

A l'occasion de la parution de Black Out, dernier volet de la trilogie du Blitz chez Dargaud, Floc'h m'a fait l'immense plaisir de m'accorder de son temps pour un entretien consacré non seulement à ce dernier ouvrage, régal d'understatement plein d'humour, de clins d'oeil et de mises en abyme mais aussi à l'ensemble de son parcours créatif.

Pour l'amateur de ligne claire, interviewer Floc'h, c'est comme pour un alpiniste, s'attaquer à un haut sommet. L'homme et l'oeuvre ont de quoi imposer le respect. En effet, avec ou sans ses complices préférés, Rivière ou Fromental, Floc'h a créé des oeuvres majeures de la bande dessinée au premier rang desquelles, le Rendez-vous de Sevenoaks, l'une des pierres angulaires du renouveau de la ligne claire dans la deuxième moitié des années 1970, un modèle de narration renouvelée et d'inventivité dans la continuité du style hergéen. Suivront d'autres albums essentiels comme A la Recherche de Sir Malcolm, Blitz, Jamais deux sans trois...

Plus encore qu'aucun autre artiste, Floc'h s'est toujours refusé à suivre les codes de la bande dessinée et à s'y laisser enfermé. Au contraire, il s'est employé avec talent à faire sortir son dessin ligne claire des limites imposées par les cases et les planches pour investir les univers parallèles de l'illustration au travers de portfolios mémorables, de couvertures de livres, de magazines, d'affiches de films mais aussi du portrait et de la peinture.

Floc'h a a eu une grande importance sur mon parcours personnel. En découvrant ses travaux, au début des années 1980, l'adolescent que j'étais a pris la mesure de l'étendue des possibilités ouvertes par la bande dessinée, l'illustration et l'Art en général. Floc'h est l'artiste qui a enraciné en moi la ligne claire. Il m'a donné le goût du beau dessin et du juste trait. Plus encore, Floc'h m'a ouvert à d'autres formes artistiques. Ses ouvrages comme Life ou High Life m'ont permis d'entrer en contact avec des artistes que je ne connaissais pas ou peu et de me cultiver avec plaisir.

Autant dire que c'est plus qu'intimidé que je me suis mis en rapport avec l'artiste. Floc'h a eu vite fait de me mettre en confiance par sa gentillesse, son esprit pétillant et son sens de l'humour. De fil en aiguille, notre échange initialement consacré à Black Out s'est enrichi de questions sur son approche de la bande dessinée, son parcours d'artiste, ses inclinations anglophiles... et bien d'autres sujets.

Je vous laisse découvrir cette interview que l'artiste considère comme son "ultimate one".

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Klare Lijn International : Vous nous revenez avec Black Out, le dernier volet du Blitz cosigné avec François Rivière. Comment s’est déroulée cette nouvelle collaboration ?

Floc’h : Le milieu étriqué de la bande dessinée ne peut pas se faire à une autre idée que celle de : scénariste Rivière et dessinateur Floc’h. Bien qu'il soit mentionné dans nos livres en page de titre que le scénario est de Floc’h et Rivière, les gens n’y entendent toujours rien et ne comprennent pas que nous sommes les deux auteurs de nos bandes dessinées. Je revendique ce statut d’auteur même si je n’ai en aucun cas la prétention d’être une plume. Quelque chose qu’est éminemment Rivière. Et comment pourrait-il en être autrement car le dessin n’est pas une chose suffisante pour moi. Je ne suis pas de ces auteurs qui alignent sans fin des vignettes. Je deviendrais idiot en travaillant comme cela. Je ne me considère d’ailleurs pas comme un dessinateur. Je dessine facilement mais franchement ce n’est pas un but dans la vie. C’est un but quand vous créez une couverture du New Yorker qui à elle seule est une histoire. C'est la même chose pour une illustration, pour une sérigraphie ou un portfolio. Là on peut vraiment dire que vous êtes un auteur en dessin. Vous savez, pour écrire un scénario et des dialogues, il n’y a pas besoin d’être une plume. A chacune de nos séances de travail, nous entremêlons nos idées et nos mots de telle façon qu’il est difficile, voir impossible, de savoir qui a écrit quoi. C’est comme un jeu de ping-pong verbal, chacun renvoyant une idée, une réplique à celles de l’autre. Dans cet album, après avoir eu l’idée d’écrire des Nouvelles signées Olivia Sturgess et choisi avec François leurs thèmes, celui-ci a pu exercer son talent d’écrivain au même titre que dans A la recherche de Sir Malcolm je m’offrais plusieurs pleines pages de dessins.

KLI : De toutes vos bandes dessinées, quelle est celle qui porte le plus votre style d’auteur ?

F : C’est indéniablement dans Olivia Sturgess (1914-2004) que vous me trouverez le plus. J’ai mis beaucoup de mon questionnement personnel dans cette bande dessinée. Est-ce qu’un artiste, habité par le besoin de créer pour transcender sa vie, doit consacrer son existence à son art ou l’art n’est-il qu’un épiphénomène de la vie ? Je laisse à Olivia le soin de donner ma réponse à cette question et c’est la vie qu’elle choisit. Elle abandonne au détour des années soixante cette quasi-ordination dévorante (à la Virginia Woolf) pour une vie heureuse, simple et bonne pour la santé ! De plus, le rythme de narration non dramatique, non bande-dessinée, presque clinique, c’est ce que j’aime. Je suis un formaliste quasi-dogmatique. J’ai besoin d’un schéma presque géométrique (carré, rond, symétrie, assymétrie, etc) que vous trouvez aussi dans Underground. C’est le choix d’un peintre. D’ailleurs Burroughs expliquait que son fameux cut-up du Festin nu était l’idée de son ami peintre Gysin. Si je n’ai pas une forme narrative audacieuse, je m’ennuie. Et pourtant, j’aime l’émotion, la psychologie, mais pas frontalement.

Couverture Olivia Sturgess TT.jpg

KLI : Qu’est-ce qui a fait que vous suiviez la voie de la ligne claire ?

F : Je n’ai suivi cette voie que parce que c’est naturellement la mienne. Il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs, l’homme fait le style et il y a adéquation entre son caractère et son style graphique. Mais revenons en 1974. Hergé n’est plus du tout considéré. Il est même vilipendé. Qui est sur le devant de la scène ? Des types de quarante ans passés qui font des bandes dessinées d’ado pré-pubères dans l’Echo des Savanes ou d’un surréalisme gnangnan comme le Concombre Masqué. Alors, il n’était question pour moi d’entrer en bande dessinée qu’à la seule condition de la faire avec le panache d’une idée et d’une forme inédites. Et si, au passage, je pouvais réhabiliter si ce n’est Hergé, au moins sa « ligne claire »...

KLI : Plus de trente ans après, qu’est-ce qui vous pousse encore à créer en bande dessinée ?

F : Rien d’autre que le devoir d’en terminer avec le projet initial et de faire en sorte que l’ensemble réalisé - Une trilogie anglaise, une trilogie du Blitz, et en axe central Olivia Sturgess (1914-2004) - soit concis et cohérent et se tienne debout seul, sans aide, sans suite.

KLI : Rien ne vous impose donc de faire de la bande dessinée ?

F : Non, je n’ai pas besoin d’elle pour vivre. Au contraire, financièrement c’est quand j’en fais que mon train de vie s’en ressent ! Cela m’est totalement égal que je vende beaucoup ou peu et cela me permet d’imposer ma loi (entre guillemets parce que tout cela se passe de façon charmante ) à l’éditeur d’abord et aux lecteurs ensuite. J’ai bien conscience que le fait d’insérer des Nouvelles dans Black Out peut être contraire à leurs goûts et les effaroucher. Je fais ce que j’ai à faire. Pour moi, il y a autant de plaisir à lire du texte, si ce n’est plus, à partir du moment où il y a du sens (il est dit dans le précédent livre qu’Olivia a publié des nouvelles dans un magazine donc elles ne peuvent être qu’écrites). Je dis toujours que la vision de l’artiste est souveraine !

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Planche extraite de Black Out

K : On peut donc dire que vous aimez perturber les mauvaises habitudes et les oeillères du lecteur de bandes dessinées ?

F : Oui. Mais qu’on me rende justice car je ne fais pas que cela. D’un certain côté, je suis plutôt sympathique avec le lecteur : je lui propose un dessin accessible, une histoire dans l’histoire très lisible.

K : En tant qu’auteur, les idées de récits vous viennent facilement ?

F : Ce n’est pas difficile quand vous connaissez votre champ d’action et les contours de votre utopie. J’ai par exemple eu l’idée d’écrire un livre sur notre butler Wang. J’en ai parlé à Rivière et nous nous sommes beaucoup amusés à imaginer ce que nous pourrions en faire. Mais le plaisir de nous raconter une histoire peut être suffisant et ne pas déboucher sur un livre car encore une fois je n’aime pas aligner les cases. Il faut vraiment que ce soit une nécessité supérieure pour que je m’y mette véritablement. Pour tout vous dire, j’ai des idées de livres qui constitueraient les éléments de mon Magnum Opus que vous ne verrez peut-être jamais parce que cela serait un mélange de tout ce que j’aime et que cette forme là n’intéresserait personne. L’édition d’aujourd’hui contrairement à celle d’autrefois n’ose plus grand-chose de novateur. L’éditeur Fisher répondait à Robbe-Grillet qui l’interrogeait sur ce qu’est un éditeur « c’est quelqu’un qui essaye de vendre des livres à des gens qui n’en veulent pas ». Aujourd’hui, nous n’en sommes plus du tout là. Chez Robert Laffont, par exemple, ils ne savent pas bien comment vendre mon livre Une vie de rêve ou notre livre Les chroniques d’Oliver Alban. Alors quelque chose de plus audacieux ... !

K : Au départ, si je me souviens bien, les récits annoncés en 4ème de couverture d’Underground devaient tous faire l’objet d’un ouvrage indépendant. Qu’est-ce qui vous a conduit à les compiler dans Black Out ?

F : C’est que ma vérité de cette époque n’est pas celle d’aujourd’hui. J’avais eu l’idée de cette annonce en créant la 4ème de couverture d’Underground pour fidéliser nos lecteurs sachant que je travaillais lentement ou, plutôt, sporadiquement (on m’a fait remarquer, détail amusant, qu’il y avait treize ans pile entre chaque volume du Blitz). J’avais cherché des mots qui fonctionnaient à la fois en anglais et en français. Il y a en avait peu qui sonnaient bien dans les deux langues. Et une fois trouvés, pratiquement immédiatement une idée d’histoire venait à mon esprit. Pour moi, que ce soit raconté en trois pages ou en quarante, c’est pareil. C’est même mieux en trois pages, car plus c’est concis mieux c’est, moins cela pèse lourd et c’est aussi beaucoup moins de travail pour le même résultat puisque j’ai honoré l’annonce faite aux lecteurs des quatre histoires Black out, Backstage, Fairplay et Eden.

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Case extraite de Olivia Sturgess (1914-2004)

KLI : Ce qui frappe dans Black Out, c’est l’importance du mouvement alors que vous êtes généralement associé à une représentation statique de vos personnages. Pourquoi ce choix ?

F : Mais je déteste toujours autant le mouvement ! Je me suis amusé à en faire pour m’embêter (voyez que je n’asticote pas que le lecteur), pour montrer que mon dogme premier, qui était de fuir l’aventure habituelle au genre et montrer que l’on pouvait faire de la bande dessinée autour d’une tasse de thé, pouvait s’amuser à accueillir le sujet de son ressentiment. « Le dandy se joue de la règle mais la respecte encore » disait Barbey d’Aurevilly. Ce que j’aimais chez Hergé et Jacobs ce n’était pas l’aventure, c’était l’intimisme – voir le fétichisme – celui de La Marque jaune et celui des Bijoux de la Castafiore, mon album préféré quand j’étais enfant. Les deux livres sont ce qui se rapproche le plus d’un huis clos en bande dessinée.

K : Et vous brisez donc le dogme dans Black Out

F : C’était dans mon cahier des charges. M’amuser à m’imposer l’idée d’une course-poursuite dans Londres avec l’obligation de faire des suspenses en bas de page, chose que j’essaie d’éliminer depuis trente ans pour ralentir le rythme cardiaque, freiner le temps ! Je voulais retrouver la simplicité de Blitz, une délicieuse fraîcheur comme celle de la période anglaise d’Alfred Hitchcock qui vieillit bien mieux finalement que ses grosses machines hollywoodiennes, même les meilleures. Forcément le livre n’est pas fait que de cela et les actes et réflexions des personnages de Black Out (ou Underground) ne sont pas nos pensées à Rivière et moi. Il y a de la distance, de l’ironie à jouer de cette simplicité. We are much more perverted ! Car, à y réfléchir, je ne dessinais pas le mouvement de façon frontale puisque c’est Craigie qui dessinait à ma place ! La nécessité est grande pour moi d’être à l’extérieur de la réalité. Déjà dans Ma vie, il y a près de trente ans, j’écrivais « tant qu’il y aura une cigarette et un verre d’alcool entre moi et la vie, tout ira bien » !

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L'illustratrice Craigie, dessinatrice de Black Out

K : Peut-on dire que l’histoire n’est finalement qu’un prétexte pour décrire une course-poursuite ?

F : Oui. Le but était aussi de retrouver une sensation forte que la lecture de La Marque jaune par exemple provoquait, celle-là même qui nous avait poussés, plus jeunes, Rivière et moi, à nos premiers voyages à Londres à rechercher la maison de Septimus à Tavistosk Square. Voilà pourquoi j’ai créé des pages de garde qui décrivent sur un plan de Londres le trajet accompli par mon héros avec l’espoir que des lecteurs auraient envie de le parcourir. Mais je crains que notre naïveté enthousiaste du début des années soixante-dix ne soit plus de ce monde.

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Pages de garde de Black Out

K : Pour restituer le Londres du Blitz, vous appuyez-vous sur de la documentation ou bien sur votre vision de l’époque ?

F : Je dirais qu’il y a un peu des deux. J’ai certainement l’une des plus belles bibliothèques sur le Blitz qu’un particulier, francophone de surcroit, possède, des livres achetés en Angleterre pour mon plaisir. Mais c’est finalement très digéré. On me dit que je suis d’une grande précision pour rendre l’Angleterre. Mézières m’avait dit cela. S’il y regardait de près, il verrait que ce n’est pas le cas. C’est seulement l’idée de l’Angleterre, presque une illusion. D’ailleurs, j’ai toujours aimé cette formule entendue un jour selon laquelle « le jardin anglais, c’est l’illusion de la nature sauvage ». Voilà où je me place exactement.

K : Une Angleterre quelque part idéalisée, votre Angleterre ?

F : Oui, quelque chose qui tient du faux. Comme le jardin anglais justement qui n’est pas la nature sauvage. Je n’aime pas le naturel. J’aime la culture, qui est le contraire de la nature. Mais je ne veux pas pour autant être un intellectuel. J’aime la Grande Bretagne parce que c’est un pays où l’idéologie n’a pas de prise (le fascisme de Lord Mosley pendant la Deuxième Guerre mondiale n’attira pas plus de mille personnes). Un Anglais disait « il y a autant d’imbéciles en Angleterre qu’en France mais ce ne sont pas des imbéciles raisonneurs ». Londres, c’est un vrai décor de théâtre. Les maisons sont colorées (blanc, noir, rose, bleu pale). Il y a beaucoup d’éléments du quotidien qui sont très graphiques comme les taxis noirs, les bus rouges, les cabines téléphoniques... L’Anglais sait créer des repères graphiques forts. Et puis ils ont inventé les maisons de poupée qui sont déjà une mise en abyme. On me dit « votre Angleterre n’existe plus ». Je réponds « ce qu’il en reste me va très bien et de toute façon, elle vit en moi ». Je n’ai pas besoin de plus que cela. On me demande aussi pourquoi je ne vis pas à Londres, moi qui critique beaucoup Paris et les Français. Je réponds « parce qu’on ne mange pas du caviar tous les jours ». Il est certain qu’on me gâche mon Londres en le faisant ressembler petit à petit à toutes les villes du monde avec ces magasins crétins mondialistes…

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Warden en bicyclette
dans Blitz

K : En observant le cycliste de la couverture de Black Out, j’ai eu comme une impression de déjà-vu. En y regardant de plus près, je l’ai retrouvé dans la préface de la réédition de Blitz. Qu’est-ce qui vous pousse à revisiter ainsi vos propres images ?

F : Vous avez raison, je passe mon temps à cela. On a toujours envie de parfaire. Mais ce n’est pas que cela. Je suis l’anti-Tardi qui aligne cinquante mille cases différentes de Paris. Laissez-moi vous donner un exemple. Quand j’ai dessiné les affiches et les dessins de Smoking et No smoking de Resnais, il y avait des mouettes à représenter. J’ai donc créé un vol de mouettes (ce que de manière amusante on traduit en anglais par « flock of seagulls ») dans un rythme que je trouve idéal. Que ce soit pour le New Yorker ou pour n’importe quelle autre création, jusqu’à la fin de mes jours, je ne ferai pas un groupe de mouettes en train de voler autre que le mien puisque justement je l’ai fait de façon quintessentielle.

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Vol de mouettes
Sérigraphie Springtime
 
 
K : Cette recherche de la quintessence semble marquer toute votre oeuvre.

F : J’espère. Autre exemple. Si vous considérez de plus près mes portraits pour Les chroniques d’Oliver Alban ou pour les donateurs du Musée des Arts déco, vous verrez que c’est une représentation graphique qui se rapproche du pictogramme mais qui n’abandonne pas la psychologie et qui évoque pleinement l’époque et le style de chacun par le seul ajout d’une cravate, d’un noeud, ou d’un col.

K : En revisitant une image, est-ce qu’on peut dire aussi que vous recherchez l’économie de moyen pour atteindre le maximum d’effet ? Finalement vos portraits ne sont pas si éloignés de ceux d’un Julian Opie ?

F : Oui, je cherche la concision. Même ma flemme naturelle me ramène à cette concision donc à la modernité. Mais je n’aime pas le travail de Julian Opie car il est trop pictogrammique et pas assez psychologique.

K : Vous n’êtes pas du genre à vous promener avec un carnet de croquis pour croquer votre quotidien ?

F : Not at all ! Surtout pas ! J’ai fait cela quand j’étais jeune. J’ai d’ailleurs retrouvé récemment des croquis réalisés lors de notre voyage, François Rivière et moi, à Bruxelles, voir Hergé, en 1975. Dieu merci, je ne fais plus cela. Si la chose est dessinée dans mon cerveau, tout va bien. Vous savez, le dessin, pour moi, c’est une sorte d’art martial comme le kyudo qui consiste à envoyer la flèche au milieu de la cible par la force de l’esprit plus que par la force physique. Je ne suis pas un ouvrier manuel !

K : J’observe qu’il y a aussi de l’humour dans Black Out. D’ailleurs, si je peux me permettre, je trouve que vous ne développez peut-être pas assez la fibre humoristique qui est en vous.

F : Je suis bien d’accord avec vous. Vous savez, au début, quand nous avons fait Sevenoaks, nous avons été catalogués comme des cérébraux, Rivière et moi. Lorsque nous avons commencé Blitz, j’ai dit à Rivière « arrêtons d’être sérieux, écrivons les conneries qu’on se dit entre nous ! ». Je repense à une particulièrement réussie : « encore un tasse de thé que les allemands n’auront pas ! ».

K : On sent l’influence de Wodehouse dans votre approche de l’humour.

F : Wodehouse, c’est délicieux. Cela vous met dans un joli état d’esprit. Comme Noël Coward qui disait « life is a matter of lighting », la vie est une affaire d’éclairage. Et Wodehouse vous donne le bon éclairage. C’est ce que j’essaye de faire. Surtout ne pas être sérieux. Etre aussi léger que possible même quand j’évoque des événements difficiles de ma vie privée dans Une vie de rêve.

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Portrait de P.G. Wodehouse dans Les Chroniques d'Oliver Alban

K : Est-ce qu’on peut dire que vous êtes un nostalgique ?

F : Précisons les choses. Je pense être un classique mais aussi un moderne. Il y a de la nostalgie dans ce que je fais mais pour moi, la seule modernité, c’est l’esprit, « the wit » en anglais. Rien au monde pour moi n’est plus moderne que la vivacité de l’esprit. En tout cas ni la science-fiction ni quelque actualité fraiche.

K : Est-il concevable que vous puissiez créer un jour dans l’univers contemporain ?

F : Non. Cela ne m’intéresse pas.

K : Pourquoi ? Parce que le monde actuel ne correspond pas à vos critères esthétiques. Parce que vous le trouvez laid ?

F : Exactement. Je ne supporte pas ce manque de goût moderne, dans le sens de manque de discernement. L’Anglais – excusez moi mais je suis de ceux qui pensent que sans la Grande-Bretagne la vie ne vaudrait pas la peine – ne met une veste en tweed épais qu’à la chasse pour couper le vent et il adapte ses vêtements et ses habitudes pour contrer la nature. Alors, notre époque avec ses baskets et ses 4x4 à la ville et autres incohérences…. !

K : Il y a dans Black Out un hommage à Hergé et Jacobs à travers la reprise partielle d’une planche qu’ils avaient dessinée ensemble sous le pseudonyme d’Olav au sortir de la seconde guerre mondiale. Pourquoi ?

F : Pour m’amuser ! Et réveiller une chose endormie : cette première page de rêve d’une histoire qu’on ne lira jamais (l’autre dans la neige du grand nord était mauvaise).

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Planche en hommage à Olav (Hergé et Jacobs)
dans Black Out

K : Et une démarche comme celle d’Hergé consistant à s’entourer de collaborateurs pour l’assister dans sa création, est-ce qu’elle vous tenterait ? Je pense à Christian Cailleaux qui avait été testé par Dargaud pour reprendre vos personnages ?

F : Non, je tiens trop à ma liberté. Concernant ce dessinateur que je ne connais pas, je trouve qu'il se montre bien présomptueux concernant la reprise d'Albany qu’il a évoqué sur votre site. J’avais juste dit en riant à Dargaud que s’ils voulaient que je fasse plus d’albums, ils n’avaient qu’à me trouver un assistant. Dargaud, m’ayant pris au mot, avait sollicité sans m'en parler ce dessinateur. Il a fait quelques dessins d’Olivia et de Francis. Dargaud me les a mis sous le nez un jour, et je les ai trouvés sans âme et donc sans intérêt. Je leur ai dit d’oublier ma proposition car je savais que je ne pourrais être satisfait par personne.

K : Concernant Jacobs, il a été envisagé que vous puissiez reprendre la série Blake et Mortimer. Pourquoi cela ne s’est pas fait ?

F : Parce que je suis sur terre pour être Floc’h et non Jacobs . Je m’étais amusé à dessiner une planche pour montrer aux éditeurs que j’aurais pu le faire mais leur cahier des charges ne me convenait absolument pas. Aujourd’hui ayant accompli mon oeuvre de Floc’h (!), cela m’amuserait presque de faire du Jacobs qui soit graphiquement très « jacobsien ». Cela serait un moyen de réhabiliter ces deux personnages d’une classe folle que les dernières reprises ont tendance à caricaturer en pépères ridicules… Mais il faudrait que ce soit mon histoire et certainement pas ces inepties de science-fiction des années 50 écrites après l’an 2000. Je crois qu’on pourrait faire quelque chose de bien. Que sera sera !

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Exercice de style autour des personnages de Jacobs
par Floc'h

K : Quels sont vos rapports avec le monde de la bande dessinée ?

F : Si quelqu’un n’est pas estampillé « bande dessinée », c’est bien moi parce que je m’y suis appliqué. Je ne me sens pas affilié à ce monde là. Au contraire, je le critique énormément parce qu’il manque d’envergure et d’audace. Il ne donne pas l’impression de vouloir évoluer. Pourtant, intrinsèquement, ce medium peut être fier de lui car, comme la littérature, il n’impose pas un rythme de lecture contrairement au cinéma qui finit par faire ressembler le spectateur à une vache regardant passer les trains. Mais je n’aime pas son côté puéril. Resnais me racontait qu’à New York, dans les années 60, il avait participé à des soirées avec des artistes du monde littéraire, cinématographique et de la bande dessinée comme Milton Caniff, Alex Raymond… C’était des adultes, c’était des hommes ! Tout le monde était en cravate si tant est que cet élément vestimentaire peut (et pourquoi pas) représenter la maturité. Idem pour Hergé ou Jacobs en Belgique. Le côté gamin de la bande dessinée m’insupporte : « quelle chance de savoir dessiner et de faire un métier où l’on peut rester en enfance ». C’est tout ce que je déteste, autant que ces adultes qui s’habillent comme des enfants avec un Tshirt, un pantalon au-dessous du genou et des grosses baskets.

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Illustration pour la revue Ecritures

K : Enfant, vous n’aviez donc pas une passion dévorante pour la bande dessinée ?

F : Pas du tout. Vous savez, les auteurs qui étaient fous de ce mode graphique en dessinaient quand ils étaient petits. Cela n’a pas été du tout mon cas. Moi, je faisais des illustrations. J’aurais d’ailleurs dû n'être qu'illustrateur, ce que je suis aujourd’hui en grande partie. Si mon frère, enfant, n’avait pas gagné un abonnement d’un an au journal Tintin lors d’un concours du Figaro Plage et si mon père, un homme pourtant très strict, ne l’avait pas renouvelé pour pouvoir connaître la suite des histoires qu’il devait lire en cachette, je n’aurais certainement pas lu de bandes dessinées. La bande dessinée, j’en ai donc fait un peu à mon corps défendant. D’ailleurs Sevenoaks ne devait être qu’un one-shot. Véritablement, ce n’est pas un travail de dessin qui est intéressant pour moi. Vous ne pouvez pas faire de beaux dessins en bande dessinée. Vous accumulez des images. Ou alors il faudrait rester dix ans à votre table à dessin et il n’en est évidemment pas question. Quand vous créez une couverture pour le New Yorker, c’est autre chose. Là, vous faites vraiment l’image que vous voulez.

K : Il y a quand même des auteurs de bande dessinée qui ont développé un travail graphique de qualité. Je pense à quelqu’un comme Chaland qui avait la bande dessinée chevillée au corps et qui déployait quand même un trait d’une vivacité folle dans ses cases.

F : Oui mais qui ne peut pas être ce que j’aime. J’ai besoin de plus de réalisme dans le dessin, de plus de vraisemblance. Je mets à part son chef d’oeuvre Le jeune Albert car il trouva là une parfaite adéquation entre son ironie et son dessin « comique ».

K : Est-il exact que vous l’avez conseillé sur F52 ?

F : Pas exactement. Il m’a juste appelé un jour pour savoir s’il pouvait m’apporter toutes ses planches pour que je lui dise ce qui n’allait pas. Pour tout vous dire, j’ai du faire deux ou trois corrections dans les premières pages, évidemment pas de dessin, des corrections de sens et de rythme. Mais, j’ai vite arrêté estimant que cela n’avait pas de sens d’interférer dans sa création.

K : Et parmi les créateurs contemporains en bande dessinée, qui retient votre attention ?

F : Je dirais pratiquement aucun car j’en lis très peu. Je ne vais jamais dans les librairies de bande dessinée qui sont des endroits d’une laideur incroyable. Mais j’ai lu un récit en trois épisodes que je trouve absolument réussi, forme et fond, qui s’appelle La guerre d’Alan. Mais je n’ai pas aimé ce que son auteur a fait d’autre et notamment une histoire avec un mélange de dessins et de photographies qui représente la pire des choses qu’on puisse inventer.

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L'enveloppe géante du portfolio 35 Rue Victor-Massé
Hommage à Dubuffet, Calder, Moore, Miro, Picasso, Arp et Klein

K : Vous figurez parmi les rares auteurs qui ont permis à la bande dessinée de sortir de son ghetto en la tirant vers le haut, en l’ouvrant aux autres Arts, en créant des passerelles avec d’autres mediums, en prouvant qu’elle peut rivaliser avec les meilleurs films, romans ou opéras. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

F : Vous comprenez bien que lorsqu’on crée Sevenoaks à 21 ans à peine, on ne mesure absolument pas l’impact que cela pourra avoir sur les autres. On fait les choses avec ambition mais comme on peut les faire. Je n’aime pas le mot artiste mais je sais que je ne suis pas un artisan comme il y en a tant dans la bande dessinée. Je n’ai pas assez de patience et sans doute pas assez de modestie. Et c’est proprement émouvant pour moi et Rivière, d’entendre les témoignages de gens qui nous disent que notre travail a beaucoup compté dans leur existence et qu’ils le mettent à la hauteur de livres ou d’oeuvres d’art de grande réputation.

K : Avec le recul, quel jugement portez vous sur votre parcours de peintre et son apport à votre évolution ?

F : Je crois que j’ai fait un véritable trajet de peintre et pas du tout ce qu’ont fait les quelques auteurs de bande dessinée qui se sont déclarés peintres parce qu’ils ont juste pris de l’huile ou de l’acrylique à la place de la gouache, des toiles à la place du papier, pour faire exactement ce qu’ils font en bande dessinée, démarche qui n’a à mes yeux aucun sens. Je ne dis pas que ce que j’ai fait en peinture avait de l’intérêt pour les autres. Cela avait de l’intérêt pour moi. Je ne pouvais pas me contenter de faire des cases. J’avais besoin de les faire exploser. D’ailleurs, je me demande encore comment des gens aussi intelligents que Jacobs ou Hergé ne sont pas devenus fous à ne faire que cela. J’ai amené mon art en peinture à la forme nue en quittant le figuratif. Et petit à petit, je me suis aperçu que la forme toute seule, c’était illimité, que je n’avais plus d’intérêt à ce jeu-là. De plus, dès qu’on m’a mis dans une sorte de catégorie qu’on pouvait appeler « géométrie sensible », je me suis dépêché d’aller ailleurs. Et donc je suis revenu à quelque chose de plus conceptuel et, partant, de plus figuratif. Et j’ai fermé cette parenthèse de douze ans parce que après mon exposition Life, High Life, Life After Life, pour mes 50 ans, qui était pour moi comme un inventaire affectif, le thème de mon exposition suivante était celui d’Une vie de rêve. Mais à ce moment-là, j’ai divorcé et j’ai accéléré ma mue et recollé Floc’h en un seul morceau en transformant une exposition et son catalogue en un livre.

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Des reliefs bois de l'exposition Life, High Life, Life after Life

K : Est-ce que l’édition de vos livres vous donne satisfaction ? On vous sent plutôt bibliophile, appréciant le beau livre. Vous n’êtes pas gêné de voir Black Out publié suivant les standards habituels de Dargaud ?

F : J’ai eu cette exigence de qualité pour Olivia Sturgess (1914-2004) parce que j’ai eu l’idée de rajouter à la bande dessinée proprement dite le livre d’une exposition consacrée à Francis et Olivia. Je voulais le livre plus le catalogue à part dans un emboitage. Dargaud m’a répondu positivement tout en éditant une version normale de l’album, ce qui me convenait parfaitement. Pour Black Out, en revanche, je trouve qu’il n’y a pas là matière à un tirage de tête. Autant Olivia Sturgess le méritait, autant cela ne me semble pas pertinent ici. Et puis, il ne faut pas être trop maniériste. Dans les années 1980, on pouvait faire des bouquins très maniéristes mais je trouve que cela a mal vieilli. Il faut être simple. Croyez-moi, si cela a pu me gêner aux entournures d’avoir fait ces livres plats qu’on appelle bande dessinée, aujourd’hui je m’en accommode. Et puis vous aurez noté que je m’applique à retravailler mes livres en changeant leur présentation autant que je retravaille mes images. Si on y réfléchit bien, vous avez La trilogie anglaise en un volume, La trilogie du Blitz qui dans deux ans sera également publiée en intégrale et, en axe central, tel un miroir de sorcière, Olivia Sturgess (1914-2004). Il faudrait mettre les trois volumes dans un coffret et je pourrais prendre ma retraite en bande dessinée ! Ils se débrouilleront très bien seuls.

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Le catalogue de la Collection Albany-Sturgess
 

K : Vous arrivez donc à retomber sur vos pattes en jouant des contraintes éditoriales.

F : Il ne faut pas confondre exigences esthétiques (donc éthiques) et prétention esthétique. L’idéal est un leurre.

K : On peut quand même préférer la première édition de Blitz et considérer que cette bande dessinée ne peut être lue que dans son format carré originel.

F : Si vous saviez combien de fois, pour cette édition, j’ai entendu « cela dépasse de ma bibliothèque »… Mais vous n’avez pas tort. D’ailleurs, si on est logique, toutes les bandes dessinées devraient être publiées en format à l’italienne.

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Edition originale de Blitz

K : Qu’est-ce que cela vous fait de tourner la page Albany-Sturgess après tant d’années ?

F : Le temps va si vite que j’ai la certitude d’avoir eu raison de tenter de le maîtriser en écrivant peu et concis car il faut laisser beaucoup de place au non-dit et à l’imagination du lecteur. Quand j’ai réalisé Olivia Sturgess (1914-2004), c’était déjà une façon pour moi d’en finir. Mais vous savez ce qu’il advient dans ces moments-là, vous voulez fermer et cela ouvre d’autres portes ! A l’instant où je me disais « maintenant tout est dit », j’ai l’idée du catalogue de la collection Albany-Sturgess. Et vous vous dites alors que Olivia, la bande dessinée, était presque inutile et que le catalogue était suffisant. Il dit ce que nous avions envie de dire de façon encore plus énigmatique. On ne peut donc pas affirmer que c’est terminé mais pour l’instant, la bande dessinée m’ennuie et par conséquent je ne pourrais qu’ennuyer les lecteurs. J’ai la satisfaction d’avoir fait ce que j’avais à faire dans ce domaine. J’ai l’âge où l’on est détaché du souci de réussir, de plaire ou de convaincre. J’ai épuisé mes idées d’histoires se terminant par l’évocation d’un médium qui me touche que ce soit le théâtre, le cinéma, le documentaire littéraire, les vieux magazines de bandes dessinées, le journal intime/diary ou même le médium « médium » dans Eden. Tout ce que je voulais faire, je l’ai fait. Je me suis bien amusé, au revoir et merci !

K : Vous venez de réaliser pour l'éditeur "Le neuvième monde" un livre intitulé Male Britannia. Pouvez-vous nous le présenter ?

F : C'est un petit ouvrage auquel je tiens beaucoup, une galerie de figures emblématiques de la Grande-Bretagne des années 30. Et je suis en train de faire son équivalent pour les années 60 à paraître en mai 2010. Je ferai un troisième volume traitant d'une autre décade que j'aime dans l'histoire de la Grande-Bretagne et dont je vous garde la surprise. Encore une trilogie !

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Extrait de Male Britannia

K : Quels sont vos autres projets ?

F : Avec Rivière on attaque une biographie de Somerset Maugham mais ce sera un graphic novel. Si ce format avait existé dans les années 70, il est bien évident que je n’aurais jamais fait de bande dessinée traditionnelle. Je suis heureux d’explorer une autre forme de narration que la bande dessinée pure et dure. Le livre s’appellera Willie et si tout va bien sortira fin 2010.

 

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Portrait de Willie dans Les Chroniques d'Oliver Alban

K : Qu'est-ce que le jeune Floc'h penserait du Floc'h d'aujourd'hui s'il le rencontrait ?

F : Le jeune Floc'h révait d'une vie libre, tournée vers l'art pour sa vie professionnelle, et pour sa vie privée, d'attendre dans un cadre sophistiqué la grande histoire d'amour dont chacun rève. J'ai cette bonne fortune car le bonheur n'est pas un dû, c'est un accomplissement avec un peu de chance.

Pour plus d'informations :

Le site internet L'homme dans la foule consacré à l'oeuvre de Floc'h et animé avec talent par Basil Sedbuk que je remercie vivement pour avoir facilité cet entretien.

Illustrations copyright Floc'h - Dargaud - Robert Laffont - Albin Michel - Carton - Ecritures - Neuvième Monde

20:38 Publié dans Floc'h | Lien permanent | Commentaires (5)

05/12/2009

HERGE, SWARTE ET LA LIGNE CLAIRE

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En cette fin d'année, L'Express et Le Monde consacrent chacun un hors-série à Tintin et à son créateur.

Même si beaucoup a déjà été écrit sur Hergé et si le contenu de ces nouvelles publications est un peu convenu et sent globalement le réchauffé, nous vous invitons à les découvrir. En effet, l'amateur de ligne claire y trouvera son bonheur dans des commentaires de Joost Swarte, Johan de Moor, Emile Bravo, Olivier Schwartz, Stanislas... sur l'oeuvre d'Hergé.

A noter également que le hors-série du Monde propose une belle illustration-autoportrait de Joost Swarte sur la Klare Lijn.

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Pour plus d'infos sur le hors-série du Monde

Crédits illustrations L'Express, Le Monde et Joost Swarte