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11/11/2009

ECHANGES AUTOUR DE MACULA BROCOLI

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La parution récente de Macula Brocoli chez Champaka me donne l'occasion et surtout le plaisir d'échanger à nouveau avec Alexandre FRANC, dessinateur ligne claire dont je suis le parcours avec grand intérêt depuis la publication de sa bande dessinée Les Isolés en 2007.

Son nouvel opus cosigné avec le scientifique Laurent Alexandre est une oeuvre de fiction plus qu'originale dans la mesure où elle parvient à traiter avec distance, humour et pas mal d'ironie d'un sujet a priori plutôt difficile à approcher en bande dessinée, à savoir le destin génétique de l'humanité. Les auteurs réussissent le tour de force de rendre leur propos très accessible. Même un lecteur fâché avec les sciences pourra cerner les dérives potentielles liées au séquençage de l'ADN. Je peux en témoigner ! Cette réussite tient à la pertinence des choix narratifs des deux auteurs mais aussi au dessin ligne claire déployé par Alexandre Franc qui se montre ici plus libre que dans ses précédents ouvrages.

Une preuve de plus que la ligne claire est un style graphique susceptible de servir n'importe quel type de sujet.

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Klare Lijn International : Je vous propose de nous livrer à un séquençage de l'album. Quels sont ses gènes, ses origines ? Connaissiez-vous le scénariste ? L'éditeur a-t-il joué un rôle dans ce rapprochement ?

Alexandre FRANC : Je connais Laurent Alexandre depuis 2000. A cette époque, je travaillais comme illustrateur dans une agence web qui développait le site internet Doctissimo, site médical grand public. Laurent en était le fondateur, il était donc mon patron ! J'ai quitté l'entreprise en 2001 pour tenter d'autres aventures. Laurent m'a recontacté en août 2008 pour me proposer cette nouvelle collaboration. Quant à Champaka, il est intervenu plus tard, quand le livre a été terminé.

KLI : Après l'Histoire avec Mai 68. Histoire d'un printemps, vous abordez la Science avec Macula Brocoli. Quelles sont les principales différences que vous pouvez constater entre ces collaborations successives ? Est-ce qu'il est plus facile de travailler avec un historien ou un docteur en médecine ?
 
AF : Pour Mai 68, nous étions tenus, Arnaud Bureau et moi, à une certaine rigueur historique. Le propos était clairement didactique. Dans Macula Brocoli, Laurent et moi abordons des questions graves (la bioéthique et le destin que les technologies du vivant nous promettent), mais le ton est plus fantaisiste. Nous avons pris le parti de ne pas être didactiques, et de faire plutôt un conte. Dès les premières pages, nous abandonnons donc toute rigueur scientifique !

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KLI : Qu'est-ce qui différencie votre travail de dessinateur ? J'imagine que la contrainte n'est pas du tout la même entre Mai 68 et Macula Brocoli. Dans quel état d'esprit étiez-vous au démarrage de vos réflexions sur Macula Brocoli ? Comment avez-vous négocié le passage entre la restitution d'une période historique connue et cette incursion dans la génétique, univers plus abstrait, qui donne plus de place à l'imagination graphique ?

AF : Dans Mai 68, le propos était très dense, il y avait un grand nombre de faits à rapporter, beaucoup de texte à insérer dans les images. L'image était là à titre documentaire, comme illustration. Dans Macula Brocoli, j'avais envie de laisser davantage l'image se générer elle-même. Et de fait, un certain nombre de séquences sont apparues sur une idée de dessin, notament les séquences avec l'horloge. Et l'image s'est faite plus abstraite, avec des motifs récurrents comme les bonshommes stylisés ou la forme rectange, qui représente la base d'ADN.

KLI : Êtes-vous à titre personnel plus porté vers l'histoire ou la science ? Etes-vous ce qu'on appelle un scientifique ? Est-ce que vous avez été conduit à lire des ouvrages liés à la génétique pour visualiser le sujet et parvenir à le restituer sous forme compréhensible ?
 
AF : Comme nous n'avions pas choisi de faire un récit didactique, je ne me suis pas énormément documenté. J'ai fait quelques recherches sur internet pour citer le bon gène quand je parle de telle ou telle maladie, mais ça s'arrête là.
 
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Je ne suis pas un scientifique, mais j'ai suivi une filière scientifique jusqu'en classe prépa. Et c'est vrai que j'aborde la bande dessinée comme une grammaire, un langage qui permet d'énoncer des phrases de manière claire. C'est toujours très maîtrisé, très contenu. Quand je faisais des maths, j'aimais me les représenter graphiquement, et aujourd'hui, je dessine un peu comme je ferais des maths. C'est d'ailleurs pour cette raison que je n'ai pas pu dépasser la première année de prépa : on y aborde des notions mathématiques (comme les ensembles) impossibles à représenter graphiquement ! Je n'arrivais donc plus à suivre...

KLI : Si le besoin de vous représenter les mathématiques vous a bloqué à un certain moment, est-ce que cet esprit mathématique ne vous limite pas également dans votre pratique de la bande dessinée, pour exprimer les choses de manière plus sensible, plus intuitive ?
 
AF : Oui, c'est possible !

KLI : Êtes-vous intervenu dans le scénario de Macula Brocoli ? Comment vous a-t-il été livré ? Avez-vous été corrigé par Laurent Alexandre sur certains points ? Lesquels ? Votre scénariste a-t-il été directif sur la représentation des aspects les plus scientifiques du récit ?
 
AF : Voici comment nous nous sommes répartis le travail avec Laurent : c'est lui qui a eu l'idée de faire une bande dessinée sur la génétique, et qui m'a expliqué le sujet, qu'il connaît bien, tant sur le plan scientifique qu'économique et social : le séquençage qui va se démocratiser dans les années à venir, le décryptage des informations que nos gènes nous fourniront, la peur de connaître notre destin génétique, etc. À partir de toutes ces informations, j'ai brodé une histoire en y apportant ma propre inspiration. J'étais donc assez libre, et j'ai pu laisser venir les idées qui se présentaient au fur et à mesure que je dessinais.
 
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KLI : Votre trait ligne claire parait ici plus libre, plus lâché que dans vos travaux précédents avec des planches très aérées et des choix de mise en page beaucoup moins cadrés et rigides. C'était une volonté de votre part ? Est-ce qu'il y a eu beaucoup de tâtonnements avant d'arriver au graphisme et à la mise en page appropriés ? Comment avez-vous géré le changement de format par rapport aux Isolés et à Mai 68 ?
 
AF : J'ai un peu tâtonné au début, parce je voulais faire quelque chose de très simple, qui aille bien avec l'idée du conte. Je voulais faire une bande dessinée de science-fiction, mais sans la quincaillerie de la SF (villes du futur, vaisseaux spatiaux, armes, costumes, etc). En dessinant les premières pages, avec mes personnages qui tournent comme en orbite, je rêvais de pouvoir être aussi fantaisiste et décomplexé que Benoît Jacques, par exemple. Ce n'était pas possible, mais j'ai tout de même essayé de m'affranchir du réalisme, parce que ça m'intéresse de moins en moins. Par exemple, au lieu de dessiner chaque case avec son propre espace en trois dimensions et des points de fuite dans tous les sens, j'ai tâché de jouer de la contiguité des cases pour unifier l'espace de l'histoire et l'espace de la planche, tout en conservant la temporalité. Utiliser les spécificités de la bande dessinée, en somme. Ce que fait Chris Ware avec tout son génie...

KLI : Une chose semble certaine vous concernant. Votre destin en bande dessinée semble à jamais lié à la ligne claire qui semble définitivement dans vos gènes. Quelles sont les évolutions principales que vous percevez dans votre travail graphique depuis Les Isolés ? Quelles ont été les dernières influences extérieures qui se sont manifestées consciemment ou inconsciemment dans votre dessin ? J'ai senti du Max dans quelques personnages. J'ai perçu aussi du David B.
 
AF : Oui, impossible d'échapper à mes gènes « ligne claire » ! J'ai appris à dessiner dans Tintin, et je ne fais pas assez de croquis pour me soigner. Concernant mes dernières influences : Max, non, et David B., peut-être : un critique avait cru voir son influence dans Les Isolés, bien que je ne l'aie pas tellement lu à l'époque. Alors depuis, j'aime bien ! Mais c'est un dessinateur et un conteur beaucoup plus généreux que moi.
 
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KLI : Pouvez-vous nous en dire plus sur vos choix pour la mise en couleur de cet album et sa couverture ? Comment tout cela s'est progressivement mis en place avec Eric Verhoest de Champaka ?
 
AF : Champaka n'est pas intervenu sur les planches, et nous a également laissés très libres pour la couverture. Je ne pensais pas qu'Éric Verhoest me laisserait écrire le nom de sa vénérable maison en diagonale sur la couverture, mais si, il l'a fait. Et je suis ravi de cotoyer des auteurs aussi prestigieux que Clerc, Chaland, Ted Benoit, Avril, etc. dans la colonne de gauche de son site web !

KLI : Avec Mai 68 et Macula Brocoli, vous arrivez à prouver que la ligne claire permet d'aborder des thèmes éthiques, politiques, sociaux et se faire un instrument de « vulgarisation » pertinent. Est-ce que vous souhaitez continuer à œuvrer dans cette veine à l'image, par exemple, d'un Emile Bravo avec Jules ou d'un Jean-Yves Duhoo ?
 
AF : Oui, j'ai envie de continuer de creuser dans cette direction. C'est une manière de faire avec ce que j'ai, et d'explorer modestement les possibilités de la bande dessinée, un médium formidable qui permet effectivement de marier tous les genres. C'est possible aussi parce que le lectorat évolue en même temps.
 
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KLI : Quel regard portez-vous sur cette tendance éditoriale actuelle consistant à n'envisager la ligne claire qu'au service de récits d'aventures ou d'espionnage ancrés dans les années 50 ? Est-il envisageable de vous voir un jour œuvrer dans ce registre ?
 
AF : La nostalgie devrait se limiter à relire les vieux Jacobs au coin du feu. Mais pour créer, non. Par exemple, l'auteur canadien Seth est un grand nostalgique, il aurait voulu vivre dans les années 50. Mais ses bandes dessinées ne sont pas du tout un pastiche de celles des années 50, parce qu'il a conscience de sa place, il réfléchit sur son travail. Faire du pastiche, c'est ne pas réfléchir sur son travail. D'ailleurs, le pur pastiche est difficile. Ce qui est fascinant dans les vieux Jacobs, c'est l'épaisseur, la précision, l'étrangeté de ses créations, qu'il obtenait au prix d'un énorme travail. Sans compter qu'il était un dessinateur d'une rare élégance. Aujourd'hui, aucun auteur, même en tandem, n'est prêt à fournir une telle somme de travail. Résultat, les nouveaux albums ont une inconsistance, une blancheur assez désolantes. J'ajoute que je serais incapable de faire le quart de ce que font ces repreneurs.

KLI : Vos projets après cet album ?
 
AF : Ils sont encore un peu balbutiants...
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En bonus, un petit mot de l'éditeur :
 
 
 
Klare Lijn International : Qu'est-ce qui a motivé Champaka dans l'édition de Macula Brocoli qui, si je ne me trompe pas, est la première bande dessinée du catalogue ? Faut-il y voir le début d'une ligne éditoriale ouverte à la publication de bandes dessinées originales d'auteurs contemporains ?

Eric Verhoest : A part pour Yves Chaland, les livres édités par Champaka sont le fruit d'heureux hasards et pas de démarches forcenées pour éditer à tout prix. C'est mon ami Didier Pasamonik qui m'a présenté ce projet qui m'a séduit de part son thème, son traitement graphico-narratif, son graphisme et cette impression d'explorer un versant inédit, presque imprévu, de Dame Ligne Claire, tout en décelant un cousinage avec le travail de Joost Swarte et Chris Ware. Macula Brocoli est quelque part un Ovni éditorial, ce qui est un des plaisirs du métier...

 
Liens utiles :
 
- le site d'Alexandre Franc
- le site de Champaka
- notre précédent entretien avec Alexandre Franc

Illustrations copyright Franc, Alexandre et Champaka

 

15:49 Publié dans Franc A. | Lien permanent | Commentaires (0)

01/11/2009

ENTRETIEN AVEC DEVIG

 
 
 
 
 
 
 
 
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Avec Alerte sur Fangataufa, Philippe Geluck, l'auteur du Chat et le dessinateur toulousain Devig nous proposent un récit humoristique fortement inspiré par l'univers de la ligne claire franco-belge avec ses clins d'oeil à Tintin, ses références à Jacobs, son ambiance générale très "collection du Lombard". Cette première aventure de Scott Leblanc, journaliste ahuri et gaffeur, et de son compagnon d'aventure, le professeur Moleskine, a néanmoins de quoi intriguer le lecteur. A sa lecture plutot agréable, on ne peut que s'interroger sur les motivations des deux créateurs et le registre dans lequel ils s'inscrivent : hommage, parodie, détournement des bandes dessinées de l'Ecole de Bruxelles ? S'agit-il d'une critique déguisée de cette ligne claire "canada dry" qui a tendance à se multiplier ces derniers temps (Le mystère de la traction 22 chez Paquet ou La théorie du Chaos chez Glénat ) ? Le dessinateur Devig a bien voulu nous éclairer - sans jeu de mot - sur ces différents points. Qu'il en soit ici remercié.

Klare Lijn International : A la lecture de votre album, je m'interroge. Est-ce qu'il s'agit d'un hommage à la ligne claire de l'après-guerre, d'une parodie dans l'esprit du Captivant de Chaland et Cornillon ou bien d'une critique des reprises de Blake et Mortimer et des bandes dessinées d'inspiration ligne claire très premier degré qui fleurissent actuellement ?

Devig : Je qualifierais cet album d'hommage irrévérencieux aux bandes dessinées belges de l'Age d'or. Hommage puisque l'on reprend le style graphique et la trame des aventures de ces années-là et irrévérencieux car l'on s'attache à tourner en dérision les propriétés de ce type de récit. En cela, il y a une proximité certaine avec le Captivant de Chaland et Cornillon. Si je devais qualifier cet album, je l'associerais volontiers à une démarche proche de celle d'Hazanavicius lorsqu'il tourne OSS 117.

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La première planche

KLI : A mes yeux, le moteur essentiel de l'album réside dans le contraste entre un dessin très propre et classique et un propos qui tend à gentiment dynamiter et détourner les ressorts conventionnels de ce type de récit d'aventures ligne claire. Est-ce que je suis dans le vrai ? Peut-on dire qu'il y a aussi une volonté de "ringardiser" l'album ligne claire traditionnel en faisant apparaître à quel point il est vain aujourd'hui de vouloir recréer à l'identique des récits de ce type ?

D : Vous êtes dans le vrai. Le dessin classique nous permet de donner une légitimité à des propos ou des points de récit qui détournent les codes conventionnels inhérents à ce type d'aventures . J'ai beaucoup trop de respect pour les albums ligne claire traditionnels pour vouloir les ringardiser. Ici la volonté est plutôt de s'amuser de leurs faiblesses avec un œil contemporain.

KLI : Est-ce que votre bande dessinée ne doit finalement pas se lire uniquement au second degré ?

D : Je ne pense pas que la lecture au second degré soit la seule présente dans l 'album. J'ai espoir qu'un enfant qui lirait cette aventure y prendrait un certain plaisir même s'il n'y perçoit que le premier degré.

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Etude

KLI : D'un autre côté, même si le ton est caustique et humoristique, votre album accrédite à mes yeux l'idée totalement fausse que la ligne claire s'inscrit obligatoirement dans un contexte de récit ancré dans les années 50 avec savant fou, grande menace mondiale, journaliste enquêteur, voitures et costumes de l'époque. Q'en pensez-vous ?

D : Le fait que l'album soit un pastiche des aventures de cette époque nous contraint à utiliser la ligne claire dans ce contexte et je partage votre avis sur le fait que ce type graphique n'est absolument pas lié à une époque ou un type de récit mais, dans le cas présent, c'était notre propos et surtout notre envie. D'autre part, le récit se situe en 1966, on est donc plus proche des années 70 que 50. Je voudrais ajouter que rares sont les albums de cette époque dont l'aventure se déroule sur une trame aussi historiquement véridique que les essais nucléaires français en Polynésie.

KLI : Quelle est votre définition de la ligne claire ? Quels sont les auteurs que vous affectionnez dans ce registre qu'il sagisse des grands anciens ou bien des auteurs du "revival" des années 70 et 80 (Swarte, Ted Benoit, Chaland, Clerc...) ?

D : Ma définition de la ligne claire est qu'elle doit exprimer le maximum de choses possible avec le minimum de trait  Il y a de nombreux auteurs que j'affectionne , à commencer évidemment par les grands classiques : Hergé , Jacobs , Franquin , Martin (1er albums), Vandersteen...  Étant de la génération Métal Hurlant, j'ai adoré y découvrir des auteurs comme Chaland , Clerc , Swarte... Je pourrais également citer Floc'h, Juillard, Berthet, Tardi, W. Minus, Torres... et Geluck qui, pour moi, fait de la ligne claire.

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Crayonné
 

KLI : Votre bande dessinée est truffée de clins d'oeil à Hergé, Jacobs mais aussi Franquin. Est-ce que vous avez dessiné cet album avec les aventures de Tintin ou Blake et Mortimer sous les yeux ? Quelles étaient les exigences de Philippe Geluck par rapport à votre dessin ? Aviez-vous totale liberté pour le traitement graphique du récit ?

D : Non, je n'ai pas eu besoin de dessiner avec des albums sous les yeux. Je me suis au contraire employé à reproduire les références graphiques qui étaient encrées dans ma mémoire. Philippe Geluck n'avait pas d'exigence particulière pour le traitement graphique de l'aventure car nous nous étions mis d'accord en amont sur la tonalité que nous souhaitions donner à l'album. Ma liberté graphique était donc totale même si je devais avoir une cohérence graphique proche des albums que nous aimions.

KLI : Finalement, votre trait se révèle assez neutre comme si vous aviez cherché à gommer toute personnalité dans le dessin. Est-ce que c'est volontaire ? Dessinez-vous toujours comme cela ?

D : Mon trait naturel est un peu plus brouillon et la ligne claire impose des règles que je prends grand plaisir à respecter. Toutefois si l'on regarde de près mes dessins, ils comportent, à mon avis, des spécificités qui leur sont propres comme, par exemple, l'emploi des pleins et des déliés .

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Encrage

KLI : La couverture de l'album, sa tranche, ses pages de garde, son quatrième de couverture, le nom du héros principal... tout cela nous renvoie à l'album de bande dessinée franco-belge type collection du Lombard. Pourquoi ces choix ? Pour toucher un public de nostalgiques ou bien au contraire pour tromper ce type de lecteur bédéphile un peu collectionneur sur les bords ?

D : Votre analyse est correcte. D'une part, nous souhaitions que la fabrication permettent aux amateurs qui ont aimé ce type d'album de retrouver la délicieuse sensation que l'on avait en ouvrant ce genre de livre. D'autre part, il y a un petit jeu à instiller le doute vis-à-vis de  ceux qui ne sont pas familiers avec ce type d'ouvrage.

KLI : A votre avis, qui va lire votre album ? Avez vous des premières réactions de lecteurs suite à la prépublication dans le Soir ? Quelles-sont elles ?

D : Je pense que le public de cet album s'orientera en premier lieu vers les amateurs nostalgiques et j'espère qu'il saura attirer des lecteurs  qui prendront plaisir à découvrir ce type de trait et le ton décalé de l'aventure. Les premières réactions à la suite de la publication dans Le Soir sont très favorables et me touchent beaucoup venant du lectorat belge qui est relativement pointu en matière de bande dessinée.

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Projet de couverture

KLI : S'agit-il d'un one-shot ou bien du premier album d'une série ? Les titres annoncés en quatrième de couverture ne sont-ils finalement qu'un leurre visant à tromper le lecteur et à critiquer insidieusement le principe même de ces séries au long cours répétant inlassablement les mêmes canevas ? Est-ce que finalement le projet Scott Leblanc ne doit pas se résumer à un seul et même album pour être crédible ? Aller plus loin avec d'autres aventures irait finalement à l'encontre du discours critique sous-jacent qu'il m'a semblé percevoir. Mais peut-être suis-je dans le faux ?

D : La quatrième de couverture est bien sur un leurre mais aussi un clin d'œil direct aux titres évocateurs et exotiques sur lesquels nous rêvions en attendant les aventures à venir. Je ne pense pas que le projet Scott Leblanc doive obligatoirement se résumer à un album pour être crédible. Dans le genre pastiche du cinéma des années 50-60, OSS 117 comporte bien, pour le moment, deux films. Je crois que nous n'avons pas encore exploré l'ensemble des pistes et qu'il y a suffisamment de matière restante pour nous amuser encore un peu, d'autant que nous avons pris le parti d'avancer d'année en année (1966,1967...). Ce qui est certain, c'est qu'il n'y aura pas 50 volumes. Une trilogie nous semblerait parfaite.    

Liens utiles :

- le site de DEVIG : http://devig.monsite.orange.fr

- le site de GELUCK : http://www.geluck.com

 Illustrations copyright Devig - Geluck - Casterman

15:14 Publié dans Devig | Lien permanent | Commentaires (2)