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30/11/2008

ENTRETIEN AVEC BLEXBOLEX

Cela faisait quelques mois que nous souhaitions vous proposer un échange avec le génial BLEXBOLEX. La publication, cet automne, de deux nouveaux ouvrages du dessinateur et illustrateur français, Destination Abecedaria, un angoissant polar-abécédaire teinté de fantastique édité par les Requins Marteaux et L'imagier des gens , un époustouflant livre d'images plein de drôlerie et de surprises proposé par Albin Michel jeunesse, nous donne enfin l'occasion de le questionner sur sa démarche créatrice, son graphisme rétro, ses influences... et bien évidemment ses connexions avec la ligne claire !

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Klare Lijn International : Dans la présentation de Destination Abécédaria, les requins marteaux situent votre dessin entre "un Joost SWARTE destructuré et un CHALAND primitif". Que pensez-vous de cette affirmation qui vous positionne manifestement dans la continuité des deux grands rénovateurs du style ligne claire en bande dessinée ?

BLEXBOLEX : Je n'en pense rien. Je ne suis pas responsable des argumentaires de presse écrits pour faire la promotion des mes livres.
Je pense néanmoins que l'intention des Requins en écrivant ceci est sincère, je veux dire ni cynique ni outrageusement mercantile. Le nom de Joost SWARTE est sorti de je ne sais plus quel chapeau à propos de L'œil privé. Joost SWARTE, tout comme Ever MEULEN est l'un des artistes dont je continue à suivre le travail avec beaucoup d'intérêt, de façon très amicale. J'en étais donc d'une certaine façon heureux, bien qu'ayant l'impression de ne mériter en rien la comparaison. Une sorte d'escroc involontaire, quoi. Je n'ai rien demandé, après tout.

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Extrait de l'Imagier des gens (Albin Michel)

KLI : Est-ce que vous revendiquez une part de filiation avec ce courant graphique qu'il s'agisse des anciens (ST OGAN, HERGE, JACOBS, VANDERSTEEN...) ou des contemporains (CLERC, PETIT-ROULET, TED BENOIT...) ?

B : Je ne revendique rien du tout. HERGE est important pour moi. Il m'a accompagné toute ma vie et il continue à le faire grâce aux très belles éditions d'archives notamment. Je le trouve passionnant jusqu'à la fin des années quarante, beaucoup moins après, de moins en moins en fait. Je connais finalement assez peu les autres. Ils ne m'intéressent pas vraiment. JACOBS peut être très bon, un excellent dessinateur avec un sens de la mise en scène époustouflant, mais il ne provoque pas le même intérêt chez moi. Son travail de refonte de Tintin avec HERGE est d'une très grande qualité. Au regard de ces capacités de dessinateur, cela a dû lui demander beaucoup d'humilité. Respect, donc, tout de même. J'aime beaucoup PETIT-ROULET, son trait rond, précis que je ne trouve absolument pas naïf. Ses personnages inspirent une sympathie immédiate. Je lis avec un très grand plaisir ses bandes dessinées, celle qu'il a produit avec MARTINY. Je trouve que Le cirque Flop est une petite merveille.

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Illustration Dada Futurisme Guerre

KLI : Doit-on plutôt considérer que vous allez puiser directement chez des créateurs, peintres ou illustrateurs extérieurs à la bande dessinée qui ont pu influer sur le travail des dessinateurs que je citais juste avant ?

B : Oui, l'Art Déco, tout l'art graphique dérivé des grands mouvements artistiques du début du vingtième siècle, jusque dans ses dernières lueurs, encore sensibles dans les années trente-quarante. C'est une vague énorme, quand on y pense. Les années cinquante, c'est déjà fini. Quelques traces chez quelques bons artistes, mais ce n'est plus une histoire collective. Ce monde n'existe plus. Il faut attendre les années soixante pour voir quelque chose de neuf et d'intéressant se produire dans l'art graphique. Ça accompagne bien entendu tous les bouleversements de la société à ce moment-là. Les années soixante-soixante-dix sont passionnantes, elles se sont bien trop vite essoufflées. Le monde a changé de vitesse.

KLI : Dans ma bibliothèque, vos ouvrages voisinent ceux de STANISLAS, MEULEN, Mc GUIRE, SETH... Vous sentez-vous proche de l'univers graphique de ces dessinateurs ? Votre Imagier des gens me semble sur la même longueur d'ondes que le récent Abécédaire de STANISLAS. Est-ce que je me trompe ?

B : C'est un très grand compliment que vous me faites. Je n'ai regardé que superficiellement l'Abécédaire de STANISLAS lors d'un de mes voyages à Paris. Je ne peux pas vous répondre.

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Planche extraite de L'oeil Privé (Requins Marteaux)

KLI : Est-ce que des bandes dessinées ligne claire figurent en bonne place dans votre Panthéon personnel ?

B : Non. Encore une fois, je ne sais pas ce que vous entendez exactement par ligne claire. HERGE, WILLEM, MOEBIUS pour certaines pages du Garage Hermétique, Philippe PETIT-ROULET, DUPUY-BERBERIAN ? Richard Mc GUIRE ? Gary PANTER pour quelques pages de Jimbo, de Cola Madness ? Charles BURNS avec son style impeccable ? Walt DISNEY ? SEGAR ? Shuihô TAGAWA ? Otto MESSMER ? Ok, je fais l'idiot. Je pense comprendre un peu. Alors, c'est non. Les années quatre-vingt ne m'inspirent pas beaucoup de respect, même si quelques-uns de mes artistes préférés sont apparus à ce moment-là. C'est sans doute générationnel.

KLI : Considérons que la ligne claire est avant tout un trait. Si je vous dis que dans vos créations, derrière les aplats de couleurs sans traits, se dégage finalement cette ligne claire, est-ce que je suis dans le vrai ? Au moment où vous créez, ne travaillez-vous pas d'abord ce trait pour ensuite le faire disparaitre ?

B : Je crois que j'ai procédé ainsi pour Rogaton-man et pour L'œil privé parce que les dessins ont existé sous forme de tracés avant de connaître leur forme définitive. Mais non, en fait je travaille directement la forme sans passer par un trait d'épure. À la limite, mon dessin s'apparente d'avantage à la technique du modelage où il est possible de retirer ou d'ajouter de la matière pour obtenir la forme voulue. Je n'ai absolument pas besoin du trait. Il me gène à la limite. Est-il à l'intérieur ou à l'extérieur de la forme? Est-il une limite abstraite ou une condition de l'expression ou l'énonciation d'un fait ? N'est-il pas une forme en lui-même avec des contours possibles ? Il faudrait donc faire un trait d'épure pour dessiner un trait ? Je ne m'en sors pas. Je l'ai donc éliminé de mon dessin. Pourtant les possibilités du trait sont infinies, c'est sans doute une autre raison pour laquelle je tends à m'en débarrasser. Trop. Oublions un peu, si vous voulez, la "ligne claire", et même la ligne tout court, pour ne garder que la clarté, c'est déjà assez difficile comme ça. Là, oui, je veux bien vous suivre. Et que de cette envie, de cette nécessité de la clarté, naisse une certaine "ligne", un style, finalement, que je partage bien évidemment avec beaucoup d'autres dessinateurs, alors là, oui, je suis bien d'accord avec vous. Mais c'est dans cet ordre-là.

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Planche extraite de La longue vue (Thierry Magnier)

KLI : Comment se fait chez vous le choix de la couleur ou du noir et blanc ? Pourquoi un large palette de couleurs pour L'enclos, le noir-blanc-gris pour Peindre et La longue vue, deux récits plutôt drôles, et une trichromie pour Destination Abécédaria ? Contraintes de collection ? Choix délibérés ? Dans le même ordre d'idée, comment se fait le choix d'une bande dessinée avec bulles, sans bulles, sans textes, avec textes sous l'image ? Comment déterminez vous le moment où vous pouvez vous permettre de déformer les proportions d'un personnage et celui où un traitement plus réaliste est nécessaire ? Comment se font ces différent arbitrages ? La création chez BLEXBOLEX est laborieuse, hésitante, réfléchie, instinctive, un peu de tout ça en même temps ?

B : Mon "style" est en effet opportuniste. Il s'adapte aux conditions techniques. Je viens de l'imprimerie. J'ai une formation de sérigraphe et bien évidemment, je connais la plupart des contraintes de l'impression. Je pourrais même dire que l'évolution de mon dessin provient de la volonté de simplifier la tache de l'imprimeur. Assez comiquement, le résultat ne répond presque jamais à mes attentes et j'obtiens en fait rarement satisfaction. Je pense que je vais un de ces jours revenir à l'imprimerie. Trop de malentendus avec les imprimeurs. Les choix formels sont la base même de mes envies de faire des livres. Ils déterminent absolument tout. Ils viennent de la curiosité que j'éprouve par rapport à tel ou tel aspect technique de l'impression, dans toute l'acceptation de ce terme, donc en tenant compte de l'aspect émotionnel aussi. Une envie de test grandeur nature, si vous voulez. Une envie de vérifier une intuition. Ce qui m'étonne moi-même, c'est la dimension onirique que peut prendre cette curiosité. C'est une espèce de dérive, de rêverie - je dis ceci sans prétention, je vous demande de bien vouloir me croire ! - Le récit est quelque chose de tout à fait second. Il est une sorte d'écho de cette curiosité technique. Une façon de prendre en charge cette espèce de manie intellectuelle. Un contre-coup, une mise en scène de mon petit théâtre graphique. Je ne suis pas très clair là. Je suis désolé.

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Extrait du portfolio Illustrissimo (Michel Lagarde)

KLI : Il se dégage de vos travaux un attachement à l'esthétique rétro des années quarante-cinquante. Seriez-vous un nostalgique ? Pourquoi ne pas ancrer davantage vos créations dans la modernité. Parce qu'elle vous inspire moins ou bien parce qu'elle ne répond pas à vos canons esthétiques ?

B : Les années vingt-trente plutôt. L'art du début du vingtième siècle est moderne, il a énoncé la modernité. D'une façon tellement claire qu'elle m'étonne encore. La dernière tentative d'universalité, par la simplicité, par la volonté de poser la simplicité en terme de question. Et donc, je me sens de la questionner de nouveau, à un niveau individuel. Je ne suis pas nostalgique de l'art du passé. Il est une distance, il me donne la possibilité d'une ironie par rapport à mon propre travail. Je me méfie un peu des tendances et des modes. C'est aussi une façon de me mettre à l'abri et de continuer à chercher. Je me méfie même de cette tendance "Vintage". Mais le travail de faussaire est intéressant. CIZO, par exemple le fait à merveille, avec beaucoup plus de soin que moi-même. Je ne crois pas que mes livres auraient pu exister dans l'époque où ils font semblant de s'inscrire. J'aime l'art moderne, et aussi celui qui se fait aujourd'hui. Mais il n'offre la plupart du temps que des réponses ou des questions d'ordre individuelles. Mes tous premiers livres jusqu'à Disaster Boy peuvent paraître plus "actuels" pour les jeunes dessinateurs que ma production récente. C'est assez drôle finalement.

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Affiche pour le festival Rétine d'Albi

KLI : Est-ce que des travaux d'illustrations jeunesse ou publicitaires peuvent vous inspirer dans vos créations plus personnelles ? Par exemple, j'observe que les avions de Destination Abécédéria rappellent ceux de L'affaire Noël ou bien que l'hypnotiseur de l'affiche du festival Rétine se retrouve dans votre Imagier.

B : Tous mes travaux sont personnels, à différents niveaux d'implication, bien entendu. Les avions ? Un simple copié-collé. Enfin, simple, pas tant que ça, finalement. Mes dessins se font et se défont comme des briques de Lego. Ils ne sont ni fixés pour l'éternité, ni sacrés. Ce sont mes outils. Un morceau d'illustration fait pour un magazine vient combler un arrière plan d'une case de bd, Un personnage secondaire d'une histoire vient occuper le devant de la scène dans une illustration pour un journal, un détail agrandi devient une image isolée dans un livre, etc. J'ai toujours procédé ainsi, avant même de posséder un ordinateur. C'est également valable pour mes textes. Je pratique le collage. Je pense que vous pouvez vous amuser à trouver des concordances, voire des citations à peine dissimulées, en cherchant bien. Mais bon, j'ai encore assez peu écrit, c'est vrai.

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Extraits de Destination Abécédaria (gauche) et L'affaire Noël (droite)

KLI : Depuis la publication de L'oeil privé, vous semblez tendre vers des récits plus accessibles et moins radicaux qu'à vos débuts dans le fanzinat et l'auto-édition au Dernier cri ou au Chacal puant. Partagez-vous cette perception ? Si oui, comment expliquez-vous cette évolution ? N'est-elle pas finalement normale dans ce sens où bon nombre d'auteurs de bande dessinée ayant débuté dans l'underground se sont progressivement dirigés vers une forme de classicisme (SWARTE en est un bon exemple) ? Est-ce que cela répond à une volonté de votre part d'être plus lisible, plus "grand public" ? De rendre finalement votre univers plus accessible ? N'est-ce pas également lié à votre travail pour l'illustration jeunesse qui appelle généralement une plus grande clarté dans le dessin et le propos ?

B : Je ne sais pas si je suis si classique. Je ne sais pas si j'ai "un univers". Je suis heureux quand on me dit que les enfants aiment les livres que je fais pour eux. Il y a une sorte de complicité qui s'établit, et que ce soit par le moyen du livre, c'est une grande satisfaction. De l'underground, mis à part quelques bons souvenirs et beaucoup de rage, je ne garderai finalement que la nécessité d'une certaine frange de clandestinité. Il était un peu mort l'underground parisien quand j'ai commencé à produire des livres. Le simple fait de faire des livres individuels dans ce territoire très particulier n'est pas un signe de vitalité, je crois. La clandestinité n'est pas incompatible avec une plus large diffusion, parce qu'un livre est aussi une sorte de code, il contient des signaux. À moi de gérer ce que je veux bien que l'on comprenne et ce qui ne s'adresse à personne au monde peut-être.

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Planche extraite de Gertrude in Toy Comix (L'Association)

KLI : Nonobstant tout ce que je viens de dire, votre univers reste quand même marqué par un net attrait pour l'étrangeté, les bas instincts humains, une certaine forme de monstruosité et de sordide. A ce titre, vous n'êtes pas éloigné d'un BLANQUET ou d'un BURNS. D'où vous vient ce penchant pour le côté obscur ?

B : Chez BLANQUET, je trouve que son expression de l'horreur est une forme de déclaration d'amour fou. Il m'impressionne beaucoup, c'est un artiste passionnant. Chez BURNS, l'horreur est plus codifiée, référencée. Il n'empêche que l'histoire qui s'intitule Burn again me fiche encore les jetons. Vraiment du grand art ! Je ne supporte même pas de regarder un film d'horreur. J'ai mis presque trente ans à me décider à voir Evil Dead ! J'ai adoré les films de ROMERO. Je ne les ai vus qu'il y a trois ans seulement. Je crois que les films que je me fais dans la tête sont pires. Mais mes livres ne sont pas vraiment effrayants ni tout à fait sordides. C'est finalement assez amical et bon enfant. Vous ne trouvez pas?

KLI : C'est vrai par certains côtés. J'aurais peut-être dû parler d'une forme de dérangement et de perturbation que vous aimez introduire dans vos récits.

B : Je ne sais pas. Ça tient peut-être à la relation que j'ai au monde. Chacun a la sienne. Le monde me perturbe, il m'émerveille, il m'horrifie, c'est comme ça. L'émerveillement peut-être proche de l'horreur, et vice-versa. C'est une inquiétude. C'est peut-être ce que vous entendez, par perturbation ? C'est vrai qu'il m'est difficile d'envisager de faire un livre sur le mode du "calme". Je suis plutôt panique.

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Planche extraite de Destination Abecedaria (Requins Marteaux)

KLI : Avez-vous le sentiment d'avoir aujourd'hui atteint l'aboutissement de votre évolution graphique en disposant de la palette vous permettant de vous exprimer pleinement en bande dessinée, en illustration, en publicité ? Votre patte est désormais facilement identifiable. Votre vocabulaire graphique semble bien en place. Qu'est-ce qui pourrait vous faire évoluer encore ? La volonté de ne rester pas figé ?

B : La curiosité. Je ne pense pas avoir fait mes livres. Pas encore. Tout simplement.

KLI : Qu'est-ce qui vous fait dire que vous n'avez pas encore atteint votre plénitude d'artiste ?

Je me sens encore gêné aux entournures. Des expériences graphiques qui n'ont pas atteint leur plein aboutissement. Les livres sur lesquels je travaille en ce moment me posent des questions, ouvrent un champ nouveau. La relation texte/image me paraît un espace encore inexploité, dans le monde de l'édition jeunesse et en bande dessinée, à un niveau qui ne serait pas uniquement expérimental ou de l'ordre de la démonstration. Je ne sous-estime pas les travaux de L'OuBaPo, par exemple, mais je pense à quelque chose qui serait d'avantage de l'ordre du sensible, de l'émotionnel, un autre type d'implication.

KLI : Vous bénéficiez aujourd'hui d'une reconnaissance bien au-delà des frontières hexagonales. Destination Abecedaria a été initialement publié en Allemagne. Vous collaborez à des publications outre-Atlantique. En quoi cet écho international modifie votre approche créative ? Est-ce que vous tendez à orienter vos travaux de telle manière qu'ils touchent à l'universalisme et puissent être appréciés partout ?

B : Je ne vois pas les choses comme ça. Les gens prennent ce qu'ils veulent bien prendre et je suis évidemment content quand ils le font.

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Illustration pour LIBE

KLI : Comme bon nombre d'auteurs, vous oeuvrez dans l'illustration ou la publicité. Qu'est-ce qui vous pousse à continuer la bande dessinée là où certains se contentent de dessins isolés pour la presse ou de campagnes bien rémunérées ? Pour satisfaire le conteur qui est en vous et qui serait en quelque sorte frustré de ne pas pouvoir raconter tout ce qu'il veut au travers de simples images ou l'illustration de récits écrits par d'autres ?

B : Parce que je ne fais pas de campagne bien rémunérées. Hahahaha! Non, comme je vous l'ai expliqué, le processus est inversé, chez moi.
Je ne suis un conteur que par défaut. C'est le livre en tant que forme, en tant que véhicule qui m'intéresse vraiment. Ne me demandez pas pourquoi. C'est un processus.

KLI : Votre attachement au beau livre est manifeste. Vos créations sont toujours très soignées, diverses dans leur format et leur présentation.

B : J'aimerais que mes livres soient encore mieux faits. Ils pèchent toujours quelque part. C'est un grand sujet d'agacement.

KLI : Quel est votre regard sur la bande dessinée contemporaine ?

B : J'ai peu de temps pour lire des bandes dessinées. TESUKA est une lecture d'une très grande qualité parfois, L'homme sans talent de Yoshiharu TSUGE a été une de mes meilleures lectures récemment, BURNS, BLANQUET, PANTER sont mes héros pour toujours. Et BLUTCH ! La Volupté, Vitesse Moderne! Quels livres ! Je n'ai pas de regard particulier sur la bande dessinée. Je ne suis qu'un consommateur ordinaire.

KLI : Si l'on vous proposait de réaliser un Spirou, comme l'a fait avec brio Emile BRAVO, est-ce que vous seriez partant ou bien cela va à l'encontre de vos principes ?

B : Je n'ai pas de tels principes ! Mais je ne pense pas que j'accepterais, si cela devait jamais se produire, par erreur sans doute : trop de travail, pas assez de satisfaction en perspective. Cette histoire n'est pas la mienne.

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Extrait de Bim de la jungle (Thierry Magnier)

KLI : Avez-vous déjà eu l'occasion d'oeuvrer dans le dessin animé ? Adapter l'un de vos récits au cinéma ou en animation vous semble t-il concevable ?

B : Oui, tant qu'on ne me demande pas de faire ce travail.

KLI : Vous accepteriez de laisser votre univers à d'autres mains ?

B : À la condition du final cut, oui, bien sûr. Par ailleurs, je ne pense pas que la "création" soit quelque chose de si personnel. 99,99 % des formes que nous utilisons pour nous exprimer ne sont pas de nous. Presque rien en fait. C'est très rare de réellement inventer quelque chose et lorsque cela arrive, on ne s'en rend généralement même pas compte, à moins d'une très grande lucidité. Ceci dit, le style, si style il y a, est l'expression de notre personnalité, qui à 99, 99% n'est pas de notre propre fait. Hahaha! Je plaisante, mais à peine. Il suffit juste que les choses soient bien faites, et tout va bien.

KLI : Pratiquez vous la peinture, la sculpture, la vidéo, la photographie...pour sortir de votre univers graphique, vous défouler, vous ressourcer, vous changer les idées ?

B : Je fais des dessins pour les exposer, de temps en temps. Mais cela ne m'intéresse pas tant que ça. Je ne suis pas peintre, ni réellement un artiste. Je préfère varier mes techniques en travaillant tranquillement - si possible! - à mes livres. Pour eux, je veux bien tout faire. J'ai fait de la photos et du volume pour Ubu-ru N°5, du pochoir, de la gouache pour d'autres, du lavis pour un autre, de l'eau-forte pour encore un autre, je fabrique mes propres trames de demi-teintes, voudrais refaire du papier, je veux dire en fabriquer, je teste de nouveau supports, m'exerce à l'écriture - très difficile! - et je rêve beaucoup…

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KLI : Avez-vous des expositions prévues ces prochains mois ?

B : À Marseille en décembre. C'est une exposition organisée par Fotokino, Laterna Magica, du 3 au 21 décembre 2008, avec Jochen Gerner en principal exposant. Pour plus d'informations : http://fotokino.org/

KLI : Et internet ? Est-ce qu'un site Blexbolex est à l'étude pour permettre à vos admirateurs de suivre vos créations ?

B : Non, je n'en ai absolument pas le temps.

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Le site internet Cornelius griffé BLEXBOLEX

KLI : Quels sont vos projets en cours et vos prochaines publications ?

B : Je travaille principalement sur 3 livres :
- L'imagier des saisons, qui est une sorte de suite à l'imagier des gens. Derrière les images et les dénominations, une sorte de récit ce profile donc. Ce devrait être le deuxième "tome" d'une série d'imagiers qui en comportera quatre, si possible.
- Un livre en images légendées dont le récit s'auto-détruit, et qui s'appelle Hors-zone, à paraître chez Cornélius.
- Un petit livre en sérigraphie devrait sortir en février. Il s'appelle La fêlure; c'est un récit en images et il est imprimé et édité par Frédéric Déjean. Il devrait être très joli.
C'est tout pour le moment.

KLI : C'est déjà beaucoup ! Plein de belles choses à découvrir prochainement dans les bonnes librairies.

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Extrait de L'imagier des gens (Albin Michel)

A voir absolument pour prolonger cette lecture : le portfolio d'images de BLEXBOLEX sur le site de l'agence ILLUSTRISSIMO.

Illustrations copyright BLEXBOLEX et les éditeurs cités

08:02 Publié dans Blexbolex | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Encore un très bel entretien, Klarelijn, avec un artiste que j'ai découvert depuis peu avec l'Imagier des Gens puis d'autres ouvrages. Il ressort vraiment de son oeuvre un univers très spécial entre nostalgie-post modernisme-humanisme qui me plait particulièrement. Son entretien traduit aussi un certain recul par rapport aux codes du métier. Bel artiste. Bel entretien. Merci!

Écrit par : Basil Sedbuk | 06/12/2008

Si je connais et apprécie ses dessins depuis "Rogaton Man", Blexbolex demeurait une signature un peu mystérieuse.
Merci de lever une partie du voile avec cet intéressant entretien.

Écrit par : Yannick | 11/12/2008

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