Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

01/11/2008

MICHEL RABAGLIATI : CONVERSATIONS AUTOUR DE PAUL

Pourquoi Klare Lijn International s'intéresse t-il à Michel RABAGLIATI et à sa série Paul, une bande dessinée d'outre-Atlantique, au parler très québecois comptant les aventures ordinaires d'une jeune canadien francophone tout ce qu'il y a de plus normal, de la fin de l'enfance au début de l'âge adulte ? Tout d'abord parce qu'un amateur de notre site, Frédéric GROSSE, nous a fait le plaisir de nous proposer un entretien inédit avec Michel RABAGLIATI et que ce dernier a accepté fort aimablement cette belle proposition. Ensuite, parce que les 5 albums de Paul publiés à ce jour sont de vraies réussites. D'une très grande qualité narrative, ils racontent clairement, simplement, avec humour et émotion, le vécu d'un personnage, alter ego de l'auteur, et nous renvoient finalement à nos propres réalités et souvenirs personnels. Enfin, parce qu'au fil de ses albums, Michel RABAGLIATI tend vers une épure graphique qui rapproche son trait d'une certaine forme de ligne claire. Autant de bonnes raisons qui justifient la lecture de l'échange qui suit.

Rabagliati self portrait.jpg

Autoportrait de Michel RABAGLIATI

Klare Lijn International : Michel RABAGLIATI vous êtes né en 1961 à Montréal où vous avez grandi dans le quartier de Rosemont. Aujourd'hui vous vivez toujours à Montréal avec votre famille.

Michel RABAGLIATI : Oui, j’habite dans la partie nord de la ville dans un petit quartier qui se nomme Ahuntsic, quartier résidentiel plutôt tranquille.

KLI : Depuis 1998, vous avez publié cinq albums reprenant des tranches de vie d'un personnage prénommé Paul. En lisant ces albums, le sentiment qui prédomine est que vous livrez au lecteur votre propre histoire. Alors Paul et Michel RABAGLIATI ne font-ils qu'une seule et même personne ? Quelle est la part d’autobiographie et de fiction dans votre travail d’écriture ?

MR : L’autobio n’est pas si important pour moi. Au fond, c’est par simple paresse, je pars de mes propres expériences pour élaborer des histoires, mais la vie et les expériences des autres, m’intéressent tout autant. Ceci dit, je ne me prive pas d’ajouter des scènes de fiction lorsque je dois orienter mon récit dans une direction voulue. La seule chose qui m’importe lorsque j’ajoute de la fiction, c’est que cette fiction soit plausible et qu’elle s’imbrique de façon invisible dans mon récit. Difficile de vous donner des chiffres mais disons que mes histoires sont autobiographiques entre 75 et 95%, dépendant des albums.

paul21.jpg


Paul à travers les âges - Extrait de Paul à la pêche

KLI : Vous-vous présentiez jusqu'à présent comme illustrateur et auteur de bande dessinée. Un illustrateur dans les domaines publicitaire, éditorial, commercial, scolaire…continuez-vous aujourd'hui à avoir cette double casquette ? (si oui comment conciliez-vous ces deux activités : des jours bien définis sur l'une ou l'autre ? un peu des deux chaque jour ?…).

MR : Mon but premier est de faire de la BD à plein temps. Mais comme tout le monde le sait, le Québec est un petit pays (en population) et il faut souvent avoir plusieurs cordes à son arc ici lorsqu’on veut faire de l’art. Pratiquement tous les comédiens de théâtre locaux que l’on voit ici, font un tas de trucs pour gagner leurs vies : doublages, émissions de radio, téléthéâtres, téléromans, annonces télé etc. C’est un peu la même chose pour moi, la BD ne m’apporte pas encore les revenus dont j’ai besoin, alors à l’occasion quand mon compte en banque est dans la zone critique, j’accepte des travaux d’illustration. Ou alors je fais de l’illustration lorsque qu’on me propose quelque chose de vraiment excitant et libre, comme la pochette de disque du groupe Mes Aïeux par exemple, que je viens de faire.

mes_aieux.jpg

Pochette de disque pour Mes Aïeux

KLI : Est-ce que je me trompe si je vous dis vous percevoir de plus en plus comme conteur et de moins en moins dessinateur ?

MR : C’est exact. Je me vois moi-même plus comme un conteur qui accompagne ses récits d’images, qu’un authentique dessinateur de BD. J’ai un jour réalisé que beaucoup de mes BD préférées n’ étaient pas exécutées par des virtuoses du dessin (au sens ou on l’entend dans le milieu de la BD), mais par d’excellents conteurs. C’est ce qui m’a décomplexé et poussé à en faire. Sinon, avant ça j’étais terrorisé à l’idée de ne pas performer comme un Dieu en dessin. La performance stylistique ne m’intéresse pas. J’ai seulement envie d’utiliser à son mieux le style naturel qui sort du bout de mon crayon, sans trop corriger et sans trop me prendre la tête avec des questions d’esthétique. De toute façon, le lecteur me suivra si je lui donne une histoire qui peut le captiver. Un de mes auteurs préféré est Bruno HEITZ. Ses histoires me fascinent et me donnent un plaisir fou. Pourtant on ne peut pas comparer son dessin à du Rembrandt ! Mais ses techniques de conteur sont excellentes et très efficaces, malgré des décors et des costumes hyper dépouillés. La simplicité, l’efficacité et l’honnêteté de son travail m’ont inspiré pour Paul.

KLI : Dans une interview vous disiez que vers l'âge de 11-12 ans la lecture d'un livre vous a "jeté à terre" à savoir Comment devenir créateur de BD de FRANQUIN et JIJE. En quoi cela vous a-t-il marqué ?

MR : J’étais abonné à Spirou au début des années 70. Comme beaucoup de jeunes, le travail de FRANQUIN me fascinait et m’envoûtait même ! La page de Gaston était la première que je regardais lorsque je recevais le journal. Ses pages restent de véritables chef d’oeuvre pour moi aujourd’hui. FRANQUIN était un immense artiste. Enfin voilà, un jour à la librairie de mon école, je tombe sur ce livre formidable. Je l’ai emprunté très souvent jusqu’au jour où il a mystérieusement disparu des rayons. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est qu’un gars comme lui, daigne montrer tous ses trucs au monde entier. Je trouvais ça très chic de sa part et très généreux. Pour un novice comme moi qui voulais faire de la BD, ce livre était une mine d’or ! Je ne saisissais pas toutes les technicités de la mise en couleur, mais j’ai retenu beaucoup de trucs de ce livre.

KLI : D'autres auteurs ont-ils influencé votre style ? Vous citez souvent HERGE, GREG avec Achille Talon et plus proche de nous DUPUY-BERBERIAN ou SETH. En quoi chacun a-t-il eu une influence ?

MR : Je crois que c’est surtout avec Tintin que j’ai appris comment fonctionnait une BD. Pour moi la totalité des albums de Tintin constitue à elle seule une école de la BD. HERGE est un grand maître de la mise en scène et du «faire-comprendre-au-lecteur ce-qui-se-passe». Au niveau du style j’ai certainement plus hérité d’Alain GREE et de Miroslav SASEK. Ces deux illustrateurs ont profondément marqué mon enfance par leurs illustrations sans contours noirs. C’est d’abord en illustration de presse et publicitaire que j’ai développé mon style graphique, ensuite je n’ai fait que le convertir en noir et blanc et au trait pour les besoins de la BD.

paul tintin.jpg

Extrait de Paul dans le métro

KLI : Est-ce que vous entretenez des rapports avec les auteurs canadiens anglophones comme SETH, Chester BROWN ou Joe MATT ? De ce côté de l’Atlantique, on peut avoir l’impression que la bande dessinée québécoise vit un peu de son côté, qu’elle est plus tournée vers les créateurs européens. Est-ce qu’il y a une part de vrai dans ce constat ?

MR : Ces auteurs sont trop loin de Montréal, ils vivent tous à Toronto. J’ai toutefois rencontré Chester BROWN l’an dernier, lorsque je suis allé à Toronto pour le lancement de Paul goes fishing. C’est une personne très douce et à l’écoute. J’aime énormément son travail. J’ai vu ses planches pour la première fois lorsqu’en 1989 Chris OLIVEIROS, l’éditeur de Drawn & Quarterly est venu me voir pour me demander un logo pour la couverture de son magazine. À cette époque je ne connaissais plus rien de ce qui se faisait en BD contemporaine, j’étais totalement absorbé par mon métier de graphiste. J’ai été immédiatement sous le charme des auteurs présents dans cette revue : SETH, Chester BROWN, Maurice VELLEKOP, Joe MATT et quelques autres, Ce fut probablement là que l’idée de m’y mettre aussi un jour, germa. Mais il me fallut encore dix ans pour me décider à plonger. À l’âge de 38 ans.

KLI : Comment peut-on analyser votre style? Certains parlent d'une ligne claire volontairement naïve et simpliste, mais d'une grande élégance. Vous-même d'ailleurs n'êtes pas tendre et qualifiez votre dessin de moyen ! Vous sentezvous ligne claire ?

MR : Je ne sais pas. Je ne qualifie mon dessin de rien d’autre qu’une accumulation d’influences diverses, venant de la BD, des arts visuels et publicitaires. Ma ligne n’est claire que parce que je suis habitué de travailler proprement en graphisme. Lorsqu’on fait des logos et de la typo à la main, il faut que tout soit impeccable pour la reproduction. Cela habitue à une certaine rigueur d’exécution. Pour moi, il est difficile de me défaire de ce pli. J’aime aussi que tout soit clair pour le lecteur et qu’il n’ait pas trop à se casser la tête pour saisir mes compositions. Je veux lui ménager une lecture fluide. HERGE mettait beaucoup d’effort sur ce point, je crois. Ma plus grande hantise est de «perdre» mon lecteur. En tant que lecteur par contre, j’apprécie à peu près tous les styles dès lors qu’on me raconte une bonne histoire.

Coffret Paul Noël 2007-gf.jpg

illustration du coffret rassemblant les 5 premiers Paul

KLI : Vous expliquez que votre méthode de travail se résume à quatre étapes : 1er jet, crayonné, crayonné propre et encrage… pouvez-vous développer ? Est-ce que vous pratiquez dès le départ ce qu’Emile BRAVO appelle une écriture graphique mêlant textes et dessins ?

MR : Je ne sais pas ce que fait Émile – Je l’ai rencontré une fois, il est très drôle - ,mais moi je commence par prendre des petites notes dans un calepin. Je peux passer plusieurs années à accumuler des petites idées pour une éventuelle histoire. Un beau jour, (la plupart du temps une journée où je suis un peu déprimé et que j’ai le vague à l’âme) je me mets au travail, et ça ne s’arrête que le livre terminé deux ans plus tard. J’ai éliminé le deuxième crayonné avec l’expérience. Je commence donc par un synopsis écrit, pas trop précis, sans les dialogues. Cela tient habituellement sur trois ou quatre pages. Ensuite je plonge directement dans un découpage au plomb, où j’invente les dialogues et la mise en scène (la partie la plus intéressante du travail selon moi). Je passe alors au crayonné sur carton mince qui recevra l’encre plus tard. Je fais aussi
les scans, les tons de gris, la maquette et la mise en page à l’ordinateur. Mon éditeur n’a pour ainsi dire, rien à faire, car je contrôle tout de A à Z.

paul éditeurs.jpg

Extrait de Men in Black, clin d'oeil aux éditeurs de Paul

KLI : Vos 5 albums sont publiés chez le même éditeur : les éditions de la Pastèque. Cet éditeur va fêter prochainement ses 10 ans d'existence avec plus de 65 titres à son catalogue. Comment analysez vous cette fidélité à cette petite structure alors que vous avez peut-être été approché par des éditeurs plus importants ?

MR : Je préfère être publié ici autant que possible. Mes dialogues sont québécois, mes histoires aussi. Tout ce qui se passe dans Paul est très québécois et même spécifiquement montréalais. Puisqu’il y a un éditeur ici qui me convient, je préfère que tout soit fait ici. Cela crée un belle énergie dans le milieu également. Les jeunes auteurs sont nombreux maintenant à frapper à la porte de La Pastèque depuis que Paul en est le principal succès.

KLI : Quel est le tirage moyen d'un album de Paul ?

MR : Rien de comparable à un tirage européen, mais il faut comprendre qu’il n’y a que 7 millions de personnes sur ce territoire. Les Paul se sont vendus à 10,000 exemplaires chacun. Ce qui constitue un best seller pour ce genre d’ouvrage ici.

KLI : Est-que vous pourriez nous expliquer pourquoi les éditions de la Pastèque ne publient pas directement en anglais vos ouvrages ou le Rapide Blanc de Pascal BLANCHET ? Est-ce lié à un accord avec Drawn and Quarterly ? En ce qui vous concerne, est-ce que le succès est également au rendez-vous pour la version anglaise de Paul ?

MR : Drawn & Quarterly possède une expertise du marché anglophone que La Pastèque n’a pas. Ils sont là depuis plus longtemps aussi. Il y a beaucoup d’événements à couvrir du côté anglophone et je crois que de toutes façons, cela représenterait trop de travail pour La Pastèque de s’occuper d’un volet anglo. Les choses sont bien ainsi et tout le monde est heureux ! Les ventes de Paul sont à environ au tiers des ventes en français pour les versions anglaises. Je crois que si j’habitais Toronto ou New York, j’aurais probablement un peu plus de presse et que les ventes s’améliorerait, mais je ne suis pas présent dans les médias anglophones ou très peu.

KLI : Certains titres ont été traduits en anglais, en italien, en espagnol, en hollandais et en allemand. Alors que l'environnement décrit, les références, le parlé…sont très connotés "Québec", Paul n'est-il pas finalement un personnage universel ? Comment expliquez-vous le succès de votre série ?

MR : Je crois que c’est dû en grande partie au travail de traduction d’Helge DASHER qui traduit mes livres vers l’anglais. Les éditeurs étrangers ne voient jamais la version originale québécoise du livre (ils n’y comprendraient rien !). Ils font donc leurs travaux de traduction à partir de la version anglaise de Drawn & Quarterly qui est très bien faite. Une fois le québécois passé au rabot vers l’anglais, il n’en subsiste malheureusement rien et tous les charmants québécismes doivent sauter, car il n’en existe pas d’équivalent au Canada anglais. Cependant mes thèmes sont la plupart du temps universels : famille, amitié, naissance, mort, amour etc. Ce qui fait que tout le monde peut quand même s’identifier aux personnages et aux histoires.

paul multi-langues.JPG

Paul parle presque toutes les langues !

KLI : Vos 5 albums ont reçu au global plus de 16 prix ! et Paul à la pêche a été la bande dessinée la plus vendue au Québec pendant trois mois consécutifs et l’événement littéraire de l‘automne 2006 au Québec. On vous présente comme une figure incontournable de la bande dessinée au Québec dont le travail dans le domaine a révolutionné le 9ème art québécois… comment réagit-on face à de telles louanges ? Est-ce que cela vous met encore plus la pression pour le prochain album ou bien a contrario cela vous euphorise ?

MR : Les louanges et les compliments me font grand plaisir, c’est certain. J’écoute les bons commentaires comme les mauvais. Tout m’intéresse. Surtout les commentaires directs des lecteurs lorsque je leur dédicace un de mes livres. C’est surtout en face des lecteurs que l’on peut mesurer si on est sur le bon chemin ou pas. Je ne ressens pas de pression pour l’instant et à vrai dire je refuse même d’y penser. Pour moi la BD doit être une détente. Il me semble que j’ai assez couru dans tous les sens pour toute sorte de clients lorsque j’étais graphiste et illustrateur publicitaire, je vois maintenant ce nouveau métier comme une récompense bien méritée. Je travaille à mon rythme et je décide de tout. Même mon éditeur me laisse travailler en paix et ne me pose pas trop de questions sur mes futurs projets. C’est très rare que l’on puisse
jouir d’une telle liberté de nos jours. La liberté. Voilà ce qui m’euphorise !

KLI : Vous avez un site Internet (un peu au ralenti…) assez original qui mélange son, photos, effets graphiques …êtes vous de façon générale attiré par ce média ?

MR : Non pas tellement. J’essaie de fréquenter l’ordinateur le moins possible. Le site dont vous parlez a été réalisé par une jeune équipe de Radio Canada, il y a un bon moment déjà. Moi, je n’ai pas de temps à perdre avec ça. Ça m’ennuie terriblement.

KLI : Depuis peu on a vu apparaître le personnage de Paul sur des supports comme des sacs pour une librairie à Montréal (librairie Renaud Bray) ou plus récemment sur des t-shirts. S'agit-il d'initiatives très ponctuelles ou souhaitez vous décliner votre personnage au travers de différents supports ?

MR : Vous êtes vachement bien informé , car ces promos sont très locales ! Personnellement je ne tiens pas à voir mon personnages sur les autobus et sur des boîtes de yaourts. Pour une raison que j’ignore, cette idée me déprime. J’aime que mes personnages restent dans le domaine du livre autant que possible. Le sac Renaud-Bray a été imprimé à quelques milliers d’exemplaires pour une chaîne de librairies bien connues et le t-shirt a également été fait pour La Librairie Planète BD, une librairie spécialisée BD. C’est de la promotion très sympa et bien modeste. J’entend à ce que ça le reste, et je n’ai pas de grandes visées commerciales en ce sens.

Promo-tshirt.jpg


KLI : Est-ce qu’une adaptation cinématographique de Paul est envisageable en dessin animé ou bien avec des acteurs réels ? Quel regard portez vous sur les adaptations à l’écran de bandes dessinées (Ghost World de Daniel CLOWES, Persepolis de Marjane SATRAPI, les films issus des BD d’Alan MOORE, de Tintin, le projet en cours de Joan SFAR avec le Chat du Rabbin et j’en passe….) ?

MR : Mucho questions ! Il a déjà été question trois fois de porter Paul à l’écran sous diverses formes. Un premier projet était de faire un film en live action, ce que je préférerais, de Paul à un travail d’été. J’aimerais personnellement mieux voir des vrais acteurs jouer ça que du dessin animé. Le projet a foiré à la signature des contrats trop gourmands du côté des producteurs. On m’a demandé de travailler sur un long métrage à l’ONF en dessin animé, mais cela impliquait trop de mon temps. Ensuite on a voulu en faire une série d’épisodes courts pour Télétoon, j’ai refusé. Sincèrement, rien de tout cela m’excite beaucoup. Je place toujours l’oeuvre imprimé tout en haut de la pile. Pour moi c’est le livre qui est le plus important et qui constitue l’oeuvre originale et définitive. Le cinéma ne m’impressionne pas le moins du monde. Ça coûte si cher pour la plupart du temps finir en merdes incroyables. Il faut vraiment investir soi-même de son temps pour réussir une adaptation. CLOWES l’a réussi avec ghost world parce qu’il y a travaillé lui-même, idem pour Marjane SATRAPI avec persepolis. Par contre, Tintin n’a jamais marché au cinoche. Les film de Tintin ont toujours été d’un ennui mortel, tandis que les livres débordent de d’énergie et de mouvements.

flyer_paul_web.jpg

Exposition Paul par le fanzine Bidon Team 2008

KLI : Que pensez-vous de la "performance" réalisée à l'occasion de la dernière édition du festival de la bande dessinée de Québec, de permettre à des jeunes artistes de s'exprimer sur le thème de Paul ?

MR : Ce fut très sympathique. Mais j’avais un peu l’impression d’un hommage postmortem. Alors que je viens juste de commencer il me semble, dans ce métier ! Cela a tout de même été terriblement amusant. J’y ai d’ailleurs acheté plusieurs pièces.

Morgan bridge photo.jpg

Exposition de la galerie Morgan Bridge autour de Paul

KLI : Quels sont vos projets ? Paul à Québec, le prochain Paul est annoncé pour 2009 et présenté comme abordant des thèmes comme la mort et la politique…Paul a-t-il définitivement grandi…?
MR : Non Paul n’a pas définitivement grandi car j’ai le pouvoir de le rapetisser à loisir. Si mes livres sont chronologiques ce n’est qu’un pur hasard. J’ai d’autres histoires de Paul en tête qui se passent lorsqu’il avait 9 ans et d’autres lorsqu’il en avait 18. Ça n’a aucune importance pour moi que les histoires suivent un calendrier ou pas. Je suis en plein travail sur mon sixième album. Paul à Québec fait 161 planches. J'ai terminé le travail au trois-quarts. La sortie au Québec se fera autour du mois de mars 2009. Oui il y est question de la mort d’un proche (le père de Lucie), mais bien d’autres thèmes sont effleurés pour ponctuer cette histoire qui est assez triste pas moments. Un peu comme dans Paul à la pêche.

Paul à Québec.jpg

Couverture du prochain Paul

KLI : Avez-vous d'autres projets en dehors de Paul dans la Bande Dessinée ou dans l'illustration ? Est-il concevable que vous puissiez créer une bande dessinée qui ne soit pas un Paul ?

MR : C’est possible, je ne dis pas non. Il me semble cependant que je n’ai pas encore fait le tour de Paul et de son univers domestique. Il y a encore des histoires à extraire de ce côté je crois. Je songe quelque fois à des scénarios qui n’ont rien à voir avec le monde de Paul et de Lucie, cela serait certainement le bon moment d’explorer des personnages nouveaux aux personnalités très différentes de ces deux là. Mais je suis quelqu’un de très ordonné, et en général, je vais au bout de quelque chose avant de commencer du neuf.

Signet Paul Pasteque.JPGMichel Rabagliati est publié en français aux Éditions de La Pastèque et distribué en Europe par le Comptoir des Indépendants.

Bibliographie:

Paul à la campagne
Editions de la Pastèque, 1998

Paul a un travail d’été
Editions de la Pastèque, 2002

Paul en appartement
Editions de la Pastèque, 2003

Paul dans le métro
Editions de Pastèque, 2005

Paul à la pêche
Editions de la Pastèque, 2006

Paul à Québec
Editions de la Pastèque
À paraître en 2009


Sites internet :
http://www.bandeapart.fm
http://www.lapasteque.com

Illustrations copyright Michel RABAGLIATI & La Pastèque

15:29 Publié dans Rabagliati | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

excellent bravo Fred et Klarelijn pour cette belle interview ....

Écrit par : Geert | 01/11/2008

merci à vous pour cet entretien d'un auteur que j'adore et qui me semble encore top méconnu en France...

Écrit par : bontemps | 05/11/2008

Les commentaires sont fermés.