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08/12/2007

LES DESSOUS DE L'AFFAIRE !

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Dix ans après la fin de l'aventure LOUIS' TRIO, après deux albums solos, Hubert MOUNIER alias Cleet BORIS nous propose Affaire Classée , un nouveau disque réjouissant qui nous replonge dans ses formidables aventures musicales avec ses deux compères Karl NIAGARA et Bronco JUNIOR.

Cet album est un réel plaisir pour les oreilles et les yeux. En effet, il contient de nouvelles versions savamment réorchestrées de titres incontournables de l'AFFAIRE mais aussi des morceaux moins connus du groupe. Ensuite, le livret de l'édition collector de l'album offre de bien belles illustrations signées par des illustrateurs de talent dont un certain Cleet BORIS...

Loin d'être classée, l'affaire nous semblait mériter quelques éclaircissements sur la double personnalité de l'artiste, véritable Docteur BORIS et Mister MOUNIER des 5ème et 9ème Arts réunis ! C'est avec un plaisir non dissimulé que nous avons proposé un sympathique interrogatoire à l'ancien leader de l'AFFAIRE LOUIS' TRIO. Il s'y est prêté avec une grande amabilité et nous tenons à l'en remercier. Nous vous proposons de découvrir en exclusivité sa déposition. Elle est pas chic la Planète ?

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Klare Lijn International : D'où vous vient le goût de la chanson et de la bande dessinée ? Historiquement, vous avez été chanteur avant d'être dessinateur ou bien l'inverse ?

Hubert MOUNIER : Le dessin a précédé la musique de plusieurs années. Enfant, j'aimais dessiner avec mon père, qui, bien que dessinateur industriel, aimait beaucoup dessiner des petits mickeys. Et vers l'âge de six ans, ma mère m'a offert ma première BD pour grands : Tarzan. Je crois que dès lors j'ai rêvé d'être dessinateur. C'est d'ailleurs pour ça que je m'évertue encore aujourd'hui à dessiner Tarzan, mon premier héros de jeunesse, mais FOSTER, HOGARTH, MANNING ou Joe KUBERT sont vraiment difficiles à égaler. J'adorais aussi HERGE et FRANQUIN, MORRIS et UDERZO. La diversité des styles m'a toujours fasciné. Là-dessus, j'ai découvert les BEATLES et acheté une guitare et une nouvelle vie a commencé.

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KLI : A vos débuts, au milieu des années 80, vous avez réussi à mener de front votre carrière musicale avec l'AFFAIRE LOUIS' TRIO et la création de bandes dessinées très ligne claire chez Magic Strip. D'ailleurs, les deux univers étaient étroitement mêlés et en parfaite adéquation puisque vos pochettes de disques, votre look, vos attitudes et votre style musical renvoyaient à vos bandes dessinées et inversement. Avec le recul, comment percevez-vous cette période de votre carrière artistique ? Vos compères de l'AFFAIRE partageaient-ils votre passion pour la bande dessinée ?

HM : Quand j'ai découvert Serge CLERC et Yves CHALAND, j'ai compris que mon goût pour les BD des années 50 pourrait bien me servir visuellement dans le travail du groupe qui abordait musicalement des trucs rétros comme le mambo ou le tchatcha, que nous revisitions à notre façon. Le look et les pseudonymes découlaient directement de mes lectures, Tintin, Spirou. « L'AFFAIRE » est inspiré de L'affaire Tournesol ou L'affaire du collier. Tout cela me semblait cohérent à l'époque. Pouvoir m'incarner dans les albums pour Magic Strip était la cerise sur le gâteau ! Je dessinais aussi les story boards pour les clips, des pochettes, des décors de scène et mes deux acolytes jouaient le jeu, jusqu'à ce que notre image finisse par prendre le dessus sur la musique auprès du public. J'ai alors embarqué tout le monde à bord du Nautilus et nous avons évité par la suite d'être estampillés BD. Avec le recul, c'était stimulant de ne pas apparaître comme des êtres de chair et de sang, comme si nous venions d'une autre dimension !

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KLI : Vos bandes dessinées J'ai réussi et Le temple de la Paix étaient très ligne claire dans leur dessin et leur tonalité. Elles s'inscrivaient dans le renouveau de ce style porté par CHALAND, CLERC, SWARTE, TORRES... Est-ce que le choix de la ligne claire s¹est imposé à vous comme une évidence ? Pour quelles raisons ? Quels étaient vos rapports avec les artistes ligne claire de l'époque ?

HM : J'étais en admiration devant cette vague d'auteurs, ils recréaient un univers désuet en y insufflant un humour lucide et souvent noir, loin de leurs prédécesseurs chevelus des années 70, un peu trop idéalistes et brouillons à mes yeux. Ce côté faussement réactionnaire, voire colonialiste, me faisait beaucoup rire, on avait le droit d'être mordant, et d'ailleurs, l'ambiance entre tous ces dessinateurs était assez caustique, très pince sans rire. En les rencontrant, j'ai constaté qu'ils étaient à l'image de leur oeuvre. Etre ligne claire, c'était aussi une façon de vivre, de s'habiller, un clin d'oeil permanent.

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KLI : De la même manière que vous vous sentiez en parfaite harmonie avec l'école Atomium pour votre approche de la bande dessinée dans les années 80, vous considériez vous de la même famille musicale que des groupes comme LES AVIONS, NIAGARA, DENNI'S TWIST... ? Il y avait là comme un courant assez joyeux et postmoderne du pop-rock français. Comment jugez vous cette période de la création musicale hexagonale ?

HM : Musicalement, on était juste le produit de cette époque, plus légère et insouciante qu'aujourd'hui, certaines de nos références étaient les mêmes comme dans le cas de la ligne claire, et on prenait plaisir à se retrouver lors de festivals, hélas le showbiz avale et régurgite les tendances à vitesse grand V et la fête fut trop courte pour beaucoup. Cette vague s'est dispersée et on a rangé nos chemises à fleurs.

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KLI : Tirez vous une légitime fierté à figurer au catalogue de la mythique collection Atomium aux côtés des tenants du revival ligne claire des années 80 ? J'imagine que vous étiez très proche de l'approche postmoderne de la bande dessinée franco-belge que véhiculait cette collection ?

HM : Après la parution de mon Atomium, le groupe s'est mis à marcher fort et je n'ai plus eu le temps de continuer la BD, et pour être honnête, j'avais atteint mon rêve en publiant aux côtés de mes maîtres, et j'étais conscient aussi de mes limites. Mon avenir était musical avant tout. Mais je dois beaucoup à cette période de ma vie, notamment Chic Planète inspiré par JIJE et illustré par Yves CHALAND. Je suis un pur produit du postmodernisme d'alors, avec ses fausses prétentions métaphysiques, auxquelles tenaient beaucoup les frères PASAMONIK d'un point de vue éditorial, ils m'ont beaucoup appris. Ce sont de grands souvenirs, mon âge d'or en quelque sorte.

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KLI : Est-ce que vos bandes dessinées Magic Strip seront un jour rééditées ?

HM : Peut-être un jour, si je me décide à écrire la suite de J'ai réussi qui pourrait s'intituler J'ai réussi, mais je me soigne.

KLI : Quelles sont vos bandes dessinées ligne claire préférées ? Pourquoi ?

HM : les oeuvres complètes de CHALAND, CLERC, BENOIT, FLOC'H, TORRES, LE GALL ou MEULEN,
sans oublier JACOBS, HERGE et JIJE. Du Lotus bleu à La nouvelle frontière de Darwyn COOKE, difficile de faire un choix !

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KLI : Le dessin d'Yves CHALAND pour la pochette de l'album Chic Planète est devenu une image culte de ce grand artiste. Comment avez-vous établi le contact avec lui ? Etiez-vous des proches ? Quel souvenir gardez-vous de l'homme ?

HM : J'ai dû le rencontrer à Lyon où nous travaillions sur une projet lancé par les éditions Carton
avec entre autres François AVRIL, DUPUY et BERBERIAN. Il était grand, élégant, très drôle, autant dire que je n'en menais pas large tant il en imposait. Néanmoins, après quelques rencontres, j'ai osé lui demander s'il accepterait de dessiner la pochette de Chic planète. Il me proposa de passer chez lui pour qu'on en discute. J¹avais été émerveillé par les premières pages crayonnées de Spirou sur lesquelles il travaillait avant que Dupuis ne lui retire bêtement ce projet. Le souvenir le plus surprenant est qu'il me parlait de l'ossature des gens qu'on craoisait comme l'aurait fait un médecin, sa culture dans bien des domaines était encyclopédique. J'ai dernièrement fait une illustration en hommage au Bob Fish 2 qui ne sortit jamais, mais dont j'avais vu les crayonnés préliminaires chez Magic Strip en livrant mes planches.

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KLI : Progressivement, à partir du début des années 90, l'AFFAIRE LOUIS' TRIO s'est dégagée de l'imagerie bande dessinée pour tendre vers une certaine forme de « normalité pop française » moins joyeuse, plus mélancolique. Quelles sont les raisons de cette évolution ? Pourquoi s'est-elle accompagnée en parallèle de votre abandon de la bande dessinée ? Une volonté de s'éloigner de la culture BD ? Une lassitude par rapport au medium ? La volonté de se renouveler ? Le manque de temps et d'énergie pour mener de front les deux activités ?

HM : L'imagerie BD avait été pas mal galvaudée, même Jen-Jacques GOLDMAN avait fait un clip ligne claire en animation. Il était aussi temps que nous nous humanisions un petit peu, le côté gadget rock & BD risquait de nous nuire à la longue, nous devenions lentement adultes. Mes tourments personnels d'alors n'avaient plus rien de clair, un Tintin au pays du spleen n'avait plus de sens ! J'optais donc pour le capitaine Nemo, l'homme aux milles vies ou la Compagnie Europium (qui ne veut que le bonheur des hommes) pour exprimer ce que je ressentais alors. Mais je savais qu'un jour, je me remettrais à dessiner, je ne pouvais hélas pas tout mener de front.

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Illustration de frank LE GALL pour Affaire classée

KLI : Quelles sont les grandes différences entre l'écriture d¹une chanson et la création d'une bande dessinée ? Est-ce que vous vous sentez dans le même état d'esprit quand vous enregistrez en studio et quand vous êtes devant votre planche ? Faites-vous appel à des facultés différentes ? Est-ce que la création concomitante de bandes dessinées et de chansons est possible ?

HM : Dans les deux domaines, j'ai au départ des images en tête. Ensuite, j'ai le choix entre 3 minutes trente ou 46 pages. Mais dans les deux cas, les codes sont assez stricts, qu'on veuille être audible ou lisible. Passer de l'un à l'autre m'est indispensable pour ne pas tourner en rond dans chacun de ces domaines, la chanson reste mon vrai métier, la BD est une récréation salutaire, un sas de décompression. La chanson appelle certains sujets, la BD est plus propice à d'autres, et je ne m'adresse pas forcément non plus au même public.

KLI : Est-ce qu'on peut comparer la séance de dédicaces du dessinateur de bande dessinée à la scène pour un chanteur ? Est-ce que vous aimez ces moments de partage et d'échange direct avec vos publics ?

HM : La pression est moins grande quand on est tranquillement assis pour une séance de dédicaces,
on peut parler avec les gens, boire un café, leur demander leurs prénoms, ils peuvent poser des questions. La scène est un petit théâtre où s'enchainent les tableaux, peu de place pour l'impro, le contact se fait grâce aux chansons, et quelques mots entre elles, c'est moins interactif. Ce sont deux choses différentes mais complémentaires. Le plus marrant est de dédicacer une BD en coulisses après un concert. C'est une chance de voir que quelques personnes s¹intéressent à mes deux domaines de prédilection, car derrière ma guitare ou ma planche à dessin, je me sens souvent bien seul, je me demande toujours si ça va toucher quelqu¹un.

1a15e5fdce1a8aa4d98bde3bc2aad05c.jpgKLI : En 1997, quand le groupe commence à rencontrer des difficultés, vous renouez avec la bande dessinée avec Super Héros dans un style différent de la ligne claire de vos débuts puisqu'il s'agit d'un récit autobiographique à deux mains avec David SCRIMA. Qu'est-ce qui vous a poussé à ressortir vos crayons ? Est-ce que la trame de cette bande dessinée vous a été dictée par la mode de l'autobiographie dessinée portée notamment par l'Association ? Pourquoi l'abandon de la ligne claire pour cette bande dessinée ? Le style vous semblait-il trop daté ?

HM : Je dois ce projet à David SCRIMA, c'est lui qui m'a redonné le goût du dessin, même si j'étais loin de la ligne claire de ma jeunesse. Ne publiant que sporadiquement, je m'amuse à changer de style en fonction des projets et de mon humeur, au risque de ne fidéliser personne. Le noir & blanc autobiographique était effectivement lié aux publications de L¹association. Le journal d'un album de DUPUY et BERBERIAN est un de mes livres préférés.

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KLI : Après la séparation du groupe en 1999, vous alternez albums solos sous votre véritable nom et bandes dessinées toujours signées Cleet BORIS. Pourquoi avoir conservé votre nom d'artiste pour vos récits de bande dessinée ?

HM : Pour ne pas compliquer plus la situation, j'avais déjà publié quelques BD sous mon pseudo, j'ai donc continué ainsi. Mes disques solo étaient quant à eux plus proches du vrai Hubert MOUNIER, inutile de me planquer encore sous je ne sais quelle identité.

6adb662edb078d1af3a6f0ecc0f90e83.jpgKLI : Si votre style musical évolue avec Le Grand Huit et Voyager léger, il en va de même pour votre style graphique et la tonalité de vos bandes dessinées. Chimères, le premier tome de Créature, la bande dessinée que vous signez chez Soleil, est un prolongement au Frankenstein de Mary SHELLEY au dessin très réaliste, assez sombre et à l'intrigue ténébreuse à souhait. On est loin des albums ligne claire au ton décalé et très second degré de l'époque Magic Strip ! Pourquoi ce choix d'une bande dessinée « sérieuse » et pourquoi le thème du monstre solitaire rejeté de tous ? Ne faut-il pas y voir une projection de votre propre parcours de chanteur après la séparation de l'AFFAIRE LOUIS' TRIO ?

HM : Après Le Grand Huit, je me sentais en effet assez proche d'un monstre solitaire rejeté de tous. La Créature devint pour moi un autre avatar, parfait pour vider mon sac, aussi romantique que Nemo, et encore plus marqué par l'existence. Un artiste parle souvent de lui de façon allégorique, et j'ai pris beaucoup de plaisir à porter le masque de Boris KARLOFF en descendant du Grand Huit, autant s'amuser de ses propres travers. Le public n'est pas obligé de savoir tout ça, au final, ce ne sont que des chansons et des histoires.

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KLI : L'Apache que vous dessinez à la même époque pour Fantask fait apparaître une nostalgie des super-héros déjà visible dans l'album avec David SCRIMA et propose un dessin qui lorgne du côté de Strange et des Pockets. Vous illustrez également la couverture d'un numéro de Zembla. Est-ce que vous revendiquez aussi une filiation avec ce type de récits populaires ? De quoi se nourrit votre culture bédéphile en dehors de ses influences ligne claire ?

HM : De Tarzan aux super-héros, les artistes américains qui leur ont donné vie m'ont beaucoup marqué. Frank ROBBINS, GOULD, Lou FINE ou KIRBY et Gil KANE ont inventé le dessin dynamique dans des styles pourtant très divers. Alex TOTH est aussi un roi de la ligne claire à sa façon, comme Steve DITKO. Je me sens un héritier de cet art populaire, à la portée de toutes les bourses, qui a alimenté les conversations de cours d¹écoles avant Star Wars et les jeux vidéos. L'Apache est un peu ma revanche sur les USA, un clin d'oeil qui fait de mon arrière grand-père français le premier de tous les super-héros, avant Superman et Batman ! C'est surtout un hommage à ceux qui m'ont fait rêver, sans jamais oublier que je suis français, ou, en tout cas, franco-belge! Il me parait important de garder un fond d'identité culturelle propre, de ne pas oublier ses racines, et de mélanger toutes ces influences pour enrichir son travail personnel. Entre artistes, les frontières n'existent que sur les cartes. Je continue d'ailleurs à me passionner pour la nouvelle génération, MILLER, MIGNOLA, Tim SALE, Steve RUDE, Stuart IMMONEN ou Olivier COIPEL, qui dessine les vengeurs, une flopée de gars talentueux qui atterrissent dans ma bibliothèque.

KLI : Quels sont vos derniers coups de coeur en bande dessinée et d'un point de vue musical ?

HM : J'adore BLUTCH, BLAIN ou Matthieu BONHOMME, je pense aussi à BODART, BERTHET et ça, ç'a n'est que la lettre B !! Côté musique, je suis surtout plongé dans la mienne ces derniers temps, et le retour de l'accordéon et de la chanson à texte ne m'a pas spécialement enchanté...

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Illustration de Walter MINUS pour Affaire classée

KLI : Pourquoi aujourd'hui ce retour aux chansons de l'AFFAIRE LOUIS' TRIO avec Affaire Classée? Faut-il y voir une forme de nostalgie d'un âge d'or ? Les dessins que vous signez dans le livret qui accompagne l'album sont plutôt ligne claire. Une majorité des dessinateurs que vous avez invités sur ce livret appartiennent à cette famille. Faut-il y voir les signes d'un prochain retour de votre part à ces sources graphiques ? Justement quels sont vos projets ?

HM : La nostalgie est un élément moteur chez moi, les souvenirs façonnent nos goûts. Le grand plaisir de Affaire classée fut de voir mes chansons illustrées par des desssinateurs que j'admire depuis toujours et qui incarnent aussi une époque, comme l'AFFAIRE LOUIS' TRIO. Je viens de terminer quelques dessins qui illustreront mon premier roman, qui paraitra en 2008, ainsi que mon futur disque dont j'écris les textes en ce moment. J'espère bien pouvoir refaire une BD un de ces jours. Le plus dur est toujours d'aller voir les éditeurs.

KLI : Est-ce qu'avec Affaire Classée, vous n'avez finalement pas l'approche d'un HERGE revisitant avec ses studios les premiers albums de TINTIN pour les mettre au format du moment ? Est-ce qu'il ne faut pas y voir également une réponse à votre complexe d'infériorité avec le groupe THE DIVINE COMEDY traduit dans Super Héros ? Si je vous dis que Affaire Classée est une forme de "divine comédisation" de vos chansons, est-ce que vous êtes d'accord ?

HM : J'aimerais bien avoir la même puissance commerciale qu'HERGE mais je crois que c'est avant tout une façon de redonner une nouvelle vie, une nouvelle chance à des chansons, qui sur scène ont repris vie en 2006 grâce à mon nouveau groupe. La musique est vivante, durant chacune des tournées de l'AFFAIRE LOUIS' TRIO, on jouait une version différente de Chic planète. Quant à la «divine comédisation », c'est sûrement lié au fait que mes titres adorent les orchestrations, un Art qui se perd peu à peu, mais que je continue à défendre.

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Illustration de François AVRIL pour Affaire classée

KLI : Comment vous définiriez vous aujourd'hui ? Artiste multicartes ? Dessinateur qui chante ? Chanteur qui dessine ?

HM : En tout cas, je fais des chansons ligne claire et il m'a fallu dix ans pour oser dire que j'étais artiste, c'est un titre un peu vaste et ronflant, mais, au fond, tous les domaines de la création m'intéressent. J'aime autant composer, écrire que dessiner, ce qui importe c'est de pouvoir créer en dehors du système et d'y avoir une place malgré tout. J'ai la chance de ne pouvoir faire que ce que j'aime, c'est un luxe !

Pour voir l'intégralité du livret illustré de l'album Affaire Classée, en savoir plus sur Hubert MOUNIER et Cleet BORIS, le lien suivant est chaudement recommandé :
http://hubertmounier.artistes.universalmusic.fr

Merci à Frank BIANCARELLI d'avoir servi d'intermédiaire pour cet interrogatoire !

Sauf mention particulière, les illustrations de cette note sont signées Cleet BORIS. Crédit pour la photo noir et blanc du groupe : J. GAJAC.

22:25 Publié dans Boris C. | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Je ne sais pour quelles raisons "l'Affaire" s'est arrêtée, mais moi qui suis très loin d'aimer la variété, j'aime toujours beaucoup leur univers qui avait quelque chose s'apparentant plus à celui de Rocco Vargas que de Spirou ; c'est à dire plus mélancolique et profond que simplement divertissant.
Cette image d'un groupe très BD aurait pu être l'occasion de faire évoluer et de concilier leur(s) style(s) au gré du temps et des humeurs, et pourquoi pas d'élargir leur activité vers l'édition en jouant d'une image protéiforme à l'instar des styles de Cleet Mounier.
Aujourd'hui, même si Hubert Mounier fait toujours d'excellentes chansons, je ne suis pas sûr qu'il ait gagné beaucoup à cette séparation.
À l'époque j' avais trouvé dans cette décision, une pointe d'orgueil mal placée vis à vis d'une reconnaissance mal vécue, mais j'imagine que la notoriété n'est pas si simple à vivre.
C'est un peu le syndrome "clown-triste" des auteurs de BD qui voudraient être reconnus comme plus sérieux que ce qu'ils montrent.
Maintenant, ne pourrait-on pas espérer un "Retour de l'Affaire Louis Trio" peut-être moins paillettes et plus mal rasée, sous une autre forme que de l'anthologie ?

Écrit par : vasco | 16/12/2007

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