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21/01/2007

PATRICK DUMAS A PROPOS D'ALLAN MAC BRIDE

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Patrick DUMAS, le dessinateur des séries Patrick Maudick et Maître Berger publiées chez Glénat dans les années 1980-1990 et, plus récemment, de "l'Oeil de Shiva" chez Semic et du "Cavalier Maure" dans PIF, nous revient avec le deuxième tome des aventures d'Allan Mac Bride, la série qu'il développe avec Jean-Yves Brouard au scénario.

Dans le prolongement de "L'odyssee de Bahmes", premier volume de la série qui avait pour cadre l'Egypte des années 1930, les auteurs nous proposent de suivre la quête de l'archéologue écossais à la recherche d'une mystérieuse terre disparue. Intitulé "Les secrets de Walpi", ce deuxième tome propose une bande dessinée d'aventure franco-belge de facture très classique avec de l'action, des rebondissements, du suspense, du dépaysement puisque le récit a désormais pour cadre principal les Etats Unis, plus particulièment le Nouveau Mexique et le village indien de Walpi. Elle offre également au lecteur un dessin très ligne claire. Aussi, un entretien avec Patrick DUMAS s'imposait.

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Klare Lijn International : Jusqu'à la création d'Allan Mac Bride, tes bandes dessinées ont toujours été assimilables au style ligne claire sans en être vraiment. Avec cette série, tu nous proposes pour la première fois un style graphique résolument ligne claire et d'inspiration fortement jacobsienne. Pourquoi ce choix graphique ? Par envie de prouver qu'à l'instar d'un Ted BENOIT ou d'un André JUILLARD, tu pouvais toi-aussi inscrire tes pas dans la continuité graphique du Maître du Bois des Pauvres ? Ou bien plus simplement parce que ce type de dessin correspondait bien à l'esprit et au type de récit proposé par ton scénariste ?

Patrick DUMAS : Lorsque je travaillais sur Maître Berger ou Patrick Maudick, je ne me posais pas de questions : je dessinais comme ça venait. Je pensais vaguement faire partie de cette branche de la bande dessinée qui avait HERGE ou JACOBS comme modèle, car j'avais lu, et relu, l'oeuvre du père de Blake & Mortimer qui m'avait fortement marqué, et je parcourais avec gourmandise les albums de FLOC'H ou CHALAND. Maintenant, je me pose un tout petit peu plus de questions, avant de commencer à dessiner une histoire, mais je travaille tout aussi spontanément. Je m'autorise certaines choses pour le Cavalier Maure que je me défends pour Allan Mac Bride, en particulier au niveau du découpage et des cadrages, mais le dessin de base est exactement le même. Si je devais vraiment dessiner à la manière de Jacobs, ce serait sans doute encore tout autre chose. Lorsque Jean-Yves BROUARD m'a parlé d'une série dont le héros serait un archéologue à la recherche de civilisations mystérieuses, j'ai tout de suite pensé que la ligne claire serait le médium idéal, mais loin de moi l'idée de me mesurer à Ted BENOIT ou André JUILLARD qui font (ou ont fait) un très bon boulot sur la reprise de B&M. J'avoue avoir été quelque peu dérouté lorsque le premier album de Scott & Hasting de MARNIQUET est sorti, mais Allan Mac Bride était déjà en route.

KLI : Par rapport à ton style habituel, quelles sont les contraintes supplémentaires ou, à l'inverse, les facilités d'exécution liées au dessin ligne claire ? Est-ce qu'une planche d'Allan Mac Bride est plus longue à réaliser qu'une planche du Cavalier Maure ou de Maître BERGER ?

P. DUMAS : Il est beaucoup plus facile pour moi de dessiner une page de Mac Bride qu'une page du Cavalier Maure. Pour Mac Bride, je reste sobre, dans le découpage, les cadrages, la mise en page. Je mets en pratique les leçons apprises en étudiant HERGE, à savoir être le plus lisible possible. Pour le Cavalier, je cherche constamment le petit détail qui donnera de la valeur à l'ensemble de la page, je varie les cadrages et la mise en scène, je me permets des effets de matière. Pour ce qui concerne Maître Berger, j'avoue que, pris par le temps, je n'avais pas toujours les moyens de faire ce que j'aurais voulu. Maintenant, je respecte rarement les délais, mais je me fais plaisir.

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KLI : D'un point de vue purement technique, quelle est ta méthode pour arriver au final à un dessin ligne claire ? Est-ce que tu pars de croquis et d'esquisses très chargés pour choisir le trait le plus adapté ?

P. DUMAS : En fait, c'est plutôt le contraire. Je pars de crayonnés très simples et je rajoute des traits. Trop, sans doute, pour avoir une belle ligne claire (par exemple dans les plis des vêtements), mais, du moins pour le moment, je ne peux pas m'en empêcher.

KLI : Comment conçois-tu une planche de Mac Bride ?

P. DUMAS : Je dessine chaque élément de la case à part, sur des feuilles A4. Puis je scanne ces dessins et fais le montage de la page sur ordinateur, ce qui me permet de réduire ou d'agrandir certaines parties, de les inverser,de les déplacer, etc, jusqu'à de que je sois satisfait de l'ensemble. Ensuite, j'encre à la tablette graphique. Les liens internets suivants expliquent très bien mon processus de création d'une planche et les différentes étapes du dessin d'une case de Mac Bride :
http://www2.zonealta.net/~edmondt/forum/showthread.php?t=3130
http://pixelpat.free.fr/Nouveau/gif.htm

KLI : Est-ce que tu pourrais me donner ta définition de la ligne claire ?

P. DUMAS : Ma définition, non. Où va-t-on si chacun a la sienne ? Quelques conventions, tout de même. Le maître mot, c'est lisibilité ! Pour cela, les cases sont bien alignées, les images cadrées à hauteur d'homme, les traits sont soudés entre eux, les personnages ne vont vers la gauche de la case que lorsqu'ils retournent sur leurs pas. Mais toutes ces règles ne sont là que pour êtres trahies lorsqu'il le faut, bien entendu.

KLI : Quels sont les rapports que tu entretiens avec elle ? Est-ce qu'elle a toujours été ton style de prédilection ou, pour s'inspirer du titre d'un album de Ted BENOIT, as-tu le sentiment d'avoir tendu vers elle progressivement ?

P. DUMAS : Il me semble, avec le recul, que mes premiers albums (quoique pas très bien maîtrisés) étaient déjà de la ligne claire. Cette ligne claire qui reste encore aujourd'hui le médium que j'affectionne. Instinctivement, mon dessin est dans cette mouvance. Mais j'aime aussi beaucoup jouer avec les matières et projeter de l'encre sur mes dessins. Les images réalisées ainsi peuvent-elles encore être assimilées à la ligne claire ?

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KLI : Comment expliques tu que ce style soit si prisé pour illustrer des récits d'aventures situés au milieu du siècle dernier - tes Mac Bride, les reprises de Blake et Mortimer, la récente reprise de Lefranc par André TAYMANS et j'en passe sont là pour l'attester - alors qu'il pourrait fort bien être déployé pour des récits contemporains ? N'est-ce pas un peu réducteur de le cantonner à ce type de récit un peu rétros et nostalgiques?

P. DUMAS: Sans doute. Mais lorsqu'on pense BD et années 40, ou 50, on pense immédiatement à HERGE, JACOBS, MARTIN & co. Il semble alors judicieux, pour une BD se situant à cette époque, de dessiner dans le même style pour que le lecteur, d'emblée, soit en territoire connu. Non ? Sinon, je suis d'accord, pourquoi ne pas dessiner d'histoires contemporaines de cette manière ? Rien ne s'y oppose. On a bien vu, il y a quelques années, la ligne claire de Laurent PARCELLIER au service d'aventures de fantasy (note de KLI : les séries La malédiction des sept boules vertes et Giulio et le drôle de monde publiées par Casterman).

KLI : Quels sont les rapports que tu entretiens avec l'Ecole de Bruxelles et les classiques que sont HERGE, JACOBS, MARTIN, de MOOR, VANDERSTEEN...? As tu eu la chance de les rencontrer ? Est-ce que tu as eu notamment l'occasion d'échanger avec Jacobs après lui avoir rendu hommage dans la série Patrick Maudick ?

P. DUMAS : J'ai lu et relu l'oeuvre de ces maîtres (Je feuillette encore Tintin de temps en temps et j'y découvre encore des leçons de lisibilité). Mais je n'ai jamais eu l'occasion de rencontrer l'un d'entre eux. J'ai failli envoyer mes Patrick Maudick à JACOBS, dont j'avais réussi à obtenir l'adresse. Je ne l'ai pas fait, car je me rendais compte du chemin qu'il me restait à parcourir avant d'arriver à quelque chose qui lui soit présentable.

medium_maudick1.jpgKLI : Quelle a été ta position par rapport à l'émergence d'une nouvelle ligne claire dans les années 70-80 avec des auteurs comme SWARTE, FLOC'H, CHALAND, CLERC, Ted BENOIT, TORRES...? Est-ce que tu te sentais membre de ce courant en réalisant Maître Berger ?

P. DUMAS : C'est pendant que je dessinais et redessinais dans mon coin "Les Oiseaux de Diable", bien avant que cette aventure soit acceptée par Glénat, que j'ai découvert "Le Rendez-vous de Sevenoaks", le premier FLOC'H & RIVIERE. Là, oui, j'ai eu la nette impression que j'avais quelques atomes crochus avec ces deux-là. C'est ce qui m'a poussé, plus tard, à contacter François RIVIERE. Mais je n'avais pas les préoccupations esthétiques des auteurs que tu cites, j'avais déjà beaucoup de mal à rester cohérent dans ma manière de dessiner sans y ajouter de nouvelles contraintes.

KLI : Est-ce que tu as été candidat pour la reprise graphique de Blake et Mortimer ou bien approché à ce sujet ?

P. Dumas : Non, je n'ai fait aucune démarche dans ce sens et personne ne m'a contacté.

KLI : Quelles sont tes bandes dessinées ligne claire préférées ? Pourquoi ?

P. DUMAS : Mes préférences varient selon les moments. Je crois cependant que j'aime de plus en plus le dessin de HERGE. Mais le Hergé qui dessinait seul, pas celui des Studios. La lecture, l'an dernier de l'album "Les vrais secrets de la Licorne", qui présente les strips tels qu'ils sont parus dans Le Soir volé, a été un réel moment de bonheur (note de KLI : formidable petit album à l'italienne publié par Moulinsart).

medium_couv1.2.jpgKLI : Dans un récent entretien particulièrement intéressant pour Bodoï, STANISLAS, l'un des co-fondateurs de l'Association tenait les propos suivants : "Ma tendance au classicisme a vite été écrasée par le courant intello-grunge devenu la marque de fabrique de l'Association. La prédominance de ce courant s'explique : son dessin-écriture très jeté permettait de réaliser des albums très rapidement et donnait à des gens qui ne savaient pas dessiner la possibilité de raconter leur vie sans autre souci que celui de la narration. Personnellement, je tendais vers un dessin plus laborieux, soigné, avec des personnages dotés de vraies mains et des décors nécessitant de la documentation. Je regrette souvent que ce style intello-grunge ait si bien marché. Car j'ai été sans le vouloir co-fondateur d'une maison d'édition dont le style a tué la bande dessinée classique." Comment réagis tu à ces propos ? Est-ce que tu les partages ? Quel regard portes tu sur ce qu'on qualifie de nouvelle bande dessinée (SFAR, TRONDHEIM, BLAIN...) ? Est-ce que ce type d'approche te tente ?

P. DUMAS : J'ai lu cet entretien qui est très intéressant, en effet, et je comprends les états d'âme de STANISLAS, persuadé d'avoir ouvert la Boite de Pandore. Mais je pense, j'espère, qu'il y a de la place pour tous. D'autant que j'apprécie assez certaines de ces "nouvelles" bandes dessinées. J'ai même écris à SFAR, il y a quelques années, pour lui dire tout le bien que je pensais de son Professeur Bell et son Petit Vampire, alors que je ne l'ai jamais fait pour HERGE ou JACOBS ( peut-être aussi que SFAR m'impressionnait moins que les deux grands anciens). Le côté littéraire de cette nouvelle forme de BD m'intéresse énormément, et j'aime le lâché du dessin. Je ne pourrais pas travailler ainsi, mais je prends du plaisir à cette lecture.

KLI : Toi qui as abandonné pendant plusieurs années la bande dessinée pour te consacrer à l'illustration de jeu vidéo, quel regard portes tu sur l'évolution de la bande dessinée. Qu'est-ce qui t'a poussé à réinvestir ce domaine créatif ?

P. DUMAS : Je n'ai quitté la bande dessinée que contraint et forcé. J'ai toujours su que j'y retournerais un jour. Même si, curieusement, c'est après voir arrêté que je me suis rendu compte de la somme de travail que ça représentait. Lorsque l'occasion est arrivée, grâce à Thierry MORNET, chez Semic à l'époque, je ne me suis pas fait prier. Sur l'évolution de la bande dessinée, j'ai un peu de mal avec certaines séries actuelles de fantasy ou de SF, toutes, ou presque, issues du même moule, où la moindre case est soit vue en plongée, soit en contre-plongée.Tout ça me donne le mal de mer. J'espère que, entre cette bande dessinée et celle de SFAR et TRONDHEIM, il reste encore un peu de place (et de lecteurs).

KLI : Après ce deuxième épisode de Mac Bride, quels sont tes projets ? Est-ce que Maître Berger est définitivement retraité ?

P. DUMAS : J'ai énormément de projets. Je souhaite ardemment que quelques uns voient le jour. Citons, en vrac...Une adaptation de La Ligue des Héros, de Xavier MAUMEJEAN, une adaptation de romans de SF de Pierre PELOT, plusieurs récits en collaboration avec Jim LAINE, dont une complainte de chevalier mort, quelques histoires dont j'assumerais aussi le scénario...et la suite du Cavalier Maure dans Pif, ainsi que Mac Bride tome 3, bien entendu ! Quant à Maître Berger, voilà bien longtemps que je n'ai pas eu de ses nouvelles. Mais qui sait ?

medium_Maudick3.2.jpgSignalons que l'excellent blog de Patrick DUMAS - voir lien ci-contre - propose le troisième tome inédit en album des aventures de Patrick Maudick, "La Nuit de l’araignée", paru dans la revue Gomme au début des années 1980.

Illustrations copyright Dumas, Brouard et JYB / Dumas, Rivière et Glénat

06:40 Publié dans Dumas | Lien permanent | Commentaires (0)

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