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29/10/2006

EN BALLADE AVEC ROCO VARGAS

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Si je vous dis ligne claire et science fiction, à qui pensez vous ? Très certainement à Daniel TORRES, le créateur des "aventures sidérales de Roco VARGAS".

Roco VARGAS est une brillante série crée en 1983, dans CAIRO, revue à la gloire de la "linea clara", style graphique à la vitalité exceptionnelle que Daniel TORRES définie comme une "alliance de la ligne claire franco-belge et du savoir-faire méditerranéen" et dont il fut le chef de file dans les années 1980.

Après la publication de quatre premiers albums entre 1983 et 1989, la série s'est interrompue, la décennie suivante - Daniel TORRES se consacrant à d'autres bandes dessinées et se tournant vers d'autres univers comme l'animation et l'illustration - pour ne reprendre qu'en 2002.

Servies par un graphisme dynamique, moderne et élégant, une esthétique rétro-futuriste, des personnages marquants, des univers parrallèles d'une grande originalité, de l'action et de l'humour, les aventures de Roco VARGAS ont su s'imposer au-delà des frontières espagnoles avec plusieurs traductions en Europe et aux Etats Unis. Il est vrai que derrière la limpidité de son trait, Daniel TORRES propose des récits complexes, de la densité psychologique avec notamment un héros à double facette, à la fois Roco VARGAS, ancien astronaute baigné dans la nostalgie de ses exploits passés et Armando MISTRAL, écrivain de science fiction à succès, propriétaire de night club et esthète.

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Avec la dernière aventure de son héros, LA BALLADE DE DRY MARTINI qui vient de paraître en version française chez NORMA, Daniel TORRES nous propose une nouvelle fois un scénario très intelligent et bien ficelé qui constitue une excellente réflexion sur la science fiction, l'homme et le robot mais aussi l'écrivain et son double. Ce nouvel album termine le récit débuté avec PROMENADE AVEC LES MONSTERS paru l'an passé et s'inscrit dans la continuité du JEU DES DIEUX publié juste avant.

On pourra simplement regretter la qualité moyenne de la traduction française proposée pour ces différents récits ainsi que les couvertures à l'aquarelle qui ne reflètent pas le contenu ligne claire de ces bandes dessinées.

Nous avons profité de cette nouvelle publication pour poser quelques questions à Daniel TORRES.

Klare Lijn International : Roco VARGAS est une série qui s'est interrompue pendant plus de dix ans avant de revenir sur un rythme de publication assez régulier. Quelles sont les raisons de cet arrêt ?

Daniel TORRES : Roco VARGAS a été au chômage pendant tant d'années pour des motifs éditoriaux et de production. Il m'aurait plu de poursuivre la série à un rythme régulier de publication mais un auteur ne fait pas toujours ce qu'il voudrait faire !

KLI : Vous avez dorénavant un assistant à vos côtés.

DT : Oui, je supervise son travail. Il s'occupe de l'encrage et de la mise en couleur.

medium_promenade_avec_les_monstres.jpgKLI : Quel est votre regard sur l'évolution du style de la série ? A titre personnel, j'aimais beaucoup le graphisme très typé des albums "l'homme qui murmurait" ou "Saxxon". Pourquoi avoir évolué vers un trait plus arrondi ?

DT : Quand tu dessines un personnage pendant tant d'années, le style change avec ton expérience de dessinateur et d'auteur. J'aime le dessin et le scénario de chacun de mes albums si je le situe dans leur contexte de réalisation. Il est évident que des choses ont changé néanmoins je pense que Roco VARGAS n'a pas cessé d'être celui que nous connaissons.

KLI : Vous êtes un illustrateur reconnu et apprécié qui collabore à des publications prestigieuses à travers le monde. Qu'est-ce qui vous pousse à continuer la bande dessinée alors que vous pourriez ne faire carrière que dans l'illustration et la publicité ?

DT : Le besoin de réaliser un travail personnel et de raconter des histoires. D'ailleurs, dorénavant, je développe plutôt mon travail comme scénariste.

KLI : Pourquoi cette prédilection pour la science fiction ?

DT : Quelqu'un a dit que la science fiction est l'art de deviner le présent. J'aime cette définition. C'est aussi un registre qui donne une grande liberté d'action.

medium_huitiemejour.jpgKLI : Est-ce qu'il y a une part de nostalgie dans votre travail ? Si je vous dis que vous faites de la rétro-science fiction, est-ce que vous êtes d'acccord ?

DT : Oui, je m'y reconnais. Je parlerai plutôt de rétro-futur. Cela me permet de récupérer des esthétiques d'époques différentes et de les intégrer dans un univers propre, le mien. D'une certaine manière, il s'agit de jouer avec l'idée du "futur qui n'a pas été", ce qui crée un espace de liberté.

KLI : La ville, l'urbanisme, l'architecture tiennent une grande place dans votre univers graphique. Pourquoi ?

DT : Je considère l'architecture comme un personnage supplémentaire. En général, toutes les scènes influencent l'action et le comportement des protagonistes. Je ne peux pas imaginer une histoire qui se passerait dans un lieu quelconque.

KLI : Vous avez influencé plusieurs dessinateurs. En ce qui vous concerne, quelles étaient vos références et influences graphiques et narratives quand vous avez commencé à oeuvrer en bande dessinée ?

DT : Pendant mon enfance, mes maîtres étaient les classiques américains (FOSTER, Dan BARRY, CANIFF, RAYMOND, etc). A quinze ans, j'ai découvert les européens (PRATT, BATTAGLIA, JIJE, HERGE...). Mais je crois que plus encore que les comics, ma narration a été davantage influencée par le cinéma et le roman.

KLI : Pourquoi votre dessin a t-il évolué vers la ligne claire ? Qu'est-ce que ce style a de plus que les autres ?

DT : J'aime le style ligne claire parce qu'il oblige à épurer le dessin et parce qu'il donne généralement comme résultat une narration nette, directe.

medium_opium01g.jpgKLI : Quels sont les autres artistes ligne claire que vous appréciez ?

DT : JIJE, CHALAND...

KLI : En quoi vos travaux pour les comics américains - votre épisode de SANDMAN ou votre aventure du SPIRIT avec Alan MOORE - ou dans le dessin animé - les aventures de TOM le dinosaure - ont t-ils influé sur votre approche de la bande dessinée ?

DT : Comme je n'ai pas beaucoup travaillé pour les américains, je dirai que ces réalisations n'ont pas été d'une grande influence, d'autant plus que, dans tous les cas cités, les éditeurs souhaitaient que j'utilise mon style propre. En ce qui concerne le dessin animé, je dirai qu'il enseigne l'importance du "temps" narratif.

KLI : Quel est l'état de la création ligne claire dans la bande dessinée espagnole d'aujourd'hui ? Est-ce qu'il y a de nouveaux dessinateurs ? Que sont devenus les autres auteurs de ce qu'il était convenu d'appeler "l'école de Valence" dans les années 1980 ?

DT : En vérité, je vis un peu à part de l'actualité du monde de la bande dessinée et des autres auteurs. Comme je réside maintenant à Barcelone, j'ai perdu le contact avec les dessinateurs de la "escuela valenciana".

medium_tomenparisg.jpgKLI : Plusieurs de vos livres pour enfants, je pense notamment aux aventures de TOm le dinosaure n'ont pas été publiés en France. Est-ce qu'on peut espérer qu'ils le soient bientôt ?

DT : Le monde éditorial des publications pour la jeunesse m'est assez inconnu. On publie beaucoup de titres pour les enfants et je suppose qu'un libraire est assez desorienté quand, inondé de livres, il reçoit un ouvrage jeunesse réalisé par un auteur de bande dessinée.

KLI : Quels sont vos projets ?

DT : Je viens de terminer la direction artistique de nouveaux épisodes des dessins animés de Tom, le dinosaure. Je continue à réaliser des illustrations pour l'Espagne et les Etats-Unis. Je vais preparer plusieurs scénarios pour d'autres dessinateurs. J'ai également en chantier une exposition d'aquarelles sur New York et je travaille en ce moment sur des peintures à l'huile ayant pour thème Barcelone.

medium_Photo_Daniel_Torres.jpgNé en 1958, Daniel TORRES, après des études à l'Ecole des Beaux Arts et d'Architecture de Valence, débute profesionnellement sa carrière dans les pages de la revue espagnole El Vibora avec EL ANGEL CAIDO, une aventure de Claudio Cueco influencée par l'underground qui sera publiée en France, dès 1982, par Futuropolis sous le titre L'ANGE DECHU. Daniel TORRES se forge ensuite un style propre et reconnaissable et connait le succés avec OPIUM publié dans la revue Cairo et traduit en album aux Humanoïdes Associés en 1983. La même année, il crée toujours pour Cairo son personnage le plus célèbre, Roco Vargas dont les aventures sont reprises dans (A SUIVRE) et publiées chez Casterman : TRITON (1985), L'HOMME QUI MURMURAIT (1986), SAXXON (1987), L'ETOILE LOINTAINE (1989). Parallèlement, Daniel TORRES dessine un grand nombre de nouvelles bandes dessinées pour Cairo ainsi qu'un album intitulé SABOTAGE conçu directement pour la collection Atomium de Magic strip (ensuite réédité par casterman) ainsi qu'un superbe album-portfolio "Babylone" pour les éditions Gentiane. On retrouve plusieurs de ses travaux dans l'album OLYMPE ET AUTRES RECITS publié chez Aedena en 1986. Par ailleurs, Daniel TORRES oeuvre dans le domaine de l'affiche, de la publicité. Après les quatre premiers épisodes de Roco VARGAS, Daniel TORRES reprend OPIUM pour les suppléments comics de la revue (A SUIVRE). Ces comics réalisés avec l'aide de plusieurs collaborateurs seront repris dans des recueils aux éditions Casterman puis dans l'intégrale OPIUM récemment éditée par Norma. Il entreprend toujours pour (A SUIVRE) des histoires courtes aux thèmes variés avec pour seule similitude d'être des récits racontés par le diable à dieu. Ces histoires seront publiées dans deux recueils aux éditions Casterman sous le titre LE HUITIEME JOUR (avant une intégrale aux éditions Norma). Viendront ensuite des récits publiés chez Norma et encore inédits en France tels les deux tomes du récit de science fiction EL ANGEL DE NOTRE DAME ou le recueil TEXTURA HUMANA rassemblant des histoires courtes publiées sur la période 1988-1992 notamment pour le marché américain. Un recueil d'illustrations intitulé THE ART OF DANIEL TORRES est publié en 1995 toujours chez Norma. Pour la jeunesse, Daniel TORRES crée TOM le dinosaure en 1995 qui prendra successivement la forme de livres illustrés, de bandes dessinées et de dessins animés.

Pour plus d'informations, je vous recommande l'entretien en espagnol en ligne sur le site de Norma.

Copyright illustrations Daniel TORRES et Norma Editorial

16:20 Publié dans Torres | Lien permanent | Commentaires (0)

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