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18/01/2006

RAMPOKAN , UNE OEUVRE MAJEURE

Qu'il me soit permis de revenir sur un roman graphique marquant de la ligne claire contemporaine : RAMPOKAN du dessinateur et illustrateur néerlandais Peter VAN DONGEN.

En effet, JAVA et CELEBES, les deux parties de ce récit constituent à mes yeux l’une des plus belles réussites de la bande dessinée « klare lijn » de ces dernières années par leur scénario ambitieux et parfaitement maîtrisé et par leur dessin d'une rigueur et d’une précision extrêmes. Pouvait-il en être autrement quand on sait que Joost SWARTE a favorisé la sortie de ce livre aux Pays-Bas ? Un tel patronage est à coup sur un gage de qualité.

Avec son trait clair et sa bichromie sépia, RAMPOKAN nous fait rentrer de plein pied dans l'atmosphère électrique de l’Indonésie de l’après seconde guerre mondiale, en pleine confrontation entre soldats coloniaux néerlandais et indépendantistes indonésiens, les "rampokkers" (en indonésien, «Rampokan» signifie pillage ou terrorisme). A travers le destin d'un jeune homme, né en Indonésie de parents néerlandais, qui retourne dans son pays natal comme appelé dans le corps expéditionnaire hollandais, l'auteur nous propose une réflexion particulièrement intelligente sur la décolonisation. En effet, il sait nous faire partager les contradictions, les doutes et les incertudes d'un homme tiraillé entre l'amour de son pays natal, ses souvenirs d'enfance et le service d'une armée coloniale persécutant ses compatriotes.

VAN DONGEN, sans manichéisme aucun, dépeint les motivations et les engagements de chacun des camps en présence. A l'image du "héros", les différents protagonistes du récit (militaires, soldats, trafiquants, agents doubles, indigènes..) nous montrent leurs différentes facettes, bonnes comme mauvaises. L'auteur nous propose également un moment d'aventure et d'exotisme à travers un passionnant périple entre villes, jungles, rizières et villages. Le dépaysement est d'autant plus fort que le récit est riche de termes d'argot hollandais, de mots malais mais aussi d'allusions à la culture et aux rites indonésiens.

RAMPOKAN arrive à mêler avec justesse la petite et la grande histoire. Rien d'étonnant quand on sait que l’auteur, né d'un père hollandais et d'une mère sino-indonésienne, s‘est appuyé sur ses propres récits de famille. C'est à partir des souvenirs de sa mère qui a connu enfant la guerre d'indépendance de l'Indonésie que l'auteur a eu l'idée de ce roman graphique.

Si ce n’est déjà fait, je vous invite donc à découvrir les deux volumes traduits en français par VERTIGE GRAPHIC.

Avant RAMPOKAN qui lui a demandé 14 ans de travail, VAN DONGEN avait publié MUIZENTHEATER (Le théâtre des souris) en 1991, chez CASTERMAN. A ma connaissance, cet album n'a pas fait l'objet d'une traduction en français.

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