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16/05/2016

HUBERT MOUNIER, L'INDISPENSABLE INTERVIEW

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Dessin inédit d'Hubert Mounier

pour L'Indispensable

C'est avec une particulière émotion que nous vous proposons un entretien inédit avec Hubert Mounier.

Initialement destiné à un numéro de la revue de bande dessinée L'Indispensable qui ne vit malheureusement pas le jour avec l'arrêt de la publication, il dormait dans les cartons.

Franck Aveline, grand timonier de feu-L'Indispensable, nous a fait le plaisir de choisir notre blog pour sa publication. Qu'il en soit chaleureusement remercié.

Le riche échange qu'il nous offre donne à voir les convictions profondes du créateur bicéphale Cleet Boris - Hubert Mounier avec de nombreux et précieux commentaires sur l'évolution de son parcours en musique et bande dessinée.

La tragique disparition de l'artiste rend sa lecture très touchante.

Pour être très précis, Franck Aveline nous précise que "l'interview fut réalisée, en compagnie de Lionel Garcia, collaborateur de L'Indispensable, dans l'ermitage ardéchois d'Hubert, tout au long de la journée du 11 novembre 2011, et entrecoupé par des chansons live interprétées au ukulélé, des échanges passionnants sur les comics (sa collection est monstrueuse) la bande dessinée franco-belge, les pin-up...et l'appel de son épouse à l'heure du déjeuner pour un partage familial de la divine blanquette de veau qu'elle avait préparé."

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Pochette de disque (Naïve)

L'Indispensable : Dans La Maison de pain d’épices, votre dernière publication chez Dupuis, vous racontez la Genèse de votre album audio homonyme. Nous y découvrons votre mise à l’écart suite à la sortie de Le Grand huit, votre premier disque solo après la séparation du groupe L’Affaire Louis’ trio. Pour reprendre vos mots, vous ressentiez alors le sentiment de devenir " infiniment petit "…

Hubert Mounier : Ce sentiment de l’infiniment petit est commun à toutes les personnes rejetées par le système dans lequel elles furent efficaces et reconnues comme telles. Je n'ai pas envie de perdre trop de temps à analyser le pourquoi et le comment d'un succès ou d'un échec. Cela tient à la période, à la maison de disque (toujours frileuse -en ces temps de crise- avec un outsider comme moi). Cela tient au manque de culture musicale en France. Cela tient à mille facteurs qui empêchent simplement les chansons d'atteindre les auditeurs!

Dans Le Grand huit, je me mettais à nu, j'étais à vif… cette indifférence m'a donc blessé. Si personne ne veut de vos créations, vous n’êtes plus un créateur. Vous disparaissez comme un flocon de neige au retour du soleil…

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La Maison de Pain d'Epice - Extrait

(Dupuis)

L'Ind : Avant que L’Affaire Louis’ Trio emprunte le chemin du succès que nous lui connaissons, vous meniez bande dessinée et musique conjointement, et de front.

HM : C’était ma chance du débutant ! Une chance qui m’a tout de même perdu à la fin des années 1980… Ma vie, que j’aimais beaucoup à l’époque, était bien orchestrée : le matin, je dessinais jusque midi pour, l’après-midi, rejoindre en bus, avec mes amis, notre local de répétition dans la banlieue lyonnaise. Vers 19h00, je reprenais le bus pour rentrer chez moi où je dessinais à nouveau. Mes journées étaient artistiquement rythmées. Le jour où il a fallu commencer à me montrer, à répondre aux interviews, à devenir populaire et constater que la musique était chronophage, j’ai laissé tomber le dessin. Je n’avais plus la possibilité de connaître une vie d’horloger. Cela m’évitait aussi de penser et de me poser trop de questions… de mauvaises questions. J’étais, alors, dans l’angoisse permanente puisque je débutais dans les deux domaines.

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J'ai réussi - Planche

(Magic Strip)

L'Ind : Toute l’imagerie et l’imaginaire de la bande dessinée ont pourtant perduré au fil de l’histoire de l’Affaire Louis’ trio.

HM : Il s’agissait, avant tout, de ma culture personnelle et de mon amour pour la bande dessinée que j’ajoutais au groupe. Quelque part, cet amour est mon Essence. L’époque voulait cela, aussi… nous avions alors tous les droits.

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Ce soir - Pochette 1ère version par Piccolo

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Ce soir - Pochette 2ème version avec photo

Artistiquement, dans les maisons de disques, personne n’est venu m’imposer quoi que ce soit. Le seul commentaire qui me fut formulé -au sujet du nom du groupe, jugé compliqué- je me suis empressé de le balayer d’un revers de main…

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Affiche Rock & BD - 1985

Finalement, l’ALT a tenu ce qu’elle a pu, et nous avons mené à bien tous les projets du groupe. Nous nous sommes arrêtés lorsque nous avons compris que la société et l’industrie musicale étaient tellement chamboulées, que nous n’aurions bientôt plus vraiment notre place. Nous sommes de la même génération que le groupe Les Innocents, et c’est étonnant de constater qu’ils ont vécu chez Virgin ce que nous avons connu chez Universal. Petit à petit, nous n’intéressions plus autant… Nous avions peut-être trop occupé le devant de la scène pendant une décennie. La roue tourne, toujours ! Puis, l’histoire s’est tue… sans trop de regrets.

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L'Ind : Sans trop…

HM : Disparaître dans les mémoires est loin d’être agréable... C’est pour cela que je suis venu vivre à la campagne ! En restant à Lyon ou à Paris, pendant des années je n’aurais plus jamais effectué mes emplettes chez le boulanger sans me faire interpeller : " Quel dommage que vous ayez arrêté ! On vous aimait bien ! ". Chaque matin, j’aurais eu l’impression d’être un zombie.

L'Ind : Cette disparition n’est pas un échec, puisqu’elle respecte le chemin de vie du groupe.

HM : C’est une disparition inéluctable. Elle est assujettie aux temps qui changent… et comme les temps changent, j’ai également changé ! J’ai mis fin à ma consommation d’alcool car j’ai pris conscience que ce dernier était un peu le poisson pilote de mon rythme de vie décalé. J’étais bien dans la peau de l’artiste casanier qui travaille du matin au soir ! Mais lorsqu’il faut commencer à s’exposer, à s’expliquer continuellement, à se faire comprendre, on commence gentiment avec le soutien d’un petit verre, et rapidement la bouteille s’impose… Le crépuscule de L’Affaire Louis’ trio fut l’aurore d’une nouvelle vie sans regrets. Une évolution simple, quasi naturelle. Mon évolution ! Bien sûr, j’ai du l’alimenter avec une certaine philosophie pour ne pas trop souffrir en chemin...

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Si on se réfère aux artistes anglais des années 1960, pour aller jusqu’aux français des années 1980 (dont j’ai fait partie), combien d’entre eux ont-ils survécu artistiquement à l’épreuve des changements ? Il y aurait sur le sujet, c’est certain, des émissions radiophoniques et télévisuelles assez passionnantes et tristes à réaliser sur tous ces passionnés déchus…

Les passionnés sont souvent assez naïfs et à la merci des choix des gens du business. Tant que tu restes séduisant, et qu’ils encaissent l’argent, ces gens te tapent dans le dos et se félicitent de te connaître. Le jour où ils te perçoivent comme un emmerdement au caractère peu malléable, qui coûte cher, et plus du tout comme un artiste, c’est une autre histoire qui commence…. En fait, je ne m’adaptais plus à ce que devenait le milieu de la musique et de la chanson.

Je pense que la politique a également joué un rôle certain dans tout cela ! J’ai fait partie de la "génération Mitterrand", et quand la droite à repris les rênes culturels, des personnages qui avaient disparu du paysage -comme Didier Barbelivien- sont réapparus comme par enchantement.

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J’étais, alors, trop de gauche, et je reste trop de gauche pour pouvoir me commettre dans un monde de droite ! J’ai toujours peur d’avancer cet argument par peur de passer pour un artiste aigri qui rejette sur autrui la responsabilité de son échec. Au contraire, je continue à faire ce que j’aime artistiquement et je m’en sors ! Je ne me plains pas ! Je comprends, surtout, que nous vivons dans une société où le mot "culture" est devenu grossier. Cependant, comme pour tant d’autres personnes, la culture est ma légitimité professionnelle et je la revendique quotidiennement. Par mon expérience personnelle je véhicule une partie de la culture du 20ème siècle qui est passionnante, et qu’on balaie trop rapidement du pied en avançant, aujourd’hui, l’argument de la virtualité et de l’internet. A mes yeux, l’Internet est bénéfique si son utilisation est culturellement motivée. Et la culture se travaille, se nourrit, se transmet ! Si on laisse les gens regarder la télévision et se contenter du quotidien qui leur est fabriqué et distribué, la culture est alors inutile. Pour accentuer cet état de fait, nous entrons dans une époque où les difficultés matérielles sont telles, que la culture redevient un luxe ! Nous vivons dans le non-sens.

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Affiche Festival Musiques en Stock 2012

L'Ind : Un non-sens culturel, mais un bon sens financier.

HM : Le problème de la culture, c’est l’importance du "marché" dans tous les domaines. Pour les sociétés éditoriales, il faut toujours faire plus de chiffre et gagner plus que l’année précédente. Pour satisfaire cette logique de débiles, il faut remplir les rayonnages des marchands avec n’importe quoi, et bien sûr, payer les gens au lance-pierre. Il y a autant d’injustice dans ce monde-là que dans tous les autres corps de métier ! C’est dommageable pour toute démarche artistique. Un artiste, quel que soit son ou ses champ(s) d’investigation(s) possède une vision qu’il présente au monde au moyen de ses créations. Malheureusement, aujourd’hui, dans de trop nombreuses créations, l’autocensure est perceptible. A la lecture de mes planches pour La Maison de pain d’épices, certains interlocuteurs ont un peu tiqué quand j’ai parlé de Nicolas Sarkozy, et à la demande de l’éditeur, j’ai du retirer un badge mentionnant "Sarko" sur la veste de l’un de mes personnages. En soi, ce n’est pas dérangeant pour le sens de mon livre ni pour la narration, mais c’est un petit détail qui va, comme un petit pas, dans la mauvaise direction.

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Dans le même temps, chez Dupuis, aujourd’hui, on peut enfin dessiner des trous du cul aux animaux alors qu’il y a peu, on nous aurait fait passer par la fenêtre à coups de pieds au cul pour un tel détail. On le voit, tout évolue. Même cette satanée autocensure. Aussi, pour les années à venir, il faut recommencer à râler, continuer à se faire entendre. Il faut dépoussiérer le système afin qu’il écrase moins les gens, par des actions comme celle des indignés espagnols ou par des bulletins de vote judicieusement glissés dans les urnes.

L'Ind : " Chic planète, dansons dessus "…

HM : Je continue à penser qu’elle est une chic planète ! Ici, je vais peut-être enfoncer des portes ouvertes, mais il n’empêche ! Le problème vient d’une minorité mondiale pervertie par la logique économique, et une minorité qui fait souffrir la majorité. Cela me désole. Comme tout le monde, j’ai mes souffrances… et je me sors plutôt bien de ces dernières ! Pour reprendre l’exemple du milieu musical, je ne peux m’empêcher de penser souvent aux jeunes artistes qui sont obligés, pour (sur)vivre, de travailler chez des éditeurs plus ou moins qualitatifs ; je ne parle pas des " Star’ac " et Cie sur lesquelles il y a tant à médire !

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L'Ind : Cette " nouvelle scène " française, et pas seulement ces émissions de formatage télévisuel, est particulièrement académique depuis une dizaine d’années, bien-pensante, formelle…

HM : Tout à fait ! En allant plus loin, on peut voir que le seul type qui n’a jamais été pillé par cette nouvelle scène, c'est Charles Trenet ! Un artiste trop fantasque, trop étrange pour le pillage… alors que les emprunts à Georges Brassens et Jacques Brel pleuvent, parce qu’ils autorisent - par leurs dévoiements - à pleurer sur son sort et à envoyer les mouchoirs ! C’est un positionnement volontaire, facile et très convenu, gage de succès dans les chaumières.

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Dans un premier temps, la télévision et ses émissions musicales formatées nous ont refourgué des artistes à la mode Frankenstein : " Vous les avez voulu, on vous les a fait !". Le contrepoids culturel alors mis en place, fut seulement de reprendre les bonnes vieilles recettes et de chanter son quotidien comme le faisaient certains avec talent, vie et poésie dans les années 1950. Aujourd’hui, ce choix qui relève du seul positionnement, et non de la nécessité qui animait les " anciens ", est bien mal joué et platement balancé sur les ondes. Tout est devenu possible dans l’incroyable ! Et le plus stupide en musique, est cette taylorisation du duo mise en place par les éditeurs. En peinture, par exemple, il ne serait jamais venu à l’esprit de quiconque, de donner à exécuter par un autre peintre l’un des personnages de l’un des tableaux d'Henri Matisse.

Aujourd’hui, la chanson française ne rime plus vraiment avec honnêteté, sincérité, ni même innocence…

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L'Ind : Le chanteur américain Tony Bennett considère que l’arrivée du Rock à tué l’innocence.

HM : A l’époque de son succès, dans les années 1950 et 60, l’innocence était un vieux truc réactionnaire et adipeux, et le rock a freiné sa carrière… il peut difficilement le considérer sous un jour positif ! En fait, c’est de la naïveté de sa jeunesse dont il parle. Ce n’est pas la réalité des faits. Les années 1950 étaient terriblement ennuyeuses, conservatrices… Heureusement qu’Elvis est arrivé et a tout piqué aux noirs (la souffrance en moins) pour autoriser, enfin, les jeunes blancs coincés à ne plus vouloir ressembler à leurs parents.

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Même si l’image est convenue, il est évident que le rock était alors "le ver dans la pomme" ; tant mieux parce qu’elle était pourrie depuis des siècles ! La pourriture d’aujourd’hui n’a d’ailleurs rien à envier à celle de l’époque. En effet, si les Beatles furent portés aux nues par les médias, ce n’était pas seulement en raison de leur talent, mais aussi pour couvrir des affaires politiques bien glauques (comme celle de John Profumo, qui rejaillissait sur le gouvernement anglais d’alors). Des affaires politiques dont il fallait détourner l’attention publique. On se rend bien compte, aujourd’hui et avec le recul, que la présence d’autant de chevelus sur le devant de la scène artistique et médiatique dans les années 1960, avait pour but de pouvoir continuer (avec peu de vagues) à faire la guerre au Vietnam.

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C’est parce que la jeunesse s’entiche souvent de ces héros-là qu’elle garde souvent un souvenir ému de cette époque… comme celle des années 1980. En ce qui me concerne, parfois, j’avais quand même l’impression d’être le dindon de la farce. Politiquement, les gens faisaient un peu n’importe quoi, et artistiquement on leur laissait la possibilité de s’amuser encore un peu. Aujourd’hui c’est fini, on ne rigole plus ! Il faut se lever tôt, travailler plus pour ne pas gagner grand-chose quand on n’est pas au chômage, sans porte de sortie! Le choix de vie est bien restreint, voire inexistant. Il ressemble bien plus à un choix de survie…

L'Ind : Dans cette période des années 1940 à 1960, la réussite artistique et financière sanctionnait, très souvent légitimement, la qualité d’un long travail. Aujourd’hui, pour un chanteur de la vieille garde comme Tony Bennett, l’argent de la chanson et du marché du disque est globalement honteux.

HM : Il n’a pas tort ! Je le ressens aussi…

J’ai toujours aimé le savoir-faire et le classicisme d’écriture des Big Bands des décennies 1930 et 40. J’aime, tout autant, ce qui se passait à Memphis quand Sam Philipps s’occupait des premiers enregistrements d’Elvis, ou encore le travail des producteurs en Angleterre dans les années 1960. En général, ces décennies désormais lointaines furent très bénéfiques pour la créativité.

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Sam Philipps et Elvis

(Photo Phillips Family Collection)

L'Ind : En regard du rouleau compresseur marchand d’aujourd’hui, ces exemples restent peu nombreux, voire minorés. Cet état de fait peut-il influer sur votre créativité ?

HM :Oui ! C’est d’ailleurs pour cela que je n’y arrive pas toujours… Je ne comprends pas pourquoi il faut composer une dizaine de chansons, si c’est pour les voir passer à la trappe. Heureusement, j’ai une poignée d’amateurs qui me soutient et me motive ; et bien sûr, j’ai une femme et des enfants qui me donnent envie d’être à la hauteur de mes souhaits.

Même s’il y avait beaucoup de faux-semblants dans les décennies 1960 à 80, y être artiste était bien plus stimulant qu’aujourd’hui. Internet m’a permis de découvrir une flopée d’artistes talentueux, mais ces derniers se heurtent à des interlocuteurs professionnels qui ne cherchent en eux que le détail insolite sur lequel fabriquer une accroche publicitaire. Si vous voulez réussir dans la chanson, et trouver un public qualitatif d’auditeurs, il ne reste que la scène. J’ai connu une époque où un artiste pouvait encore imaginer composer une chanson populaire de qualité. Ma vraie chance fut d’être " pop " au sens littéral ! Aujourd’hui, il ne sort plus qu’une ou deux chansons populaires de qualité par an… On ne vend que des trucs faciles au grand public. Plus aucun risque n’est pris. L’Affaire Louis’trio ou Nino Ferrer ne pourraient pas exister dans le monde musical actuel. Il faut reconnaître que les artistes ne sont généralement pas adaptés au monde, même s’ils font croire le contraire. Les artistes sont des enfants sauvages... Il existe pourtant des artistes de haute volée qui arrivent à se maintenir en haut de l’affiche sans trop se trahir ; il s’agit surtout d’artistes aux machineries internationales. Ce ne sont pas des petits français… à l’exception notable de Gaëtan Roussell (pour exemple).

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Aujourd’hui, une réussite artistique est plus souvent "marketing" que "poétique et artistique". Il y a quelques années, il existait encore des directeurs artistiques qui n’avaient pas peur des conséquences de leurs choix, et qui possédaient le temps et l’instinct pour dénicher des artistes bientôt en phase avec leur public. On vit dans une époque où l’ouverture d’esprit est devenue honteuse, et personne ne veut prendre le risque d’essuyer les plâtres. Sans ouverture d’esprit, René Goscinny n’aurait jamais offert les pages du journal Pilote à Fred et Philémon.

L'Ind : Internet est encensé comme une ouverture sur le monde, et par là même, sur l’individu.

HM : Nous sommes socialement en présence de nombreuses micro-chapelles culturelles. Ma paranoïa y voit l’expression formelle du vieil adage "diviser pour mieux régner". En cela, Internet est très efficace. L’argument selon lequel Internet élargit la culture et ouvre l’individu au monde n’est vrai que si l’internaute possède un bagage culturel initial ! Si on appartient à une chapelle, une caste, une secte culturelle, Internet n’élargit rien, n’ouvre sur rien…

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L'Ind : La création en bande dessinée fait appel à la solitude du créateur, alors que la création musicale s’imagine plutôt collégiale.

HM : Je suis encore plus solitaire en musique qu’en bande dessinée ! Le travail en amont relève de la plus grande solitude, mais il existe dans la création musicale un temps pour le regroupement entre musiciens, un temps pour le partage. Heureusement, puisque c’est quand on la partage que la musique prend son sens ; comme toute création, cela dit !

Pour la création du livre La Maison de pain d’épices, j’ai souffert au quotidien parce qu'en raison du caractère autobiographique du récit écrit au présent et en temps réel, je ne savais jamais ce que j’allais raconter d’une planche à l’autre. Il ne s’agissait pas d’une réalisation classique de bande dessinée pour laquelle, une fois le scénario bouclé, on prend des vacances en dessinant. Le scénario est la partie technique anxiogène pendant laquelle il ne faut rien laisser au hasard ; une fois qu’on est dans la réalisation graphique, l’angoisse disparait. A l’inverse de la bande dessinée, en musique, je ressens un plaisir fou à composer. Mais, dès que je m’attache à l’écriture (l’équivalent du dessin en bande dessinée), c’est une corvée.

Qu’elle qu’en soit la nature, scénario ou chanson, l’écriture doit rester concise. Il ne faut pas être trop bavard. Cela dit, il existera toujours un Brassens ou un rappeur pour infirmer mon propos… Mais en ce qui me concerne, il me faut choisir les mots les plus simples possibles pour qu’on les remarque à peine.

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L'Ind : Dans votre cas, il s’agit d’exercer une sorte d’ubiquité pour vous projeter dans les deux écritures, sans que leurs rythmes et mécaniques propres n’interfèrent.

HM : Pour m’en préserver, je n’écris jamais pour ces deux langages de manière simultanée, mais le projet livre et disque pour La Maison de pain d’épices m’y a quand même souvent contraint. Les craintes face à la création sont toujours multiples, et pour le projet bicéphale de la bande dessinée et du disque, il fallait que ça sonne juste. Dans cette bande dessinée, ce qui primait était l'efficacité en peu de mots pour décrire une certaine vision de la réalité. Dans le disque, par contre, la réalité n'intervient jamais directement ; la vérité des sentiments oui, mais pas la réalité ! Pour moi, une chanson sert à fuir la réalité. D'autres aiment les chansons plus pragmatiques, et ça les regarde. Mes craintes, ensuite, étaient d'ajouter juste assez de poésie ou d'humour à la bande dessinée pour adoucir les angles, et d'utiliser des mots simples et courts en chanson pour évoquer de grands sentiments, et ne pas tomber dans la mièvrerie. Tout est dans le savant dosage, quoi !

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L'Ind : Créer en solitaire est-il une contrainte, une soumission ?

HM : Je ne suis soumis à rien… J’ai toujours senti que produire c’était survivre ! Très tôt, il m’était nécessaire de publier mes dessins et de faire des concerts. Cette nécessité ne pouvait s’exprimer de manière stérile et il me fallait donc compter sur l’existence d’un public. Le problème, avec l’Affaire Louis’ trio, c’est que nous changions de direction à chaque album. Les auditeurs fidèles sur les deux premiers disques nous ont lâché au troisième, et avec le quatrième est arrivé un nouveau public…

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Vers la fin de L'Affaire

Photo Antoine Le Grand

Nous n’avons pas su fidéliser autant que nous aurions dû le faire quand, en musique comme en bande dessinée, la fidélisation est essentielle ; mais en bande dessinée, la fidélisation passe trop souvent par l’établissement d’une série longue et astreignante qui ne me correspond pas. A 50 ans, je recherche le plaisir dans tout ce que je fais, et mon plaisir réside dans les récits uniques.

En musique, travailler avec un Big band serait un bonheur ! Cela dit, il y a un moment où il ne faut plus rêver de refaire la chapelle Sixtine… On ne peut que tenter de saisir l’essence de ce qu’on aime et qui est déjà fait. Il faut toujours rester conscient et humble. Peut-être est-ce l’époque qui le commande, mais j’ai constaté récemment que je travaillais beaucoup au Ukulélé… comme si le minimalisme, la simplicité, devenaient une raison en soi. Dans cette époque où tout est onéreux, ce qui n’a pas de prix c’est de travailler en profondeur ses chansons et ses dessins pour atteindre à une émotion sincère, et réussir à la communiquer.

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En même temps, le minimalisme fait le jeu des financiers. Les disques d’artistes aux besoins techniques minimalistes ne coûtent rien et rapportent beaucoup aux éditeurs. A mon sens, ce type de disque tue le métier, mon métier. Mon métier consiste à faire des disques comme ceux composés entre les décennies 1960 et 80. Il est vrai que cette période musicale a connu bien des excès en terme de production quand, par exemple, Roland Orzabal et Curt Smith du groupe Tears for Fears, étaient capables de rester une semaine en studio pour l’enregistrement d’un seul son de grosse caisse. Les Beatles, avaient installé cette dérive en occupant les studios pendant deux mois sur la fin de leur carrière, alors qu’ils n'ont eu besoin que d'une seule journée pour enregistrer leur premier album. Cette dérive de surproduction a donné naissance à de nombreux disques fleuves comme ceux de XTC -disques qui finirent par ruiner la carrière du groupe. Colin Moulding me racontait, un jour, que les groupes anglais qui ne rentraient pas dans leurs frais de production par leurs ventes se voyaient contractuellement obligé de rembourser leurs maisons de disques. En ce qui concerne l’ALT, nous sommes toujours rentrés dans nos frais ! Mais je dois avouer que nous aurions fait bien moins de disques dans les conditions contractuelles que je viens d’évoquer… et nous n’aurions pas pris le risque de changer continuellement de direction !

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En studio avec Colin Moulding en 1994

L'Ind : Vos changements de directions ne furent pas radicaux, contrairement à ceux d’Andy Partridge avec XTC, ou Mark Hollis avec Talk Talk…

HM : Quelle que soit la nature des compositions et des démarches artistiques, à destination de 500 000 personnes comme de 50, il s’agit toujours de création ! A mon sens, Partridge comme Hollis sont des martyrs du système, en se positionnant aux antipodes du marketing, véritable rouleau compresseur des cultures et des consciences. Il est nécessaire, à toute époque et dans tout langage artistique, que des créateurs se positionnent entre la voie de garage empruntée par ces deux auteurs, et l’autoroute à conneries qui définit notre univers sonore public au quotidien. Il faut que des artistes agissent comme des vigilants en restant en phase avec le public, en attirant le plus grand nombre vers une création qui ne soit pas gratuite, et en empêchant le plus petit nombre de s’enfermer exclusivement dans des caveaux culturels souvent voués à la disparition. Il ne faut jamais perdre le sens des réalités…

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Ma petite carrière, sans présomption, m’a permis de rester sur cette zone de vigilance sans sombrer dans l’une ou l’autre voie d’expression extrême. Il m’a toujours fallu travailler pour gagner ma vie, et les autres membres de l’ALT, comme le groupe lui-même, ont agi pour moi comme des garde-fous. Seul, je n’aurais sans doute jamais su gérer humainement le succès de l’ALT. Certains membres de notre équipe technique, par exemple, continuaient à bosser chez La Poste, au matin, alors que nous remplissions la salle de l’Olympia la veille ! Un fait comme celui-là, vous (re)lie à la réalité ! Il n’empêche : j’ai fini ma carrière de chanteur du groupe en prédicateur hystérique, avec sa bouteille de pastis dans le sang, en clamant: " Attention, l’époque qui vient va vous broyer vivants ! ". Je savais, alors, que j’étais foutu pour l’époque qui allait suivre. J’étais un type du 20e siècle, qui voulait le rester! Le futur, j’en rêvais depuis les années 1960…donc, l’an 2000, à mon sens, n’était pas une petite date prise au hasard dans un calendrier. L’an 2000, c’était Adolphus Claar, d’Yves Chaland !

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Adolphus Claar - Yves Chaland

(Magic Strip)

L'Ind : Si votre futur était Adolphus Claar, votre passé était "Marvelien"…

HM : Des productions américaines, je ne connaissais alors que les Tarzan de Russ Manning et Doug Widely, que mon père m’avait fait découvrir avec bonheur. Dès l’âge de 10 ans, j’avais donc une idée, toute personnelle de ce qu’était un bon dessinateur. Bien sûr, ils avaient aussi leurs imposteurs, comme Jo Kubert !

Au début des années 1970, une amie de ma grand-mère me donne un franc pour m’acheter une revue en kiosques. Comme j’avais déjà tous les hebdomadaires de bande dessinée, je choisis un exemplaire des publications Marvel. Ma première impression est lapidaire à l’encontre de mon nouvel achat : le dessinateur ne connait rien au dessin; il s’agissait de Jack Kirby ! Les dessins moches et éclatés de ce monsieur Kirby m’incitèrent à laisser tomber l’affaire sans attendre ! Deux ans plus tard, je découvre chez un ami un exemplaire du mensuel Strange dont la couverture me séduit immédiatement. Elle montrait Ka-Zar et Daredevil dessinés par un certain John Romita senior, et encrée par un non moins certain Wallace Wood. Je me laissais entrainer sans résistance.

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Strange

Puis, de lecture en lecture, je découvrais John Buscema. Une découverte en forme de coup de grâce ! Mon attachement s’est alors déplacé vers les histoires intelligentes qui m’étaient offertes à la lecture, et je me suis retrouvé à adorer Captain America quand mes copains, restés dans l’exclusif franco-belge, ne pouvaient pas le " voir en peinture "… Cela me changeait radicalement de Spirou. Les anatomies de Gene Colan, par exemple, étaient incroyables pour le petit français que j’étais. Ce qui nourrit continuellement mon amour pour les super-héros, c’est leur transformation de toute nature selon l’approche narrative des différents scénaristes et dessinateurs. Assister à ces évolutions est un vrai défouloir…comme lorsqu’ Iron Man sombre dans la boisson ; j’étais un jeune lecteur et comme je n’avais jamais bu un verre d’alcool, j’ai compris ce qu’étaient les dangers de l’alcoolisme…

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Les anatomies de Gene Colan

L'Ind : C’est la première culture qui fait se rencontrer un lectorat et des héros faillibles. Un livre comme " Dieu crée, l’homme détruit " est symptomatique de l’humanisation et de la vitalité des scénarios américains.

HM : C’est pour cela que ces archétypes de héros sont toujours une manne pour le cinéma. Ils sont mythiques et possèdent tous une sensibilité qui leur est propre, et qui les rend universels. Une bande dessinée populaire dans tout ce qu’elle a de noble.

L'Ind : Accepteriez-vous de travailler avec un encreur, ou en studio, comme un auteur américain ?

HM : J’aimerais beaucoup confier l’écriture de mes projets à des scénaristes qui leur apporteraient de nouveaux éclairages. En ce qui concerne le dessin, je ne suis pas très à l’aise avec les décors. La démarche du studio, pour sa part, n’est pas encore assimilée par la plupart des éditeurs franco-belges. Nous n’avons toujours pas cette culture du studio dans nos contrées. Pour être tombé dans le chaudron magique, je me suis approprié cette culture, et qu’un dessinateur ou un encreur renforce mon travail par le sien m’apparaît bénéfique. Nos capacités mutuelles s’additionneraient. Travailler à deux, c’est créer comme Lennon et McCartney. C’est le hasard de la rencontre qui crée l’alchimie. L’impondérable, dans ce métier, est toujours important.

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Super-Héros - Cleet Boris & David Scrima

bande dessinée à quatre mains

(La Comédie Illustrée)

L'Ind : Vous ne croyez pas qu’il soit possible de réussir sans impondérable ? La rencontre d’un public ne peut pas être programmée et maîtrisée ?

HM : Il me semble que l'impondérable est le sel de la vie et de la créativité : on ne sait jamais vraiment où on va. Ça tient à une rencontre inattendue, comme en amour ! Le marketing est une sécurité qui rassure les commerçants, mais les artistes doivent se hisser au dessus de ça. Parfois le public s'approprie un film, un livre ou un disque au grand dam de l'industrie, et ça me rassure un peu. Le vrai travail, c'est d'apprendre à dompter l'impondérable! 

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L'Ind : Le temps est un impondérable. Vos créations semblent comme autant de cailloux blancs semés sur le chemin, pour ne pas vous perdre au fil du temps…

HM : J'ai un rapport au temps assez étrange, le baliser d'étapes artistiques doit me rassurer. Le temps est devenu un ami à la longue, pas seulement une source d'angoisse, et il m'évite de me perdre -justement- car il faut produire régulièrement pour exister quand on est artiste et tenter de donner une certaine cohérence à l'ensemble...même si on touche à plusieurs domaines. Au sein de l'Affaire Louis’trio, la création frisait la frénésie, il m'a fallu attendre que ça s'arrête pour reprendre un rythme plus humain, et faire les choses à mon rythme. Je suis un peu passé de l'industrie lourde à l'artisanat !

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L'Ind : Est-ce qu’on ne finit pas toujours, malgré toutes nos évolutions, par revenir à ce qu’on aimait adolescent ?

HM : Chez moi, ça remonte carrément à l'enfance, à mes premières émotions graphiques et musicales, que je dois à mes parents. Mon père m'a fait découvrir le rock, le jazz et la BD, rien que ça ! Elvis et Tarzan sont encore mes compagnons de route.

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Le Roi de la Jungle - à paraître

(Dupuis)

Ensuite à l'adolescence, les Beatles ont débarqué dans ma vie, puis la nouvelle vague "ligne claire" découverte dans Métal Hurlant. Pour résumer, tout ce que j'ai fait jusqu'à aujourd'hui vient de cette base culturelle ; donc beaucoup de nostalgie, mais aussi toujours de nouvelles découvertes pour étoffer et faire évoluer mon travail. J'avoue que je suis vraiment un homme du vingtième siècle, le vingt et unième n'a d'intérêt pour moi que pour ses avancées technologiques. J'ai l'impression que l'être humain est passé au second plan, et j'aimerais que ça évolue, qu'il reprenne sa place afin que l'art sous toutes ses formes puisse respirer un air un peu plus sain qu'aujourd'hui !

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"Merci Hubert"

Liens :

- le site d'Hubert Mounier

- sa page Facebook toujours alimentée par ses admirateurs

- le site des éditions Dupuis

- nos précédents entretiens avec Hubert Mounier en 2007 et 2011

Copyright illustrations :

La Maison de Pain d'Epice - Hubert Mounier - Cleet Boris, Dupuis sauf autre mention

02/05/2016

ELLE N'EST VRAIMENT PAS CHIC LA PLANETE...

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Non, non, tout mais pas ça !

C'est avec une profonde tristesse que nous apprenons la disparition d’Hubert Mounier alias Cleet Boris, compositeur et chanteur de talent mais aussi grand dessinateur à la ligne claire inspirée.

Lors de notre traditionnel échange de vœux, il nous avait fait partager l'une des planches de sa prochaine bande dessinée, Le roi de la jungle. Nous vous la proposons ici :

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On peut être certain que Dupuis aura à cœur de mettre en valeur cette dernière création et que ses nombreux amis dessinateurs s'y fendront d'un bel hommage graphique comme ils l'avaient déjà fait, de son vivant, lors de la parution du disque Affaire Classée revisitant bon nombre des succès de L'Affaire Louis Trio.

D'ici là, il ne nous reste plus qu'à réécouter en boucle ses belles chansons, à les fredonner tout en feuilletant Le temple de la paix, J'ai réussi, La maison de pain d'épice et ses autres bandes dessinées.

Toutes nos condoléances à son épouse et à ses filles.

Ciao l'artiste !

PS : Amitiés à Chaland et à Bronco Junior

30/04/2016

UN NUMERO TRES KLARE LIJN DE STRIPGIDS

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C'est avec une belle couverture signée Ever Meulen que le magazine de bandes dessinées flamand Stripgids propose un numéro de printemps au sommaire fort attrayant pour l'amateur de ligne claire.

Toon Horsten y revient sur les expositions organisées début 2016 par la galerie Champaka à Bruxelles et Paris autour de Chaland, Clerc, Swarte et Meulen.

Robin Schouten évoque les bandes dessinées éducatives d'Eric Heuvel, l'auteur de January Jones.

Piet Schreuders se penche, illustrations à l'appui, sur les créations de Mark Smeets (1942-1999), dessinateur majeur de l'émergence de la nouvelle ligne claire, grand inspirateur de Joost Swarte et de bien d'autres auteurs de bandes dessinées dans leur évolution de l'underground vers la klare lijn. On y apprend que Smeets fera prochainement l'objet de publications chez Scratch Books, la maison d'édition créée par Joost Swarte et Hansje Joustra, ancien éditeur de Oog&Blik, ainsi que d'une exposition rétrospective à Haarlem (Pays-Bas).

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Plus d'infos :

- le site de Stripgids : http://stripgids.org/

- le site de Scratch Books : http://www.scratchbooks.nl/

04/04/2016

IL FAUT SAUVER THIBERT !

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Les fidèles de notre site connaissent notre allergie chronique aux bandes dessinées contemporaines s’affichant ligne claire et proposant des récits plus ou moins aboutis – malheureusement plutôt moins que plus… - s’inscrivant dans le contexte des années 50-60, magasins d'accessoires rétros pompés ici ou là pour donner l'impression d'une création, véritables marchandises tournant à vide, jouant sur la nostalgie du lecteur. En effet, elles n'apportent vraiment pas grand chose à la ligne claire et, selon nous, la desserviraient plus qu’autre chose.

En première approche, la bande dessinée dont il va être fait état ici – Il faut sauver Hitler de Jean-Christophe Thibert, récemment publiée aux éditions Glénat– semble s’inscrire dans cette mouvance du réchauffé sans saveur de recettes déjà éprouvées.

Rien qu’en observant la couverture, on sait que l'on va se situer dans une énième aventure d’inspiration classique teintée d’espionnage rétro et on peut légitimement craindre un énième récit de héros gentils contre vilains nazis, avec belles voitures et ambiance fifties accumulant clichés et imaginaires largement exploités.

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Il ne faut que quelques planches pour nuancer cette perception a priori négative et reconnaître à Jean-Christophe Thibert un certain talent qui le démarque nettement des faiseurs ligne claire évoqués plus haut.

Après La théorie du complot cosigné avec Didier Convard en 2009, Jean-Christophe Thibert nous propose, cette fois-ci en solo, le second volet des aventures d'Etienne Kaplan, membre des services secrets français, et Nathan Masson, professeur bagarreur et séducteur.

Du point de vue du dessin, Thibert nous propose une ligne claire réaliste très travaillée. On sent le labeur. Contrairement à d’autres, le dessinateur ne cherche manifestement pas la facilité. On mesure tout le soin apporté à la finition de ses planches. Le temps qui sépare le premier tome de la série du second – 7 ans - est assurément un signe évident de cette application.

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On sent le plaisir et la passion du dessinateur à reconstituer une époque, toute une esthétique. Thibert sait reproduire à la perfection les ambiances, les vêtements, les véhicules, le design des années 50.

Il y a aussi une touche toute personnelle dans les nombreuses séquences d'action qui l’éloigne de la théâtralité d'un Jacobs pour se rapprocher davantage de l’explosion graphique d’un Otomo. Il y a un vrai sens de mise en scène dynamique.

Beaucoup de personnages traversent l'album. Pas toujours identifiables, ce qui pose parfois des problèmes de compréhension. Thibert serait bien inspiré de diversifier sa représentation des visages pour apporter plus de variété de faces et de profils.

Les planches proposées sont très denses, riches en cases et en détails. Trop peut-être. Cela frise parfois le Geoff Darrow et peut nuire à la lisibilité. Mais cela vaut quand même mieux que la fadeur et que le vide !

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Les récitatifs et les dialogues ne sont pas manuscrits et c'est bien dommage car les polices informatiques déshumanisent l'ensemble et donnent une impression d'artificialité. Il est toujours désolant de voir un artiste se fatiguer à créer de belles planches et de les voir altérées par ces caractères issus de la machine !

Par contre, les couleurs de Pixel Vengeur sont particulièrement bien choisies et réussies. Juste ce qu'il faut au bon moment pour servir l'ambiance souhaitée. Vraiment du très beau travail !

Du point de vue du récit et des dialogues, on sent un travail important de conception et d'ancrage dans une certaine tradition mais aussi de modernisation du genre.

Comment faire du neuf avec une trame de récit autour d’espions russes et américains et de nostalgiques du IIIème Reich cherchant à mettre la main, dans l’Italie de la fin des années 50, sur un faux Führer créé par les services secrets français ? Mission difficile que Thibert parvient à relever.

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A première vue, on pourrait parler de Blake et Mortimer à la française tendance Tontons Flingueurs matiné de Fantomas version Hunebelle, de Gorille façon Lino et de Panthère Rose premier cru.

Les références convoquées par Thibert nous conduisent tant du côté de la bande dessinée franco-belge (Hergé, Martin, Jacobs...) que du cinéma des années 50-60 (Blake Edwards, Stanley Donnen, Vicente Minnelli, Georges Lautner). Il y a aussi comme un cousinage avec les OSS réalisés par Michel Hazanavicius.

Une forme d'humour, d'irrévérence dans les dialogues qui rappellent ceux de Michel Audiard ainsi que les mimiques parfois caricaturales des personnages peuvent faire penser à un récit tendant vers la parodie. Cette tonalité humoristique est une évolution heureuse par rapport au premier volume écrit et découpé par Didier Convard.

Mais peut-être pas assez de second degré. Pour faire un parallèle avec une oeuvre télévisuelle récente, on aurait aimé un peu plus de transgression dans l'esprit de la série Au service de la France diffusée l'an passé par Arte. Mais on ne peut que saluer l'évolution imprimée par Thibert désormais seul aux commandes.

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Innover dans le double registre ligne claire et récit d'espionnage sans répéter ce qui existe déjà est quasiment impossible dès lors qu’on situe l’action dans l’Europe des trente glorieuses et de la guerre froide. Thibert s'y emploie et plutôt bien en essayant manifestement d'introduire des éléments de modernité dans un contexte marqué par les codes, les signes, les références du passé.

On sent que Thibert a voulu instiller dans son récit de l'affect lié à des souvenirs personnels. Nous donner à lire une bande dessinée qu'il aimerait savourer lui-même. L'envie en lui de nous faire revivre et partager la magie de moments de lecture ou de cinéma.

Il faut sauver Hitler reste malgré tout une création avant tout référentielle inspirée par des modèles, des motifs, des symboles portant déjà en eux le rappel d’oeuvres mythiques.

Cette convocation de références peut parfois donner le vertige. Peut-être l'auteur convoque t-il trop d’allusions en même temps. En effet, les stéréotypes demeurent. La poursuite dans le train ne peut manquer de rappeler nombre de scènes du même type déjà vues ou lues ailleurs. Idem pour celle du bal masqué. Mais ce n'est pas parce qu'elles ont déjà été exploitées par André Hunebelle, Blake Edwards, Hergé ou Jacobs, que l'on doit s'interdire d'en faire encore usage.

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Pour une première bande dessinée d’auteur complet, Thibert s'en sort donc plutôt bien. On peut penser que s’il parvient à rectifier les écueils évoqués ici, il saura nous proposer un troisième volet encore plus réussi.

Une chose est certaine. Thibert nous prouve que la ligne claire d'aventure n'est pas arrivée au bout de son histoire et peut encore innover. Qu'il y a encore matière à faire du moderne et de la qualité avec cette mécanique de précision.

Illustrations copyright Thibert & Glénat

08/03/2016

M. HULOT A L'EXPO 58 !

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On en rêvait. David Merveille l'a fait. M. Hulot visite l'Expo 58 !

Une splendide sérigraphie à se procurer d'urgence sur la boutique en ligne que vient d'ouvrir l'artiste :

http://davidmerveille.bigcartel.com/

C'est certain. Il n'y en aura pas pour tout le monde !

 

Illustration copyright David Merveille