Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

22/05/2015

L'ECOSSE DE FLOC'H

Floc'h Edimbourg cover.png

La belle collection "Travel Book" éditée par Louis Vuitton vient de s'enrichir d'un nouveau et beau volume signé Floc'h.

Consacré à Edimbourg, il donne l'occasion à l'artiste de mettre en images cette Grande Bretagne qu'il affectionne tant à travers le regard d'un adulte - Floc'h en personne - et d'une jeune fille, personnages déjà rencontrés dans ses trois derniers livres "jeunesse" chez Helium puis Le Seuil. Seul le lapin qui les accompagnait a disparu en route...

L'ouvrage n'est pas qu'un livre d'images. En effet, les illustrations sont souvent accompagnées d'un texte très pédagogique, accessible aux plus jeunes, qui apporte des informations sur l'histoire, la culture, l'architecture...

L'ensemble donne une vision bien évidemment très floc'hienne de la capitale écossaise puisqu'on y retrouve des signes qui alimentent depuis toujours ses créations : le kilt, le golf, le tweed, les boîtes aux lettres rouges, le goût pour la représentation des personnages historiques...

La nouveauté principale tient à nos yeux dans les nombreuses représentations de la ville d'Edimbourg et de ses environs immédiats.

D'une ligne claire épurée, ces représentations urbaines sont marquées par l'absence de vie humaine. Aucun contemporain n'y est présent. Comme si la population écossaise avait été rayée de la carte et que ne subsistaient que les bâtiments, la végétation et les animaux. Cela donne une impression fantomatique particulièrement troublante, perception renforcée par le choix de couleurs vives et d'un ciel toujours bleu, option météorologique particulièrement étonnante pour une contrée réputée pour ses atmosphères pluvieuses !

Il en va ainsi avec Floc'h. Il ne s'embarrasse pas de ce qui lui déplait. Il impose sa marque et c'est comme ça !

Il est bien évident qu'il ne faut pas compter sur lui pour une bande dessinée de reportage à connotation sociale. Floc'h est dans son monde qu'on peut trouver bourgeois, guindé ou élitiste mais qui relève d'une vraie cohérence artistique.

Nous vous invitons à découvrir la présentation vidéo de ce "Travel Book" avec une interview de Floc'h sur le site Louis Vuitton. :

Floc'h vidéo.jpg

On peut retrouver les illustrations noir et blanc de Floc'h pour Edimbourg sur le site de la Galerie Barbier et Mathon .

Illustrations copyright Floc'h et Louis Vuitton

14/05/2015

QUELQUES NOUVELLES DE JAN VAN DER VEKEN

 Affiche Rouge-Cloître.jpg

Affiche de Jan Van der Veken

Le Centre d'Art de Rouge-Cloître (Bruxelles) expose, depuis le 13 mai et jusqu'au 19 juillet 2015, les créations de l'illustrateur belge Jan Van Der Veken, bien connu des lecteurs de ces pages.

Une exposition à ne rater sous aucun prétexte pour l'amateur de ligne claire, de style atome, de typographie et d'illustration de qualité ! Van Der Veken est vraiment le disciple inspiré du grand Ever Meulen mêlant toujours humour et fantaisie dans des compositions d'une rare beauté graphique.

howbigisbighowfarisfar_press_cover.jpg

Couverture

Nous ne saurions par ailleurs que trop vous conseiller la découverte de son dernier livre jeunesse, How Big is Big ? How Far Is Far, publié chez l'éditeur Gestalten. Sous-titré "Fun comparisons for Kids", ce livre propose de découvrir les unités de mesure au travers d'illustrations tout simplement magnifiques. Bien évidemment, ce n'est pas que pour les enfants !

howbigisbig_page01.jpg

Extrait

howbigisbig_page02.jpg

Extrait

Et pour finir, l'inconditionnel du trait "Van der Vekien" pourra partir en quête de ses illustrations à colorier publiées en début d'année dans le quotidien flamand De Standaard.

Colriage Van der Veken.jpg

Illustration à colorier

Que les moins aventuriers d'entre vous se rassurent. Elles sont visibles et donc imprimables sur le site de l'artiste !

Pour plus d'infos sur l'exposition bruxelloise :

Centre d'Art de Rouge-Cloître

Rue de Rouge-Cloître 4
1160 Auderghem (Bruxelles)
Tél. : 02 660 55 97
info@rouge-cloitre.be

http://www.rouge-cloitre.be/agenda/agenda_index.php?actio...

03/05/2015

HOMMAGE A PIERRE STERCKX, ECLAIREUR DE l'OEUVRE D'HERGE

cover Tintin Streckx.jpg

C'est avec une profonde tristesse que nous venons d'apprendre la disparition de l'écrivain et critique d'art Pierre Sterckx, ami et grand spécialiste d'Hergé, survenue ce 2 mai 2015.

Coïncidence. Nous venions tout juste de terminer la lecture du tout récent hors-série de Géo consacré à Tintin dans lequel il livrait une analyse pertinente des origines de la ligne claire et évoquait la publication d'un prochain ouvrage sur l'Art d'Hergé.

A n'en pas douter, cet ouvrage annoncé pour le second semestre chez Gallimard dans sa version francophone et chez Rizzoli dans sa version anglaise, rejoindra les autres contributions majeures de cet historien d'art à l'analyse de l'œuvre hergéenne, du Musée imaginaire de Tintin à Tintin Schizo en passant par Hergé, portrait biographique (en collaboration avec Thierry Smolderen) ou l'indispensable Hergé dessinateur (en collaboration avec Benoît Peeters) pour n'en citer que quelques uns.

Sans oublier son remarquable documentaire Le secret de la ligne claire, seule vidéo visible sur notre site depuis sa création ou bien sur le site Tintin.com .

Avec le décès de Pierre Sterckx, la klare lijn est en deuil. Elle perd l'un de ses principaux décrypteurs. Son œil averti et expert nous manquera immanquablement.

11/04/2015

FRANCHE DISCUSSION AVEC LOUIS ALLOING

9782756043357v.jpg

Nucléon 58

Couverture

Depuis quelques années et tout particulièrement depuis le succès commercial de la reprise de Blake et Mortimer, on observe une tendance à la multiplication de récits typés années 50-60, mettant en scène, dans une ligne claire plus ou moins aboutie, de belles voitures, des personnages rétros avec des méchants très marqués et des héros très gentils, sur fond de guerre froide, menace nucléaire,....
 
Nous ne sommes pas souvent fait l'écho de ces bandes dessinées, ne les jugeant pas totalement indispensables. Nous interrogeant sur ce désintérêt, il nous a semblé finalement important d'aller au contact des auteurs concernés pour recueillir leur vision de la ligne claire et des explications sur leur approche de ce style graphique.
 
En effet, observant le détournement souvent élitiste de la ligne claire, on peut se dire que leurs travaux remettent la bande dessinée dans son créneau historique, à savoir un medium avant tout destiné à un jeune public et à un lectorat populaire, servant en ce sens une approche sans prétention intellectuelle qui cherche à proposer un bon moment de lecture.
 
Avec leur nouvel album, Nucléon 58 (Delcourt), première aventure du personnage Robert Sax, le dessinateur Louis Alloing et le scénariste Rodolphe nous semblent s'inscrire dans ce courant de la bande dessinée ligne claire à tendance nostalgique et ancré dans les fifties.

En effet, ils y mettent en scène un héros garagiste embarqué dans une histoire d'espionnage autour d'un véhicule révolutionnaire et nous entrainent dans le Bruxelles de 1958, en pleine exposition universelle, au cœur de la guerre froide, avec ce qu'il faut de vues de la capitale belge, de voiture d'époques, de méchants en imper, de blonde mystérieuse...

Louis Alloing a aimablement accepté de répondre à nos questions sur cette bande dessinée et ses autres créations (Dans la Secte, la série Marion Duval, La Marque Jacobs...). Qu'il en soit remercié.

Nous avons bien conscience que certaines de nos questions sont déstabilisantes voire critiques ou déplaisantes. Mais c'est notre manière de faire. Nous ne sommes pas là pour relayer des communiqués de presse édulcorés ou cirer les pompes ! Nos interrogations ont suscité un certain nombre de réponses cinglantes nous renvoyant à nos chères études ! Et c'est tant mieux. Le but recherché était celui-là.

Notre échange est proposé ici sans aucune censure.

ROBERT SAX 1.jpg

Nucléon 58

Planche

Klare Lijn International : Vos deux dernières bandes dessinées chez Delcourt, La Marque Jacobs et Nucléon 58, s'inscrivent dans une approche "rétro" de la ligne claire. Pourquoi ce choix ? L'envie de vous inscrire dans le sillage ouvert par les reprises de Blake et Mortimer ? Par goût personnel pour la ligne claire, l'esthétique des trente glorieuses, une certaine forme de belgitude ? Se livrer à une recréation comme dans les films OSS 117 de Michel Hazanavicius ?
 
Louis Alloing : Je ne sais pas trop ce que vous appelez une approche "rétro" de la ligne claire. Je ne me positionne pas, dans mes goûts, en tant que dessinateur d'une ligne claire, pas très claire ou je ne sais quoi. Pour moi la BD ça restera toujours dans l'immense majorité des cas un dessin avec un contour dans lequel on choisit de mettre plus ou moins de valeurs. Et mes planches en noir et blanc se rapprocheraient plus de Tardi que de Jacobs. Puisque vous parlez de Jacobs, il faut aussi savoir de quoi on parle. Les Jacobs de L'Affaire du Collier ou de SOS Météores sont finalement très différents de ceux comme L'Enigme de l'Atlantide ou Le Mystère de la Grande Pyramide qui étaient pour le coup très "ligne claire".

Marion Duval ├®pisode 22.jpg

Marion Duval

Planche

KLI : On ne peut pas dire que vos bandes dessinées rentrent dans le créneau de la BD d'auteur. Elles sont de facture très classique avec des schémas narratifs déjà éprouvés. Est-ce que c'est par goût personnel, en lien avec vos travaux pour la jeunesse et notamment les aventures de Marion Duval ? A un moment pourtant, avec Dans la Secte, vous sembliez aller vers le roman graphique avec un trait moins réaliste et un propos plus adulte. Pourquoi ne pas avoir creusé dans ce registre ?

 
LA : Savoir si je suis un auteur, un artiste ou un artisan ne m'intéresse pas beaucoup. Je n'ai sincèrement aucune ambition dans ce domaine. L'important pour moi est de servir un récit en me faisant plaisir. Le reste est à l'appréciation du public. D'ailleurs puisque vous citez Dans la Secte, le dessin pratiqué dans cet ouvrage est en rapport avec le type de récit. Je me voyais mal faire un dessin réaliste pour ce sujet qui traite de l'embrigadement par les scientologues qui aurait alourdi le propos. Pourquoi ne pas avoir creusé dans ce registre ? Mais je creuse encore régulièrement dans ce registre. Mais pas forcément pour de la BD. Regardez mon site d'illustrateur louis-alloing.fr et vous comprendrez.

Dans la Secte 002.jpg

Dans la secte

Planche

KLI : N'avez-vous pas le sentiment que les auteurs de bande dessinée jeunesse manquent globalement de la reconnaissance qu'ils méritent car ce sont des passeurs qui maintiennent l'intérêt du jeune lecteur pour la bande dessinée et lui permette finalement d'accéder plus tard à des lectures bd plus adultes ? Finalement, il aura fallu votre bande dessinée sur Jacobs pour que vous bénéficiez d'une médiatisation et d'une reconnaissance. Cela a été le même cas pour Olivier Schwartz qui après un épatant travail sur l'Inspecteur Bayard a vu son talent enfin reconnu avec ses albums Dupuis (ses Spirou et Gringos Locos avec Yann).

LA : Cela dépend de quels auteurs. Je ne crois pas que Zep, pour ne citer que le plus connu, manque de reconnaissance. Je dédicaçais au salon du livre à coté d'un auteur de BD pour la jeunesse qui faisait dans le manga héroïc fantasy pour les 6/ 12 ans et qui a des chiffres de vente impressionnants. Dans la jeunesse comme dans pour la BD "adulte", il y a des réussites contrastées. Même chez Bayard avec Tom Tom et Nana ou Ariol, par exemple, il y a de belles réussites. Olivier et moi, nous n'avons pas percé dans le lectorat jeunesse sans démériter. Mais à quoi tient un succès ? Je ferai remarquer que, sans faire injure au talent d'Olivier, c'est surtout le nom de Spirou qui a attiré le succès, Spirou qui est, au passage, de la bande dessinée jeunesse. Emile Bravo a aussi très bien marché avec son Spirou. Il faut comprendre qu'avec le nombre de publications qui sortent chaque année, l'apparition des mangas et l'avènement du numérique, il est très difficile d'émerger. Je ne jette donc sûrement pas la pierre à ceux qui reprennent une série largement éprouvée pour enfin vivre aisément après des années de revenus plutôt chiches. Sans compter qu'une série comme Spirou est une série mythique pour les gens de ma génération. Personnellement je n'ai pas de préférence pour un genre, adulte ou jeunesse (dont la frontière est finalement assez floue). Si on me propose de reprendre Gil Jourdan ou XIII, je suis partant !

Marion Duval ├®pisode 24.jpg

Marion Duval

Planche

KLI : Pouvez-vous nous parler de votre travail sur Marion Duval chez Bayard et de votre collaboration avec Yvan Pommaux ? La dernière aventure en date, Jaloux pas du tout, actuellement publiée dans Astrapi est marquée par un changement de scénariste. Quelle en est la raison ?

LA : J'ai repris Marion Duval après que Philippe Masson a abandonné la série pour se consacrer à l'illustration de "La cabane magique" - nettement plus lucratif- et à la demande d'Yvan Pommaux. Le début a été difficile car Yvan est quelqu'un de très exigeant mais j'ai pu trouver mon rythme de croisière et j'en suis à mon 8ème épisode. Et dans le cas de Marion Duval, il était difficile d'échapper à un traitement ligne claire déjà en place depuis l'origine. Pour le scénario, Yvan voulait se consacrer au roman jeunesse et a donc laissé sa place à d'autres scénaristes. Il continue de superviser, même de loin, sa progéniture.

Crayonn├®s Marion Duval ├®pisode 22_2.jpg

Marion Duval

Crayonné

Marion Duval ├®pisode 22_2.jpg

Marion Duval

Planche

 
KLI : Pour la petite histoire, dans un entretien publié l'an passé, Yvan Pommaux affirmait : "J'aimerais faire une petite mise au point : j'ai souvent lu, ici ou là, que j'utilisais toujours la "ligne claire". C'est un peu vrai pour quelques albums mais faux pour la plupart et de façon si évidente que je m'interroge sur l'aptitude de beaucoup à simplement regarder une image. Sans parler d'appréciation qualitative". Mais revenons à Nucléon 58, votre dernière bande dessinée. J'imagine que votre travail sur Jacobs a été à la base de cette nouvelle collaboration avec Rodolphe. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre travail en commun ? Est-ce que vous mettez en image un récit entièrement écrit par lui ou bien l'orientez vous vers certaines séquences ou décors que vous souhaiteriez illustrer ?
 
LA : Rodolphe est un ami que je connais et pratique depuis plus de 20 ans. Nous avions déjà réalisé une série, Les Moineaux, aux éditions Bayard, avec 8 albums avant que la série disparaisse. Il était presque naturel que nous nous retrouvions sur son projet de biographie de Jacobs. Rodolphe aime bien fournir un scénario très complet mais est très souple quant à son adaptation par le dessinateur. Il y a plusieurs scènes que j'ai proposées de revisiter en les accommodant à ma sauce. Il existe une grande confiance entre nous.

ROBERT SAX 2.jpg

Nucléon 58

Planche

 

KLI : Nucléon 58 se déroule dans le Bruxelles de l'Expo 58. J'imagine que vous disposez d'une importante documentation sur cette période. Comment vous efforcez-vous de recréer cette époque ? Même si on observe un vrai travail d'imprégnation, on peut ressentir parfois un certain vide devant vos images, un peu comme si elles étaient trop collées à une photographie, un matériel déjà existant que vous n'auriez pas vraiment digéré. A mes yeux, ce n'est pas simplement en convoquant des voitures d'époque, des publicités de cette période, en les accumulant sur une planche que l'on parvient à recréer fidèlement l'ambiance de ces années. Tillieux était très doué pour recréer des atmosphères sans forcément beaucoup de détails. Je n'ai pas été totalement convaincu par votre représentation de l'Expo 58. J'ai ressenti comme un manque de vie dans la représentation de la foule. Qu'est-ce que cette réflexion vous inspire ?
 
LA : La documentation est évidemment très importante. Maintenant est-ce qu'elle prend le pas sur le ressenti et la "sensibilité" de l'ambiance graphique ? Ce n'est pas mon avis. Je m'efforce toujours de coller à la situation des acteurs. Rien n'est choisi au hasard et je fais toujours attention à ne pas tomber dans un esthétisme de galeriste. Je ne me sens pas l'âme d'un dessinateur de 4CV. Si je n'avais pas "convoqué" des voitures d'époque, des publicités de cette période, j'ai un peu de mal à comprendre comment retranscrire l'environnement visuel du moment. Et Tilleux ne faisait pas autrement à la différence que pour lui, c'était son époque (un peu la mienne tout de même puisque je suis né au milieu des années 50). Il ne vous aura sans doute pas échappé aussi que le graphisme de Tillieux est dans la lignée "gros nez" avant toute autre chose. Ce qui n'est pas mon cas. Donc créer des petites anecdotes dans les décors comme il le faisait n'est pas vraiment pertinent à mon avis pour notre BD. Encore que si vous regardez bien, il s'y passe plus de chose que vous le pensez.
 
KLI : Mais j'ai bien regardé votre album. La planche 12 mettant en scène l'Atomium et l'Expo 58 me donne une impression d'inachevé. J'ai bien conscience du travail que représente le dessin d'une telle bande dessinée mais je me dis qu'il manque quelque chose, une touche particulière, pour que votre représentation ne me donne pas cette perception d'artificialité. Dernièrement, j'ai éprouvé le même sentiment devant les planches des aventures de Margot par Olivier Marin et ses collaborateurs (chez Paquet) ou de Simon Hardy par Franck Leclercq (chez Petit Pierre et Leizael). Peut-être que je suis trop exigeant et que j'ai des problèmes avec un certain type de ligne claire. D'ailleurs, en la matière, quelles sont vos influences principales ? On vous sent plus proche des grands anciens (Hergé, Jacobs, De Moor, Martin...) que des auteurs de "la nouvelle ligne claire" tels que Chaland, Clerc, Ted Benoît (période Ray Banana), Swarte,... Est-ce exact ? Ces derniers bénéficient d'un regard positif voire complaisant de la critique et d'un statut d'artiste exposé en galerie. Qu'est-ce que cela vous inspire ? Vous considérez vous plus comme un artisan du dessin ?
 
LA : Les "grands anciens" faisaient un dessin "réaliste" au service d'une histoire avant de faire de la ligne claire. Si je me reconnais une filiation avec eux, c'est celle-là. J'ajoute que pour moi dans "les grands anciens", on retrouve des gens comme Milton Caniff, Burn Hogarth ou Alex Raymond. Leur traitement du noir et blanc m'inspire davantage que celui des "anciens belges". La notion de ligne claire est née avec la nostalgie des années 50 au début des années 80. Et dire que Ted Benoit fait partie de la "nouvelle ligne claire" est assez  cocasse. Lui dont le dessin se rapproche le plus de celui d'Hergé (trait, plans, physionomie des personnages, etc) de tous les dessinateurs que je connais. Les Swarte, Chaland ou Serge Clerc, dont j'admire le travail, sont surtout des illustrateurs de grand talent mais des auteurs de BD qui n'ont pas vraiment convaincu. Je ne travaille pas pour les galeries d'art (eux non plus d'ailleurs). Si je suis exposé tant mieux si non, ça ne m'empêchera pas de dormir. 

ROBERT SAX 3.jpg

Nucléon 58

Planche

 
KLI : Quand j'évoquais la "nouvelle ligne claire" et Ted Benoît, je n'envisageais pas uniquement son dessin pour Ray Banana mais aussi le ton et le propos de ses récits qui tranchaient avec le type de récit servi traditionnellement par la ligne claire. C'est cette refondation de la ligne claire - un propos d'inspiration underground traité avec un trait classique - que j'envisageais. Un second degré qui tranche avec le premier degré de votre dernier album ou le premier degré des Blake et Mortimer du même Ted Benoît avec Jean Van Hamme. D'ailleurs, Hergé ne se reconnaissait pas vraiment dans cette nouvelle ligne claire, n'y trouvant pas l'exigence de lisibilité et de fluidité dans la narration qui constituait, à ses yeux, l'une des composantes essentielles de la bande dessinée qu'il pratiquait.

LA : Puisqu'on se dit tout, et après avoir parcouru votre très joli site, je suis assez étonné par votre mise en avant de dessinateurs dont la ligne claire est, à mon sens, souvent très raide, très scolaire, et complaisamment esthétisante quand ce n'est pas une interprétation quasi-décalquée des Chaland, Floc'h ou Serge Clerc qui, rappelons-le, proposaient déjà une interprétation des Franquin, Hergé ou Jacobs. Vos "artistes" en sont à l'interprétation de l'interprétation. Il est où le travail d'auteur chez ces gens-là ?
 
KLI :  Je traite de tous les types de ligne claire. Je vous invite à lire l'entretien que m'a accordé Philippe Wurm qui planche d'ailleurs actuellement sur une vie de Jacobs avec François Rivière. Il est très instructif sur une approche de créateur contemporain soucieux de ne pas singer ce qui s'est fait avant et de ne pas non plus sombrer dans l'esthétique. Mais quelles sont vos œuvres ligne claire de prédilection ? Pourquoi ? 
 
LA : Dans ce qu'on nomme la ligne claire, il y a Jacobs, Hergé, Franquin, Tillieux, Peyo, etc, etc. En gros, mon enfance. Après je suis curieux de tout et ne limite pas mes admirations à ces auteurs.
 
KLI : Est-ce que des bandes dessinées étaient sur votre table pendant la conception de Nucléon 58 ? Si oui, lesquelles ?
 
LA : Ma table est déjà suffisamment encombrée comme ça pour y ajouter des albums de BD. 
 
KLI : Votre héros Robert Sax est appelé à vivre une nouvelle aventure intitulée Paradis Perdu. Que pouvez-vous nous en dire ?
 
LA : Que ce sera plus "polar" que roman d'espionnage. On retrouvera la même petite famille qui entoure Robert Sax et le même environnement bruxellois, le tout emballé dans une ligne claire ou pas très claire selon les avis.
 
KLI : Est-ce que vous vous voyez abandonner la bande dessinée jeunesse et Marion Duval si le succès est au rendez-vous avec vos récits plus adultes ? Un peu comme Olivier Schwartz avec l'Inspecteur Bayard ?

LA : Oui. à partir de 50 000 exemplaires pour Robert Sax, j'abandonne Marion Duval (s'il elle ne m'a pas abandonné avant). Il serait donc assez sympa de ne pas me cataloguer comme auteur  "pas vraiment indispensable". Et référencer mon site sur le votre ne me déplairait pas non plus.

KLI : C'est chose faite !
 
Illustrations copyright Louis Alloing et Delcourt (Nucléon 58), La Boîte à bulles (Dans la Secte) et Bayard (Marion Duval).

10:30 Publié dans Alloing | Lien permanent | Commentaires (1)

10/03/2015

NOUVELLE EXPOSITION LAPONE CHEZ CHAMPAKA

invit 02.jpg

Moins de deux ans après l'exposition Sentiers Nocturnes, la Galerie Champaka Bruxelles propose, du 12 mars au 11 avril, une nouvelle exposition d'Antonio Lapone.

Intitulée The New Frontier, elle présentera de nouvelles créations graphiques du dessinateur d'Adam Clarks, peintre et illustrateur de plus en plus reconnu et justement apprécié.

Le texte d'annonce de la galerie est plus qu'alléchant :

texte Lapone-bxl.jpg

Antonio Lapone nous a fait le grand plaisir de nous faire découvrir en avant-première plusieurs des créations originales qui seront exposées à cette occasion.

Avec son aimable autorisation, pour le plaisir de vos pupilles, nous vous les présentons ici. Profitez-en car elles ne seront pas - snif ! - rassemblées dans un catalogue.

Le mieux étant bien évidemment, si vous en avez la possibilité, d'aller admirer ces œuvres atomiques sur les murs de la galerie du Sablon !

Last Train to Giza.jpg

Night Over Egypt.jpg

The City of Modern Wonders.jpg

Venus Over Manhattan.jpg

lapone14 05-L.jpg

Arrivederci Amore, Ciao!.JPG

lapone14 02-L.jpg

lapone14 10-L.jpg

lapone14 07-L.jpg

lapone14 25-L.jpg

lapone14 30-L.jpg

lapone14 38-L.jpg

lapone14 36-L.jpg

Pour plus d'infos :

- le site de la Galerie Champaka Bruxelles

- le site d'Antonio Lapone

Illustrations copyright Antonio Lapone & Champaka