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09/04/2014

INTERVIEW : ERIK DE GRAAF

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C'est toujours un grand plaisir d'accueillir le néerlandais Erik de Graaf sur Klare Lijn. En effet, entre lui et nous, c'est déjà une longue histoire. Erik nous avait fait le plaisir de nous accorder sa première interview en français et de dessiner notre carte de voeux 2009. Par ailleurs, nous avons la fierté d'avoir quelque peu contribué à la traduction francophone de Jeux de Mémoire, sa première bande dessinée.

Eclats, son dernier ouvrage publié aux éditions de la Pastèque, premier tome d'un diptyque ambitieux, confirme tout le bien que nous pensons de cet auteur. Erik de Graaf signe ici une oeuvre forte et poignante sur la seconde guerre mondiale aux Pays-Bas à partir d'éléments inspirés de sa propre histoire familiale. Son dessin très graphique et ses choix de mise en couleurs servent à merveille son propos sur les horreurs de la guerre. Une vraie réussite que nous encourageons à découvrir au plus vite si ce n'est déjà fait.

Un grand merci à Erik pour cet échange et pour son illustration avec, en avant-première, quelques planches du second volume que nous attendons déjà avec une grande impatience.

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Klare Lijn International : Vos bandes dessinées sont toujours en lien avec votre passé - Jeux de Mémoires - ou celui de votre famille - Eclats. Est-ce que cela vous est indispensable pour créer ou bien pourriez-vous écrire une bande dessinée entièrement déconnectée d’éléments de votre vie ou de votre histoire familiale ?
 
Erik de Graaf : Je pense qu’il ne faut pas chercher loin de belles histoires. Il est vrai que j'ai mélangé de vraies histoires de famille à la fiction . J'aime écrire et dessiner sur les gens ordinaires parce que je suis issu d'une famille tout à fait ordinaire . Et je dois dire aussi que je suis une personne très nostalgique . J'aime l'enfance , les années où les choses n'étaient pas si compliquées , où la vie était plus facile . Aussi des décennies comme les années 30, 40 et 50 avec la belle architecture, les voitures et la mode. C'est sans doute pourquoi des artistes comme Yves Chaland et Seth sont quelques-uns de mes favoris . Il y a également l’influence de ma grand-mère qui était une conteuse. Elle m'a raconté des tas d'histoires du passé, de la deuxième guerre mondiale. J’ai probablement hérité d’elle un goût pour raconter des histoires. 
Est-ce que je pourrais raconter une histoire qui ne serait pas reliée au passé de ma famille ? Je pense que oui. Je n'ai pas encore d'idées concrètes. Mais qui sait ?

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KLI : Avec Eclats, vous semblez vouloir rendre hommage à votre oncle.
 
EDG : J'ai beaucoup de respect et d'admiration pour les jeunes soldats qui ont essayé d'arrêter l'ennemi allemand en 1940 alors qu’ils n'avaient pas d'armes appropriées et n’étaient pas très bien formés. Ils ont fait ce qu'ils pouvaient mais bien sûr, ils étaient également effrayés. Ils avaient autour de 20 ans et devaient lutter contre une armée supérieure. J'ai utilisé des éléments d'un journal tenu en mai 1940 par l'un de ces soldats qui est devenu un oncle de substitution après la guerre. C’est lui qui m'a suggéré de faire quelque chose de mes penchants artistiques. Ces dernières années, j'ai aussi découvert qu'un autre soldat qui était lui mon vrai oncle (il a épousé la sœur de mon père) était dans la résistance pendant la guerre. Il a dû travailler en Allemagne en 1942, s'est échappé puis est devenu un membre armé de la résistance. Il y a aussi mon grand-père. J’ai découvert qu’il avait joué un petit rôle dans la résistance. Mes grands-parents n'en ont jamais parlé. Je vais utiliser ces histoires dans le prochain volume.
On peut donc dire effectivement qu’on peut voir Eclats comme un hommage à mes deux oncles mais aussi à mon grand-père et ma grand- mère, des gens ordinaires qui ont survécu à une période extraordinaire .

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KLI : C’est la raison pour laquelle des photos et des éléments sur l'histoire de votre famille sont publiés à la fin du livre ? Pour vous connecter à la réalité ?
 
EDG : C'est exact. Cela fait partie de l' hommage et cela rend l'histoire encore plus réaliste .

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Klare Lijn International : Pourquoi avoir choisi le titre Eclats ?
 
EDG : J’ai choisi Eclats parce que les vies des principaux personnages s'effondrent à cause de la guerre. Et des Eclats peuvent provoquer des blessures. Pour la suite, je pense utiliser Balafres ou Cicatrices, le résultat des Eclats
 
KLI : Pourriez-vous nous donner des informations sur la narration d’Eclats ? Avez-vous d'abord écrit votre récit d'une manière chronologique pour ensuite couper et organiser les éléments par successions de flash-backs ?
 
EDG : L'histoire est racontée par période. Elle commence en 1946, un an après la fin de la guerre. Dans un cimetière, Victor retrouve Esther, sa bien-aimée. Ils avaient été séparés en mai 1940, au début de la guerre lorsque Esther qui était juive avait été contrainte de se cacher. Victor, de son côté, s'était engagé pour combattre les Allemands près de Rotterdam. Dans ce cimetière, ils commencent à se raconter leurs traversées des années de guerre. Bien qu'Esther n’en parle pas beaucoup, il est clair qu'ils ont été contraints de faire des choix impossibles. L'histoire saute de 1946 vers les années de guerre et revient même aux années d'avant-guerre. Le thème du livre est la perte. La perte de la liberté, d’êtres aimés, de l'innocence, de la jeunesse et des rêves.
Pour la conception, après avoir fait un schéma d’ensemble, j'ai écrit l'histoire comme elle se présente aujourd’hui dans le livre.

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KLI : Avez-vous lu des livres ou vu des films sur la deuxième guerre mondiale aux Pays-Bas pendant la préparation d'Eclats ? Quels sont-ils ? Quand j'ai lu votre bande dessinée, j’ai pensé à Black Book, le film de Paul Verhoeven.
 
EDG : J'ai fait beaucoup de recherches dans des ouvrages, sur Internet, dans des musées. Mais j'ai regardé aussi pas mal de films (comme Black Book et Soldier of Orange) ainsi que des documentaires.
 
KLI : Sur le plan du dessin, avez-vous facilement fait votre choix sur la taille des pages, la quantité de bandes, l’option de planches avec une seule illustration ... ?
 
EDG : Parce que je voulais créer un roman graphique, j'ai choisi cette taille de planche et ce nombre de bandes qui s'inscrit bien dans ce format. Je voulais une certaine différenciation dans le livre, c'est pourquoi j'ai utilisé des pages avec une seule illustration. La plupart du temps quand une nouvelle scène commence ou quelque chose de dramatique se produit . Et puis pour être honnête , j’aime dessiner ces grandes illustrations. 

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KLI : Concernant la couleur , pourriez-vous nous parler de vos choix ? Chaque période a son code de couleurs. N'est-ce pas ?
 
EDG : Comme il y a beaucoup de flash-back dans l'histoire, je voulais «guider» le lecteur à travers le livre, lui faire comprendre facilement à quelle période de l'histoire il se situait. La série télévisée allemande Heimat qui met en scène la vie quotidienne des habitants d’une ville de Rhénanie de la fin de la Première Guerre Mondiale jusqu’au début des années 80 m’a inspiré par son passage du noir et blanc à la couleur. Dans Eclats, la période précédant la guerre est en noir et blanc, les années de guerre sont en tons sépia et les années d'après-guerre sont en couleur grisâtre (c’est après la guerre que la photo couleur a commencé à apparaître).

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KLI : Quel a été l’accueil réservé à la première partie d'Eclats quand elle a été publiée aux Pays-Bas ? La Seconde Guerre constitue t’elle un thème souvent utilisé dans la bande dessinée néerlandaise ?
 
EDG : Le livre a obtenu beaucoup de publicité aux Pays-Bas et a suscité de nombreux commentaires positifs ainsi que des interviews. Le fait qu'il soit traduit en français confirme maintenant, du moins je le pense, son intérêt. Et je dois dire que les premiers commentaires en provenance du Québec et de France sont également très positifs. Il y a aussi un certain intérêt qui se manifeste dans d'autres pays mais ça vient lentement. La seconde guerre mondiale n'est pas souvent utilisée dans la bande dessinée néerlandaise. Il y a quelques livres mais pas beaucoup.
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KLI : Eclats est le premier volume d’une histoire en deux tomes. Couper ainsi un récit est toujours une source de frustration pour le lecteur. J’imagine que c'est un choix éditorial. Quand sera publiée la seconde partie de Eclats ? 
 
EDG : Couper l'histoire en deux parties est un choix éditorial mais aussi commercial. Un livre de plus de 500 pages serait tout simplement trop cher pour le marché néerlandais. J'espère finir le second volume en 2015 et qu’il puisse être publié fin 2015 ou début 2016.

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Projet de couverture pour le second tome

Ci-dessous, extraits inédits du second tome

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Liens utiles :
 
- le site des éditions de la Pastèque
 
- le site d'Erik de Graaf
 
Illustrations copyright Erik de Graaf & La Pastèque
 
English version of the interview :
 
Klare Lijn International : Your comics are always in link with your past – Jeux de Mémoires - or the past of your family – Eclats. Is it indispensable for you to create comics or could you create a comic entirely disconnected for elements of your life or family history ?
 
Erik de Graaf : I think beautiful stories mostly aren’t so far away. It’s true that I’ve mixed real family-stories from the past with fiction. I like to write and draw about ordinary people, because I am from quite an ordinary family. And I also must say that I am quite a nostalgic person. I like childhood, the years when things weren’t so complicated, when life was easier. Also decades like the 30’s, 40’s and 50’s with the beautiful architecture, cars and fashion. That’s probably why artists  like Yves Chaland and Seth are some of my favorites. Also my grandmother was a storyteller, she told me lists of stories from the past, the Second World war. Probably I inherited here story-telling talent. 
If I can tell a story that isn’t connected to my family’s past? I think so, I don’t have concrete ideas yet, but who knows? 
 
KLI :With Eclats, do you want to make an homage to your uncle ? 
 
EDG : I have a lot of respect and admiration for the young soldiers who tried to stop the German enemy in 1940, although they didn’t have proper weapons and weren’t trained very well. They did what they could, but of course were also  scared. They were around 20 years of age and had to fight a superior army. I used parts of a diary from may 1940 of one of those soldiers, he became a surrogate uncle after the war. He was the one who inspired me to do something  with my artistic talent. During the past years I’ve also discovered that another soldier who was my real uncle (he married my father’s sister) was in the resistance during the war. He had to work in Germany in 1942, escaped and 
became a armed member of the resistance movement. And also my granddad played a small part in resistance I have discovered. Both my grandparents never have talked about. I’m going to use those stories in the next book. 
And yes, you could see Eclats as a hommage to both my uncles, but also to my grandad and grand mum, ordinary people who survived in an extraordinary period. 
 
KLI : Why photos and elements of your family history are published at the end of the book ? To connect to reality ?
 
EDG : That’s correct, it’s also a part of the hommage and makes the story even more realistic.
 
KLI : Why did you choose Eclats for the title of your book ?
 
EDG : I used Eclats because the lives of the main characters falls apart because of the war. And Eclats can give wounds. I’m thinking of using the title "Balafres" ou "Cicatrices", the result of Eclats.
 
KLI :Could you give us informations about the storytelling of Eclats ? Did you first write Eclats in a chronologic way and after cut and organize the elements by succession of flashbacks ? 
 
EDG : The story is told in time-frames. It begins in 1946, a year after the end of the war. On a cemetery, Victor finds back his beloved Esther. The were separated in may 1940, at the beginning of the war, when the Jewish Esther went into hiding and Victor was fighting as a soldier against the Germans near Rotterdam. On the cemetery they start to tell each other their experiences during the war-years. Although esther doesn’t say much, it’s clear that they had to make impossible choices. The story jumps from 1946 back to the war years and even back to the years before the war. The theme of the book is loss. Loss freedom, of beloved ones, of innocence, youth and dreams. 
After making a scheme I’ve written the story as in it is the book now. 
 
KLI : Did you read books or see movies about second war world in Nederland during the praparation of Eclats ? What are they (When I read your comic, I think about Black Book, a film of Paul Verhoeven) ?
 
EDG : I’ve done a lot of research, in books, on internet, in musea. But I’ve also seen quite some movies (like Black Book and Soldier of Orange) and documentaries.
 
KLI : And about the graphism, did you make easily the choice of the size of the pages, the quantity of strips, the options of big pages with only one illustration… ?
 
EDG : Because I wanted to make a graphic novel I’ve chosen the current size and the number of strips fits well into that size. I wanted some differentiation in the book, that’s why I have used pages with one illustration. 
Mostly when a new scene starts or something dramatic happens. And to be honest, I like to draw this large illustrations now and then. 
 
KLI : And about colour, could you tell us about your choices ? Each period has its colour code. Isn’t it ?
 
EDG : Because there are a lot of flashbacks in the story, I wanted to "guide" the reader through the book, make it easy to understand in which period the story is. The German television-serie Heimat inspired me. A great serie following generations from before WW1 till our time. The serie changes in color and that inspired me. 
In Eclats the period before the war is in black and white, the war-years are in sepia-tones and the years after the war are in grayish full color (after the war colored photo’s started to appear). 
 
KLI : Cut a story in two books is always a frustration for the reader. It’s an editorial choice I suppose ? When the end of Eclats will be published ? 
 
EDG : Cutting the story in two parts is an editorial choice but als a commercial one. A book with more than 500 pages would simply be too expensive for the Dutch market. I hope to finish the book in 2015, so I hope it can be published end of 2015 or 2016. 
 
KLI :What was the reception of the first issue of Eclats when it was published in Nederland ? Is the Second War a theme often used in comic in Nederland ?
 
EDG : The book got quite a lot of publicity in the Netherlands, a lot of positive reviews and interviews. The fact that it’s translated in French now confirms that it’s appealing I think. And I must say that the first reviews coming from Quebec and France are also very positive. There’s also some interest coming from other countries, but it’s coming slow. The second world war isn’t often used in Dutch comics. There are some books, but not much.
 

21:23 Publié dans De Graaf | Lien permanent | Commentaires (0)

10/03/2014

AUTOUR D'HARPIGNIES : ENTRETIEN AVEC ELRIC

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Couverture

A l’occasion de la parution de Harpignies, sa nouvelle bande dessinée écrite avec François Darnaudet aux éditions Paquet, le dessinateur Elric, déjà évoqué sur ces pages, nous a fait le plaisir de répondre à quelques questions.

Issu des Beaux-Arts de Perpignan, diplômé d’arts plastiques et déjà auteur de bandes dessinées dans le cadre d’ouvrages collectifs ou en duo - dont Marche ou rêve cosigné avec Laurel chez Dargaud - Elric a dessiné Harpignies dans la cadre d’une résidence à la Maison des Auteurs d’Angoulême. Il y déploie un trait qui mérite l’intérêt. A la fois sobre et épuré, il n’est pas sans liens avec la ligne claire.

Nous espérons que cet entretien vous donnera l’envie de découvrir ce one shot attachant et moderne, savamment construit, qui croise subtilement deux destins, celui véridique d’un peintre paysagiste du XIX ème siècle, Henri Harpignies (1816-1916) et celui en partie fictionnel de son arrière-arrière petit neveu, Eric Harpignies, jeune dessinateur qui se cherche, un personnage qui n’est pas sans lien avec Elric…

Un grand merci à Elric pour sa disponibilité dans le cadre de la réalisation de cet entretien et pour les inédits qu'il nous a aimablement communiqués pour son illustration. 

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Aquarelle d'Henri Harpignies 

Klare Lijn International : Comme le signale votre co-scénariste dans sa postface, Harpignies, votre première grande œuvre en bande dessinée, est une fiction largement basée sur des événements de votre vie et qui vous met en scène. Est-ce qu’il est facile de s’exposer ainsi quand on est un jeune auteur ? Comment ressort-on d’une telle bande dessinée ?

Elric : Ce n'est jamais facile d'exposer sa vie ou une partie. Ce sont surtout les proches qui se reconnaissent qui peuvent s'en prendre à vous, à votre vision des choses. Ici, on a mélangé quelques éléments de la réalité en les confondant avec la fiction. Ça limite la casse. Mais quoi qu'il arrive, un album comme celui-ci est très fatiguant à porter.

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Projet de couverture

KLI : Est-ce que vous êtes un amateur d’autobiographie en bande dessinée ou pas plus que cela ?

E : J'en ai lu beaucoup, mais je lis beaucoup de bandes dessinées. Je n'en suis pas spécialement amateur. J'ai un souci avec le côté subjectif de la réalité. Une autobio met en scène notre vision de notre entourage pour faire passer notre message. Les autres se sentent souvent pris en otage, et c'est bien le cas. Et pour qu'une narration soit efficace il faut mettre les choses en scène, couper des moments, les assembler avec d'autres pour soutenir un propos. Bref, l'authenticité de l'autobiographie est un truc qui a ses limites selon moi. Souvent, l'autobiographie est mise en avant comme un récit plus touchant parce que l'auteur se met en "danger" mais je trouve ça assez factice.

KLI : Votre bande dessinée nous dévoile le quotidien d'un personnage que vous inspirez largement ainsi que des épisodes de la vie de votre arrière-grand oncle, le peintre qui donne son nom à votre bande dessinée. Elle confronte deux parcours d’artistes, l’un contemporain, l’autre du XIXème et du début du XXème siècle, tous deux passionnés de dessin et de peinture. Est-ce qu’on peut dire que cette bande dessinée a été un moyen pour vous de découvrir un ancêtre et de faire un point sur votre propre évolution et vos envies de jeune créateur, une forme d’auto-analyse dessinée ?
 
E : Cet ancêtre, on m'en parle depuis toujours. C'est LA référence de la famille. Mon arrière grand-père (qui l'a connu un peu) et mon grand-père ont aussi fait des tableaux, sans ambition, juste pour eux. N'empêche que le désir était là et on m'en a parlé très tôt, surtout quand on a vu que j'avais des facilités en dessin. Mais moi, je m'en fichais. Je voulais faire comme Hergé pas comme Henri Harpignies. Je ne sais pas si on peut parler d'auto-analyse... Je sais que c'est François Darnaudet qui m'a poussé à écrire sur cet ancêtre. Il disait qu'on raconte forcément une bonne histoire à partir de quelque chose de très personnel. Ensuite il est venu naturellement de parler de la vie et du fait de trouver sa voie à travers un chemin artistique. Et le chemin suivi par le protagoniste n'est pas le mien.

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Planche 16 - Essai

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Planche 16 définitive

KLI : Est-ce que vous êtes intervenu dans le synopsis, la construction, le découpage, le choix du gaufrier, les dialogues de Harpignies… ou bien en avez-vous laissé le soin à votre scénariste ?

E : Au début, j'étais parti pour écrire ça seul mais je bloquais, alors j'ai demandé son aide à François. On fonctionnait en ping-pong. J'envoyais une séquence, il la corrigeait. Il m'envoyait lui aussi des séquences écrites qui ne faisaient jamais le bon format - soit trop long soit trop court - et je m'arrangeais pour que ça rentre, en enlevant et en rajoutant des éléments. Je me souviens par exemple très bien que je bloquais sur la page 20. Je voulais les deux amis qui discutent et c'est lui qui l'a écrite et il l'a écrite comme je l'aurais fait, c'est assez marrant. C'est aussi lui qui a eu l'idée d'inclure l'histoire du faux tableau. Il écrit des romans alors il a ce truc de poser une intrigue. Moi je préfère faire vivre les personnages et écrire des dialogues. Le gaufrier c'est mon choix. Comme il y a beaucoup de dialogues ça me permettait de donner un statut égal à toutes les images.

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Planche 14 - Essai

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Planche 14 définitive

KLI : J’ai trouvé que la construction de votre bande dessinée faisait qu’on s’attachait plus au personnage d’Eric qui est dans le réel et dans notre quotidien plutôt qu’à celui du peintre Harpignies dont on découvre la vie et le parcours, au travers d’épisodes marquants, de manière plus classique et académique, sans forcément entrer dans son intimité. Qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce qu’il y a eu une forme de censure de votre part concernant par exemple la vie amoureuse de votre aîné qui n’est finalement qu’effleurée alors que celle du personnage que vous inspirez est à l’inverse très exposée ?

E : François voulait qu'on romance la vie d'Henri Harpignies mais moi j'avais un souci avec ça. Je voulais qu'on ne se base seulement sur ce qu'on avait. J'ai réussi a nous procurer sa biographie grâce à la bibliothèque de Valenciennes et elle est très pudique. Il y avait seulement ce passage misogyne : "une femme est un obstacle à un travail fécond." On partait de loin pour faire quelque chose de glamour... On savait qu'il s'était marié sur le tard puis qu'il avait divorcé 10 ans après. Et dans la famille il se dit qu'il était officieusement avec sa servante. Je n'avais pas  trop envie d'aborder ce sujet. Je n'y voyais rien d'intéressant. Cela faisait potin. C'était plutôt son évolution artistique et sa vision de l'art qui m'intéressaient. Et j'ai préféré qu'on se lâche sur le personnage contemporain.

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Planche 2 - Essai

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Planche 2 définitive

KLI : D’un point de vue graphique, dans Harpignies, vous proposez un dessin que nous qualifierons de néo-ligne claire même s’il peut aller parfois dans d’autres directions (par exemple la scène du concert). Est-ce que ce choix s’est fait naturellement ou bien avez-vous hésité entre plusieurs options de dessin ? J’ai notamment vu sur le site de la Cité de la BD d’Angoulême la première planche de votre bande dessinée sous forme animalière.

E : Ce style est mon style naturel mais tous mes projets ainsi étaient refusés. J'aime tester et chercher des choses, et, en bon admirateur de Floyd Gottfredson et Carl Barks je me suis essayé au style animalier. Je l'exploite toujours, notamment sur un blog sur le site du Huffington Post :
http://www.huffingtonpost.fr/elric-dufau/ . Au final il m'a paru incohérent de mêler les personnages anthropomorphes avec des caricatures réalistes de mon ancêtre. Et puis mon éditeur, Pierre Paquet, préférait mon style ligne claire. C'est un amateur de ce style.
La scène du concert est traitée autrement parce que c'est une autre ambiance. En fait, pour chaque page j'ai un brouillon et là j'ai trouvé que le brouillon avait une bonne énergie alors je l'ai gardé en le nettoyant un peu. C'est la seule page que j'ai dû faire en seulement 3 heures.

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Extrait du storyboard

KLI : Quels sont vos liens avec la ligne claire ? Qu’est-ce qui vous en rapproche et vous en éloigne ? Si on fait référence à votre bande dessinée, vous ne positionnez pas en « faussaire » de la ligne claire qui chercherait, comme le font certains, à copier le style d’Hergé ou de Jacobs mais, au contraire, à la faire évoluer vers plus de modernité. Qu’en pensez-vous ?

E : Quand j'étais petit, mon père avait quelques Tintin et je les recopiais. Créer des bandes dessinées est devenu ma première obsession. Il y a 10 ans, déjà avec François Darnaudet, on faisait des histoires courtes, Les affreuses histoires du cousin Paulo, et chaque histoire était un hommage à un auteur qu'on aimait. On a passé en revue Franquin, Chaland, Trondheim, Hergé... L'histoire reprenant un peu Chaland était parue dans le magasine Yéti n°2 en 2004. Pour ne pas copier Chaland sommairement je reprenais son style mais au feutre fin et pas au pinceau. Je ne voulais pas copier un style mais faire référence à un esprit. Quand on parle de ligne claire, on parle du style graphique mais Hergé estimait que c'était aussi lié au scénario. Je suis très attaché à avoir une narration limpide. Mon dessin est le plus clair possible pour être narratif.

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Planche 23 - Essai

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Planche 23 définitive

KLI : Et la peinture d'Harpignies, quel regard portez-vous sur elle ?

E : Au début j'avais un regard critique sur son art. Je ne voyais pas l'intérêt de représenter des paysages. Je ne le plaçais pas dans son contexte de l'époque. Et puis en cherchant, j'ai trouvé ses caricatures. Elles montrent un certain regard critique et moqueur. J'ai découvert par bribes quelqu'un d'intelligent et sensible. C'est pour montrer sa vision de l'art qu'on l'a fait parler avec un aspirant peintre vers la fin de l'album. Cette scène est à mettre en relation avec la phrase citée en page titre : "L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art" de Robert Filliou, un artiste contemporain. Deux artistes foncièrement différents qui ont une pensée commune. 

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Caricature - Henri Harpignies

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Caricature - Henri Harpignies

KLI : Avez-vous vraiment tenté de copier certaines de ses toiles ou de peindre à sa manière ? 

E : Je n'ai jamais été tenté par la peinture. Encore moins par l'idée d'en copier ! Je prête beaucoup plus de talent à mon personnage que je n'en ai !

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Planche 1 - Essai

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Planche 1 définitive

KLI : Inversement, avez-vous le sentiment que si votre ancêtre avait vécu de nos jours, il aurait pu être tenté par la bande dessinée ?

E : Je ne peux pas savoir s'il voudrait faire des BD aujourd'hui... Ce qui est sûr c'est qu'il faisait une image pour montrer une ambiance. Moi j'aime créer plusieurs images pour raconter une histoire. Le dessin passe au second plan dans mon cas alors qu'en lisant sa biographie j'ai bien compris à quel point la maîtrise du dessin était importante pour lui.

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Extrait du storyboard

KLI : A mes yeux, une grande différence entre vous deux tient à ce qu’il était plutôt un amateur de paysages, de décors naturels où l’humain était relégué au rang de détail alors qu’à l’inverse, vous semblez privilégier la représentation de l’humain, des rapports humains, sans trop vous soucier du décor qui est souvent d’ailleurs absent de vos cases. Qu’en pensez-vous ?

E : Par rapport aux décors, je m'en soucie contrairement aux apparences ! Ils sont particulièrement choisis. Je pose l'ambiance et une fois que les personnages parlent il peut disparaître mais il y a plein de fois où il reste suggéré. Je n'ai pas le niveau d'exigence de Jacobs. C'est certain ! Ceci dit, j'ai fait une bande dessinée de 12 pages pour un album collectif aux éditions Oogachtend où je me suis attaché à dessiner Bruxelles de manière très fidèle. Il y a très peu de cases sans décor.

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Planche 24 - Essai

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Planche 24 définitive

KLI : Quelles étaient les œuvres (bandes dessinées, films, romans, peintures, musiques…) qui vous ont
accompagné pendant la réalisation de votre bande dessinée et qui ont pu avoir une influence sur votre création ? Aviez-vous par exemple des livres à demeure sur votre planche à dessin – si vous dessinez à l’ancienne – ou de votre tablette graphique – si vous êtes de ceux qui utilisent cet outil -  auquel vous vous référiez ou alliez piocher des idées de mise en scène ou de pure représentation ?  
 
E : A un moment, Henri Harpignies vit la révolution de 1848 alors j'ai lu L'éducation sentimentale de Flaubert pour finalement lui piquer un passage : le premier strip de la page 25. J'ai adoré ce livre. D'ailleurs il a utilisé sa vie pour raconter une fiction.
Sinon, graphiquement j'aime regarder les Tintin, c'est un modèle de narration. Je me sens proche d'Emile Bravo aussi. Mais je n'ai pas de bande dessinée ouverte sur ma table pendant que je travaille. Les idées viennent par réminiscence. Par rapport à mes lectures, elles sont particulièrement éclectiques... Je passe du roman policier des années 50 à la biographie d'Eugène Robert-Houdin sans problème. Pareil en BD, ça va de Torpedo à l'intégrale Carl Barks. Peu importe le style, il faut que ce soit de qualité. Et j'écoute toujours de la musique en dessinant. Evidemment les références qui sont dans la BD : Joy Division, Siouxies, Young Marble Giants. Mais aussi plein d'autres choses. Des compilations de rock garage de la fin des années 60. Et un groupe de Perpignan que j'adore, les Limiñanas. Lionel qui compose les morceaux m'a donné un morceau inédit pour la bande annonce de la BD que les éditions Paquet n'ont pas encore finalisé.
D'un point de vue technique, je dessine à l'ancienne. Sur du format A4. J'utilise un stylo plume un peu particulier, un Carbon Pen. C'est japonais et j'en trouve à Sennelier, à Paris, quai Voltaire. C'est un stylo qui est de plus en plus utilisé dans le milieu et je le conseille à tout le monde.

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Planche pour une expo

à la Maison des Auteurs d'Angoulême

KLI : En quoi la réalisation de cette bande dessinée a-t-elle profité de votre résidence à Angoulême ? Est-ce qu’elle aurait été la même si vous l’aviez entreprise à Perpignan ?

E : A Angoulême je me suis retrouvé entouré d'auteurs qui ont pu me donner un avis sur mon travail. Ils m'ont fait évoluer et j'ai surtout bénéficié de l'aide d'un ami proche pour la couleur, Jean-Christophe Fournier. A Perpignan, il n'y avait personne pour ça. Je serais resté avec mes erreurs et un certain marasme malgré le soleil. C'est très important d'avoir d'autres personnes qui font la même chose que moi, avec qui je peux partager.

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Etapes de dessin

KLI : De votre point de vue, est-ce qu'en bande dessinée aujourd'hui, il y a toujours la possibilité pour un jeune dessinateur de se faire une place d'auteur et de ne pas se voir qualifier de faussaire ou de disciple de tel ou tel autre auteur ?

E : C'est une question intéressante. Je pense que l'originalité de chacun tient dans la combinaison,
scénario/narration/dessin. Si on s'arrête seulement au dessin, c'est assez réducteur. Et si on doit parler d'un auteur qui n'est que dessinateur, dans ce cas, il faut bien se rendre à l'évidence qu'aujourd'hui (et depuis pas mal d'années) on fait de la bande dessinée parce qu'on en a lu et qu'on veut faire comme untel qu'on a admiré étant plus jeune. L'exemple le plus évident qui me vient à l'esprit c'est celui de Seron qui, très jeune, est allé montrer ses dessins à Franquin qui était surpris de voir qu'un jeune, au lieu de faire des croquis d'après nature, faisait des croquis d'après Franquin. Des mains, des pieds, etc. comme les faisait Franquin.
Moi aussi j'ai recopié Franquin et d'autres. C'est normal, quand on est enfant on joue à recopier. Que ce soit des dessins ou dans les jeux. Je m'amusais à être Batman avec un déguisement comme je m'amusais à faire des BD comme Franquin. Ensuite c'est le goût de chacun qui va orienter son évolution. Si on bloque sur un auteur on va le mimer jusqu'au bout. Si on a plusieurs influences on va les mélanger et créer son propre univers graphique. Moi par exemple j'ai eu des périodes. J'ai commencé par Hergé, puis Uderzo. A 8 ans je ne faisais que des trucs avec des gaulois. D'ailleurs je suis surpris qu'il n'y ait jamais eu d'auteur avec une grosse influence Uderzo. Moi je sais juste bien dessiner Astérix et Obélix ! Bref, après ça été Peyo, Morris... puis Chaland. Et puis il y a la technique et le caractère qui entrent en jeu. Je suis trop imprécis pour maîtriser le pinceau donc je dois encrer
avec une plume. Et le caractère, je peux passer beaucoup de temps sur la préparation et le crayonné mais j'aime encrer rapidement, d'où un trait un peu jeté et minimaliste.
Donc pour répondre à la question, on est forcément aujourd'hui les disciples des auteurs qu'on a admiré. Après ça se voit plus ou moins et ça n'empêche pas d'être original.
Il m'est arrivé un truc marrant il y a plusieurs années. J'avais un peu plus de 20 ans et j'avais montré mon travail à Fabrice Tarrin puis à Charles Berbérian un peu plus tard. Les deux m'ont dit que ça leur faisait penser au style d'Emile Bravo. Je ne connaissais pas du tout Emile Bravo. J'étais complètement passé à côté. Alors après avoir regardé de près son travail, j'ai vu que nous avions des références communes. On s'est construit sur des bases communes. Le nez plus bas de Jules, ça lui vient de Segar. J'adore aussi Popeye. Et pour avoir discuté avec lui plus tard j'ai bien vu qu'on avait des valeurs humanistes communes. Bref, je me trouve proche d'Emile Bravo sans jamais l'avoir copié.

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Hommage à Spirou et Fantasio

KLI : Vous appréciez manifestement dessiner des hommages à des personnages célèbres du neuvième Art. Est-ce que vous seriez tenté par la reprise d'un de ces personnages ?

E : Oui, j'adorerais ça ! Déjà, avec des amis, nous avons fait deux albums collectifs avec des histoires courtes (entre 10 et 20 pages) reprenant des personnages tombés dans le domaine public. Les nouveaux Pieds Nickelés (2010) et Revoilà Popeye (2012) aux éditions Onapratut. J'ai adoré faire ça et j'aurai voulu en écrire d'autres. J'ai même déjà écrit un scénario de Tif & Tondu, pour l'instant refusé. J'adorerais reprendre Gil Jourdan et Lucky Luke. Gil Jourdan en exploitant à fond l'humour de Libellule mais avec un côté plus "film noir" comme on peut le ressentir dans les dernières aventures de Félix. Surtout que j'ai vu beaucoup de films noirs. Et je voudrais reprendre Lucky Luke un peu comme dans Hors-la-loi. Astérix aussi, comme je sais déjà le dessiner, mais à chaque fois je voudrais faire le scénario et bon... il faut de l'expérience, on va pas me filer ça comme ça. Batman aussi j'aimerais bien ! Ce sont des univers très riches et bien campés. Il n'y a plus qu'à jouer avec, c'est jubilatoire. En revanche je ne voudrais pas reprendre Tintin. L'identité d'Hergé est trop forte. L'oeuvre d'Hergé ressemble une quête mystique qui va de l'obscurantisme des Soviets jusqu'à la clairvoyance du Tibet. En comparaison, Chaland à créé Freddy Lombard dans le même esprit. Ce serait absurde de le reprendre. Spirou n'a pas le même traitement. Il a subi de telles évolutions qu'on peut se l'approprier. Et j'aimerais aussi d'ailleurs. Le seul truc qui serait marrant de faire avec Tintin ce serait un gros hommage en terminant L'Alph Art. Mais pas comme Rodier l'a fait. Il faudrait prendre quelqu'un qui dessine exactement comme Hergé et suivre son storyboard jusqu'à la page 42 (il me semble qu'il s'arrête là) et ensuite il faudrait vendre des extensions. La fin vue par... et tout un tas d'auteurs qui imaginent la fin. Je mets un © sur cette idée ! On sait jamais ! L'autre problème de Tintin c'est que son univers est contemporain de l'époque où il était dessiné et l'air de rien Hergé suivait l'actualité et l'esprit de son temps. Alors aujourd'hui Tintin peut-il garder sa mèche sans être un hipster ? Ou avoir un compte Facebook l'obligeant à se situer sexuellement (célibataire, en couple, relation libre) ? Concernant Harpignies, un ami m'a chambré en me disant que j'avais inventé le franco-belge intimiste. Comme si Tintin vivait une aventure - le trafic de tableaux - tout en tombant amoureux. Je n'y avais pas pensé. En revanche j'avais pris comme référence les couleurs des premiers Tintin pour les parties à l'aquarelle du XIXème siècle.

KLI : Comment Elric, jeune créateur attiré par la bande dessinée, la musique, l’art contemporain, voit-il la suite de son parcours d’artiste ? Déjà quelques projets ?

E : Pour l'instant c'est flou. J'écris des choses encore avec François Darnaudet mais aussi seul ou avec un autre ami. Je devrais sortir bientôt un petit album aux éditions Vraoum, une parodie des personnages de romans graphiques. Encore un truc de faussaire !
J'ai un très bon ami qui fait son chemin dans l'art contemporain. On travaillait parfois ensemble quand on était étudiants alors on se dit qu'on pourrait refaire un truc, mais il faut voir. Le milieu de l'art contemporain et moi ça fait deux. En revanche je garde un super souvenir de l'école et de mes professeurs. Sans eux cette bande dessinée n'aurait pas existé. Notamment l'ancien directeur de mon école Vincent-Emmanuel Guitter, avec qui j'ai aussi très envie de travailler.

Illustrations copyright Elric & Paquet

16/02/2014

JANUARY JONES SE POSE CHEZ BDMUST

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Les éditions BDMUST, déjà évoquées ici pour leurs publications des séries Franka et Le Mystère du Temps, poursuivent leur travail de qualité autour de la ligne claire néerlandaise avec une belle édition intégrale de January Jones.

Cette agréable série dessinée par Eric Heuvel et écrite par Martin Lodewijk, très célèbre aux Pays-Bas, nous propose les aventures mouvementées d'une jeune aviatrice américaine dans les années 1930. 

Même si elle ne constitue pas d'un chef d'oeuvre de la bande dessinée, elle mérite le détour car les récits sont sympathiques et le dessin d'Eric Heuvel, fortement inspiré par Hergé, vraiment très ligne claire. 

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Le pack collector de BDMUST reprend, sous de nouvelles couvertures, les trois premiers albums publiés en France, au siècle dernier, par Milan - sous le titre Janet Jones - puis Glénat et propose pour la première fois une traduction française des trois dernières aventures de l'aviatrice. Chaque album comprend un ex-libris numéroté et signé. Conformément aux bonnes habitudes de l'éditeur, le tout est accompagné d'un dossier illustré de 16 pages dans lequel on peut lire le commentaire suivant du dessinateur sur la ligne claire :

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Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, le personnage en smoking n'est autre que Bud Broadway, autre héros d'Eric Heuvel, qui a fait l'objet de plusieurs albums aux Pays-Bas. Qui sait, sur sa lancée, BDMUST nous en proposera peut-être une version française d'ici quelques mois ?

Liens utiles :

- le site de BDMUST;

- le site d'Eric Heuvel.

Illustrations copyright Heuvel, Lodewijk et BDMUST.

31/01/2014

ANGOULEME 2014 : LES NEERLANDAIS S'AFFICHENT !

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Non contents d'occuper la présidence de la 41ème édition du Festival International de la Bande Dessinée avec Willem, l'un des acteurs du mouvement provo, nos amis néerlandais prennent possession des murs de la ville pendant toute la durée de la manifestation charentaise.

En effet, emmenée par l'immense Joost Swarte, une bande de joyeux et fougueux auteurs bataves dessine, imprime et colle des affiches en lien avec l'actualité du moment dans les rues de la capitale de la bande dessinée.

Parmi eux, on compte de talentueux dessinateurs d'obédience ligne claire tels que Peter Van Dongen, Erik de Graaf, Hanco Kolk, Heink Kuijpers.... aux côtés de jeunes créateurs peu connus en terre francophone.

Les créations de cet éphémère atelier néerlandais basé à l'Espace Franquin sont à découvrir d'urgence sur :

- un site créé spécialement pour l'occasion;

- le site de Libé, partenaire de l'opération.

A voir également, deux reportages consacrés à cet événement sur France 3 Poitou-Charentes.

Illustration copyright Swarte & l'Atelier Néerlandais

28/01/2014

LA LIGNE CLAIRE FAIT PARLER D'ELLE

Et c'est tant mieux ! 

Voici quelques liens sur d'excellents écrits sur la Klare Lijn publiés dernièrement :

- le premier intitulé "Flous et nettetés de la ligne claire" proposé par Didier Pasamonik sur le site Actuabd;

- le second ayant pour titre "ligne claire" signé par Thierry Groensteen sur le site Neuvième Art 2.0.

- le catalogue de l'exposition "1975-1997 : la bande dessinée fait sa révolution" visible au Fonds Hélène & Edouard Leclerc pour la culture, aux Capucins, Landerneau (29) jusqu'au 11 mai. On retiendra tout particulièrement de ce bel ouvrage consacré à l'apport des revues Métal Hurlant et (A SUIVRE) à l'évolution de la bande dessinée les propos de Jean-Pierre DIONNET sur Yves Chaland et l'interview de Serge Clerc. On regrettera simplement que la partie dédiée à (A SUIVRE) ne fasse pas plus de place aux auteurs ligne claire qui ont été publiés dans ses pages et tout particulièrement à Ted Benoît qu'il aurait été, à nos yeux, pertinent et judicieux d'interroger car il a été collaborateur des deux revues. Plus d'infos sur : www.fonds-culturel-leclerc.fr .

On retiendra de toutes ces contributions que le concept de ligne claire n'est vraiment pas aisé à définir avec précision, ses contours restant toujours flous.

Qu'il suscite toujours des analyses, des commentaires, des visions différentes entre spécialistes et experts de l'histoire de la bande dessinée nous enchante tout particulièrement !