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09/12/2014

PORTRAITS D'ILLUSTRES PAR DELIUS

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Depuis trente ans, l'émission de radio Une vie, une oeuvre propose à l'auditeur de France Culture la (re)découverte de la vie d'un homme ou d'une femme illustre à travers un portrait sonore toujours savamment construit avec archives sonores et commentaires de contemporains.

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Louise Bourgeois par Delius

A l'occasion de cet anniversaire, Albin Michel publie Destins inoubliables, la transcription écrite d'une sélection de 28 portraits - de Jean-Michel Basquiat à Jésus-Christ en passant par Cesaria Evora ou Louis de Funès - choisis parmi les plus de 1200 qui ont été proposés sur les ondes depuis 1984.

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Billy Wilder par Delius

Etabli sous la direction de Matthieu Garrigou-Lagrange, actuel producteur de Une vie, une oeuvre, l'ouvrage propose 29 portraits ligne claire signés du dessinateur Delius, déjà à l'œuvre, depuis plusieurs mois, sur l'illustration graphique de la page internet de l'émission.

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Zelda Fitgerald par Delius

On y retrouve avec plaisir son trait élégant et raffiné. Ainsi que son autoportrait :

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Delius par lui-même

Un beau livre enrichissant à plus d'un titre ! On pourra juste regretter qu'aucun auteur de bande dessinée ne soit au programme. Pourtant l'émission a eu l'occasion de se pencher sur les vies de Pratt, Jean Giraud-Moebius ou de Franquin. Un oubli qui sera certainement corrigé dans un prochain volume !

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André Franquin par Delius

Le site de l'émission

Le blog de Delius

19/11/2014

EXPO SWARTE A BALE

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Le Cartoonmuseum de Bâle aime la klare lijn !

Un an après l'exposition "Les aventures de la ligne claire", le musée suisse propose jusqu'au 22 février 2015 une exposition "Joost Swarte, dessinateur et designer".

Le visiteur peut y découvrir plus de 100 dessins originaux et objets de toutes les périodes artistiques de l'inventeur de la klare lijn dont ses illustrations pour "The New Yorker".

A ne pas manquer si vous avez la possibilité de vous y rendre !

Plus d'infos sur : http://www.cartoonmuseum.ch/

09/11/2014

ADAM CLARKS : ENTRETIEN AVEC ANTONIO LAPONE

Cela faisait plus de trois ans que nous attendions avec impatience de découvrir la nouvelle bande dessinée d'Antonio Lapone. C'est chose faite ! En effet, après l'excellent Accords sensibles en 2011, l'artiste italien nous propose Adam Clarks, un nouvel album réalisé en tandem avec le scénariste Régis Hautière et édité chez Treize Etrange.

Le moins que l'on puisse dire est que cela valait la peine d'attendre. Cette bande dessinée rétro-futuriste sur fond d'espionnage entre les blocs de l'Est et de l'Ouest est menée tambour battant et nous offre à découvrir un héros gentleman-cambrioleur évoluant dans des décors urbains à couper le souffle ! Antonio Lapone y propose un dessin très esthétique mais aussi très dynamique tendant à s 'éloigner de la ligne claire pure et dure par un savant usage de la couleur. Une vraie réussite à ne pas manquer !

Autant de bonnes raisons pour poser quelques questions au plus wallon des dessinateurs italiens que nous remercions pour sa disponibilité, sa gentillesse et son appui pour l'illustration de cet échange.

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Klare Lijn International : Quand on le découvre, Adam Clarks est un livre qui surprend d'abord par son format. Est-ce que c'est un choix de l'éditeur, des auteurs ? Ce format était-il prévu dès le départ ? Est-ce que tu as travaillé en sachant que la bande dessinée serait imprimée de la sorte ? Qu'est-ce que cela a changé pour toi au niveau de la conception de l'album ?

Antonio Lapone: Le format du livre a été décidé dès le début. Frédéric Mangé, mon éditeur, avait envie de mettre en valeur mes planches. L'album est riche de "splash pages", de grandes cases. La couleur est aussi très recherchée et elle avait besoin d'un bon papier pour bien ressortir. J'ai donc travaillé tout en sachant que le format serait "grand" et, effectivement, il est vraiment grand! Je dois dire que le choix de sortir un "grand format"a été très courageux de la part de mon éditeur. J'ai eu vraiment la chance et l'opportunité de m'amuser avec de grandes images, des decors très riches, avec des mises en page différentes de la bande dessinée classique. Ce que je préfère dans mon découpage d'une planche, c'est jouer avec des cadrages differents. C'est d'ailleurs pour ça que la phase du découpage est si longue pour moi.

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KLI : Quand on ouvre la bande dessinée, on est surpris par les bords de page illustrés. Pourquoi ce choix ? C'est une volonté de ta part ?

AL : il faut savoir que Je travail dans un format A3, toujours comme la vieille école, papier Canson 1557, 180 g/m - pas des planches virtuelles comme c'est la mode aujourd'hui - et le format de la page de l'album étant plus large, il fallait imaginer quelque chose pour éviter le blanc de côté. C'est pour cela que j'ai imaginé une frise qui change à chaque chapitre, très design mais qui ne va pas envahir graphiquement le sens de la lecture. Encore une fois, cela donne de la richesse à l'ensemble de l'album. Disons que je cherche toujours l'esthétique dans mon travail.

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KLI : Concernant ton dessin, je trouve que tu t'éloignes progressivement de la pure ligne claire. Il y a tout un jeu sur la couleur que tu utilises comme élément du trait, qui vient en substitution de la ligne. Peux-tu nous éclairer sur ce point ? Il y a aussi un côté Darwin Cooke avec plus d'utilisation du noir. C'était déjà le cas dans ton dernier portfolio chez Alain Beaulet. Comment analyses-tu ton évolution graphique ?

AL : C'est vrai ! Mon vrai problème, c'est que je n'arrête jamais de rechercher, d'évoluer - j'espère - dans mon travail. Enlever parfois la ligne de contour, c'est une étape très importante. J'en suis arrivé là par mes tableaux dans lesquels je cherche à enlever les lignées "inutiles" pour donner plus de luminosité. Et voilà le résultat : cela a contaminé mon dessin de bande dessinée.

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Tout ca me rend proche de certains auteurs américains comme Cooke, Michael Cho. Cela donne un résultat parfois très proche de certains story-boards publicitaires. D'ailleurs, je suis issu de la publicité. Et puis, il y a aussi plus de noir pour donner à la page un effet plus dramatique. Je cherche de m'éloigner petit a petit de la Ligne Claire à la Chaland, mon point de départ, bien sûr, pour expérimenter, pour découvrir de nouvelles voies.

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KLI : Concernant l'ambiance générale du récit, Est-ce que choix d'un récit ancré dans un rétro-futurisme élégant sur fond d'espionnage Est-Ouest est le fruit d'un échange avec Régis Hautière ? Quel a été ton apport au scénario ?

AL : Régis a travaillé le scénario sur la base de certaines idées de départ. Disons qu'il a écrit l'histoire et que j'ai créé l'univers d'Adam Clarks. Nous avons réfléchi ensemble au caractère de notre personnage. Après, Régis m'a proposé son idée et j'ai cherché à l'enrichir dans mes planches parfois en la dénaturant mais sans jamais toucher ses dialogues.

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KLI : Adam Clarks est un récit très nocturne. Est-ce que le méditerranéen que tu es n'a pas été frustré par cette ambiance manquant singulièrement de soleil et de clarté J'imagine que cette inscription du récit dans la nuit ou dans des lumières artificielles a été un défi pour toi. Exact ?

AL : Sur ce point - comment expliquer ça - contrairement au cliché de l'italien "qui aime le soleil", moi, je n'aime pas le soleil ! Est-ce pour cela que j'habite en Belgique ? J'aime les climats du nord, les brumes matinales, les ciels chargés de nuages de toutes les gammes de gris. J'adore la nuit. J'ai consacré toute une exposition à la galerie Champaka sur le thème de la nuit. Chez Alain Beaulet, j'ai publié un petit livre Rainy Day qui raconte différents moments d'une journée de pluie et un portfolio Midnight in Blue, une balade dans la nuit à New York. Pour Adam Clarks, je me suis amusé à créer des effets d'ombres et de lumières comme, par exemple, la lumière électrique de l'hôtel, le blanc qui penètre les visages des personnages comme envahis par l'éclairage, le côté sombre de la chambre d'hôtel dans le bas de Majestik City, la neige qui tombe...

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KLI : Quels ont été les livres, albums de photos, magazines, films, séries TV qui t'ont accompagné pendant la réalisation d'Adam Clarks ? On pense à l'univers des comics type Batman pour les architectures urbaines, aux films de Fritz Lang, à la série Mad Men, à tous les films d'espionnage des fifties et sixties.

AL : J'ai regardé l'ensemble des saisons de Madmen. Au départ, en 2012, avec Regis, nous avions pensé réaliser un scénario à la Madmen avec des publicitaires, des belles voitures dans le Manhattan des années 60.

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Notre éditeur a trouvé le concept un peu difficile à gérer dans une bande dessinée et nous avons abandonné cette idée. Tout ce qui en est resté, c'est le personnage élégant d'Adam Clarks, les cocktails, la haute société, les drinks, les cigarettes - sans tabac comme on peut le voir dans la publicité en page 9 de l'album - les belles femmes, les mises des grands soirées… Adam Clarks est aussi un hommage à la serie télé "The Twilight Zone". D'ailleurs, notre "Cicérone" est Rod Serling, le personnage en costard et cigarette à la main qui introduisait les épisodes

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Et bien évidemment, Majestik City tient un peu de Gotham City : les immeubles immenses, l'art deco, les lumières qui éclairent la nuit, les zeppelins, les voitures volantes... On a nourri les années 50 avec tout qui a été imaginé comme le futur perfait, la nouvelle frontière des années 2000… J'ai acheté beaucoup des numéros du magazine "Esquire" des années 50/60 et je me suis beaucoup inspiré des pages publicitaires de l'époque.

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J'ai aussi regardé aussi les films d'Alfred Hitchcock. Adam Clarks tient de Cary Grant, un des mes acteurs preférés de cette époque. North by Northwest, je le connais par coeur comme le Pater Noster ! J'accumule toujours beaucoup de documentations quand je dois réaliser une bande dessinée.

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KLI : Est-ce qu'un tirage de tête d'Adam Clarks est prévu ? Il y a déjà un sketchbook edite par la Librairie Atomik Strip. Peux-tu nous en parler ?

AL : Il n'est pas prévu de tirage de luxe. L'édition originale est déjà dans un très beau format. Par contre, avec Tony Lariviere de la Librairie Atomik Strip, on a decidé de réaliser un sketchbook format A4 de 32 pages avec des crayonnés, des recherches, des cases inédites,… Il sortira le 6 décembre et sera disponible auprès de la librairie (petit moment de pub pour soutenir les petits libraires !)

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KLI : Adam Clarks est-il appelé à vivre de nouvelles aventures ? Sur la riviera en plein été pour que tu puisses déployer ton talent dans des ambiances lumineuses ?

AL: Non. Il s'agit d' un one-shot. Donc pas de suite pour Adam Clarks, pas de soleil ni de riviera… Mais on sait jamais... On verra déjà la réaction du public !

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KLI : Quels sont tes projets en cours en bande dessinée, en illustration, en peinture, en design graphique ? Je crois savoir que tu prépares une nouvelle exposition chez Champaka.

AL : Je suis déjà au travail sur un album qui sortira l'année prochaine. Il s'agit d'une belle collaboration avec Jean-Philippe Peyraud autour de la biographie de Mondrian. Nous avions envie de travailler ensemble Jean-Philippe et moi. Nous avons trouvé notre point de départ. La parution est prévue pour novembre 2015 toujours chez Glenat. Les planches seront d'un format plus grand qu'un A3 en couleur directe à l'aquarelle et acryliques. Côté tableaux, je prépare mon expo à la Galerie Champaka Bruxelles pour le mois de Fevrier 2015. Son titre sera "The New Frontier". Pour la BRAFA de Bruxelles (Brussels Antiques & Fine Arts Fair), je suis en train de réaliser deux grands tableaux et j'aurai le grand honneur de participer à la vente Sotheby's organisée par Champaka/Galerie 9eme Art au mois de Mars 2015. Mais pour le moment, je ne peux pas en dire plus. Je cherche à consacrer mes matinées à la bande dessinée et l'après-midi à mes peintures. Je me réveille très tôt le matin. Vers 6h00, je suis déjà dans mon atelier. Je travaille jusqu'à 17/18h00. Je cherche à organiser mes journées pour réussir à tout faire. On pense toujours que les "artistes" sont bohèmes... Et bien, non.

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Pour en savoir plus :

- le blog d'Antonio Lapone

- le site de l'éditeur

Pour découvrir des originaux d'Adam Clarks :

- le site de la Galerie Glénat

 

Illustrations copyright Lapone - Treize étrange

13/10/2014

ALEXANDRE FRANC NOUS PARLE DES PENATES ET D'AGATHA CHRISTIE

A Klare Lijn International, nous apprécions les créations d’Alexandre Franc, à la fois dessinateur à la ligne claire épurée et talentueux raconteur d’histoires.

Ses deux dernières bandes dessinées confirment notre jugement : Les Pénates, un récit qu’il a écrit pour le dessinateur Vincent Sorel (Professeur Cyclope / Casterman) et Agatha - La vraie vie d’Agatha Christie (Marabulles) où il met son trait au service d’une biographie de la créatrice d’Hercule Poirot et Miss Marple co-écrite par Anne Martinetti et Guillaume Lebeau.

L’auteur nous a fait le plaisir de répondre à quelques questions autour de ces deux nouveautés.

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Klare Lijn International : Pourquoi n’avez-vous pas dessiné Les Pénates ? Par crainte de vous lasser dans la mise en images d’une histoire écrite par vous ? Parce que votre dessin ne vous semblait pas coller avec ce récit ?

Alexandre Franc : Rien de tout ça ! J’ai écrit Les Pénates pour Vincent Sorel, parce que j’aimais bien ses dessins dans Les Autres Gens. Je lui ai proposé de faire quelque chose ensemble et il était d’accord. Si Vincent n’avait pas dessiné cette histoire, je ne sais pas si j’aurais pu la dessiner moi-même (ça aurait été moins bien, en tout cas !), mais je ne l’aurais sans doute pas écrite.

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KLI : Est-ce que vous aviez établi un synopsis très découpé avec des propositions de découpage et des esquisses de cases ou bien lui avez-vous simplement confié un texte écrit à charge pour lui de le mettre en scène comme il l’entendait ?

AF : Quand nous avons proposé le projet à Professeur Cyclope, nous avions les premières pages en couleur, et un synopsis assez succinct. Mais le scénario n’était pas écrit, et comme souvent, je ne savais pas bien où je voulais en venir. Quand il s’est agit de réaliser une bande dessinée de 60 pages, nous nous y sommes attelés chapitre par chapitre. Je fournissais à Vincent le scénario sous forme dactylographiée, mais avec le détail de chaque case, sur la base de 6 cases par page. Avec ça, il faisait le story-board. Naturellement, il pouvait prendre des libertés, mais comme il avait lui-même opté dès le début pour un gaufrier de 6 cases, il est resté assez fidèle au scénario...

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KLI : Derrière une apparence tranquille, Les Pénates est un récit assez dur qui développe des thèmes comme la disparition d’un conjoint, la tentation du suicide ou la dislocation progressive d’un couple. Qu’est-ce qui vous a inspiré ce récit et vous a poussé à l’écrire ? Quel est le message essentiel que vous souhaitez faire passer ?

AF : Le message essentiel, ou existentiel, c’est que la vie de famille, c’est la grande aventure ! À mon avis, il est bien plus héroïque d’être parent que de traverser l’Atlantique à la nage (même s’il y a des gens qui font les deux.) Être parent, c’est la traversée d’un océan de fatigue, de doutes, de crises de nerfs, de ressassement des mêmes paroles, des mêmes tâches matérielles et décérébrantes... Jeunes, on s’était rêvé une vie passionnante, variée, riche de rencontres et d’intelligence, et on se retrouve à passer l’éponge, ramasser la petite cueiller, chercher le doudou perdu pour la centième fois, et à parler à nos enfants avec les mêmes phrases toutes faites que nos parents autrefois ! Et là, on réalise qu’on est en train de basculer de l’autre côté de la barrière... Il faut une grande force morale pour passer cette épreuve, et d’ailleurs, on déprime sec ! Heureusement, ces grands pans de vie ordinaire sont parfois récompensés par quelques secondes de joie, de bonheur pur, quand le petit enfant s’endort dans vos bras, tout chaud et tout humide après avoir bien pleuré, ou qu’il vous gratifie d’un mot inconnu ou d’un sourire d’ange... Et dans ces moments-là, on comprend pourquoi les gens plus âgés, en nous voyant, nous disent : « profitez-en, ça passe vite ! »

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Concernant Les Pénates, j’avais un début d’histoire dans mes cartons : un petit enfant s’approche de son père et lui tend un objet. Le père prend l’objet, qui lui inspire une réflexion. Il se plonge dans ses pensées et oublie totalement l’enfant à côté de lui... J’avais aussi cette scène de rêverie avec Pompéi... La suite a découlé de ça. En même temps que j’écrivais Les Pénates, je dessinais Cher Régis Debray, livre dans lequel je me mettais en scène avec ma femme et mes enfants. Les anecdotes que je ne mettais pas dans une histoire, je les mettais dans l’autre... Mais Les Pénates, c’est le côté sombre, ce sont les peurs, l’angoisse de la catastrophe. La mort, la maladie, la séparation (toutes choses qui m’ont été épargnées, pour le moment.) Le « bonheur inquiet », comme dit Lewis Trondheim, expression que je trouve très juste pour décrire l’état d’esprit dans lequel nous vivons : tout va bien, mais un petit voyant rouge clignote en permanence dans un coin de notre tête et ne nous laisse pas tranquilles.

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KLI : Si ce n’est pas trop indiscret ou intime, quel a été l’accueil de votre entourage, votre épouse, votre famille et vos amis, par rapport à ce récit qui d’une certaine manière pourrait être interprété comme l’expression d’un malaise qui vous habiterait ? Est-ce que vous avez voulu traiter par la fiction des sentiments que vous pouviez ressentir à un moindre degré que dans le récit ?

AF : Ma femme s’est évidemment reconnue dans le personnage de Véra, puisque celle-ci lui emprunte une bonne partie de ce qu’elle dit et de ce qu’elle fait dans l’histoire... Mais elle (ma femme) ne m’en a pas voulu, parce que l’histoire lui a plu. Et ce que j’y exprime, elle le connaît bien, chez elle comme chez moi, nous en avons souvent parlé. Cela dit, elle commence à en avoir un peu assez d’être vampirisée par mes bandes dessinées, et elle m’a demandé, pour la prochaine, de changer de sujet. On verra bien !

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KLI : En quoi le fait que Les Pénates soit publié dans Professeur Cyclope - http://www.professeurcyclope.fr/ - a influencé votre travail avec Vincent Sorel sur cette bande dessinée ? L’obligation de tenir un rythme de parution ? La nécessité d’avancer et de ne pas trop tergiverser ? Vous êtes un adepte de la création pour internet depuis votre participation aux Autres Gens. Qu’est-ce que cela vous apporte ?

AF : Nous avons effectivement dû respecter des délais, puisque les quatre chapitres devaient être publiés en 4 mois. Et naturellement, nous nous y sommes mis au dernier moment, nous étions donc à chaque fois juste dans les temps. Donc oui, la publication jouait un rôle de stimulant. Pour Les autres Gens, c’était encore plus serré : on n’avait parfois que quelques jours pour dessiner un épisode !

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KLI : Passons à Agatha Christie. On vous retrouve en qualité de dessinateur d’un récit que vous n’avez pas écrit. Est-ce que vous appréciez cette forme de collaboration ou vous n’avez « qu’à » mettre en images ? Aviez-vous carte blanche pour le format, le découpage, la mise en page, la pagination ou tout était bien cadré dès le départ avant même que vous ne vous engagiez dans ce travail ?

AF : N’avoir qu’à dessiner est extrêmement reposant ! Et que ce soit une commande également. On n’a ni à chercher l’inspiration, ni à se demander si ça va être un chef-d’oeuvre ou pas, si ça vaut le coup de continuer... Il faut le faire, c’est tout ! Je dessinais ma page quotidienne, et le soir, j’étais content d’avoir bien travaillé... Je venais de passer deux années de tourments sur Cher Régis Debray, qui avait été difficile à accoucher. Dessiner Agatha était exactement ce qu’il me fallait pour décompresser. En plus, le Debray avait fait un gros bide à sa parution, et j’avais été très déçu. Le travail sur Agatha m’a servi d’antidote à la dépression !

Pour le format, Marabout voulait que le livre fasse 128 pages. À part ça, j’avais carte blanche. J’étais libre de faire le découpage, la mise en scène, de couper dans le dialogue, d’étirer certaines scènes et d’en modifier d’autres, en concertation avec mes scénaristes. Des conditions idéales !

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KLI : En quoi l’illustration de la vie d’Agatha Christie diffère de celle de Jean-Paul Goude ? Est-ce qu’il y a une différence d’approche ? Ou bien est-ce la même chose pour vous ?

AF : La différence entre les deux livres vient surtout de la manière dont les scénaristes ont traité leur sujet. Pour Goude, Thomas Cadène a fait quelque chose d’assez onirique, un grande séquence sans rupture de temps qui évoque toute la vie du personnage. Tandis qu’Anne Martinetti et Guillaume Lebeau ont pris un parti plus classique, racontant la vie d’Agatha Christie en historiens, époque par époque. Mais concernant mon rôle de dessinateur, je trouve que j’ai fait à peu près le même travail.

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KLI : Qu’est-ce qui vous plait dans le travail de biographe en bande dessinée ? Etes-vous un amateur de biographies ? Qu’est-ce que cela vous apporte ?

AF : Je ne suis pas un grand lecteur de biographies (j’ai dû en lire trois ou quatre dans ma vie), mais il est toujours intéressant de se plonger dans la vie de quelqu’un qui a « mené sa barque » loin. J’ai passé la quarantaine, et je commence à prendre conscience de mes limites, hélas. Petites idées, petit vécu, petite vie ! En lisant la biographie de quelqu’un de plus d’envergure que moi, je suis comme une mouette montée sur le dos d’un albatros !

Les biographie en images, les « bio-pic », genre très en vogue actuellement, sont un peu l’équivalent des vies de saints d’autrefois : des exemples édifiants, des vies hors-normes, que nous aimerions égaler...

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KLI : Est-ce que la réalisation d’Agatha Christie a nécessité de votre part une sorte d’immersion dans la culture anglaise ? Avez-vous poussé assez loin la recherche documentaire ou bien avez-vous développé une vision propre de l’Angleterre et de l’Orient sans réel souci de fidélité absolue à la représentation des protagonistes, des lieux, des véhicules, des vêtements… ? Quels ont été vos livres, films, ouvrages, bandes dessinées de référence pendant la création de cette bande dessinée ?

AF : Anne Martinetti m’a fourni un certain nombre de documents visuels. Des photos, des articles de journaux, quelques DVD des films anglais d’Hitchcock. J’ai aussi un peu lorgné les albums de Floc’h et Rivière, je considère que c’est de la documenttion de première main ! Et le reste sur internet. Quand il existe des photos des lieux ou des personnes, on les retrouve dans la bande dessinée. Pour les voitures, les vêtements, j’ai essayé d’être relativement exact, sans non plus passer mes journées en recherches documentaires... Je ne suis pas un maniaque de la reconstitution. J’aime bien avoir de la documentation pour dessiner, mais je n’ai pas beaucoup de patience pour la chercher...

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KLI : En dessinant Agatha Christie, y avait-il le souhait de votre part de revenir à une forme de bande dessinée plus classique après Cher Régis Debray, bande dessinée très personnelle à cheval entre l’essai et le récit auto-biographique ?

AF : Ce n’était pas un souhait, puisque c’était une commande, mais elle est tombée à point nommé. Je n’avais effectivement pas l’intention de continuer dans le même registre que Cher Régis Debray.

KLI : Votre bibliographie s’étoffe et montre une grande diversité d’approches. Est-ce que c’est parce que vous cherchez encore la voie qui vous conviendrait le mieux ou bien parce que vous souhaitez diversifier vos créations, tantôt comme scénariste, tantôt comme dessinateur, dans des registres différents, parfois pédagogiques et parfois plus introspectifs ?

AF : Il se peut que je cherche encore ma voie, oui ! Je tatonne, je me saisis des rencontres, des occasions, des commandes, qui m’emmènent parfois loin de ce que j’aurais imaginé. Le bon côté, c’est la surprise, le moins bon, c’est l’éparpillement ! Malgré cela, j’aime bien le principe d’essayer des choses, de faire de la recherche en BD... Même si parfois, j’aimerais presque avoir un personnage récurrent, une série ! Pour ne pas devoir tout réinventer à chaque fois.

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KLI : On ne vous sent pas motivé par l’album traditionnel, 44 pages couleurs ? Est-ce une aversion profonde ou bien serait-il envisageable de vous voir œuvrer dans ce registre si l’occasion se présentait ?

AF : Oui oui, je n’aurais rien contre ! Même s’il faudrait que je revienne à des pages plus denses. J’ai fait Victor et l’Ourours sur 46 pages en petit format, et c’était un peu court, en l’occurence. Mais j’aime bien le petit format, qui permet de faire un découpage graphique de la planche intéressant. En grand format, il y a davantage de cases, et c’est plus de la BD à l’ancienne, de l’empilement de strips.

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KLI : Vous êtes père de deux jeunes enfants. Est-ce que cela ne vous donne pas des envies de prendre le crayon pour des ouvrages jeunesse ?

AF : Je ne sais pas... J’ai un dessin assez simple, qui devrait m’orienter vers un registre jeunesse, mais mes envies d’histoires sont plutôt adultes, alors c’est compliqué ! En plus, je ne suis pas très réceptif à la « culture jeune » : la technologie, le langage, la littérature pour teen-agers, les films blockbusters, les super-héros, les séries TV... Est-ce qu’on peut écrire pour la jeunesse sans faire référence à tout ça ? Je ne sais pas, mais je crois que je me sentirais un peu à côté de la plaque...

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KLI : Quels sont vos créations en cours ?

AF : J’ai deux projets d’histoire avec des amies dessinatrices, mais nous n’en sommes qu’au tout début. J’aimerais aussi me remettre à un projet en solo, mais pour le moment, ça coince. C’est dur, de démarrer tout seul ! 

 

Copyright illustrations

Les Pénates : Alexandre Franc - Vincent Sorel / Professeur Cyclope - Casterman

Agatha Christie - Alexandre Franc - Anne Martinetti - Guillaume Lebeau / Marabulles

20/09/2014

FID&BD ET RENCONTRES CHALAND 2014

Comme chaque début d'automne, le Festival International del Disc et de la Bande Dessinée de Perpignan (66) et les Rencontres Chaland de Nérac (47) offrent la possibilité à l'amateur de ligne claire de rencontrer bon nombre d'auteurs relevant de ce courant graphique et de visiter de belles expositions. 

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Affiche de Max

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Affiche de Charles Burns

On pourra simplement regretter que ces deux événements de qualité ne se renouvellent pas plus. En effet, c'est presque toujours les mêmes qu'on y retrouve d'une édition à l'autre. Ce n'est pas déplaisant mais, à la longue, cela peut finir par lasser.

Faire plus de place à la jeune génération d'auteurs permettrait indéniablement d'insuffler du sang neuf et de bousculer une certaine forme de routine.

Le programme détaillé de chacune de ces manifestations est à découvrir ici :

dossier de presse 26e FID.pdf

DR Rencontres Chalan2014-BURNS.pdf