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13/10/2014

ALEXANDRE FRANC NOUS PARLE DES PENATES ET D'AGATHA CHRISTIE

A Klare Lijn International, nous apprécions les créations d’Alexandre Franc, à la fois dessinateur à la ligne claire épurée et talentueux raconteur d’histoires.

Ses deux dernières bandes dessinées confirment notre jugement : Les Pénates, un récit qu’il a écrit pour le dessinateur Vincent Sorel (Professeur Cyclope / Casterman) et Agatha - La vraie vie d’Agatha Christie (Marabulles) où il met son trait au service d’une biographie de la créatrice d’Hercule Poirot et Miss Marple co-écrite par Anne Martinetti et Guillaume Lebeau.

L’auteur nous a fait le plaisir de répondre à quelques questions autour de ces deux nouveautés.

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Klare Lijn International : Pourquoi n’avez-vous pas dessiné Les Pénates ? Par crainte de vous lasser dans la mise en images d’une histoire écrite par vous ? Parce que votre dessin ne vous semblait pas coller avec ce récit ?

Alexandre Franc : Rien de tout ça ! J’ai écrit Les Pénates pour Vincent Sorel, parce que j’aimais bien ses dessins dans Les Autres Gens. Je lui ai proposé de faire quelque chose ensemble et il était d’accord. Si Vincent n’avait pas dessiné cette histoire, je ne sais pas si j’aurais pu la dessiner moi-même (ça aurait été moins bien, en tout cas !), mais je ne l’aurais sans doute pas écrite.

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KLI : Est-ce que vous aviez établi un synopsis très découpé avec des propositions de découpage et des esquisses de cases ou bien lui avez-vous simplement confié un texte écrit à charge pour lui de le mettre en scène comme il l’entendait ?

AF : Quand nous avons proposé le projet à Professeur Cyclope, nous avions les premières pages en couleur, et un synopsis assez succinct. Mais le scénario n’était pas écrit, et comme souvent, je ne savais pas bien où je voulais en venir. Quand il s’est agit de réaliser une bande dessinée de 60 pages, nous nous y sommes attelés chapitre par chapitre. Je fournissais à Vincent le scénario sous forme dactylographiée, mais avec le détail de chaque case, sur la base de 6 cases par page. Avec ça, il faisait le story-board. Naturellement, il pouvait prendre des libertés, mais comme il avait lui-même opté dès le début pour un gaufrier de 6 cases, il est resté assez fidèle au scénario...

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KLI : Derrière une apparence tranquille, Les Pénates est un récit assez dur qui développe des thèmes comme la disparition d’un conjoint, la tentation du suicide ou la dislocation progressive d’un couple. Qu’est-ce qui vous a inspiré ce récit et vous a poussé à l’écrire ? Quel est le message essentiel que vous souhaitez faire passer ?

AF : Le message essentiel, ou existentiel, c’est que la vie de famille, c’est la grande aventure ! À mon avis, il est bien plus héroïque d’être parent que de traverser l’Atlantique à la nage (même s’il y a des gens qui font les deux.) Être parent, c’est la traversée d’un océan de fatigue, de doutes, de crises de nerfs, de ressassement des mêmes paroles, des mêmes tâches matérielles et décérébrantes... Jeunes, on s’était rêvé une vie passionnante, variée, riche de rencontres et d’intelligence, et on se retrouve à passer l’éponge, ramasser la petite cueiller, chercher le doudou perdu pour la centième fois, et à parler à nos enfants avec les mêmes phrases toutes faites que nos parents autrefois ! Et là, on réalise qu’on est en train de basculer de l’autre côté de la barrière... Il faut une grande force morale pour passer cette épreuve, et d’ailleurs, on déprime sec ! Heureusement, ces grands pans de vie ordinaire sont parfois récompensés par quelques secondes de joie, de bonheur pur, quand le petit enfant s’endort dans vos bras, tout chaud et tout humide après avoir bien pleuré, ou qu’il vous gratifie d’un mot inconnu ou d’un sourire d’ange... Et dans ces moments-là, on comprend pourquoi les gens plus âgés, en nous voyant, nous disent : « profitez-en, ça passe vite ! »

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Concernant Les Pénates, j’avais un début d’histoire dans mes cartons : un petit enfant s’approche de son père et lui tend un objet. Le père prend l’objet, qui lui inspire une réflexion. Il se plonge dans ses pensées et oublie totalement l’enfant à côté de lui... J’avais aussi cette scène de rêverie avec Pompéi... La suite a découlé de ça. En même temps que j’écrivais Les Pénates, je dessinais Cher Régis Debray, livre dans lequel je me mettais en scène avec ma femme et mes enfants. Les anecdotes que je ne mettais pas dans une histoire, je les mettais dans l’autre... Mais Les Pénates, c’est le côté sombre, ce sont les peurs, l’angoisse de la catastrophe. La mort, la maladie, la séparation (toutes choses qui m’ont été épargnées, pour le moment.) Le « bonheur inquiet », comme dit Lewis Trondheim, expression que je trouve très juste pour décrire l’état d’esprit dans lequel nous vivons : tout va bien, mais un petit voyant rouge clignote en permanence dans un coin de notre tête et ne nous laisse pas tranquilles.

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KLI : Si ce n’est pas trop indiscret ou intime, quel a été l’accueil de votre entourage, votre épouse, votre famille et vos amis, par rapport à ce récit qui d’une certaine manière pourrait être interprété comme l’expression d’un malaise qui vous habiterait ? Est-ce que vous avez voulu traiter par la fiction des sentiments que vous pouviez ressentir à un moindre degré que dans le récit ?

AF : Ma femme s’est évidemment reconnue dans le personnage de Véra, puisque celle-ci lui emprunte une bonne partie de ce qu’elle dit et de ce qu’elle fait dans l’histoire... Mais elle (ma femme) ne m’en a pas voulu, parce que l’histoire lui a plu. Et ce que j’y exprime, elle le connaît bien, chez elle comme chez moi, nous en avons souvent parlé. Cela dit, elle commence à en avoir un peu assez d’être vampirisée par mes bandes dessinées, et elle m’a demandé, pour la prochaine, de changer de sujet. On verra bien !

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KLI : En quoi le fait que Les Pénates soit publié dans Professeur Cyclope - http://www.professeurcyclope.fr/ - a influencé votre travail avec Vincent Sorel sur cette bande dessinée ? L’obligation de tenir un rythme de parution ? La nécessité d’avancer et de ne pas trop tergiverser ? Vous êtes un adepte de la création pour internet depuis votre participation aux Autres Gens. Qu’est-ce que cela vous apporte ?

AF : Nous avons effectivement dû respecter des délais, puisque les quatre chapitres devaient être publiés en 4 mois. Et naturellement, nous nous y sommes mis au dernier moment, nous étions donc à chaque fois juste dans les temps. Donc oui, la publication jouait un rôle de stimulant. Pour Les autres Gens, c’était encore plus serré : on n’avait parfois que quelques jours pour dessiner un épisode !

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KLI : Passons à Agatha Christie. On vous retrouve en qualité de dessinateur d’un récit que vous n’avez pas écrit. Est-ce que vous appréciez cette forme de collaboration ou vous n’avez « qu’à » mettre en images ? Aviez-vous carte blanche pour le format, le découpage, la mise en page, la pagination ou tout était bien cadré dès le départ avant même que vous ne vous engagiez dans ce travail ?

AF : N’avoir qu’à dessiner est extrêmement reposant ! Et que ce soit une commande également. On n’a ni à chercher l’inspiration, ni à se demander si ça va être un chef-d’oeuvre ou pas, si ça vaut le coup de continuer... Il faut le faire, c’est tout ! Je dessinais ma page quotidienne, et le soir, j’étais content d’avoir bien travaillé... Je venais de passer deux années de tourments sur Cher Régis Debray, qui avait été difficile à accoucher. Dessiner Agatha était exactement ce qu’il me fallait pour décompresser. En plus, le Debray avait fait un gros bide à sa parution, et j’avais été très déçu. Le travail sur Agatha m’a servi d’antidote à la dépression !

Pour le format, Marabout voulait que le livre fasse 128 pages. À part ça, j’avais carte blanche. J’étais libre de faire le découpage, la mise en scène, de couper dans le dialogue, d’étirer certaines scènes et d’en modifier d’autres, en concertation avec mes scénaristes. Des conditions idéales !

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KLI : En quoi l’illustration de la vie d’Agatha Christie diffère de celle de Jean-Paul Goude ? Est-ce qu’il y a une différence d’approche ? Ou bien est-ce la même chose pour vous ?

AF : La différence entre les deux livres vient surtout de la manière dont les scénaristes ont traité leur sujet. Pour Goude, Thomas Cadène a fait quelque chose d’assez onirique, un grande séquence sans rupture de temps qui évoque toute la vie du personnage. Tandis qu’Anne Martinetti et Guillaume Lebeau ont pris un parti plus classique, racontant la vie d’Agatha Christie en historiens, époque par époque. Mais concernant mon rôle de dessinateur, je trouve que j’ai fait à peu près le même travail.

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KLI : Qu’est-ce qui vous plait dans le travail de biographe en bande dessinée ? Etes-vous un amateur de biographies ? Qu’est-ce que cela vous apporte ?

AF : Je ne suis pas un grand lecteur de biographies (j’ai dû en lire trois ou quatre dans ma vie), mais il est toujours intéressant de se plonger dans la vie de quelqu’un qui a « mené sa barque » loin. J’ai passé la quarantaine, et je commence à prendre conscience de mes limites, hélas. Petites idées, petit vécu, petite vie ! En lisant la biographie de quelqu’un de plus d’envergure que moi, je suis comme une mouette montée sur le dos d’un albatros !

Les biographie en images, les « bio-pic », genre très en vogue actuellement, sont un peu l’équivalent des vies de saints d’autrefois : des exemples édifiants, des vies hors-normes, que nous aimerions égaler...

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KLI : Est-ce que la réalisation d’Agatha Christie a nécessité de votre part une sorte d’immersion dans la culture anglaise ? Avez-vous poussé assez loin la recherche documentaire ou bien avez-vous développé une vision propre de l’Angleterre et de l’Orient sans réel souci de fidélité absolue à la représentation des protagonistes, des lieux, des véhicules, des vêtements… ? Quels ont été vos livres, films, ouvrages, bandes dessinées de référence pendant la création de cette bande dessinée ?

AF : Anne Martinetti m’a fourni un certain nombre de documents visuels. Des photos, des articles de journaux, quelques DVD des films anglais d’Hitchcock. J’ai aussi un peu lorgné les albums de Floc’h et Rivière, je considère que c’est de la documenttion de première main ! Et le reste sur internet. Quand il existe des photos des lieux ou des personnes, on les retrouve dans la bande dessinée. Pour les voitures, les vêtements, j’ai essayé d’être relativement exact, sans non plus passer mes journées en recherches documentaires... Je ne suis pas un maniaque de la reconstitution. J’aime bien avoir de la documentation pour dessiner, mais je n’ai pas beaucoup de patience pour la chercher...

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KLI : En dessinant Agatha Christie, y avait-il le souhait de votre part de revenir à une forme de bande dessinée plus classique après Cher Régis Debray, bande dessinée très personnelle à cheval entre l’essai et le récit auto-biographique ?

AF : Ce n’était pas un souhait, puisque c’était une commande, mais elle est tombée à point nommé. Je n’avais effectivement pas l’intention de continuer dans le même registre que Cher Régis Debray.

KLI : Votre bibliographie s’étoffe et montre une grande diversité d’approches. Est-ce que c’est parce que vous cherchez encore la voie qui vous conviendrait le mieux ou bien parce que vous souhaitez diversifier vos créations, tantôt comme scénariste, tantôt comme dessinateur, dans des registres différents, parfois pédagogiques et parfois plus introspectifs ?

AF : Il se peut que je cherche encore ma voie, oui ! Je tatonne, je me saisis des rencontres, des occasions, des commandes, qui m’emmènent parfois loin de ce que j’aurais imaginé. Le bon côté, c’est la surprise, le moins bon, c’est l’éparpillement ! Malgré cela, j’aime bien le principe d’essayer des choses, de faire de la recherche en BD... Même si parfois, j’aimerais presque avoir un personnage récurrent, une série ! Pour ne pas devoir tout réinventer à chaque fois.

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KLI : On ne vous sent pas motivé par l’album traditionnel, 44 pages couleurs ? Est-ce une aversion profonde ou bien serait-il envisageable de vous voir œuvrer dans ce registre si l’occasion se présentait ?

AF : Oui oui, je n’aurais rien contre ! Même s’il faudrait que je revienne à des pages plus denses. J’ai fait Victor et l’Ourours sur 46 pages en petit format, et c’était un peu court, en l’occurence. Mais j’aime bien le petit format, qui permet de faire un découpage graphique de la planche intéressant. En grand format, il y a davantage de cases, et c’est plus de la BD à l’ancienne, de l’empilement de strips.

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KLI : Vous êtes père de deux jeunes enfants. Est-ce que cela ne vous donne pas des envies de prendre le crayon pour des ouvrages jeunesse ?

AF : Je ne sais pas... J’ai un dessin assez simple, qui devrait m’orienter vers un registre jeunesse, mais mes envies d’histoires sont plutôt adultes, alors c’est compliqué ! En plus, je ne suis pas très réceptif à la « culture jeune » : la technologie, le langage, la littérature pour teen-agers, les films blockbusters, les super-héros, les séries TV... Est-ce qu’on peut écrire pour la jeunesse sans faire référence à tout ça ? Je ne sais pas, mais je crois que je me sentirais un peu à côté de la plaque...

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KLI : Quels sont vos créations en cours ?

AF : J’ai deux projets d’histoire avec des amies dessinatrices, mais nous n’en sommes qu’au tout début. J’aimerais aussi me remettre à un projet en solo, mais pour le moment, ça coince. C’est dur, de démarrer tout seul ! 

 

Copyright illustrations

Les Pénates : Alexandre Franc - Vincent Sorel / Professeur Cyclope - Casterman

Agatha Christie - Alexandre Franc - Anne Martinetti - Guillaume Lebeau / Marabulles

20/09/2014

FID&BD ET RENCONTRES CHALAND 2014

Comme chaque début d'automne, le Festival International del Disc et de la Bande Dessinée de Perpignan (66) et les Rencontres Chaland de Nérac (47) offrent la possibilité à l'amateur de ligne claire de rencontrer bon nombre d'auteurs relevant de ce courant graphique et de visiter de belles expositions. 

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Affiche de Max

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Affiche de Charles Burns

On pourra simplement regretter que ces deux événements de qualité ne se renouvellent pas plus. En effet, c'est presque toujours les mêmes qu'on y retrouve d'une édition à l'autre. Ce n'est pas déplaisant mais, à la longue, cela peut finir par lasser.

Faire plus de place à la jeune génération d'auteurs permettrait indéniablement d'insuffler du sang neuf et de bousculer une certaine forme de routine.

Le programme détaillé de chacune de ces manifestations est à découvrir ici :

dossier de presse 26e FID.pdf

DR Rencontres Chalan2014-BURNS.pdf

06/09/2014

DEFERLANTE D'EXPOSITIONS SUR PARIS

En cette rentrée, la ligne claire se bouscule chez les galeristes parisiens ! Jugez plutôt.

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La Galerie Daniel Maghen accueille le remarquable travail d’Olivier Schwartz sur La Femme Léopard, son deuxième opus avec Yann dans la collection “Le Spirou de…” chez Dupuis. Sur les cimaises, une quarantaine de planches en noir et blanc issue de l'album, une quinzaine d'illustrations autour de ce dernier ainsi que des planches de ses précédentes bandes dessinées, Le Groom Vert-de-Gris et Gringos Locos.

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Disons-le tout haut. Olivier Schwartz est l'un des plus brillants héritiers de la ligne claire. A ce titre, on ne peut que se désoler de le voir injustement ignoré par les Rencontres Chaland de Nérac. Sa proximité graphique avec le créateur du Jeune Albert ne saurait être assimilée à de la copie ! Schwartz a su s'inspirer de bon nombre de maîtres (Franquin, Jijé,...) et pas seulement de Chaland pour arriver à un style propre d'une remarquable efficacité et d'un dynamisme épatant !
 
A voir Galerie Daniel Maghen du 3 au 20 septembre. Vernissage le 11 septembre à 19h00.
 

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La Galerie Champaka n'est pas en reste car elle propose une exposition de Stanislas à l'occasion de la récente parution de La ronde des canards, second volume du Perroquet des Batignolles, aux éditions Dargaud.
 
Si vous ne l'avez déjà fait, procurez-vous au plus vite cette formidable adaptation du feuilleton radiophonique éponyme de Jacques Tardi et Michel Boujut. De la très grande ligne claire moderne et intelligente. Le dessin, la mise en page, le sens de la composition de Stanislas sont à leur summum. Quelle inventivité et quel talent !  

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Et dans la foulée, allez admirer les planches noir et blanc des deux premiers volumes ce cette série chez Champaka Paris. Cerise sur le gâteau, vous pourrez saliver de bonheur devant sept planches des Aventures d’Hergé et trois illustrations de 17, rue Tabaga
 
A voir Galerie Champaka du 4 au 27 septembre. Dédicace le 12 septembre à 17h00.
 

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La Galerie Oblique expose Ted Benoît à l'occasion de la sortie récente de La Philosophie dans la Piscine chez La Boîte à Bulles. Certes, ce n'est plus de la ligne claire mais c'est toujours du Ted Benoît. Ne soyons pas des intégristes ! A l'occasion de cette exposition, la galerie ouvre deux souscriptions. La première pour un buste de Ray Banana (avec Ray Ban garanties) signé par la fille de l'artiste.

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La seconde pour un tirage pigmentaire sur toile intitulé Le Bord du Monde (voir ci-dessus) qui renoue bizarrement avec une certaine ligne claire. Il faudrait que Ted Benoît se décide. Il en revient ou pas de la ligne claire ? 
 
A voir Galerie Oblique du 10 au 27 septembre. Vernissage prévu le 9 septembre à partir de 18h00. Rencontre-dédicace annoncée le 13 septembre.
 

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La Galerie Huberty-Breyne propose une exposition de dessins et de toiles de François Avril intitulée Kunstruktion. Pour le moment, sur la cinquantaine d'oeuvres annoncées, seulement quatre sont visibles dans le dossier de presse proposé sur le site de la galerie. Qu'en dire ? C'est toujours aussi raffiné, toujours aussi savamment composé, toujours aussi agréable à l'oeil.
 

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Mais à force de nous proposer ses visions urbaines, Avril, tout aussi talentueux qu'il soit, ne risque t-il pas de se répéter. La découverte de cette exposition nous dira si un petit retour par la case bande dessinée ne ferait pas le plus grand bien à l'artiste pour se régénérer !
 
A voir Galerie Huberty-Breyne du 12 septembre au 11 octobre 2014. Vernissage le 11 septembre.
 
 
Autant dire qu'avec toutes ces expositions, l'amateur de ligne claire a toutes les chances d'en prendre plein les yeux !

31/08/2014

LA BOITE A BULLES EDITE DEUX FIGURES MARQUANTES DE LA LIGNE CLAIRE

En cette rentrée, l’éditeur La Boîte à Bulles accueille dans son catalogue deux grands noms de la ligne claire européenne, le français Ted Benoît et l’espagnol Daniel Torres.

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Avec leurs nouveaux ouvrages, les deux auteurs qui ont fait les grandes heures de (A SUIVRE) dans les années 80, semblent marquer une inflexion notable dans leur approche de la bande dessinée que ce soit au niveau du dessin ou dans la tonalité générale du propos.

C’est certainement lié à l'immanquable évolution du trait qui touche tout dessinateur au cours de sa carrière. Mais pas seulement. On peut y déceler une volonté de ne pas se répéter et d’œuvrer de manière plus spontanée et plus libre, de renouer, chez un éditeur indépendant, avec l’esprit underground de leurs premières créations.

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Ted Benoît, pour commencer, nous propose La philosophie dans la piscine, recueil des planches de Ray Banana publiées, ces dernières années, sur son blog (cf. notre entretien avec l’auteur sur ces pages).
 
Depuis son Camera Obscura publié l’an passé chez Champaka, il faut se faire une raison : Ted Benoît revient de la ligne claire. A ce titre, le traitement graphique de la couverture de son dernier livre est trompeur. En effet, avec les planches de La philosophie dans la piscine, on est très loin du dessin extrêmement léché de Berceuse Electrique ou Cité Lumière. En raison d’un problème avec sa main gauche suite à des ennuis de santé, Ted Benoît développe un nouveau style au bic, plus lâché, plus spontané, plus hésitant aussi, ne serait-ce que dans la représentation de Ray Banana.

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Ce style que les esthètes jugeront moins travaillé convient parfaitement à sa nouvelle approche de son personnage fétiche. Ici, plus d’aventure, plus de fiction au programme. Qu'on se le dise, le nouveau dada de Ray, aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est la philosophie. Assis dans son emblématique fauteuil, accoudé à un bar ou revenant d’une séance de boxe, le héros aux Ray Ban nous livre de manière fort péremptoire ses analyses sur le monde contemporain, le sens de la vie, l’économie…

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Au final, l’ouvrage se révèle fort original et quasiment inclassable. Un poil désarçonnant aussi. L’humour à tendance métaphysico-politique développé par Ted Benoît peut parfois laisser de marbre. Dans l'attente des avis d'experts de Michel Onfray et BHL...

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Avec Bulles, traduction française de son Burbujas publié en 2009 en Espagne et déjà évoqué sur ces pages, Daniel Torres touche pour la première fois au roman graphique en s’éloignant de la science-fiction, son domaine de prédilection.
 
Il a décidé d’ancrer son nouveau récit dans le monde contemporain. Ramon Sanchez, son «héros», s’y livre, au milieu de sa vie, à une auto-analyse. Il replonge dans ses souvenirs, se rappelle ses envies d’enfant et d’adolescent, se montre lucide sur sa vie d’homme en ne cachant rien de ses échecs que ce soit dans sa vie conjugale et familiale, dans ses amitiés ou dans sa carrière professionnelle. 
 
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En découvrant Bulles, l’amateur de la première heure de l’auteur espagnol, celui qui avait été ébloui par le dessin néo-ligne claire de Sabotage ou des premiers Roco Vargas, ne manquera pas d’être troublé par le trait proposé ici. En effet, pour mener à bien un récit sur 270 pages de format réduit, en noir et blanc, Daniel Torres utilise un dessin plus libre, plus rond, totalement dégagé de ses influences Style Atome. Il confirme une évolution déjà perceptible dans ses créations des deux dernières décennies durant lesquelles il se consacra essentiellement à l’animation avec la série Tom le dinosaure et délégua beaucoup pour ses bandes dessinées.
 
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Mais cette première impression d’un trait qui a perdu en personnalité ne doit pas décourager le lecteur. Non seulement parce que le récit de Daniel Torres est savamment construit. Mais encore parce que sa mise en images comporte bon nombre de surprises graphiques tout particulièrement lorsque le dessinateur convoque poissons, âne ou figures mythiques du cinéma hollywoodien. 
 
Sans avoir l’air d’y toucher, Torres dresse le portrait-type d’un homme ordinaire en pleine introspection, ce qui peut parler à chacun de nous. Cette propension à dévoiler l’état d’esprit de ses personnages, on la trouvait déjà dans Roco Vargas. N’oublions pas que ce dernier dévoilait lui-aussi des signes de fragilité du fait de sa double personnalité, celle d’Armando Mistral, écrivain et propriétaire de boîte de nuit et celle de Roco Vargas, aventurier de l’espace. Comme quoi, il n’y a pas vraiment de rupture radicale dans l’approche de la bande dessinée par Daniel Torres.
 
Pour en savoir plus :
 
- le blog de Ted Benoît;
 
- le site de La Boîte à Bulles
 
Illustrations copyright La Boîte à Bulles - Ted Benoît - Daniel Torres
  

15/08/2014

PLONGEZ AVEC EXEM !

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En cette période estivale, nous vous invitons à plonger dans l'oeuvre d'Exem avec Le Grand Plongeon, catalogue raisonné de ses affiches et tirages limités sur la période 1978-1990 (éditions Séries Rares). 
 
Etabli par Ariel Herbez, grand connaisseur de l’oeuvre du maître suisse de la ligne claire, déjà auteur de Exem à tout vent (Vertige Graphic/AGPI) en 2005, ce livre broché de taille moyenne (16,5 x 23 cm) est un bel objet imprimé et un vrai régal pour les pupilles. Sur quarante pages très largement illustrées, Le Grand Plongeon propose des commentaires éclairés d’Ariel Herbez sur les travaux graphiques qu’il rassemble. Les informations apportées sont particulièrement utiles aux non-suisses pour la compréhension du contexte dans lequel la création de l’affiche s’inscrivait.

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Affiche de 1988

En effet, bon nombre d’illustrations rassemblées ici sont liées à des référendums organisés par nos voisins helvètes et ont été l’objet d’affichages urbains. Elles participaient donc au débat public. A travers le regard intelligent, à la fois souriant et caustique, qu’il pose sur les sujets de société, Exem y montre son engagement d’artiste citoyen.

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Affiche de 1988

L’amateur de bande dessinée ligne claire ne sera pas en reste car on retrouve bien souvent dans les créations d’Exem des références à l’univers du 9ème Art et notamment à celui d’Hergé.
 
L’ouvrage montre la rapide affirmation du style graphique du dessinateur-illustrateur genevois. Au delà du trait et du dessin, il met bien en valeur son sens du lettrage, de la composition, de la mise en couleur, autres composantes essentielles de son travail d’affichiste.
 
Le Grand Plongeon constitue le premier volume des aventures d’Exem au pays des affiches, rétrospective chronologique de l’intégrale de ses créations graphiques (à l’exception de ses albums de bandes dessinées et de ses créations en trois dimensions). Il sera donc suivi de 6 ou 7 volumes du même type à raison de 2 par an. Excellente nouvelle !

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Exem par lui-même

Par ailleurs, comme ce fut le cas pour la sortie du Grand Plongeon en juin dernier, chaque parution de catalogue sera l'occasion d'une exposition à la galerie Séries Rares et au retirage en tirage limité d'affiches marquantes d'Exem.
 
Vous l'aurez compris, ce premier volume s'avère totalement indispensable à tout amateur de ligne claire qui se respecte. Il est disponible auprès de la galerie Séries Rares pour une somme modique. Mais attention ! Il n’est tiré qu’à 400 exemplaires signés et numérotés. Autant dire qu’il faut se dépêcher !
 
Galerie Séries Rares
15, rue Vautier - 1227 Carouge - Suisse
info@series-rares.ch • www.series-rares.ch
 
Illustrations copyright Exem