27/01/2012
JOOST SWARTE, GRAND PRIX D’ANGOULEME ?
Et si Joost Swarte succédait à Art Spiegelman pour la présidence du plus grand festival de bande dessinée, ce serait chouette non ?

Tout d’abord, parce que cela s’inscrirait dans une belle continuité et d’une réelle proximité, Spiegelman et Swarte ayant œuvré ensemble à l’époque de Raw et partageant une même exigence dans leur approche créative. Rappelons au passage ces propos de l’auteur de Maus concernant l’inventeur de la ligne claire : «Joost Swarte allie une intelligence visuelle raffinée à un réel sens de l'humour et du récit. Il se livre à des expériences dans le cadre d'une tradition, cherchant des solutions à la fois audacieuses et simples.» Ce n’est donc pas pour rien que Joost Swarte est membre du jury constitué par Art Spiegelman pour décerner les prix du festival (à l’exception bien évidemment du Grand Prix de la Ville d’Angoulême qui relève du choix souverain des anciens Grands Prix).
Ensuite, parce que cela coïnciderait avec la publication de Total Swarte, une compilation de ses bandes dessinées parues à partir de 1970 dans différentes revues (Modern Papier, Tante Leny Presenteert, Cocktail Comix, Inkt, Charlie Mensuel, Surprise, Furore, Métal Hurlant, Vrij Nederland, Raw Magazine, Hollands Diep) et plusieurs albums personnels ou collectifs (Little Lit, L’Art moderne, 30 x 40, Cultuur & Techniek, Les Aventures du Latex, Strips in Stereo). Cet ouvrage bénéficie de quatre éditions simultanées dont une française chez Denoël Graphic, preuve s’il en était besoin de la notoriété internationale de l’artiste. Si Total Swarte comporte quelques inédits et s’ouvre sur une très belle préface de Chris Ware, on pourra néanmoins être un peu déçu par sa conception graphique et principalement par le format retenu, beaucoup trop petit à nos yeux, pour apprécier le trait de Swarte. Sans attendre un format 30x40 du temps béni de Futuropolis première époque, on pouvait espérer au minimum une taille standard. C’est dommage. D’autant plus que les textes des planches étant des plus lilliputiens, leur déchiffrage impose une loupe si l’on ne veut pas se fatiguer les yeux ! La traduction est de qualité mais l’amateur éclairé pourra regretter les géniales traductions souvent improbables mais si attachantes de Willem qui participaient notablement au charme des premières publications de Swarte en français. Mais bon, ne faisons pas trop l’ancien combattant et ne boudons pas notre plaisir. Ce travail de réédition a le grand mérite de remettre en lumière le génie de Swarte et c’est là l’essentiel ! N’oublions pas aussi que ces travaux ne représentent qu’une partie de l’œuvre foisonnante du maître néerlandais ! Il y a plein d’autres pierres à l’édifice swartien et pas seulement dans l’illustration et la bande dessinée.
Enfin, un grand prix décerné à Joost Swarte, ce serait également l’occasion d’honorer pour la première fois une créateur des Pays-Bas, pays où la bande dessinée reste vivace et inventive avec de nombreux dessinateurs de talent (Kuijpers, Van Dongen, Kolk, Varekamp, Heuvel…). Ce serait aussi assurément l’occasion d’un focus sur la ligne claire et le style atome à l’occasion de la prochaine édition du Festival. On se prend à rêver des belles expos que cela pourrait donner !
En espérant que ces quelques éléments soient bien annonciateurs d’un Grand Prix de la Ville d’Angoulême pour l’inventeur de la klare lijn ! Il le mériterait vraiment.
Croisons donc les doigts pour que les anciens Grands Prix soient bien inspirés dimanche prochain lors de leur conclave…
PS : Une exposition Joost SWARTE est annoncée à la Galerie Martel pour le début mars.
Illustrations copyright Swarte & Denoël Graphic
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08/01/2012
ENTRETIEN AVEC PHILIPPE WURM
L'automne dernier a été marqué par la publication chez Glénat du premier volume de Lady Elza, nouvelle série ecrite par Jean Dufaux et dessinée par Philippe Wurm, prolongement direct de leur précédente série, Les Rochester, publiée initialement chez Casterman et reprise ensuite chez Dupuis. Cette bande dessinée ayant retenu toute notre attention, il nous a semblé intéressant d'interroger Philippe Wurm sur sa carrière et ses rapports avec la ligne claire. Nous vous proposons de découvrir cet échange fort instructif sur son parcours et son approche créative qui nous dévoile un auteur exigeant, à nos yeux certainement trop discret et pas encore suffisamment reconnu pour sa contribution à la continuation du style ligne claire. Nous tenons à remercier Philippe Wurm pour sa précieuse collaboration ainsi que les éditions Glénat pour la reprise ci-dessous des premières planches de Excentric Club. Leur lecture devrait donner l'envie à celles et ceux d'entre vous qui seraient passés à côté de cette bande dessinée de la découvrir au plus vite !
Excentric Club - Dessin de couverture
Klare Lijn International : Avec la publication du premier volume de Lady Elza, peut-on parler de refondation de la série des Rochester, d'un nouveau départ sur des bases différentes ?
Philippe WURM : Ni l'un ni l'autre, je dirai qu'il s'agit d'un prolongement avec un recentrage fort sur le personnage principal qu'est Lady Elza. En terme de communication auprès des lecteurs on aurait peut-être dû commencer par là, la série aurait été plus rapide à saisir si elle avait été centrée immédiatement sur Lady Elza; j’ai toujours trouvé que le nom générique de Rochester contenait une certain ambiguïté. Par contre, en termes romanesques, c'est plus riche comme ça, car Elza vit ici une deuxième séparation, elle ne voit plus Jack (son ancien mari et premier divorce), et le lecteur peut savoir ce qui s'est passé entre eux en allant dans le passé et en lisant les albums publiés sous le titre Rochester. Il y a donc une densité romanesque qui est maintenant établie et dont nous pouvons tirer parti avec Jean Dufaux.
Les Rochester - tome 6
KLI : Quel est votre regard sur le parcours éditorial quelque peu chaotique des Rochester ? Avez-vous le sentiment, Jean Dufaux et vous, d'avoir commis quelques erreurs de positionnement de cette série en mélangeant peut-être un peu trop les genres, en abordant des thèmes trop variés d'un album à un autre, ce qui a pu détourner des amateurs de bande dessinée ? Assumez-vous le caractère atypique de la série ?
PW : Je viens de répondre en partie à votre question. En ce qui concerne le mélange des genres et la variété des thèmes je répondrai de même, je pense que c'est une richesse pour l'univers romanesque des personnages. C'est finalement une saga très ambitieuse puisqu'elle est en prise avec son temps et elle élabore symétriquement un univers romanesque comme hors du temps ! Au total je pense que l'ensemble est cohérent et je suis admiratif de la capacité de Jean Dufaux à gérer et créer autant de personnages et de caractères pour donner un univers littéraire aussi vaste. La difficulté vient peut-être de l’impatience du lecteur qui a du mal à attendre plus d’un an la sortie de chaque tome et cela peut nuire à la fraîcheur de perception de l'ensemble. Mais pour quelqu'un qui débarque maintenant cela peut être tout à fait passionnant de suivre le destin d'Elza d’autant plus que chaque album raconte une histoire complète ce qui facilite l’entrée dans la série.
Les Rochester
KLI : Quelle a été votre implication dans la création et l'évolution de cette série ? Avez-vous participé à la définition des personnages, au choix de l'époque et du cadre britannique, à la tonalité des récits... ? Quelles étaient vos envies et vos principales influences en la créant ? Rénover la bande dessinée franco-belge tout en restant classique dans l'approche ?
PW : Il s'agit d'un univers créé au départ par Jean Dufaux. Le concept de comédie contemporaine romantique, fantastique et policière est bien de lui, ainsi m'a-t-il présenté les Rochester. J'ai immédiatement été séduit et je me suis plongé dans le travail de réalisation graphique. J'ai juste demandé à Jean Dufaux de situer la série en Angleterre car je suis un amoureux de ce pays et de ses traditions. Lorsque nous avons commencé les Rochester je traversais une intense période de nostalgie liée à la grande époque de la BD franco-belge (les années 50). La sortie de la reprise de Blake et Mortimer par Ted Benoit et Jean Van Hamme avait été un événement des plus réussis et il montrait que le travail de Jacobs restait d’actualité. Pour notre part, la volonté était de se dire que Jacobs avait fait de la ligne claire dans les années 50 en décrivant son époque au présent et que nous pouvions faire de même mais dans les années 2000. Ceci sous-entend que le style "ligne claire" n'est pas figé dans une époque et qu'il a une composante transversale qui parcourt le temps. Le défi étant de trouver le ton juste qui permette de faire vibrer la série en accord avec notre époque. Ce ne fut pas facile, mais je crois qu'on y arrive tout doucement, seulement les éditeurs d'aujourd'hui sont dans une telle instabilité et une telle recherche du profit à très court terme qu'il est vraiment difficile de s'installer sur la longueur. Il y a là un travail proprement "révolutionnaire" tant il se situe à contre-courant des instabilités de l'époque, tellement révolutionnaire qu'on ne nous a pas laissé faire le tour de la question! Je pense qu'avec Jacques Glénat et son équipe il y aura moyen de faire cette exploration jusqu'au bout.
Excentric Club - Planche 1
Pour ce qui concerne la deuxième partie de la question, je pense que vouloir rénover la bande dessinée contemporaine tout en restant classique est un paradoxe ! C’est pourtant ce qu’ont réalisé les grands Maîtres du genre. Plus modestement, on pourrait essayer de se faufiler entre ces grands blocs. Laisser penser que le style ligne claire s’arrête avec les Maîtres du 20ème siècle est dommage ; heureusement, aujourd’hui il y a un bon nombre d’auteurs qui pratiquent la ligne claire avec grand bonheur. La question semble être le rapport à la nostalgie des lecteurs. Les albums issus de cette nouvelle ligne claire ne rencontrent pas souvent un public très large et cela pose le problème de leur survie dans le paysage éditorial. Les lecteurs sont souvent tournés vers le passé et ne font pas assez confiance ou ne sont pas assez curieux vis-à-vis des nouvelles productions. Par bonheur, il y a un vrai public de passionnés qui suivent avec attention cette production et si cela ne suffit pas à faire vivre les auteurs, cela constitue un réel encouragement.
Les Rochester - extrait du tome 1
KLI : Entre La liste Victoria et Excentric Club, votre trait a fortement évolué. Il me semble s'être épaissi au fil des albums avec une tendance vers un semi-réalisme et une plus grande stylisation pour Lily et le Lord et le premier Lady Elza. La représentation d'Elza me semble révélatrice de cette évolution. Quel regard portez-vous sur votre approche graphique de la série ?
PW : C’est exact ! Et l’évolution graphique d’Elza traduit bien cette recherche en mouvement (avec ses essais et erreurs !). Je suis parti d’un dessin plus réaliste dans les deux premiers Rochester chez Casterman puis, en arrivant chez Dupuis, j’ai souhaité aller progressivement vers plus de semi-réalisme (il y a là, je pense, une sensibilité liée au climat éditorial et à l’histoire de chaque maison d’édition, en gros je suis passé d’une référence Jacobs, Jacques Martin à une référence Franquin, Tillieux et Chaland). Cela s’est fait par un épaississement du trait et par le passage au pinceau pour l’encrage des personnages. Cette tendance issue principalement de ma passion pour Chaland s’est confirmée au long des années. Cela demande plus de travail, surtout préparatoire, pour arriver à une ligne synthétique, mais c’est une élaboration artisanale qui me plait beaucoup et qui me donne de grandes satisfactions. De plus je trouve que le semi-réalisme permet une plus grande richesse narrative, car le registre est plus large, je peux mieux suivre le scénario de Jean Dufaux qui passe de la comédie au drame de la légèreté à l’ambiance plus sombre ou au fantastique, et cela me permet de préserver une cohérence d’univers et la meilleure unité de style possible.
Excentric Club - Planche 2
KLI : Avez-vous le sentiment d'être parvenu au terme de votre évolution graphique ? Si je vous dis que votre dessin n'est pas immédiatement reconnaissable, quelle est votre réaction ? N'avez-vous pas le sentiment que vous pourriez affirmer un style plus personnel, une patte plus identifiable qui permettrait de dire en voyant l'un de vos dessins, l'une de vos cases, "tiens, c'est du Wurm" ? Etes-vous sur cette voie ?
PW : J’espère ne pas être arrivé au terme de mon évolution graphique ! Toutefois la question est intéressante et délicate ; par exemple la grande homogénéité (stabilité) graphique d’Hergé (sur ses albums couleur) est-elle un mal ou un bien ? Pour répondre à votre question Je pense avoir un dessin à forte personnalité, facilement identifiable dans le registre de la ligne claire.
Excentric Club - document de travail
Concernant l’identification d’un style on peut développer la question par un certain nombre d’exemples : Swarte a un dessin hergéen immédiatement reconnaissable mais il est absolument lui-même dans son travail et il explore des pistes qu’Hergé n’aurait pas abordées ! Tillieux est passé par de très fortes références (Caniff, Hergé et Franquin) très bien repérées dans les étapes de son évolution et pourtant il est immédiatement reconnaissable ! Morris a un style de dessin à nul autre pareil sur le continent européen car aux USA (où il a vécu plusieurs années) il est identifié au style " Mad ". Il faut aussi distinguer " dessin immédiatement reconnaissable " et " style ". Certains créateurs présentent un style vraiment novateur comme Hergé Jacobs ou Franquin mais ils sont plutôt rares. Pour d’autres il faudrait parler de degré de personnalité chacun marquant de sa griffe la réalisation d’une œuvre. L’important étant de trouver la bonne carburation entre style et propos.
Excentric Club - Planche 3
KLI : Vous vous revendiquez souvent d'une forme de proximité avec la ligne claire. Qu'est-ce qui vous en rapproche ? Qu'est-ce qui vous en éloigne ? Pour vous qu'est-ce que la ligne claire ? Juste un style de dessin épuré ou bien également une forme de narration en bande dessinée qui facilite la lecture ?
PW : Ce qui m’a rapproché de la Ligne Claire et qui m’en rapproche encore, c’est le plaisir de la lecture ! Ce qui peut m’en éloigner c’est la mise en scène cinématographique qui domine trop facilement la BD réaliste d’aujourd’hui (et qui peut m’influencer insidieusement) ou le plaisir de dessiner de manière plus expressionniste qui correspond a une partie de ma production de jeunesse.
Pour moi la Ligne Claire est un rapport texte/image dans une de ses composantes les plus réussies. Il y a des relations de vitesse et de lenteur entre le texte et le dessin qui trouvent leur optimisation dans ce style si moderne. Le rapport d’épaisseur du trait du dessin avec celui du trait d’écriture (lettrage) est une des clefs de la réussite de ce style ; il induit un certain rapprochement dans la saisie des deux ordres, le dessin devenant une certaine écriture et le texte apportant ses informations en participant graphiquement à l’équilibre de l’ensemble. Il y a aussi la question du temps de saisie de l’image qui est très particulier en Ligne Claire. En gros, je pense qu’une image Ligne Claire est saisie plus lentement qu’une photo. Un dessin " Hergéen " ou " Jacobsien " ressemble davantage à de l’estampe Japonaise qui est un art de la contemplation et de l’indice dans l’image. Cela s’oppose à la photo qui généralement induit une saisie globale très rapide (les zones floues de la photo dirigent très vite le regard vers le point de focus), ceci épuise rapidement l’effet de l’image et pousse le lecteur à consommer rapidement la suivante (ce qui met le lecteur en contradiction avec le temps de saisie du texte, toujours plus lent !).
Excentric Club - planche 4
En Ligne Claire, le fait que chaque partie du dessin soit clairement analysée permet au lecteur d’effectuer en permanence un " zoom " sur l’image, en ayant une définition parfaite, ainsi le lecteur peut constamment voyager du tout aux parties et découvrir des détails dans l’image qui peuvent être importantes dans le développement ultérieur de la narration. Cette possibilité de découverte à posteriori induit une temporalité différée, liée au décalage, qui permet de grandes variations narratives (Chaland a, par exemple, très brillamment exploité ces potentialités dans Le jeune Albert ou Freddy Lombard). Cela va à l’encontre de la tendance " picturalisante " ou " hyper-réaliste " d’aujourd’hui qui promeut un retour inconscient à l’image photo (presqu’au roman-photo !) avec disparité (étrangeté) entre texte et image. Selon moi, Hergé, Jacobs et Chaland ont, entre autres, établi chacun une grammaire narrative, une typologie graphique et un sens de la temporalité si précis qu’ils caractérisent chacun un mode de fonctionnement de ce style Ligne Claire. Ainsi la Ligne Claire, art de la transparence, apparaît paradoxalement comme porteuse d’étranges épaisseurs et de profondeurs inattendues ! Presque de zones d’ombres !
Depuis quelques années je fais un travail de recherche sur ce thème et j’en expose certains résultats lors de conférences données à L’ULB (L’Université Libre de Bruxelles). La question de la Ligne Claire est bien un thème qui me passionne car je suis persuadé qu’il reste énormément à faire tant sur le plan de la création que sur celui de l’analyse.
Excentric Club - planche 5
KLI : Quelles ont été vos principales influences graphiques au cours de votre carrière ? Quels sont les auteurs à qui vous pensiez en dessinant vos différents albums, Nero Wolfe, Maigret, Le Cercle des Sentinelles, les premiers Rochester période Casterman, les Rochester période Dupuis, le premier Lady Elza ? J'imagine que les influences ont évolué au cours de votre parcours ?
PW : Mes quatre influences majeures sont Franquin, Goossens, Jacobs et Chaland et ces auteurs correspondent dans l’ordre à 4 étapes de ma vie. Mais j’ai aussi fréquenté avec délectation d’autres auteurs qui me sont très chers comme Caniff, Jijé, Tillieux, Mignola, Tardi, Beuriot, Bodart, Giardino, Jacques Martin, Juillard, Giraud-Moebius, Morris, Peyo et Hergé (ces deux derniers particulièrement pour leur génie narratif et du point de vue scénario je ne peux oublier Goscinny et Charlier).
KLI : Vous arrive t-il de vous reporter à certaines bandes dessinées de vos aînés pour trouver des solutions à vos questionnements de représentation, de cadrage, de mise en page... ou bien vous l'interdisez-vous ?
PW : Oui ! Je m’y réfère constamment ! Je regarde et j’apprends beaucoup, encore et encore !
Excentric Club - planche 6
KLI : Vous avez encore réaffirmé dernièrement votre admiration pour Ever MEULEN et Joost SWARTE qui sont plus illustrateurs, graphistes qu'auteurs de bande dessinée. Pourtant votre travail en bande dessinée est beaucoup plus "conservateur" que leur approche picturale. N'avez-vous pas l'envie d'aller dans leur direction, de vous "lâcher" un peu dans votre dessin ? N'êtes-vous pas également tenté par l'illustration ? Etes-vous définitivement ancré dans la bande dessinée dite "classique" ? Vous verriez-vous emprunter des voies plus expérimentales, artistiques, moins ancrées dans la tradition ?
PW : Le problème c’est que les termes " traditionnel ", " influence ", " moderne " et " classique " sont des mots valises qui portent des définitions floues. De plus ils ont aujourd’hui des connotations négatives car ils sont souvent employés par certains critiques avec l’intention de présenter un regard en apparence pointu alors qu’ils ne pointent pas vraiment le problème (ils rétorqueront qu’ils ont peu de place pour s’exprimer mais ce n’est pas une excuse). Ces termes sont donc pollués et ils empêchent la critique constructive qui est pourtant bien nécessaire à la création.
Concernant Joost Swarte et Ever Meulen je suis admiratif de la cohérence de leur démarche graphique et de la radicalité avec laquelle ils embrassent un tout. Ils osent aller jusqu’au bout de leurs intentions et cela m’épate. Maintenant, le fait de faire de l’illustration (graphique) plutôt que de la bande dessinée leur autorise peut-être davantage de liberté (de radicalité) ? Toujours est-il qu’ils sont des phares et c’est un bonheur de voir quelles parties du monde ils éclairent avec leur trait de lumière.
Excentric Club - planche 7
Pour ce qui est de ma démarche, je reste obsédé par la narration et la relation entre texte et images et je trouve qu’il y a là un champ encore très vaste d’explorations avant d’intégrer éventuellement d’autres dimensions. Dans le discours dominant actuellement je déplore, hélas, une grande confusion entre la forme et le fond. Si une bande dessinée apparaît illustrée avec des moyens picturaux dit " modernes " alors d’office on tend à penser que son discours est forcément novateur !... Si cela peut s’avérer parfois exact (je pense à Maus de Spiegelmann) le plus souvent il n’en est, hélas, rien ! De plus je déplore que ce discours simpliste valorise à priori ce genre de démarche et tend à pousser beaucoup de jeunes créateurs, comme des moutons de Panurge, vers ces démarches dites " novatrices ", comme il est difficile d’inventer la roue tous les matins ces jeunes créateurs se copient et finissent par se ressembler tous ! Le fait d’assumer une filiation, par exemple la Ligne Claire, aide à comprendre les choses en profondeur. Ainsi, la connaissance de la technique propre à la ligne claire (encrage, cadrage, documentation…) permet d’intégrer au mieux les composantes particulières de ce style et de développer son langage en toute subtilité.
J’ajouterais que je n’ai plus de soif particulière pour les expériences picturales extrêmes, car j’ai eu la chance de pouvoir explorer cette tendance avec succès (Médaille du Gouvernement et prix de la ville de Bruxelles 1987) lors de ma formation en dessin à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles et cela m’a libéré de beaucoup de fausses envies. En faisant de la bande dessinée, l’essentiel pour moi est de bien raconter une histoire et de chercher à user de toute la force du médium pour emporter le lecteur dans une autre dimension, si cela advient, je suis comblé. Si cette démarche peut résister à l’épreuve du temps (qui est terrible!) alors c’est le comble du bonheur !
Excentric Club - planche 8
KLI : Vous aviez exprimé le désir de reprendre Blake et Mortimer, le temps d'un album, avec Jean Dufaux en présentant une proposition aux éditions Blake et Mortimer. Pourriez-vous nous en dire plus sur la genèse de ce projet ? Une telle initiative n'était-elle pas finalement contradictoire avec l'approche contemporaine qui est la vôtre sur les Rochester et Lady Elza ? Œuvrer sur un album situé dans les années 50 ou 60 était une envie forte de votre part ?
PW : Etant donné l’admiration que je porte à Jacobs, je trouvais formidable de pouvoir faire un Blake et Mortimer et j’ai rencontré en Dufaux un très bon complice pour lancer le projet. Une telle initiative est en apparence contradictoire avec l’approche contemporaine de Lady Elza mais on ne peut s’interdire des voyages dans les époques anciennes sous prétexte de recherche contemporaine sur la Ligne Claire.
J’avais très envie de me confronter directement au style de Jacobs et les pages réalisées pour le projet m’ont appris beaucoup de choses, aussi bien sur mon dessin que sur celui de Jacobs. Elles ont terriblement renforcé mon admiration pour son travail artistique. Le dessin de Jacobs est jusqu’au-boutiste ! C’est une synthèse incroyable entre le sens du volume et la stylisation graphique ; à ce niveau de synthèse et d’équilibre il n’y a pas d’équivalent, car Jacobs utilise la synthèse pour augmenter la puissance d’expression des personnages ou le sens de l’atmosphère des lieux.
Pour moi il n’est pas du tout rigide ou théâtral comme le disent certains, il est juste très puissant et hypnotisant et expressionniste que demander de plus !
Pour ce qui concerne le projet Blake et Mortimer, je m’étais pleinement investi dans sa réalisation pendant plus de quatre mois. Les éditeurs de Dargaud n’ont pas trouvé que ma présentation graphique leur convenait et ils ont souhaité engager Antoine Aubin pour l’illustration du scénario de Jean Dufaux. Comme Antoine Aubin fait déjà partie du catalogue il y a peut-être là une certaine logique éditoriale ?
Excentric Club - document de travail
KLI : Quels sont vos projets ? Etes-vous déjà au travail sur le second volume de Lady Elza ?
PW : Actuellement je travaille sur le tome 2 de Lady Elza, à sortir fin 2012. L’accueil du tome 1 a été une très jolie surprise et cela nous donne plein d’enthousiasme et de confiance pour poursuivre ce nouveau cycle avec notre chère Lady !
J’aurais bien quelques autres projets dans mes tiroirs que je voudrais réaliser seul au dessin comme à l’écriture, mais une chose à la fois. Amusons-nous d’abord avec les albums de Lady Elza !
Illustrations copyright Wurm, Dufaux & Glénat (pour Lady Elza) et Dupuis (pour Les Rochester)
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04/01/2012
BD MUST AIME LA KLARE LIJN
Pour le bonheur des amateurs de ligne claire, les éditions BD MUST continuent de creuser le sillon de la bande dessinée néerlandaise !
Outre une troisième collection de quatre titres inédits de la série Franka de Henk Kuijpers, nous est proposée, en ce début d'année, la première traduction francophone des quatre volumes de la série Le Mystère du Temps, un récit de Frits Jonker mis en image par le talentueux Eric Heuvel.
Eric Heuvel, disciple de la ligne claire hergéenne, auteur de près d’une trentaine de bandes dessinées aux Pays-Bas, n’avait jusqu’alors connu de traduction en français que pour trois aventures de son héroïne Jennifer Jones à la fin des années 80 et au début des années 90, Course contre la mort chez Milan, Le crane de Mkwawa et Le trésor du Roi Salomon chez Glénat et en 2009 pour deux albums autour du destin de deux familles néerlandaises sous l’occupation allemande, Un secret de famille et La quête d’Esther publiés chez Belin.
Le Mystère du temps - Extrait
Espérons que l’éditeur rencontre du succès dans ces initiatives éditoriales à tirage limité et particulièrement soigné - chaque album contient un ex-libris signé - et puisse nous proposer, dans les prochains mois, de nouvelles bandes dessinées ligne claire "made in Nederland".
Ex-Libris pour Franka et Le mystère du Temps
Signalons au passage que le catalogue BD MUST accueille, depuis l’été dernier, une superbe réédition en huit volumes des aventures de Barelli par Bob de Moor dont un volume composé d’inédits non publiés jusqu’alors en album, le tout en tirage limité accompagné d’un fascicule biographique du bras droit d’Hergé intitulé Au cœur de la ligne claire et signé Patrick Gaumer.
Plus d’informations sur le site http://www.bdmust.be/
Les sites des auteurs :
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01/01/2012
VOEUX D'ARTIFICE ET AUTRES PEPITES HELVETES
Sans attendre la mise en ligne de ma carte de voeux 2012 en cours de finalisation dans l'atelier d'un dessinateur parisien, je vous souhaite à toutes et tous une belle année, claire sur toute la ligne, avec la complicité helvétique du talentueux EXEM, grand expert en voeux détournés et en parodies tintinesques.
Vous trouverez ci-dessous les couvertures des éditions cartonnées de ses derniers mini-albums, cinq aventures de son anti-héros Lanceval, petits joyaux ligne claire à tirage limité et particulièrement soigné qu'il convient de se procurer d'urgence !
Voeux d'artifice, dernière aventure inédite de Lanceval
Rééditions enrichies de Voeux interdits, L'Ombre de la ligne claire et Au clair de la ligne
Compilation de ces trois récits dans Ligne claire et noirs desseins
Pour plus d'informations concernant ces cinq ouvrages, leurs caractéristiques techniques et leurs conditions d'acquisition, précipitez vous sans plus attendre sur le site de l'artiste : www.exem.ch .
Au-delà de ces belles publications du génial EXEM, formulons le souhait que notre très chère klare lijn nous offre plein de belles surprises en cette nouvelle année en commençant par l'attribution, cette fin janvier, du Grand Prix d'Angoulême à Joost SWARTE, autre créateur fortement influencé par l'oeuvre d'HERGE !
Illustrations © Exem
10:56 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11/12/2011
ALEXANDRE FRANC SUR TOUS LES FRONTS
Grosse actualité pour Alexandre Franc en cet automne. Non content de poursuivre sa collaboration au feuilleton Les Autres gens, oeuvre collective initiée par Thomas Cadène sur le web et reprise sous format papier aux éditions Dupuis, le dessinateur des Isolés, de Mai 68 et de Macula Brocoli nous propose deux nouvelles créations. Tout d'abord Victor et l'Ourours, bande dessinée réalisée en solo pour Actes Sud / L'An 2 et ensuite Jean-Paul Goude, La Jungle des Images pour Dupuis, mise en image d'un récit de Thomas Cadène sur la carrière du célèbre créateur, dessinateur, photographe et réalisateur français, à l'occasion de la rétrospective Goudemalion qui lui est actuellement consacrée au Musée des arts décoratifs de Paris.
Autant de bonnes raisons pour poser quelques questions à Alexandre Franc !
Couverture de Victor et l'Ourours
Klare Lijn International : Si je qualifie Victor et l'Ourours de fable moderne sur la guerre et l'amour, êtes vous d'accord ?
Alexandre Franc : Oui, c'est ça ! Disons que le projet était de faire une fable sur l'amour, et que la guerre s'est imposée comme le cadre approprié pour parler de ce sentiment. L'amour, donc la haine, donc la guerre...
Planche extraite de Victor et l'Ourours
KLI : Quelle a été l'impulsion de départ, quelles étaient vos envies premières en vous lançant dans ce récit ?
AF : J'ai commencé au petit bonheur la chance. J'ai eu l'idée des premières pages, que j'ai dessinées sans trop savoir quelle suite je pourrais leur donner. Je démarre souvent comme ça, pour voir si la vie peut apparaître sur une page blanche, si ça marche ou pas (graphiquement) et pour donner sa chance au hasard : des personnages, des situations, des lieux qu'on jette dans le jeu sans trop savoir pourquoi peuvent nous réserver de bonnes surprises.
Victor et l'Ourours - planche inédite
KLI : Est-ce que Victor est le fruit d'une approche spontané au fil des pages ou bien a t-il été préparé dans le détail avant sa réalisation ?
AF : Une approche spontanée, donc, du moins au départ. Disons les 10 premières pages. Ensuite, quand j'ai un peu compris où ces pages pouvaient m'emmener, je me suis efforcé de construire, pour que ça ne soit pas une simple broderie, et aussi pour convaincre Thierry Groensteen, mon éditeur chez Actes Sud/L'an 2 de me suivre dans le projet...
Planche extraite de Victor et l'Ourours
KLI : Que me répondez-vous si je vous dis trouver ce récit un peu trop court et pas suffisamment dense pour qu'on s'attache aux personnages et s'investisse dans l'histoire ?
AF : Je sens comme une réserve dans cette question !... Mais je comprends. Victor et l'Ourours n'est pas une grande fresque pleine d'émotions et de sentiments, c'est plutôt, comme vous l'avez dit, une fable. C'est donc très resserré, presque comme une démonstration, case par case. J'ai tendance à penser que plus on dit une chose en peu de mots et d'images et plus c'est réussi ! Du moins, c'était mon approche sur ce livre. Et je trouve qu'il y a un certain nombre de passages vraiment très beaux ! Mais ça ne dure pas longtemps, et je comprends que le lecteur, s'il cherche l'immersion dans une histoire, soit un peu empêché.
KLI : D'où vous est venue l'idée de cette créature de l'Ourours ? Faut-il y voir une symbolique religieuse ?
AF : L'idée de l'ourours, c'est que cette créature représente une forme approchante de l'humanité telle que Dieu (le personnage de Dieu dans mon histoire) l'avait créée puis détruite dans les premières pages de l'histoire (qui sont une sorte de Genèse). C'est un personnage que j'ai inventé, mais peut-être que ça existe déjà, je ne sais pas (et comme je trouve ça assez génial, je doute d'avoir inventé quoi que ce soit !) J'ai eu l'idée de cette image en lisant un livre sur Nietzsche : c'est le principe de sa fameuse opposition dionysiaque/apollinien : continuité contre discontinuité, unité charnelle contre individualité, informe contre beau, ivresse contre raison, etc. Mais mon éducation catholique est certainement la première influence du livre (vers l'adolescence, j'ai tenté comme beaucoup de gens d'envoyer promener tout ça, mais rien à faire, on est marqué à vie !) Victor et l'Ourours est donc une bande dessinée chrétienne, d'une certaine manière...
Victor et l'Ourours - planche inédite
KLI : Votre trait s'éloigne de plus en plus du réalisme qu'on pouvait trouver dans Les Isolés pour une approche plus caricaturale, plus schématique. Expliquez-vous cette évolution ?
AF : Quand j'ai dessiné Les Isolés, je lorgnais du côté de Daniel Clowes. Aujourd'hui, je trouve que mon dessin dans ce livre est tout de même un peu raide, un peu figé. Alors j'essaie de rendre mes personnages plus expressifs, le trait plus souple et plus vivant. Pour le moment, ça passe effectivement par un registre moins réaliste, parce que le dessin est plus spontané, le crayonné moins poussé. J'essaie aussi de me détendre question découpage : j'aime toujours bien les moules à gauffres et les jeux de symétrie et de répétition dans les cases, mais je n'en fait plus une question d'honneur.
Couverture de Jean-Paul GOUDE, La Jungle des Images
KLI : Avec La Jungle des Images, votre bande dessinée sur Jean-Paul GOUDE, peut-on parler de travail de commande ? Comment s'est mis en place ce projet ?
AF : Oui, c'est une commande de Dupuis, à l'occasion de l'exposition rétrospective de Goude au Musée des Arts décoratifs, qui a lieu actuellement. Au moment de constituer l'équipe du livre, Louis-Antoine Dujardin, notre éditeur chez Dupuis, avait le tome 1 des Autres Gens sur son bureau. Thomas Cadène a donc été bombardé scénariste, quant au dessinateur, Goude n'a eu qu'à feuilleter le livre, qui est un véritable annuaire d'illustrateurs, et c'est tombé sur moi ! Pour tenter d'expliquer son choix, dont j'ai été le premier surpris, et honoré, je dirais que les images de Goude ont un côté très moderniste, très "découpé", avec des formes nettes et des couleurs franches. Pour les reproduire en bande dessinée, il fallait un style qui ne vienne pas les brouiller, qui ne soit donc pas dans l'expressivité ou la virtuosité graphique.
Planche extraite de Jean-Paul GOUDE, La Jungle des Images
KLI : Est-ce qu'il vous été facile de rentrer dans l'univers de ce créateur ultra-médiatique, de le digérer et de le restituer avec votre trait propre ? Quelles sont les contraintes et les inconvénients d'un travail sur un artiste marqué par une telle richesse visuelle et une "patte" caractéristique bien connue du grand public ?
AF : En regardant les dessins de Goude, qui sont extraordinaires, j'ai immédiatement compris que je ne pourrais pas rivaliser, et ça m'a beaucoup simplifié la vie. Et puis après tout, Goude avait choisi mon dessin. Après, nous n'avons pas eu de difficulté particulière à rentrer dans cet univers, qui fait partie de la culture populaire, et dont les points de contact avec la bande dessinée ne manquent pas (Goude a même été à l'école communale avec Christin et Mézières !).
Planche extraite de Jean-Paul GOUDE, La Jungle des Images
KLI : A la lecture de l'album, on devine que vous avez rencontré Jean-Paul GOUDE. Est-ce qu'il a exprimé des attentes particulières sur votre travail, des commentaires sur vos planches ? Aviez-vous totale liberté pour traiter son parcours ?
AF : Oui, nous l'avons rencontré à plusieurs reprises, et il s'est à chaque fois montré très accessible, très attentif, et très respectueux de notre travail. Il a choisi de nous laisser totalement libres. Il n'a été intraitable que sur un seul point, la représentation de son personnage. Il fallait qu'il s'aime ! Goude a consacré sa vie à la recherche de la perfection esthétique, et sa première oeuvre, c'est lui-même.
Les Autres Gens - Dupuis
KLI : Concernant votre contribution régulière aux Autres gens, qu'est-ce qu'elle vous apporte ? Un moyen de vous imposer un travail sous contrainte ? Un moyen de vous délasser entre deux planches de Victor et l'Ourours ou de Jean-Paul Goude ?
AF : Dessiner un épisode des Autres Gens est un exercice formidable. Il faut aller assez vite, et le fait de voir son travail à côté de celui d'autres dessinateurs est très formateur. On se compare, on se pique des trucs, on s'encourage, on se fait des amis, on progresse. Et on vise la qualité sans nécessairement la perfection, et le résultat n'est pas forcément moins bon. Bref, on dessine, et c'est bien de dessiner quand on veut être dessinateur, c'est-à-dire sans se poser mille questions métaphysiques. C'est grâce à ce travail sur Les Autres Gens que j'ai pu me défaire un peu de cette raideur dont je parlais, et je pense que mes pages de Victor et l'Ourours et de Goude en ont profité. C'est comme les gens qui mettent 40 ans à accepter leur corps. Moi, je commence à accepter mon dessin !
Planche extraite des Autres Gens
KLI : Après cette sortie quasi-simultanée de deux bandes dessinées, quels sont vos prochains projets ?
AF : J'ai écrit un scénario pour une amie dessinatrice très talentueuse, Claire de Gastold (qui vient de l'illustration jeunesse). Le livre sortira en avril 2012 chez Bayou. Les planches sont finies, il ne nous manque que le titre ! Ce sera moins ligne claire, mais aussi plus romanesque que l'Ourours, j'espère donc ne pas vous décevoir ! J'ai deux autres projets qui n'en sont qu'à leurs débuts, tous deux en collaboration. Selon la phrase rituelle, c'est donc un peu tôt pour en parler !
Les Autres Gens - Galerie de portraits
Illustrations copyright Alexandre Franc, Actes Sud / L'An 2 (Victor et l'Ourours) et Dupuis (Jean-Paul Goude et Les Autres Gens)
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