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07/04/2018

COMMENT LYOPHILISER LE MONSTRE DU LOCH NESS ? FABRICE PARME NOUS ECLAIRE !

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Chouette ! La publication d'un nouvel épisode d'Astrid Bromure nous donne le plaisir de vous proposer un nouvel entretien avec son créateur, le talentueux Fabrice Parme. Une fois de plus, il nous éclaire de ses lumières en nous dévoilant les ressorts de la création de ce nouvel épisode épatant. Mille mercis à lui !

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Klare Lijn International : Après la petite souris, les fantômes et l'enfant sauvage, la nouvelle cible d'Astrid n'est autre que le monstre du Loch Ness. Pourquoi ce choix ? Une envie d'Ecosse ?

Fabrice Parme : Des envies s'imposent. Puis en creusant, je découvre les vraies raisons de mes choix. Astrid habite dans une ville qui ressemble à New York mais n'a pas un nom de famille américain. Elle s'appelle Bromure, un nom qui sonne français. Il lui vient de son papa, un richissime homme d'affaires, un parvenu du Nouveau Monde. Madame Bromure, en revanche, est une héritière de la Vieille Europe, une aristocrate avec une longue histoire familiale. Dans ce tome, je commence à explorer la branche familiale maternelle d'Astrid. Il me fallait une région forte de traditions, avec des clans. Madame Bromure est trop froide pour être méridionale et j'ai toujours eu un faible pour les cultures du Royaume-Uni. j'ai donc préféré l'Écosse à la Sicile. En faisant un rapide inventaire des personnages folkloriques de cette région, les fantômes et le monstre du Loch Ness s'imposent tout en haut de la lsite. Comme il y a déjà eu des fantômes dans le tome 2, j'ai opté pour le monstre.
Ces choix ont probablement des raisons inconscientes. Comme disait Spinoza : "Les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent".

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KLI : Comment vous est venue cette idée plus que saugrenue de lyophiliser la célèbre créature finalement pas si monstrueuse ? Vous êtes un adepte des plats en poudre ?

FP : Quand j'avais environ 8 ans, mon père m'a expliqué le principe de la lyophilisation et son utilisation courante pour le café, les soupes et d'autres aliments. Je trouvais ce tour de magie fabuleux parce qu'absolument concret. La connaissance du réel est souvent la meilleure porte de l'imaginaire. Cette idée m'avait inspiré. Je m'étais dit que ce serait bien de pouvoir lyophiliser n'importe quoi. Par exemple, lyophiliser une voiture pour ne plus avoir besoin de trouver où la garer. Et pourquoi pas lyophiliser des êtres vivants, des animaux. À l'époque, des idées farfelues comme celle là alimentaient mes petites bandes dessinées. Beaucoup d'histoires d'Astrid Bromure vont puiser leurs racines dans mon imaginaire d'enfant. Cette idée de lyophiliser un monstre s'est imposée comme une évidence. 

Le monstre du Loch Ness n'est pas si monstrueux. C'est un Plésiosaure. Un animal du Mésozoïque. Au début, c'est un petit animal préhistorique ressuscité à cause d'un accident chimique. Il cherche à vivre, à grandir. Il n'a absolument rien de monstrueux et aucune raison de se comporter comme tel. Mais sa croissance s'avère rapidement anormale, il se métamorphose et devient vite très encombrant. Faire un méchant monstre qui veut manger des gens et tout détruire sans raisons, c'est surfait et stupidement paranoïaque.

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KLI : Un rythme échevelé caractérise ce nouveau volume où les trames narratives se croisent sans cesse. J'imagine que cela représente un gros travail de construction du récit et de mise en place des séquences. Est-ce que vous pourriez nous faire découvrir la cuisine de Fabrice Parme et nous dévoiler votre processus créatif ?

FP : Je pars généralement d'un souvenir d'enfance marquant. Pour Comment lyophiliser le monstre du Loch Ness, je suis parti de ma première rencontre avec mon oncle du côté maternel. Entre ce que ma mère m'en avait dit et ce que j'ai découvert, ça ne correspondait pas. Il me semblait excentrique et il avait une adorable chienne pas monstrueuse du tout. Cela m'a intrigué des années et m'intrigue encore. À ce récit familial, j'ai associé l'anecdote sur la lyophilisation et l'Écosse. Vous mélangez ces ingrédients et vous obtenez trois monstres : celui du Loch Ness, la chienne et l'oncle. J'avais mon sujet et le début de mon récit.

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J'ai deux grands principes : la fin est toujours cachée dans le début et chaque protagoniste doit trouver une conclusion à son rôle. Mais il faut écrire, relire et réécrire pour faire apparaître ces évidences.

Chaque personnage a sa propre histoire avec un début et une fin et parfois un milieu. Je dis "parfois" parce que tout dépend si le personnage évolue ou tape sur le même clou. Chaque personne joue sa partition mais toutes ces partitions doivent s'accorder pour ne servir qu'une seule composition. Les actions des personnages doivent être complémentaires. Plus elles s'articulent et plus le rythme de l'histoire s'impose.

Astrid doit toujours avoir le premier rôle, ne pas dépendre des événements mais prendre le contrôle dessus. Elle découvre, apprend, s'interroge, se remet en cause et évolue. Les personnages qui gravitent autour d'elle ne peuvent pas évoluer autant et sont plus systématiques. Plus je réécris les rôles secondaires et tertiaires et plus ils s'épurent. Ils doivent coïncider avec la progression naturelle de l'action principale et ne pas voler la vedette à Astrid. Cette mécanique est très longue à mettre en place. Après plusieurs versions, tout s'imbrique. Le rythme est là et l'histoire a enfin sa forme propre. Même si dans le processus, j'improvise (chaos), au final, tout est composé (ordre). Le synopsis est précis et le découpage et les dialogues qui suivent le sont aussi. La forme du récit est une question de musicalité. Le rythme de lecture naît des rôles. Les entrées et sorties de scène.

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Le rythme naît aussi du découpage. Pas seulement le découpage d'une page mais des 30 pages : c'est cet ensemble, cet espace-temps qui m'intéresse. Les planches d'introduction (1) et de fermeture (30) se présentent seules. Toutes les autres fonctionnent par deux. Il est important de penser au vis-à-vis comme il est important de penser au recto-verso, à la page qu'on tourne. Cela contribue au rythme de lecture. Tout ce qui se compose à l'intérieur d'une page contribue aussi au rythme. Est-ce qu'une image doit être cernée ou non. La forme de la case. L'emplacement des bulles, leur forme, le calibrage des textes, la typographie, le sens de lecture de l'image, les traits de mouvements, l'utilisation de la gamme colorée. Tous les signes qui composent une planche contribuent au rythme de lecture. Le nombre d'images est important. Je considère que le nombre minimum d'images par page est de 3. En-dessous, ce n'est plus de la bande dessine parce qu'on ne lit plus, on regarde. Moins il y a d'images dans une page et plus on tend vers le contemplatif. Plus il y a d'images et plus on tend vers le narratif. L'oscillation entre moins et plus contribue aussi au rythme de lecture. Enfin, je peux ralentir la lecture en créant des images truffées de détails. 

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KLI : Quelles sont les séquences, personnages, lieux... auxquels vous avez été contraint de renoncer alors qu'ils figuraient dans votre projet initial ? Est-ce que la pagination de 30 pages vous convient ?

FP : Après plusieurs tentatives, j'ai constaté que 30 pages est le format qui me convient le mieux. La nouvelle graphique plutôt que le roman graphique pour faire pédant. HAHA ! Je préfère construire des œuvres miniatures et denses où les dessins sont autant ciselés que les histoires et les dialogues. C'est un choix personnel. Il y a des auteurs très habiles pour improviser des milliers de dessins et raconter des histoires fleuves. Même si je suis volubile, je ne sais pas faire. Du moins, pour l'instant. Et il y a énormément de travail sur chacune de mes pages. Comme s'il y avait plusieurs pages en une seule. Même si toutes mes planches respectent une grille de construction, chacune trouve son identité propre. 

Avant d'arriver à la version finale du scénario, il y en a eu une douzaine d'autres. Et avant d'arriver au découpage final, plusieurs versions aussi. Mon premier synopsis est toujours confus. Un magma duquel je pourrais tirer plusieurs récits différents. Il faut faire des choix et mon éditrice m'aide à trier. Suivant ses réactions, je retire plein d'éléments jusqu'à conserver deux lignes fortes qui vont pouvoir se tresser pour aboutir à un nœud. Sur ces deux lignes, chaque personnage aura sa piste. S'il y a trop de personnages, c'est la cacophonie. Il faut donc bien sélectionner chacun des rôles. Alors, effectivement, beaucoup de pistes et de séquences sont mises de côté. Certaines seront réutilisées plus tard, pour d'autres récits.

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Par exemple : une séquence de début qui présentait la traversée en voiture des Highlands a été supprimée parce qu'elle déséquilibrait la composition générale de l'album. Cette séquence était pleine de gags mais dispensable. Ce qui est inutile pour faire avancer le récit n'a pas sa place.

Parmi les autres pistes non retenues, dans les premières versions, Monsieur Bromure (piste A) et Benchley (piste B) étaient du voyage. Piste A : Il y avait des conflits entre Monsieur Bromure et son beau-frère. Ils avaient deux visions du monde incompatibles et cela contrariait Astrid. Piste B : Benchley partageait des tâches avec Madame Dottie et tous deux servaient de nouveaux cobayes à l'oncle inventeur. Ces pistes qui en engendraient d'autres créaient trop d'interférences avec les pistes indispensables. Monsieur Bromure et Benchley sont donc restés à la maison… ce qui a été l'occasion de créer une conclusion inattendue et comique.

Pour les lieux, j'avais imaginé plusieurs séquences dans l'auberge du village. Dans une première version, Monsieur Bromure y venait chaque matin pour y lire sa gazette et écouter ce qui se racontait. Il se liait avec les anciens domestiques de son beau-frère et plusieurs villageois. J'avais aussi imaginé des promenades et un pique-nique pour permettre à mes personnages et mes lecteurs de faire un peu de tourisme. Toute cette matière première a été mise de côté.

Pour les personnages. J'avais imaginé des villageois et une autre chienne pour Hazel. Pour les villageois, ils n'étaient pas nécessaires et auraient altéré les rôles des 3 braconniers et des domestiques de l'Oncle. Pour ce qui est de la chienne Zelda, j'avais d'abord pensé à un West Highland White. Nous aurions eu Fitz et Zelda comme les deux chiens de la célèbre marque de whisky. Clin d'œil visuel amusant mais qui ne collait pas au récit. Il me fallait un chien énorme adapté au climat. J'ai donc pensé à un Bobtail comme celui de Paul McCartney (Martha My Dear). Une grosse peluche, un monstre gentil. 

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KLI : Quelles étaient vos envies de dessin pour cet album situé en Ecosse ? Est-ce que vous avez réussi à convoquer tout ce que vous souhaitiez ? Il me semble que vous arrivez à ne pas sombrer dans les clichés.

FP : J'ai commencé par l'inventaire des clichés sur l'Écosse : son environnement, son climat et sa culture. J'ai regardé des milliers d'images, lu et écouté des tas d'anecdotes. C'est toujours intéressant d'utiliser des clichés parce qu'ils parlent immédiatement au lecteur. Vous partez du convenu : un cliché. Vous l'étudiez, le décortiquez, vous découvrez comment il a été construit et cela vous donne des indices pour le détourner et en faire quelque chose d'inédit. Dans ce premier voyage en Écosse, je n'ai pas pu tout mettre mais j'ai installé les éléments principaux pour que dans de futurs récits, ils puissent être développés. Astrid reviendra rendre visite à son oncle.

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KLI : Vos 3 braconniers écossais n'ont cessé de me faire penser aux 3 vieux corses d'Astérix mais aussi au vieux marin de L'ile Noire. Est-ce que je fais fausse route ou il y a bien clin d'oeil à ces oeuvres de la bande dessinée franco-belge ?

FP : Vous ne faites pas fausse route. Il y a bien un hommage aux 4 (et non 3) vieux corses d'Astérix qui sont des troisièmes rôles très drôles comme Goscinny savait si bien les camper et un hommage au vieux marin de L'Île Noire. Lorsque j'étais enfant, ce personnage d'écossais raconteur d'histoires m'intriguait. Quelles étaient ses intentions vis-à-vis de Tintin ? Était-il juste un peu trop imbibé d'alcool et un peu mythomane mais bienveillant avec Tintin ou allait-on le retrouver à la fin avec la bande de faux-monnayeurs ? Finalement, il apparaissait en avant-dernière page pour raconter SA version des faits plus qu'approximative et à son avantage. Que ce soit chez Hergé ou Goscinny, ces personnages qui commentent et qui brodent des récits à l'intérieur même du récit ajoutent de la profondeur. Ils sont un jeu sur le langage, une mise en abyme (l'auteur du récit fait naître des personnages qui deviennent eux aussi auteurs d'autres récits) et l'idée que tous les personnages d'un récit peuvent transporter des histoires parallèles et indépendantes de celle du personnage principal. Ce ne sont pas seulement des figurants. Il y a quelque chose d'humaniste dans cette manière de créer des personnages secondaires, tertiaires et accidentels.

Il y a bien une association de ces deux sources mais pas seulement. Ça va encore plus loin. Ma Ligne Claire est toujours baroque, polyphonique et pleine de trappes. Les braconniers sont des triplés avec des kilts différents. Donc de 3 clans différents. Vous savez que chaque clan possède son tartan tous répertoriés. Un tartan est un blason, pas seulement une jolie étoffe. Mes braconniers sont des sortes de Dupond et Dupont qui doivent avoir une histoire familiale pleine de secrets. Il est beaucoup question de secrets familiaux dans cet tome 4. Leurs kilts sont rouge, vert ou bleu. Les couleurs de la synthèse additive, celles de nos écrans, celles de la télévision : RVB.

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Un clin d'oeil à une autre de mes activités : le dessin animé et à une autre de mes créations, la plus populaire : Famille Pirate. La famille Mac Bernik est aussi d'origine écossaise. Dans le tome 2 paru chez Dargaud, on découvre Duff Mac Bernik, le beau-père de Victor. À l'origine, Duff devait être son père mais le producteur nous a menacés de poursuites judiciaires. Le beau-père est devenu le père et le scénario (qui parlait de la place du père) a marché sur une jambe de bois. Qui est le vrai père de la série Famille Pirate ? Très sincèrement, je l'ignore. L'origine de la création de cet univers est tellement nébuleuse que je suis incapable de vous dire qui est vraiment le père de quoi. J'ai l'impression d'avoir travaillé avec des braconniers. Je sais seulement que je suis le créateur graphique de cette série. C'est mon vocabulaire graphique et je suis libre de pouvoir le réinventer à l'infini. Ces 3 braconniers ressemblent au beau-père de Victor et à Victor. Pour les dessiner, je suis parti de la forme du visage de Victor : un 6 sur le dos. Ce pied de nez était une manière de revendiquer ma liberté de création.

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KLI : Plus globalement, quels étaient les films, récits, photographies, tableaux... qui hantaient votre esprit en créant votre Ecosse ? En visualisant votre manoir, je n'ai cessé de penser à celui du Rebecca de Hitchcock ou bien à celui du Procès Paradine du même Hitchcock.

FP : Madame Bromure se prénomme Pandora et son nom de jeune fille est Mac Muffin. Pendant toute l'histoire, elle cherche une boîte à souvenirs, une boîte de Pandore qui finit par s'ouvrir pour dévoiler ses secrets. Cette boîte est un MacGuffin. Expression associée à Alfred Hitchcock. Il n'y a pas de hasard. J'ai bien eu en tête l'univers du maître du Thriller et les films que vous citez. Mais j'ai aussi pensé à tout d'autres manoirs et maisons de maîtres ou un aristocrate vit au milieu du bazar. On trouve cela dans Lolita de Stanley Kubrick et The Servant de Joseph Losey. Cette idée de la décadence : les valets sont partis et le dandy est incapable de garder les lieux en ordre et son esprit est occupé ailleurs.
Je suis parti d'un château qui existe vraiment : Glengorm Castle. Mais il est situé sur The Isle of Mull au sud ouest du Loch Ness. Comme Hergé avec Moulinsart, j'ai réinventé un lieu.
Mon Écosse est imaginaire, un collage, une reconstruction. J'ai rassemblé des milliers d'images (films, photos, peintures) pour ne conserver que quelques éléments. Par exemple, quelle gamme colorée ? Verts, orangés, grisés, bleus foncés.

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KLI : Finalement, avec Astrid, on est toujours confronté au combat entre l'ordre et le désordre. C'est particulièrement marqué ici. Est-ce qu'il y aurait un message philipsophique derrière tout cela ? Que souhaitez-vous transmettre à vos jeunes lecteurs ? Un appel à une forme de saine désobeissance dans un monde où tout pousse à l'encadrement des comportements ?

FP : Dans La Naissance de la Tragédie, Nietzsche explique que deux grandes oppositions gouvernent l'Art : le dionysiaque et l'apollinien. D'un côté Dionysos (le chaos, le contraste, l'idée) et de l'autre Apollon (l'ordre, l'harmonie, la forme). Les deux forces réunies constituent l'œuvre. Mais le fond doit toujours précéder la forme. Je simplifie énormément, de quoi faire bondir les philosophes professionnels !

On retrouve un peu cela chez Henri Bergson dans L'évolution créatrice et La pensée et le mouvant. Cette idée qu'il y a d'un côté le vivant et de l'autre l'inerte. Ce que je pense, c'est que le vivant serait du côté de Dionysos et l'inerte du côté d'Apollon. Le langage, c'est de l'inerte. En décodant, on recrée une idée du vivant. Il y a sans cesse un balancement entre l'un et l'autre. Lorsqu'Apollon triomphe, la forme est dominante et ne laisse plus la place aux idées neuves, la désobéissance devient un devoir et Dionysos doit tout envahir. On entreprend, on en tire des conséquences et ses conséquences autorisent ou interdisent de continuer d'entreprendre. L'action doit précéder les règles. Ce qui est valable en Art l'est pour tout. S'il y a un message philosophique il est à chercher dans cette direction.

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L'oncle d'Astrid (Hazel) est subversif : "Seuls ceux qui ne commettent pas de maladresses n'inventent rien". Hazel invente sans cesse et invite sa nièce à en faire de même. Il lui donne le droit au gaspillage puisqu'il faut bien faire des essais avant de trouver une solution. Et souvent, la solution se découvre par hasard. Hazel invente une machine mais ce qu'elle produit est imprévu. Il échoue avec talent. C'est ce qui en fait un inventeur original.
Ses créations engendrent des pollutions. Pollutions confinées dans le manoir des MacMuffin. Mesdames Bromure et Dottie veulent remettre de l'ordre dans ce capharnaüm, tout nettoyer. Mais en agissant de la sorte, elles se contentent de déplacer des déchets pour aller polluer ailleurs. Elles ne déplacent pas un problème, elles en créent des supplémentaires. C'est encore pire parce que c'est se voiler la face. La difficulté n'est donc pas de faire disparaître ce qui a été engendré mais de trouver un sens, un équilibre et des limites à tout cela. Contrairement à la machine de Hazel qui fait rajeunir, ce que les humains créent ne permet pas de revenir en arrière. Alors peut-être que pour éviter la pollution, il faut commencer par établir des règles. Mais ses règles ne peuvent s'établir sans expériences préalables. Il y a un paradoxe difficile à résoudre et les solutions faciles de certains politiciens sont bien évidemment des impasses, de la pure démagogie. La fiction a le pouvoir d'aborder simplement et modestement des concepts philosophiques complexes. Il me semble intéressant de construire un récit pour inviter de jeunes lecteurs à se poser ces questions. Je n'ai pas de réponses et je n'impose pas de réponse aux enfants. Je les invite seulement à se poser des questions et à essayer de sans cesse redéfinir leurs questions. C'est important de bien poser les questions. Encore une fois, il est question d'opposition entre Dionysos et Apollon.
Hazel et Astrid sont Dionysiaques. Mesdames Bromure et Dottie sont apolliniennes et Mademoiselle Poppsyscoop ? Elle est raisonnable. C'est la Justice : l'équilibre entre le Droit et le Devoir, entre le chaos et l'ordre. Mais elle est souvent débordée par la vivacité d'Astrid.

Évidemment que ces questionnements intellectuels échappent aux enfants. Mais je m'adresse à des enfants qui veulent grandir. Du haut de leurs 8-10 ans, le personnage auquel ils s'identifient dans les albums d'Astrid Bromure est bien évidemment le personnage principal. Mais s'ils relisent ses aventures dans 15 ou 20 ans, ils se rendront comptes que tous les adules qui gravitent autour d'Astrid sont là pour l'éduquer, l'instruire, lui transmettre des valeurs et chacun à sa manière.

Descendant d'une famille de Résistants, je ne peux qu'approuver votre idée de "saine désobéissance". C'est-à-dire une désobéissance éclairée et créatrice. Le contraire de la barbarie. Cette barbarie croissante qui fait réagir de manière toujours plus sécuritaire. Accepter docilement l'encadrement des comportements, c'est faire le jeu de la barbarie. La barbarie n'est pas dionysiaque puisqu'elles est aveugle et destructrice. Elle n'est pas apollinienne non plus puisqu'elle ne laisse aucune chance à l'harmonie. Elle est écervelée parce que terroriste et la sœur complice du tout sécuritaire.

KLI : Déjà des envies pour le prochain volume ?

FP : Je travaille le découpage du tome 5 qui s'intitulera Comment refroidir le Yéti

Pour en savoir plus :

- le site de Fabrice Parme

- le site de Rue de Sèvres

Illustrations copyright F. Parme & Rue de Sèvres / Astrid Bromure - F. Parme & Dargaud / La Famille Pirate

24/03/2018

CHRIS WARE A LA GALERIE MARTEL

Après le néerlandais Joost Swarte, la galerie Martel accueille une autre pointure de l'Internationale Ligne Claire avec une exposition consacrée à l'américain Chris Ware.

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Elle sera visible du 29 mars au 19 mai 2018. Un vernissage en présence de l'artiste est organisé le 28 mars à partir de 18h30. Une dédicace se déroulera le jeudi 29 mars à partir de 16h.

Nous ne saurions que trop vous recommander d'y faire un saut !

En attendant, nous vous renvoyons à l'excellent communiqué de presse signé François Landon. A lire ici : www.galeriemartel.com .


Illustrations copyright Chris Ware

03/03/2018

HERGE

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Reprise d'un dessin de J-M Tixier

pour M., supplément week-end du Monde

En ce 3 mars 2018, trente-cinquième anniversaire de sa disparition, nous avons une pensée pour Hergé, le maître absolu de la ligne claire.

On relèvera que les analyses autour de Tintin et de son créateur ne font pas de pause en ce début d'année avec notamment la parution de :

- Tintin, le Diable et le Bon Dieu, un ouvrage signé Bob Garcia entièrement consacré à la dimension religieuse de l'œuvre d'Hergé (plus d'infos sur le site de l'éditeur Desclée de Brouwer).

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Une belle couverture de Stanislas

- Architecture, habitations et monuments dans l'œuvre d'Hergé, un nouveau décryptage en images signé Patrick Mérand (plus d'informations sur le site des éditions Sépia).

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En attendant les contributions que ne manqueront pas de nous proposer d'autres tintinophiles dans les prochains mois avec assurément de nouveaux éclairages et angles d'analyse !

11/02/2018

LES AVENTURES D'EXEM A CAROUGE

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A l'occasion de la parution de La valse des géants, huitième et dernier volet de la rétrospective des Aventures d'Exem au pays des affiches, le Musée de Carouge (canton de Genève) consacre, jusqu'au 25 mars 2018, une vaste rétrospective aux 40 ans de création du plus ligne claire des dessinateurs suisses.

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Dans le même temps, Exem est l'un des sept auteurs genevois qui ont entièrement habillé les chambres et le lobby d’un nouvel hôtel de Carouge. S'il vous vient l'envie de dormir dans une chambre ligne claire évoquant Little Nemo... Ouverture de l'établissement prévue ce 14 février !

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Fresque par Exem

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Chambre par Exem

Plus d'infos :

- Le site du Musée de Carouge

- Un reportage TV sur l'exposition

- Le site de la Galerie Séries Rares

- Un reportage TV sur l'hôtel de Carouge

PS : Pour les collectionneurs, la Galerie Séries Rares propose un coffret à tirage limité permettant de rassembler les huit volumes du catalogue raisonné des affiches d'Exem.

Copyrights : Exem, Séries Rares & Musée de Carouge pour l'exposition et J. Lacave & Ibis pour les photos de l'Hôtel

15/01/2018

PEYRAUD, LAPONE, MONDRIAN, UNE FLEUR ET UN ATELIER

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Fruit de la première collaboration de deux auteurs que nous apprécions particulièrement, le français Jean-Philippe Peyraud et l'italien Antonio Lapone, La Fleur dans l'Atelier de Mondrian, grand et bel album publié chez Glénat-Treize Etrange, en fin d'année dernière, méritait bien évidemment quelques petites investigations "klare lijniènes".

Antonio Lapone étant fort occupé par une intense activité de promotion de cette bande dessinée, c'est Jean-Philippe Peyraud qui nous a fait le plaisir d'éclairer notre lanterne sur divers points d'interrogation. Qu'il en soit grandement remercié !

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Illustration de pages de garde

(pas représentative du style de l'album)

Klare Lijn International : Jean-Philippe, pourquoi avoir songé à Antonio Lapone pour le dessin de cette bande dessinée ?

Jean-Philippe Peyraud : En fait, Klare Lijn est un peu à la base de cette collaboration. Dans une interview que vous aviez consacré à Antonio, celui-ci a émis l’envie de travailler avec moi. Nous nous connaissions alors très peu. Étant fan de son travail, Je lui ai immédiatement répondu «chiche». Ne restait plus qu’à trouver un sujet. C’est alors que Frédéric Mangé de chez Treize étrange/Glénat m’a parlé de la collection Grands peintres, dont l’idée était de jouer avec la biographie de maitres de la peinture. Mondrian est apparu comme le trait d’union entre Antonio et moi. J’ai donc écrit cette histoire spécialement pour lui.
L’occasion était trop belle de l’entraîner hors de ses marques. Si Mondrian est à la base de tout ce qui fera le design des années 50 si chères à Antonio, il s’agissait ici de mettre en scène les années 20. 
Il accepté le défi. Et l’a magistralement relevé.

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Le scénario de J-P. Peyraud

KLI : Pourquoi ne pas l'avoir dessinée vous-même ?

JPP : N’ayant aucun goût pour le dessin des choses du passé, j’avoue humblement que j’en aurais été incapable.

KLI : Est-ce qu'il vous est arrivé de ne pas être d'accord sur la mise en place d'une séquence ou bien sur la représentation à privilégier pour telle ou telle case ?

JPP : Ce que j’attends d’une collaboration, c’est d’être étonné par les propositions du dessinateur. Et la première surprise fut qu’ Antonio me propose de travailler avec lui sur le story-board. Les pages visibles dans le cahier qui clôt l’album sont des recherches communes. Nous avons organisé, en tout et pour tout, deux réunions de travail. Cela a donné lieu à de riches moments de création. En sont sortis, par exemple, l’idée d’affirmer les séquences par des cases titres, comme des lettrines…  

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Planche


S’y sont aussi réglés des problèmes de mises en scène. Notamment les scènes de danse. Comment ne pas rabâcher alors que ces séquences reviennent tout au long du livre? On cherche d’abord tout un tas de moyens pour tricher, pour en montrer le moins… Et puis Antonio s’y colle et ça donne cette magnifique case de dancing. Je suis particulièrement fier de cette double page, où la case du dancing fait écho à la vision de Mondrian face à l’échafaudage.

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Planche

Cet écho n’était pas dans le scénario. Les deux cases existaient mais elles n’avaient pas cette fausse symétrie qui résume «notre» Mondrian. C’est Antonio qui l’a dévoilé en explosant la mise en scène.
Il y a eu aussi ce début de séquence que j’imaginais par la toilette intime d’une prostituée. Il faut tout le talent d’Antonio pour que cela ne sombre pas dans la vulgarité. Mais il a fallu que je l’ébauche pour qu’il se l’approprie.

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Extraits du Story-Board et des crayonnés


Une fois les planches terminées, je ne lui ai proposé que deux corrections de cases. Qu’il a accepté sans rechigner. Primo parce que je suis plus fort que lui à la lutte gréco-romaine. Secondo, et plus sérieusement, car cela fluidifiait la lecture.

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Projet de couverture

KLI : Vous avez précisé que Mondrian était au départ destiné à la collection grands peintres de Glénat. Comment avez-vous réussi à l''extraire de la maquette-type de cette collection et à l'intégrer chez Treize Etrange-Glénat avec la volonté de proposer un grand et beau livre ?

JPP : Nous avons plutôt profiter de cette collection pour proposer notre projet de collaboration. Je pense qu’il aurait vu le jour autrement mais le fait que cette collection existe, à ce moment là, a accéléré les choses.
Au final, la collection n’a pas fonctionné et nous avons pu nous extraire de son carcan. Frédéric Mangé a tout de suite proposé de l’intégrer au grand format Treize étrange, comme le Adam Clark. Antonio a travaillé ses planches au format raisin, elles s’intègrent donc tout a fait dans ce genre de format. 

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Le verso de l'album

avec la photo de la Fleur en plastique

au centre du récit

(photo André Kertész - Chez Mondrian - Paris 1926)

KLI : Pourquoi avoir choisi ce peintre en particulier ? Une volonté de coller à l'actualité 2017 avec la célébration des 100 ans de la création du mouvement international d'art De Stijl dont Piet Mondrian est un des membres les plus connus ? Ou bien une passion de toujours pour son œuvre ?

JPP : Mondrian m’accompagne depuis les cours d’histoires de l’art au Lycée. Il y a d’abord une attirance pour l’art abstrait qui m’était complètement étranger à l’époque. Un attrait qui peut paraître «contre nature» pour quelqu’un qui s’engage dans la voie du dessin narratif.
J’avais besoin de comprendre comment et pourquoi des artistes s’étaient engagés dans la voie de l’abstraction. Et particulièrement l’abstraction géométrique qui me semble plus «contrainte» que l’abstraction lyrique.
C’était également une époque, les années 80, qui redécouvrait le suprématisme, De Stijl, particulièrement car très présent sur les pochettes de disques des groupes que j’écoutais. Mondrian me semble être le premier artiste total. Son art et sa philosophie de vie se confondent. Cela en fait un personnage romanesque aux antipodes d’un Picasso. Mais justement plus ouvert à la fiction.
D’un point de vue professionnel, observer la façon dont il arrive à l’abstraction à partir d’un dessin d’observation (arbre, moulin…) a fortement imprégné ma façon de styliser.

Nous n’avions pas calculé l’anniversaire de De Stijl. C’est de toute façon un mouvement peu connu en France. Je n’ai pas entendu parler d’une quelconque célébration ici. On a échappé au sticker sur la couverture ! Par contre, l’éditeur s’est félicité que nous choisissions le rare peintre moderne a être tombé dans le domaine public au moment de la signature du contrat. 

Enfin, pour l’anecdote, les lecteurs les plus assidus auront remarqué que j’avais déjà évoqué la fleur dans l’atelier de Mondrian dans une nouvelle du recueil D’autres Larmes.

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Couverture du 1er numéro de la revue De Stijl

Vilmos Huszár - 1917

KLI : Quelles ont été vos principales sources documentaires ? On pense en premier lieu au documentaire fiction d'Arte sur l'atelier de Mondrian réalisé par Francois Levy-Kuentz ? Avez-vous pris des libertés en imaginant certaines séquences ou bien avez-vous été fidèle à la biographie de Mondrian ?

JPP : Ma principale source documentaire est la biographie de Michel Seuphor (Librairie Séguier) que je traîne depuis 1987, année de sa réédition corrigée et augmentée. S’y est ajouté le catalogue de l’exposition Mondrian au centre Georges Pompidou en 2010. Y avait été recréé l’atelier qu’on voit dans le documentaire d’Arte.
J’ai évidement pris beaucoup de liberté avec la vie de Mondrian puisque je lui invente une histoire d’amour. Alors même qu’il a été célibataire toute sa vie et qu’on ne lui connaît pas de muses. Mais je base cette romance sur des mystères, sur des blancs dans sa biographie. Et je les justifie par des faits réels. La destruction des toiles au pistolet est vraie; à une époque où des fiançailles furent rompues. Je m’engouffre alors dans la brèche… Je sais qu’il tirait sur des portraits qui ne lui plaisait plus avec un ami, cadet de l’école militaire. J’installe la scène sur une plage hollandaise pour plus de romantisme et parce que les dunes ont été dessinées par Mondrian.

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Planche

Après, il n’était pas question de faire un album didactique. Ainsi, on fait apparaître Fernand Léger ou Kipling sans vraiment les mentionner et sans renvoi en bas de page (ndlr : voir ci-dessous). C’est au lecteur, s’il veut s’y intéresser plus avant, de démêler le vrai du faux.
Visuellement, la reconstitution historique n’était pas non plus notre priorité. Antonio s’est évidemment documenté mais l’idée générale était plutôt de coller à l’ambiance du récit. Je me suis perdu des jours entiers pour trouver à quoi ressemblaient les échafaudages dans les années 20. Et regardez ce qu’en a fait Antonio!

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Planche

KLI : Avec un sujet comme Mondrian, on aurait pu penser que le dessin d'Antonio tendrait vers plus de ligne claire. Tel n'est pas le cas. Au contraire, on le sent plus spontané avec une volonté de sedétacher de ce style graphique. La mise en couleurs participe également de ce décalage avec l'approche picturale de Mondrian. Pourriez-vous nous éclairer sur ces différents points ? Jean-Philippe, avez-vous orienté Antonio graphiquement ?

JPP : Votre remarque est intéressante. Avec Mondrian, nous sommes, en quelque sort, dans la pré-ligne claire. Et quand Antonio me propose un dessin au crayon mis en couleurs à l’aquarelle, il est pile dans le sujet et l’ambiance du récit ! Le monde autour de Mondrian n’est pas prêt à recevoir la radicalité qu’il propose. Et lorsque Francine découvre l’atelier immaculé et ses aplats francs, c’est un choc. Pour elle mais j’espère aussi pour le lecteur. Antonio Lapone ne pouvait pas dessiner cet album avec la ligne claire qu’il développe ailleurs. 

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Planche

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Story-Board de J-P. Peyraud

KLI : Je ne vous cacherai pas une certaine déception par rapport à ce choix de colorisation. Je trouve que l'aquarelle affaiblit le trait d'Antonio. Finalement, j'aurais préféré une version noir et blanc uniquement réhaussée des couleurs primaires des tableaux de Mondrian ou bien dans l'esprit du dessin des pages de garde (voir plus haut). Que vous inspire cette réflexion qui relève certainement d'un a-priori incorrigible d'un inconditionnel des couleurs en aplats ? Est-ce que différents types de mise en couleurs ont été testées ?

JPP : Je ne dirais pas que cette mise en couleurs «affaiblisse» le trait d’Antonio. Peut-être le «trouble» t-il, ce qui perturbe l’amateur de ligne claire que vous êtes. 
Et encore, le trait, même au crayon, est suffisamment fort stylistiquement pour supporter ce traitement.  
Le contraste avec l’atelier ou les toiles n’auraient pas été possible (ou moins évident) avec des aplats. D’autant plus en noir et blanc (l’atelier et le toiles en étant largement composés).
L’utilisation de l’aquarelle a été immédiatement une évidence pour Antonio. Une évidence que j’ai faite mienne en recevant les premières planches.
Elle me semble mieux coller à l’évocation, à l’ambiance. Et au propos. Le trouble des sentiments répondant au «trouble» de l’aquarelle.
Et donc, de la même façon qu’il ne pouvait pas dessiner cette histoire avec son trait habituel, il ne pouvait pas la mettre en couleurs comme il le fait habituellement.
Et puis, je ne peux que me réjouir qu’un auteur sorte de sa zone de confort. Il était clair pour nous deux que je ne lui écrirait pas un récit «à la Peyraud» (pour faire court: un récit contemporain intimiste) et qu’il ne ferait pas du Lapone (pour faire court: un dessin stylisé fifties). 

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What's New Pussycat ?

Couverture

KLI : Il est étonnant d'observer que les deux dernières bandes dessinées d'Antonio, votre Mondrian et son What's New Pussycat ? (deuxième volume de la série Greenwich Village avec Gihef chez Kennes éditeur) mettent en scène des artistes plutôt solitaires qui se retrouvent finalement sous la pression d'une femme de caractère tombée sous leur charme. Etonnante similitude ? On notera par ailleurs que les motifs "mondrianesques" se retrouvent dans What's New Pussycat ?. Jean-Philippe, quel est votre regard de lecteur sur cette autre nouveauté d'Antonio ?

JPP : Love is in the Air, le premier volume de Greenwich Village est sorti au moment de l’écriture du Mondrian. Par peur d’être influencé, je n’en ai pas eu une lecture très attentive, je dois le confesser. D’autant qu’il s’agissait également d’une histoire d’amour avec des artistes ! Je vais pouvoir me rattraper avec la sortie du tome deux. 
Je suis toujours estomaqué par le trait, la mise en scène et les compositions d’Antonio. Avec ce récit il creuse son sillon de dessinateur ligne claire tout en s’éloignant de ses modèles. Il me semble aussi y voir une tendance à s’éloigner des récits de genre, très référencé de ses débuts. Antonio cherche peut-être des histoires qui lui ressemble plus. 
Il va être temps pour lui d’écrire ses propres histoires.

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What's New Pussycat ?

Planche introductive

KLI : Est-ce que vous pensez collaborer encore l'un et l'autre dans un proche avenir ?

JPP : J’espère bien que nos chemins se recroiseront ! Outre le fait que j’ai énormément appris en travaillant avec Antonio, j’y ai aussi gagné un ami. 

KLI : Et quels sont projets pour cette nouvelle année ?

JPP : Pour l’heure, je viens de commencer Seconde partie de carrière scénarisé par Philippe Périé, une comédie sur la délinquance sénile à paraître chez Futuropolis en 2019. D’ici là,sortiront en 2018, le tome deux de Mon iPote & Moi (Tourbillon) et un album muet pour les primo-lecteurs Les pieds qui poussent (la gouttière), tous deux écrits par Catherine Romat. Et d’autres projets de collaboration… mais c’est une autre histoire.

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Lapone & Peyraud - Bruxelles 2017

Une revisitation de la célèbre photo de Floc'h & Rivière

par Jean Larivière ?

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Illustrations copyright Lapone, Peyraud & Treize Etrange-Glénat pour Mondrian - Lapone, Gihef & Kennes pour What's new Pussycat