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11/04/2015

FRANCHE DISCUSSION AVEC LOUIS ALLOING

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Nucléon 58

Couverture

Depuis quelques années et tout particulièrement depuis le succès commercial de la reprise de Blake et Mortimer, on observe une tendance à la multiplication de récits typés années 50-60, mettant en scène, dans une ligne claire plus ou moins aboutie, de belles voitures, des personnages rétros avec des méchants très marqués et des héros très gentils, sur fond de guerre froide, menace nucléaire,....
 
Nous ne sommes pas souvent fait l'écho de ces bandes dessinées, ne les jugeant pas totalement indispensables. Nous interrogeant sur ce désintérêt, il nous a semblé finalement important d'aller au contact des auteurs concernés pour recueillir leur vision de la ligne claire et des explications sur leur approche de ce style graphique.
 
En effet, observant le détournement souvent élitiste de la ligne claire, on peut se dire que leurs travaux remettent la bande dessinée dans son créneau historique, à savoir un medium avant tout destiné à un jeune public et à un lectorat populaire, servant en ce sens une approche sans prétention intellectuelle qui cherche à proposer un bon moment de lecture.
 
Avec leur nouvel album, Nucléon 58 (Delcourt), première aventure du personnage Robert Sax, le dessinateur Louis Alloing et le scénariste Rodolphe nous semblent s'inscrire dans ce courant de la bande dessinée ligne claire à tendance nostalgique et ancré dans les fifties.

En effet, ils y mettent en scène un héros garagiste embarqué dans une histoire d'espionnage autour d'un véhicule révolutionnaire et nous entrainent dans le Bruxelles de 1958, en pleine exposition universelle, au cœur de la guerre froide, avec ce qu'il faut de vues de la capitale belge, de voiture d'époques, de méchants en imper, de blonde mystérieuse...

Louis Alloing a aimablement accepté de répondre à nos questions sur cette bande dessinée et ses autres créations (Dans la Secte, la série Marion Duval, La Marque Jacobs...). Qu'il en soit remercié.

Nous avons bien conscience que certaines de nos questions sont déstabilisantes voire critiques ou déplaisantes. Mais c'est notre manière de faire. Nous ne sommes pas là pour relayer des communiqués de presse édulcorés ou cirer les pompes ! Nos interrogations ont suscité un certain nombre de réponses cinglantes nous renvoyant à nos chères études ! Et c'est tant mieux. Le but recherché était celui-là.

Notre échange est proposé ici sans aucune censure.

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Nucléon 58

Planche

Klare Lijn International : Vos deux dernières bandes dessinées chez Delcourt, La Marque Jacobs et Nucléon 58, s'inscrivent dans une approche "rétro" de la ligne claire. Pourquoi ce choix ? L'envie de vous inscrire dans le sillage ouvert par les reprises de Blake et Mortimer ? Par goût personnel pour la ligne claire, l'esthétique des trente glorieuses, une certaine forme de belgitude ? Se livrer à une recréation comme dans les films OSS 117 de Michel Hazanavicius ?
 
Louis Alloing : Je ne sais pas trop ce que vous appelez une approche "rétro" de la ligne claire. Je ne me positionne pas, dans mes goûts, en tant que dessinateur d'une ligne claire, pas très claire ou je ne sais quoi. Pour moi la BD ça restera toujours dans l'immense majorité des cas un dessin avec un contour dans lequel on choisit de mettre plus ou moins de valeurs. Et mes planches en noir et blanc se rapprocheraient plus de Tardi que de Jacobs. Puisque vous parlez de Jacobs, il faut aussi savoir de quoi on parle. Les Jacobs de L'Affaire du Collier ou de SOS Météores sont finalement très différents de ceux comme L'Enigme de l'Atlantide ou Le Mystère de la Grande Pyramide qui étaient pour le coup très "ligne claire".

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Marion Duval

Planche

KLI : On ne peut pas dire que vos bandes dessinées rentrent dans le créneau de la BD d'auteur. Elles sont de facture très classique avec des schémas narratifs déjà éprouvés. Est-ce que c'est par goût personnel, en lien avec vos travaux pour la jeunesse et notamment les aventures de Marion Duval ? A un moment pourtant, avec Dans la Secte, vous sembliez aller vers le roman graphique avec un trait moins réaliste et un propos plus adulte. Pourquoi ne pas avoir creusé dans ce registre ?

 
LA : Savoir si je suis un auteur, un artiste ou un artisan ne m'intéresse pas beaucoup. Je n'ai sincèrement aucune ambition dans ce domaine. L'important pour moi est de servir un récit en me faisant plaisir. Le reste est à l'appréciation du public. D'ailleurs puisque vous citez Dans la Secte, le dessin pratiqué dans cet ouvrage est en rapport avec le type de récit. Je me voyais mal faire un dessin réaliste pour ce sujet qui traite de l'embrigadement par les scientologues qui aurait alourdi le propos. Pourquoi ne pas avoir creusé dans ce registre ? Mais je creuse encore régulièrement dans ce registre. Mais pas forcément pour de la BD. Regardez mon site d'illustrateur louis-alloing.fr et vous comprendrez.

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Dans la secte

Planche

KLI : N'avez-vous pas le sentiment que les auteurs de bande dessinée jeunesse manquent globalement de la reconnaissance qu'ils méritent car ce sont des passeurs qui maintiennent l'intérêt du jeune lecteur pour la bande dessinée et lui permette finalement d'accéder plus tard à des lectures bd plus adultes ? Finalement, il aura fallu votre bande dessinée sur Jacobs pour que vous bénéficiez d'une médiatisation et d'une reconnaissance. Cela a été le même cas pour Olivier Schwartz qui après un épatant travail sur l'Inspecteur Bayard a vu son talent enfin reconnu avec ses albums Dupuis (ses Spirou et Gringos Locos avec Yann).

LA : Cela dépend de quels auteurs. Je ne crois pas que Zep, pour ne citer que le plus connu, manque de reconnaissance. Je dédicaçais au salon du livre à coté d'un auteur de BD pour la jeunesse qui faisait dans le manga héroïc fantasy pour les 6/ 12 ans et qui a des chiffres de vente impressionnants. Dans la jeunesse comme dans pour la BD "adulte", il y a des réussites contrastées. Même chez Bayard avec Tom Tom et Nana ou Ariol, par exemple, il y a de belles réussites. Olivier et moi, nous n'avons pas percé dans le lectorat jeunesse sans démériter. Mais à quoi tient un succès ? Je ferai remarquer que, sans faire injure au talent d'Olivier, c'est surtout le nom de Spirou qui a attiré le succès, Spirou qui est, au passage, de la bande dessinée jeunesse. Emile Bravo a aussi très bien marché avec son Spirou. Il faut comprendre qu'avec le nombre de publications qui sortent chaque année, l'apparition des mangas et l'avènement du numérique, il est très difficile d'émerger. Je ne jette donc sûrement pas la pierre à ceux qui reprennent une série largement éprouvée pour enfin vivre aisément après des années de revenus plutôt chiches. Sans compter qu'une série comme Spirou est une série mythique pour les gens de ma génération. Personnellement je n'ai pas de préférence pour un genre, adulte ou jeunesse (dont la frontière est finalement assez floue). Si on me propose de reprendre Gil Jourdan ou XIII, je suis partant !

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Marion Duval

Planche

KLI : Pouvez-vous nous parler de votre travail sur Marion Duval chez Bayard et de votre collaboration avec Yvan Pommaux ? La dernière aventure en date, Jaloux pas du tout, actuellement publiée dans Astrapi est marquée par un changement de scénariste. Quelle en est la raison ?

LA : J'ai repris Marion Duval après que Philippe Masson a abandonné la série pour se consacrer à l'illustration de "La cabane magique" - nettement plus lucratif- et à la demande d'Yvan Pommaux. Le début a été difficile car Yvan est quelqu'un de très exigeant mais j'ai pu trouver mon rythme de croisière et j'en suis à mon 8ème épisode. Et dans le cas de Marion Duval, il était difficile d'échapper à un traitement ligne claire déjà en place depuis l'origine. Pour le scénario, Yvan voulait se consacrer au roman jeunesse et a donc laissé sa place à d'autres scénaristes. Il continue de superviser, même de loin, sa progéniture.

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Marion Duval

Crayonné

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Marion Duval

Planche

 
KLI : Pour la petite histoire, dans un entretien publié l'an passé, Yvan Pommaux affirmait : "J'aimerais faire une petite mise au point : j'ai souvent lu, ici ou là, que j'utilisais toujours la "ligne claire". C'est un peu vrai pour quelques albums mais faux pour la plupart et de façon si évidente que je m'interroge sur l'aptitude de beaucoup à simplement regarder une image. Sans parler d'appréciation qualitative". Mais revenons à Nucléon 58, votre dernière bande dessinée. J'imagine que votre travail sur Jacobs a été à la base de cette nouvelle collaboration avec Rodolphe. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre travail en commun ? Est-ce que vous mettez en image un récit entièrement écrit par lui ou bien l'orientez vous vers certaines séquences ou décors que vous souhaiteriez illustrer ?
 
LA : Rodolphe est un ami que je connais et pratique depuis plus de 20 ans. Nous avions déjà réalisé une série, Les Moineaux, aux éditions Bayard, avec 8 albums avant que la série disparaisse. Il était presque naturel que nous nous retrouvions sur son projet de biographie de Jacobs. Rodolphe aime bien fournir un scénario très complet mais est très souple quant à son adaptation par le dessinateur. Il y a plusieurs scènes que j'ai proposées de revisiter en les accommodant à ma sauce. Il existe une grande confiance entre nous.

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Nucléon 58

Planche

 

KLI : Nucléon 58 se déroule dans le Bruxelles de l'Expo 58. J'imagine que vous disposez d'une importante documentation sur cette période. Comment vous efforcez-vous de recréer cette époque ? Même si on observe un vrai travail d'imprégnation, on peut ressentir parfois un certain vide devant vos images, un peu comme si elles étaient trop collées à une photographie, un matériel déjà existant que vous n'auriez pas vraiment digéré. A mes yeux, ce n'est pas simplement en convoquant des voitures d'époque, des publicités de cette période, en les accumulant sur une planche que l'on parvient à recréer fidèlement l'ambiance de ces années. Tillieux était très doué pour recréer des atmosphères sans forcément beaucoup de détails. Je n'ai pas été totalement convaincu par votre représentation de l'Expo 58. J'ai ressenti comme un manque de vie dans la représentation de la foule. Qu'est-ce que cette réflexion vous inspire ?
 
LA : La documentation est évidemment très importante. Maintenant est-ce qu'elle prend le pas sur le ressenti et la "sensibilité" de l'ambiance graphique ? Ce n'est pas mon avis. Je m'efforce toujours de coller à la situation des acteurs. Rien n'est choisi au hasard et je fais toujours attention à ne pas tomber dans un esthétisme de galeriste. Je ne me sens pas l'âme d'un dessinateur de 4CV. Si je n'avais pas "convoqué" des voitures d'époque, des publicités de cette période, j'ai un peu de mal à comprendre comment retranscrire l'environnement visuel du moment. Et Tilleux ne faisait pas autrement à la différence que pour lui, c'était son époque (un peu la mienne tout de même puisque je suis né au milieu des années 50). Il ne vous aura sans doute pas échappé aussi que le graphisme de Tillieux est dans la lignée "gros nez" avant toute autre chose. Ce qui n'est pas mon cas. Donc créer des petites anecdotes dans les décors comme il le faisait n'est pas vraiment pertinent à mon avis pour notre BD. Encore que si vous regardez bien, il s'y passe plus de chose que vous le pensez.
 
KLI : Mais j'ai bien regardé votre album. La planche 12 mettant en scène l'Atomium et l'Expo 58 me donne une impression d'inachevé. J'ai bien conscience du travail que représente le dessin d'une telle bande dessinée mais je me dis qu'il manque quelque chose, une touche particulière, pour que votre représentation ne me donne pas cette perception d'artificialité. Dernièrement, j'ai éprouvé le même sentiment devant les planches des aventures de Margot par Olivier Marin et ses collaborateurs (chez Paquet) ou de Simon Hardy par Franck Leclercq (chez Petit Pierre et Leizael). Peut-être que je suis trop exigeant et que j'ai des problèmes avec un certain type de ligne claire. D'ailleurs, en la matière, quelles sont vos influences principales ? On vous sent plus proche des grands anciens (Hergé, Jacobs, De Moor, Martin...) que des auteurs de "la nouvelle ligne claire" tels que Chaland, Clerc, Ted Benoît (période Ray Banana), Swarte,... Est-ce exact ? Ces derniers bénéficient d'un regard positif voire complaisant de la critique et d'un statut d'artiste exposé en galerie. Qu'est-ce que cela vous inspire ? Vous considérez vous plus comme un artisan du dessin ?
 
LA : Les "grands anciens" faisaient un dessin "réaliste" au service d'une histoire avant de faire de la ligne claire. Si je me reconnais une filiation avec eux, c'est celle-là. J'ajoute que pour moi dans "les grands anciens", on retrouve des gens comme Milton Caniff, Burn Hogarth ou Alex Raymond. Leur traitement du noir et blanc m'inspire davantage que celui des "anciens belges". La notion de ligne claire est née avec la nostalgie des années 50 au début des années 80. Et dire que Ted Benoit fait partie de la "nouvelle ligne claire" est assez  cocasse. Lui dont le dessin se rapproche le plus de celui d'Hergé (trait, plans, physionomie des personnages, etc) de tous les dessinateurs que je connais. Les Swarte, Chaland ou Serge Clerc, dont j'admire le travail, sont surtout des illustrateurs de grand talent mais des auteurs de BD qui n'ont pas vraiment convaincu. Je ne travaille pas pour les galeries d'art (eux non plus d'ailleurs). Si je suis exposé tant mieux si non, ça ne m'empêchera pas de dormir. 

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Nucléon 58

Planche

 
KLI : Quand j'évoquais la "nouvelle ligne claire" et Ted Benoît, je n'envisageais pas uniquement son dessin pour Ray Banana mais aussi le ton et le propos de ses récits qui tranchaient avec le type de récit servi traditionnellement par la ligne claire. C'est cette refondation de la ligne claire - un propos d'inspiration underground traité avec un trait classique - que j'envisageais. Un second degré qui tranche avec le premier degré de votre dernier album ou le premier degré des Blake et Mortimer du même Ted Benoît avec Jean Van Hamme. D'ailleurs, Hergé ne se reconnaissait pas vraiment dans cette nouvelle ligne claire, n'y trouvant pas l'exigence de lisibilité et de fluidité dans la narration qui constituait, à ses yeux, l'une des composantes essentielles de la bande dessinée qu'il pratiquait.

LA : Puisqu'on se dit tout, et après avoir parcouru votre très joli site, je suis assez étonné par votre mise en avant de dessinateurs dont la ligne claire est, à mon sens, souvent très raide, très scolaire, et complaisamment esthétisante quand ce n'est pas une interprétation quasi-décalquée des Chaland, Floc'h ou Serge Clerc qui, rappelons-le, proposaient déjà une interprétation des Franquin, Hergé ou Jacobs. Vos "artistes" en sont à l'interprétation de l'interprétation. Il est où le travail d'auteur chez ces gens-là ?
 
KLI :  Je traite de tous les types de ligne claire. Je vous invite à lire l'entretien que m'a accordé Philippe Wurm qui planche d'ailleurs actuellement sur une vie de Jacobs avec François Rivière. Il est très instructif sur une approche de créateur contemporain soucieux de ne pas singer ce qui s'est fait avant et de ne pas non plus sombrer dans l'esthétique. Mais quelles sont vos œuvres ligne claire de prédilection ? Pourquoi ? 
 
LA : Dans ce qu'on nomme la ligne claire, il y a Jacobs, Hergé, Franquin, Tillieux, Peyo, etc, etc. En gros, mon enfance. Après je suis curieux de tout et ne limite pas mes admirations à ces auteurs.
 
KLI : Est-ce que des bandes dessinées étaient sur votre table pendant la conception de Nucléon 58 ? Si oui, lesquelles ?
 
LA : Ma table est déjà suffisamment encombrée comme ça pour y ajouter des albums de BD. 
 
KLI : Votre héros Robert Sax est appelé à vivre une nouvelle aventure intitulée Paradis Perdu. Que pouvez-vous nous en dire ?
 
LA : Que ce sera plus "polar" que roman d'espionnage. On retrouvera la même petite famille qui entoure Robert Sax et le même environnement bruxellois, le tout emballé dans une ligne claire ou pas très claire selon les avis.
 
KLI : Est-ce que vous vous voyez abandonner la bande dessinée jeunesse et Marion Duval si le succès est au rendez-vous avec vos récits plus adultes ? Un peu comme Olivier Schwartz avec l'Inspecteur Bayard ?

LA : Oui. à partir de 50 000 exemplaires pour Robert Sax, j'abandonne Marion Duval (s'il elle ne m'a pas abandonné avant). Il serait donc assez sympa de ne pas me cataloguer comme auteur  "pas vraiment indispensable". Et référencer mon site sur le votre ne me déplairait pas non plus.

KLI : C'est chose faite !
 
Illustrations copyright Louis Alloing et Delcourt (Nucléon 58), La Boîte à bulles (Dans la Secte) et Bayard (Marion Duval).

10:30 Publié dans Alloing | Lien permanent | Commentaires (1)

10/03/2015

NOUVELLE EXPOSITION LAPONE CHEZ CHAMPAKA

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Moins de deux ans après l'exposition Sentiers Nocturnes, la Galerie Champaka Bruxelles propose, du 12 mars au 11 avril, une nouvelle exposition d'Antonio Lapone.

Intitulée The New Frontier, elle présentera de nouvelles créations graphiques du dessinateur d'Adam Clarks, peintre et illustrateur de plus en plus reconnu et justement apprécié.

Le texte d'annonce de la galerie est plus qu'alléchant :

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Antonio Lapone nous a fait le grand plaisir de nous faire découvrir en avant-première plusieurs des créations originales qui seront exposées à cette occasion.

Avec son aimable autorisation, pour le plaisir de vos pupilles, nous vous les présentons ici. Profitez-en car elles ne seront pas - snif ! - rassemblées dans un catalogue.

Le mieux étant bien évidemment, si vous en avez la possibilité, d'aller admirer ces œuvres atomiques sur les murs de la galerie du Sablon !

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Pour plus d'infos :

- le site de la Galerie Champaka Bruxelles

- le site d'Antonio Lapone

Illustrations copyright Antonio Lapone & Champaka

06/03/2015

TED BENOIT, JOOST SWARTE ET DANIEL TORRES PARLENT DE LA LIGNE CLAIRE

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Copyright FIBD

On peut désormais visionner la conférence internationale que la dernière édition du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême consacrait à la ligne claire.

C'est à voir ici.

Elle rassemblait le français Ted Benoît, le néerlandais Joost Swarte et l'espagnol Daniel Torres, trois grandes figures historiques du renouveau de ce style dans l'Europe de la fin des années 70 et du début des années 80.

En dépit d'un animateur montrant quelques lacunes sur la thématique Klare Lijn, on pourra apprécier les commentaires éclairés de ces grands Maîtres !

21/02/2015

ENTRETIEN AVEC ULF K

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La publication récente de Der anfang nach dem ende - en français, Le début après la fin - le dernier ouvrage de Ulf K nous donne l'occasion de revenir vers ce talentueux dessinateur pour quelques éclairages.
 
Nous vous invitons à vous procurer ce magnifique livre sans paroles autour de la mort qui est tout à la fois drôle et touchant. La version originale allemande chez Edition 52 propose les 48 planches d'Ulf K uniquement en recto dans un format à l'italienne fort original. Elle est accompagnée d'un tiré-à-part signé par l'auteur reprenant le dessin de couverture. Superbe !

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Klare Lijn International : Votre nouveau livre est la reprise d'un récit que vous avez publié dans la presse allemande au cours de l'année 2009. Pouvez-vous évoquer cette publication ? Aviez-vous à fournir un strip chaque semaine ? Appréciez-vous de travailler avec un délai à respecter et l'obligation de réaliser une planche de bande dessinée dans un temps imparti ?

 
Ulf K : L'histoire a été conçue  pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). Elle était publiée du mardi au vendredi. Je devais donc livrer quatre planches chaque semaine. Au début, j'avais une avance de quelques semaines. Mais en raison d'autres travaux que je devais réaliser en parallèle, je me suis retrouvé avec seulement deux jours d'avance dans les dernières semaines de publication. C'est dans ces moments là que vous développez encore plus de respect pour ces dessinateurs qui doivent dessiner un strip quotidiennement. 

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KLI : Le sujet de votre livre est encore la mort. Comment pouvez-vous expliquer que ce soit le thème principal de vos créations en bande dessinée ?
 
UK : Je ne suis pas vraiment en mesure de l'expliquer. La mort est quelque chose qui appartient à notre vie. On peut donc dire que je crée en quelque sorte des histoires  sur la vie. J'aime les vieilles images de "la danse macabre", qui étaient un moyen pour les gens d'expliquer ou de comprendre la mort. D'une certaine manière,  je fais la même chose. Depuis que j'ai commencé à créer des histoires avec la mort, elle s'avère un personnage que j'ai toujours plaisir à gérer. Il a deux côtés. Parfois, il est mélancolique et parfois il peut être très cynique. Tout comme moi. Au fil du temps, la mort est ainsi devenue un personnage très personnel.

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KLI : Est-ce que le choix de bandes dessinées silencieuses, sans aucun dialogue, est une  évidence pour vous ? Quelle est l'origine de cette préférence ? Un goût pour le cinéma muet ?  Une affirmation de la puissance du dessin pour exprimer les sentiments des personnages ?
 
UK : Quand j'ai créé mon premier récit sans paroles, c'était parce que je détestais écrire des dialogues. Mais il s'avère que cela fait beaucoup de sens pour moi de créer des bandes dessinées de cette façon. J'ai toujours cherché à réaliser des dessins simples et clairs et je me suis rendu compte que cela convenait parfaitement avec des histoires sans paroles. Parce que vous devez être très clair et très simple pour les raconter. J'aime cela et c'est une voie très naturelle pour moi. Les humains n'ont pas commencé avec un système de lettres. Pour fixer leurs premières impressions, les hommes se sont servis  d'images et non de mots. Donc créer des récits sans paroles est une manière très archaïque de raconter des histoires. D'ailleurs je ne comprends pas pourquoi, à l'exception du livre pour enfants, il est si difficile de vendre des bandes dessinées sans paroles. C'est à croire que ce sont les adultes qui ont un problème avec cette approche. Je le suppose car en ce qui les concerne, les enfants apprécient.

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KLI : Lorsque vous dessiniez vos strips pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung, pensiez-vous aux jeunes lecteurs ? Est-ce que cela vous a contraint pour le traitement de certaines séquences ? 
 
UK : Dem Ende Der Anfang n'a pas été créé pour les enfants. Le principal public du journal est un lectorat adulte. Peut-être que certains d'entre  eux ont montré le journal à leurs enfants mais je n'ai pensé à eux lorsque je dessinais ce recit. 
 
KLI : Quand j'ai lu votre livre, j'avais à l'esprit l'œuvre du dessinateur Jason. Appréciez-vous ses créations ? Percevez-vous une proximité avec son approche de la bande dessinée ? Le thème de la mort est un point commun entre vous mais aussi votre graphisme qui est assez voisin. 
 
UK : Je connais évidemment les œuvres de Jason. Je les apprécie énormément ! Nous avons été présentés il y a quelques années - cela devait être en 1999 - à Angoulême. Je ne connaissais pas alors son travail et je pense que la personne qui nous a présentés l'a fait parce qu'elle pensait que nous avions quelque chose en commun. Il est embarrassant pour moi d'être une personne qui a du mal à rester en contact avec les autres. J'ai rencontré à nouveau Jason, un an plus tard, à l'occasion d'un festival à Tournhout. J'ai d'ailleurs acheté deux de ses livres (des éditions encore en norvégien). Depuis, je n'ai pas eu l'occasion de le revoir ou d'être en contact avec lui.
Ce que j'aime dans ses œuvres, c'est qu'il ne dessine  pas de longues histoires. À une époque où la bande dessinée a tendance à se développer de plus en plus sur de longs récits, il est appréciable de voir quelqu'un comme Jason privilégier les histoires courtes.

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KLI : La couverture de votre livre est magnifique avec cette réinterprétation très ligne claire de L'île des morts de Böcklin. Pourquoi ce choix ? 
 
UK : Utiliser cette image était évident pour moi. Elle apparaît à plusieurs reprises dans l'histoire. En conséquence, lorsque j'ai commencé à réfléchir à la couverture, l'idée de l'utiliser s'est imposée rapidement.
 
KLI : Votre livre est vraiment très beau avec un format original. Aimez-vous les bandes dessinées au format inhabituel?
 
UK : Oui. Vous aurez toujours le problème de les placer dans votre bibliothèque mais c'est ce qui fait de «vrais livres», des livres différents des e-books.

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KLI : Quels sont vos prochains projets de bandes dessinées ?
 
UK : Je travaille sur quelques nouveaux livres pour enfants. Je viens de terminer un livre d'images intitulé Juri, der Weltraumpilot mettant en scène un jeune astronaute.  Je vais maintenant commencer à travailler sur une bande dessinée en collaboration avec Marc Lizano qui écrit les histoires. Ce sera une sorte de remake des vieilles histoires Vater und Sohn de O.E. Plauen (édité en français par le Seuil en 199 sous le titre Père et fils). Nous allons proposer de nouveaux récits avec ces personnages. 
 
Liens utiles :
 
- le blog de Ulf K
 
- le site de Edition 52
 
Illustrations copyright Ulf K et Edition 52
 

19/01/2015

LA BELLE LIGNE CLAIRE DE JEAN-MICHEL TIXIER

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Illustration de Jean-Michel Tixier

pour M

Depuis le mois d'octobre dernier, l'illustrateur Jean-Michel Tixier tient dans M, le supplément week-end du journal Le Monde, une chronique dessinée intitulée "ligne de mire".

Comme vous pouvez le constater avec ce beau portrait d'Hergé publié dans le numéro du 10 janvier, il nous propose un dessin d'une très pure ligne claire.

Nous vous conseillons donc vivement de suivre de près les créations futures de cet artiste de talent.

Dans l'immédiat, une visite sur le site de son agent Talkie Walkie vous permettra d'admirer plusieurs de ses travaux graphiques.

Illustration copyright Jean-Michel Tixier - Talkie Walkie - Le Monde